FRUCTIFICATIONS PROBABLES DES ZYGOPTERIS
Dans les magmas siliceux de Saint-Étienne ainsi que dans ceux d’Autun, on rencontre quelquefois des agglomérations d’organes capsulaires allongés, légèrement arqués, presque réniformes, de 2mm5 à 3mm de longueur, et de lmm à lmm3 de diamètre, fixés par leur extrémité à de petits pédicelles très courts, réunis euxmêmes au nombre de 3 à 8 en petits bouquets sur un support commun également très court.
Détachés de leur support primitif, ces bouquets forment des amas assez considérables; une coupe passant par l’une de ces agglomérations rencontre les capsules dans toutes les directions possibles ; son examen m’a fourni les détails suivants :
La coupe transversale de l’une de ces capsules est de forme circulaire.
Les parois sont formées d’un seul rang de cellules à section presque rectangulaire ; aux deux extrémités d’un même diamètre on remarque deux renflements formés par des cellules à parois plus épaisses, de dimensions plus considérables, dont le grand axe est perpendiculaire à la surface de la capsule; ces renflements existent depuis la base amincie jusqu’au sommet, et proviennent d’un anneau élastique qui fait sensiblement le tour de la capsule. A l’intérieur on remarque une membrane détachée de la paroi formant une sorte de sac rempli de nombreux corpuscules ou spores; ce sac constitue un véritable sporange.
Les spores sont formées d’une première enveloppe transparente, régulièrement sphérique, dans laquelle on aperçoit une deuxième enveloppe à surface plissée et d’une teinte plus foncée.
J’ai dit plus haut que la capsule était légèrement arquée :
Une section passant dans le plan de la courbure montre que les parois se composent d’un seul rang de cellules plus longues que larges et qui se rétrécissent de plus en plus à mesure que l’on approche de la base du sporange où elles deviennent presque fibreuses.
Si la section passe par le plan médian du sporange, elle ne rencontre l’anneau élastique ni dans la partie convexe, ni dans la partie concave ; mais si la section est faite perpendiculairement à cette première direction, elle rencontre les cellules de l’anneau dans toute son étendue. On doit donc conclure que les deux bandes élastiques, qui s’élèvent de la base pour atteindre le
sommet, occupent les deux côtés du sporange placés entre les courbures.
Cette disposition de l’anneau élastique diffère de celle que je décrirai plus loin à propos des botryopteris ; dans ce genre la bande élastique est unique en effet et s’élève obliquement de la base au sommet. Nous verrons également que la longueur des pédicelles, la grosseur des spores présentent des différences sensibles.
Malgré les nombreuses coupes que j’ai faites passant au milieu de ces fructifications, je n’ai trouvé aucun pétiole qui ait pu les porter.
Je n’ai rencontré d’autre forme de support que celle dont une coupe est représentée (pl. xm, fig. 4 bis). Sa partie vasculaire est à peu près cylindrique, et il m’aurait été impossible de reconnaître à ce seul caractère son origine.
Cependant dans le même fragment siliceux, et dans le voisinage des fructifications, se sont trouvés des pétioles de zygopteris avec leur faisceau central caractéristique. On sait que de chaque côté de I’h qui figure la section du faisceau vasculaire de ces pétioles partent alternativement, à droite et à gauche, deux faisceaux vasculaires à section circulaire ou elliptique fort différents de la forme de I’h du rachis. De plus dans les pétioles du zygopteris Lacattii, j’ai signalé la présence de tubes à gomme formés par des cellules superposées. Ces tubes se retrouvent dans les petits pétioles à faisceau central cylindrique qui parcourent les fructifications décrites plus haut, et forment un cercle autour du faisceau vasculaire central.
Je rapporte donc avec quelque probabilité les fructifications réniformes précédentes aux zygopteris qui appartiendraient à une famille éteinte , renfermant
différents autres genres décrits ou à décrire, dont nous
discuterons la place botanique un peu plus loin.
Dans son travail sur la Flore carbonifère du département de la Loire , M.Grand’Eury figure plusieurs espèces de schizopteris : schiz. cycadina, schiz. pinnata , dont les pinnules d’une forme particulière, charnues, profondément incisées et laciniées, offrent comme disposition la plus parfaite analogie avec des groupes de fructifications également pinnés désignés par le même savant sous le nom d ’androstachys. Les fig. 12 et 14, pl. xm, montrent en effet la plus grande ressemblance entre la fronde stérile et la fronde fructifiée.
Si maintenant on examine chaque groupe de capsules de ces deux échantillons, leur mode d’attache, leur grandeur, leur forme arquée et la disposition même de l’anneau dont on distingue des traces sur l’empreinte, on reconnaît une telle analogie avec ce que j*ai décrit plus haut, qu’il est impossible de ne pas reconnaître l’identité spécifique des fructifications silicifiées avec les empreintes d ’androstachys fossiles.
Nous arrivons à cette conclusion que certaines formes nouvelles de schizopteris, schiz. pinnata, schiz. cycadina, sont les frondes pinnées, quelquefois fructifiées [androstacliys) des zygopteris, s’il n’y a pas d’erreur, dans l’attribution à ce genre, des fructifications que je viens de décrire.
