‹ Recherches sur la structure et les affinités botaniques des végétaux silicifiés requeillis aux environs d'Autun et de St. ÉtienneChapitre 16 sur 61 · DEUXIÈME ET TROISIÈME ESPÈCES · texte numérisé non relu

DEUXIÈME ET TROISIÈME ESPÈCES

Bruckma-nnia, GrancVEuryi et Bruckma,nnidL Decaisnei.

Les deux espèces que je désigne sous le nom de bruckm. Grand’Euryi, et de bruck. Decaisnei, proviennent des magmas silicifiés recueillis près de Saint- Étienne par M. Grand’Eury. Noyées dans la silice, leur surface extérieure n’a pu permettre de reconnaître la forme exacte des bractées, dont on ne peut découvrir la disposition qu’au moyen de coupes transversales; c’est là la cause principale de la difficulté que présente leur assimilation à des empreintes connues. Cependant j’ai rencontré des empreintes recueillies à Saint-Étienne qui ne laissent guère de doutes sur leur identité spécifique avec les premières, à cause de certains détails que je signalerai dans les épis fossiles.

Ces épis sont cylindriques ; leur longueur totale est inconnue, mais elle paraît avoir été considérable ; leur diamètre est de 11 à 12 millimètres; celui de l’axe est de 2mm5 à 3mm. La distance des verticilles stériles entre eux est de 5mm5.

Ce genre m’a offert les deux espèces que j’ai citées plus haut et qui diffèrent entre elles, par le nombre des éléments qui entrent dans la constitution des verticilles stériles et des verticilles fertiles.

Dans l’une des espèces, le bruck. Grand’Euryi , le verticille stérile se compose de 36 bractées, et le verticille fertile de 18 sporangiophores, tansdis que dans l’autre espèce, le bruckmannia Decaisnei, on compte 24 bractées stériles et 12 sporangiophores.

L’axe est formé d’un cylindre ligneux plus serré et

plus épais que celui que j’ai indiqué dans le bruckm. tuberculata, il est composé de fibres rayées disposées en série radiale aux articulations, mais cette disposition n’est qu’accidentelle et due au passage des faisceaux vasculaires qui se dirigent dans les feuilles ou dans les sporangiophores.

La partie centrale de l’axe est occupée par une moelle continue dont les cellules, plus hautes que larges, sont disposées en files verticales, sans dérangement dans le voisinage des articulations, ce qui prouve que la tige n’était pas cloisonnée aux nœuds.

Sur une coupe transversale, le cercle ligneux, épais de 0mm3 à 0,um6 aux articulations, est creusé de lacunes qui sont disposées en cercle autour de la moelle et en même nombre que les sporangiophores. 1

Dans les deux espèces, les bractées stériles s’éloignent horizontalement à peu près à 2mm5 de la surface extérieure de l’axe et se redressent ensuite. Les bractées fibreuses intérieurement sont parcourues par un faisceau vasculaire qui en occupe la partie inférieure et médiane; une coupe transversale de la portion horizontale de la bractée donne une figure plan-convexe, la portion convexe étant en dessous. La partie fibreuse de la bractée dépassait, en se relevant, le milieu de l’entrenœud ; mais cette partie fibreuse paraît avoir été recouverte par un tissu cellulaire moins résistant, dont on retrouve souvent les traces, et qui peut-être se serait continué sur une longueur d’environ 2 cent, de façon à atteindre le haut du deuxième entre-nœud supérieur.

1. D’après mes nouvelles recherches, à chaque lacune correspondent deux faisceaux vasculaires, à section transversale lunulée, la convexité du croissant tournée vers l’axe, chaque sporangiophore reçoit deux branches vasculaires, provenant chacune de l’une des pointes de deux faisceaux contigus.

