‹ Recherches sur la structure des annélides sédentairesChapitre 8 sur 55 · HENRI DE SAUSSURE · texte numérisé non relu

HENRI DE SAUSSURE

Les sciences ont l'ait à Genève en 1871 une perte considéraljle dans la personne du professeur fidouard Claparède, décédé en Italie pendant le voyage qui devait le ramener auprès de nous.

Quoique prévu depuis longtemps, cet événement n'en a pas été moins douloureux pour toute la population lettrée de notre ville, et je dirai même pour le monde savant tout entier. En ce qui nous concerne personnellement, lié d'amitié avec Edouard Claparède, c'est avec le sentiment d'une profonde afiliction que nous venons aujourd'hui payer un tribut à sa mémoire, dans les lignes qui suivent. Mais c'est en même temps un devoir (pic nous aimons à remplir, tout en sentant notre insuffisance à rétracer, comme elle le mérite, la vie d'un homme doué d'un génie si supérieur et d'un si noble caractère.

' Cette notice a paru dans \vs Archice.'i de la Bibliothèque universelle de Génère, t.XLI,187I. Nous la reproduisons ici sur la demande de la famille d'E. Claparède, après y avoir introduit quelques légers changements.

Il BIOGRAPHIE.

Il est des hommes dont la réputation s'est formée graduellement en suivant une marche lente et régulière, et qui finissent, par l'effet du temps et d'une constante application, à prendre rang parmi les illustrations académiques. Il en est d'autres qui semblent comme prédestinés à maïquer d'emblée dans le pays qui les vit naître, et qu'un génie naturel appelle presque dès l'entrée de leur carrière à exercer une véritable influence sur la vie intellectuelle de leur entourage. Mais il n'est pas rare de voir ces hommes d'élite succomber avant l'âge normal, comme si tout chez eux devait être précoce, le terme même de leur existence, comme la sève de l'esprit, la maturité du caractère et l'expérience des choses. Plus d'un exemple de ce genre nous a déjà frappé; on dirait que, chez ces hommes, la nature se complaît à faire, au détriment de Tèlre physique, une compensation de l'exubérance des dons qu'elle accorde à l'esprit, et qu'une sorte de loi d'équilibre veut que chez eux la vie se consume à proportion de tout ce que dégage la pensée.

Tel a été, en particulier, le trait frappant de la vie de Claparède. Prenant rang, presque dès le début, parmi les savants du premier mérite, doué d'une intelligence féconde en résulats surprenants, mais sans cesse tourmenté par une santé chancelante, il a succombé h la fleur de l'âge au plus beau moment de sa carrière.

Edouard Claparède était issu d'une ancienne famille genevoise qui, du reste, n'avait jamais marqué dans les sciences; ce n'est donc pas son éducation première qui lui inspira le goût des études scientifiques. Ce goût se trouva inné chez lui ei doit être considéré comme une conséquence nécessaire de l'esprit d'analyse et des facultés logiques qui étaient au fond de son organisation.

Il commença ses études à l'Académie de Genève, où ses aptitudes aussi rares que variées le firent bientôt distinguer par ses professeurs. Il fut avant tout l'élève de Pictet-de la Rive, auprès duquel il trouva

BIOGRAPHIE. ni

un secours et une bienveillance qu'il s'est toujours plu à reconnaître dans le cours de sa canière scientifique. En 1853, il se rendit à Berlin pour compléter ses études à l'Université de cette capitale, et devint l'élève de J. Midler, qui tenait alors le sceptre de la physiologie et de l'anatomie comparée. 11 arriva précisément à l'époque où MùUer était absorbé par ses immenses recherches sur l'anatomie et les métamorphoses des Èchinodermes. Claparède se ressentit profondément de ces circonstances, et l'ardeur avec laquelle il participa aux travaux de laboratoire de son maître, le porta bientôt à se consacrer presque exclusivement à l'anatomie et à l'embryogénie des animaux inférieurs; de là un goût prononcé pour la micrographie, qui fut bient(M développé par ses relations avec Ehrenberg, et qui décida de sa carrière scientifique.

A Berlin, Claparède donna à ses études une extension pi'odigieuse, (pu aurait certainement été beaucoup trop vaste pour nn autre que lui. Tout en menant de front l'élude des sciences naturelles, celle de la médecine et celle des langues du Nord, qu'il ne tarda pas à posséder d'une manière complète, il travaillait avec ardeur à des travaux originaux. Il apprit tout seul le dessin et arriva aussi dans cet art à un haut degré de perfection. En 1855, il accompagna Mûller dans un voyage en Norwége, et il S(youriia ensuite pendant deux mois sur un récif des bords de l'Océan avec un de ses camarades de l'Université dans le but de poursuivre l'étude des animaux marins. De 1854 à 57 il se livra, à Berlin, en commun avec son ami Lachman, à de vastes investigations sur les Infusoires et les Rhizopodes, et rédigea sur l'organisation de ces animaux un ouvrage considérable, qui remporta plus lard, à l'Académie des Sciences de Paris, le grand piix des sciences physiques.

En 1857, Claparède fut re^u docteur en médecine. De retour à Genève, il y devint bientôt membre de la Société de physique, de la Société médicale et de l'Institut national genevois. Il ne tarda pas à être agrégé au professorat de l'Académie, et la distinction dont il fit preuve dans son enseignement jusqu'à la fin de sa vie, n'a pas peu

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