Autour de plusieurs des épis j’ai rencontré en effet de nombreux débris de ces organes, qui sur un& coupe transversale, fig.9etl0,pl. iv, se présentent sous la forme d’une section arrondie du côté de la face extérieure ; les bords, relevés de chaque côté de la bractée, forment deux gouttières longitudinales le long de la nervure médiane saillante, cette dernière est occupée à son centre par des cellules allongées dans le sens de la longueur de la bractée.

A droite et à gauche de cette nervure, le tissu est formé essentiellement de grandes cellules allongées dans le sens transversal, le grand axe est perpendiculaire à la nervure médiane, et elles sont rangées parallèlement au limbe de la bractée, dont la surface est recouverte par un épiderme très régulier.

A la maturité de l’épi cette partie cellulaire de la bractée devait probablement se séparer de la partie fibreuse qui, du reste, paraît elle-même avoir dû se détacher facilement de l’axe.

La partie cellulaire des bractées forme au dessous de la partie fibreuse un plancher continu horizontal, d’où émanent verticalement et en forme de lames rayonnantes des prolongements cellulaires, qui s’étendent en forme de cloisons au delà des sporangiophores placés au dessous. L’une des espèces possède dix-huit de ces cloisons verticales, l’autre douze seulement, autant que de sporangiophores.

Ces lames rayonnantes, qui dépassent peu les sporangiophores, ne paraissent pas s’être prolongées jusqu’au verticille stérile inférieur.

C’est dans l’intervalle laissé entre elles par ces lames de tissu cellulaire que se trouvent logés les sporanges.

Les sporangiophores sont parcourus en dessus par un faisceau de trachées ; ils se terminent par autant de bandes cellulaires verticales, soudées aux diaphragmes dont je viens de parler; elles les recouvrent extérieurement et s’étendent jusqu’aux bractées stériles du verticille qui se trouve au dessus.

Les cellules qui composent ces bandes sont à parois épaisses, allongées perpendiculairement à sa surface, et paraissent avoir joué le rôle de tissu élastique; cette couche est plus solide et plus fibreuse dans la partie qui se soude aux sporangiophores.

J’ai dit que le sporangiophore était parcouru en dessus par un faisceau vasculaire de trachées. Ce faisceau, avant d’atteindre l’extrémité de l’organe, se sépare en deux branches horizontales très courtes, qui se subdivisent ensuite chacune en deux autres branches placées dans un plan vertical; ces quatre faisceaux s’arrêtent à la base des sporanges, qui sont ainsi placés par paire de chaque côté de la cloison qui réunit le sporangiophore au verticille supérieur.

Cette disposition par paires de chaque côté de la membrane cellulaire indique que le verticille fertile, dont les éléments sont moitié moindres que ceux du verticille stérile, se compose en réalité d’un nombre égal de sporangiophores soudés deux à deux.

Dans la fig. 8, pl. iv, on peut voir quatre de ces sporanges dont il ne reste plus que les membranes déchirées du côté de leur support, encore inclus entre les lames cellulaires, et dont les spores se sont échappées. Celles-ci, comme celles de nos végétaux actuels, se formaient quatre par quatre dans des cellules mères renfermées dans les sporanges ; elles étaient globuleuses, à surface unie, marquée souvent de la triradiation caractéristique.

La fig. 7, pi. m, montre plusieurs cellules mères qui renferment 4 spores dont on ne peut voir que 3 ; l’enveloppe des spores paraît irrégulière à cause d’une contraction accidentelle.

A l’époque de la maturité, l’enveloppe du sporange se déchirait, et les diaphragmes cellulaires, dont les bords extérieurs étaient sans doute sollicités de bas en haut en même temps que les sporangiophores par la lame élastique, en s’écartant, laissaient échapper les spores qui pouvaient se disséminer librement, les bractées étant alors, en effet, débarrassées de la portion cellulaire qui les surmontait.

En examinant des empreintes d’épis longs de 12 à 15 cent, provenant de Saint-Étienne, et dont l’aspect rappelait ceux de bruckmannia tuberculata, j’ai pu distinguer, au dessus de chaque sporangiophore, une lamelle qui allait rejoindre le verticille stérile supérieur; le bord extérieur et plus épais de ce diaphragme vertical partait de l’une des bractées en se dirigeant vers l’extrémité des sporangiophores, où elle se terminait au dessous sous la forme d’un onglet recourbé ; les sporangiophores, au lieu d’être perpendiculaires à l’axe de l’épi, étaient obliques comme s’ils avaient été tirés de bas en haut par leur extrémité.

Dans les échantillons que j’ai pu examiner, les sporanges étaient tombés ; leur présence aurait plus ou moins masqué les détails que je signale.

Quant aux bractées stériles, elles avaient perdu les appendices cellulaires dont j’ai parlé à propos des épis silicifiés, ou bien n’en avaient jamais porté, car je n’en ai vu aucune trace.

EXPLICATION DES PLANCHES

DES BRUCKMANNIA GRAND’EURYI ET DECAISNEI

BRUCKMANNIA GRAND’EURYI. — PLANCHE III

Figure 1. — Coupe longitudinale (10 diam.) d’une portion d’épi de bruckmannia Grand’Euryi passant par quatre bractées stériles et deux sporangiophores ; on a figuré seulement les parties de droite.

a. Partie pseudo-ligneuse de l’axe : la moelle a disparu dans cet échantillon.

b b. Bractées formées d’une partie fibreuse et d’une couche cellulaire f placée en dessous, très souvent détruite.

c c. Noeuds de la tige correspondants aux points d’attache des bractées qu’il n’est pas rare de rencontrer séparés de l’axe en d.

e. Sporangiophore s’insérant au milieu de l’intervalle compris entre deux verticilles de bractées ; son extrémité se termine par une lame cellulaire verticale h, sorte de bande élastique qui s’étend jusqu’au verticille supérieur de bractées ; les cellules qui la composent sont prismatiques, et leur grand axe dirigé perpendiculairement à la surface de la bande.

o. Lame cellulaire formant une cloison verticale; elle s’étend entre le sporangiophore et le verticille de bractées, d’une part, et entre l’axe de l’épi et la bande élastique de l’autre (dans la figure cette cloison est séparée par déchirement, de l’axe et du verticille supérieur).

i. Continuation de la lame cellulaire au dessous du sporangiophore, mais dans aucun cas je ne l’ai vu s’étendre jusqu’au verticille inférieur.

Fig. 2. — Section transversale de l’axe de l’épi faite à la hauteur d’un verticille stérile (gros. 35 diam.).

a. Partie fibro-vasculaire de l’axe : dans cette région qui correspond à un noeud, les fibres prennent une disposition

rayonnante assez marquée mais due au passage des faisceaux vasculaires qui se rendent dans les feuilles.

f. Tissu cellulaire réunissant les bractées stériles b b entre elles.

I. Lacunes en même nombre que les sporangiophores et formant un cercle autour de la moelle.

Fin. 3. — Section transversale de l’axe à la hauteur d’un verticille de sporangiophores (gros. 10 diam.). a. Partie vasculaire de Taxe.

I. Lacunes en même nombre que les sporangiophores. b b. Bractées stériles du verticille inférieur rencontrées par la section ; la partie fibreuse de la bractée seule est conservée.

e e. Sporangiophores au nombre de dix-huit; dans cette espèce, le côté supérieur des sporangiophores est parcouru par un faisceau vasculaire; en t t on le voit se diviser en deux branches horizontales.

k k. Loges formées par les cloisons verticales qui s’étendent des sporangiophores au verticille supérieur ; dans chacune de ces loges se trouve une paire de sporanges.

n. Membrane tapissant l’intérieur des loges; les sporanges n’existent plus dans l’échantillon figuré.

h. Bandes élastiques qui recouvrent l’extrémité des sporangiophores et le bord vertical des cloisons.

Fig. 4. — Section transversale faite dans l’intervalle d’un verticille stérile et d’un verticille fertile (gros. 10 diam.). a. Partie fibro-vasculaire de l’axe.

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