Les zygopteris se trouveraient ainsi étudiés et connus dans toutes leurs parties, et leur histoire jetterait quelque lumière sur le groupe si anormal et jusqu’ici si obscur des schizopteris.
EXPLICATION DES PLANCHES
RELATIVES AUX ZYGOPTERIS
PLANCHES Vi; VII, VIII, IX. — ZYGOPTERIS BRONGN1ARTII. B. REN.
Figure 1. — Coupe transversale de la tige du zygopteris Brongniartii, Ren. (gross. 16 diam.)
a a. Axe ligneux central du zygopteris composé de cellules scalariformes.
a’. Portion cellulaire de l’axe qui partage le tissu vasculaire en six faisceaux principaux, les bandes rayonnantes du tissu cellulaire se divisent à leur extrémité périphérique en deux branches divergentes comme celles d’un Y, et entre ces branches se trouve un petit faisceau vasculaire, de sorte que l’axe ligneux des zygopteris serait formé au centre de six faisceaux vasculaires verticaux soudés par leur face interne, et en dehors de ceux-ci, de six autres faisceaux plus petits et plus ou moins engagés, entre les intervalles laissés par les extrémités un peu écartées des six faisceaux principaux du centre.
b b. Enveloppe cellulaire peu résistante, imprégnée de silice colorée et entourant l’axe ligneux.
b’. Déchirure dans cette enveloppe.
ccc. Tissu cellulaire formant la partie extérieure de la tige et rempli de grains de fécule.
d d. Faisceaux vasculaires se rendant de l’axe aux racines ou aux feuilles avortées qui entourent la tige.
I l. Cellules remplies de fécule.
e e. Pétiole provenant de la tige dont il s’est séparé, mais assez mal conservé.
Fig. 2. — Coupe parallèle à l’axe.
a a. Partie centrale formée presque uniquement de faisceaux scalariformes.
a’. Traces de tissu cellulaire de l’une des lames minces qui séparent les faisceaux vasculaires principaux de l’axe.
b b. Enveloppe qui entoure l’axe et dont les cellules, souvent séparées, sont colorées par de la silice plus foncée en couleur, c c. Tissu cellulaire renfermant des grains de fécule? f f. Traces des faisceaux qui se rendent aux racines ou aux feuilles.
h. Silice amorphe.
Fig. 3. — Coupe passant par l’axe du zygopteris et montrant l’origine d’un faisceau pétiolaire.
a. Axe vasculaire.
a\ Traces du tissu cellulaire qui sépare les faisceaux de la tige.
b b. Cellules colorées entourant l’axe et le pétiole. b’ b’. Déchirures existant dans cette enveloppe.
Fig. 4. — Coupe passant par l’axe du zygopteris, montrant une portion de l’axe a, l’enveloppe cellulaire colorée qui lui sert de gaine b b, et une portion du tissu cellulaire formant la partie extérieure de la tige c.
Fig. 4 bis. — Les lettres ont la même signification que dans la fig. 4.
d d. Faisceaux des racines ou des feuilles ; l , portion corticale formée de cellules qui se sont allongées et sont devenues fibreuses.
Fig. 5. — Coupe transversale intéressant une partie de la tige et un pétiole qui y a pris naissance (gross. 20 diam.). c c. Tissu cellulaire extérieur de la tige du zygopteris. d d. Traces laissées par les faisceaux qui traversent obliquement le tissu cellulaire et se rendent aux feuilles avortées ou aux racines.
g. Pétiole triangulaire dans sa section entouré de nombreuses écailles h h ou poils scarieux.
i i. Feuilles épaisses et charnues appartenant au pétiole et qui l’entourent à sa base.
h h. Poils scarieux qui entourent la tige et le pétiole. L’orientation du pétiole g , par rapport à la tige c c, ne laisse prise à aucun doute et par conséquent force à rejeter les hypothèses antérieures faites à ce sujet.
Fig. 6. — Coupe transversale d’une portion de la tige.
a. Axe.
b. Enveloppe cellulaire brune.
d. Traces laissées par les faisceaux qui se rendent aux feuilles écailleuses.
h h. Poils scarieux se développant entre les écailles et la tige. i i. Écailles entourant la tige.
Fig. 7. — Coupe longitudinale de la partie externe de la tige.
c. Tissu cellulaire extérieur plein de granules amylacés. f f. Traces de faisceaux se rendant aux écailles.
i i. Coupe longitudinale dirigée perpendiculairement au limbe des feuilles écailleuses et passant par la nervure médiane.
En o o,|on peut distinguer des traces de vaisseaux scalariformes.
h h. Racines adventives.
Fig. 7 bis. — l. Racine parcourant le tissu cellulaire m feuille écailleuse.
n. Poils scarieux.
Fig. 8. — ■ Coupe transversale passant à différentes hauteurs des feuilles.
i i i. Feuilles coupées transversalement; les différentes coupes indiquent qu’elles étaient épaisses et charnues. i’. Faisceau vasculaire médian.
ï\ Double faisceau vasculaire médian.
h. Radicelles ou plutôt poils scarieux se développant entre les feuilles et la tige.
d. Faisceau vasculaire se dirigeant dans les feuilles, c c. Tissu cellulaire de la tige.
Fig. 9. — Coupe tangentielle extérieure à la tige. g g. Coupe d’un pétiole naissant sur la tige. d d. Faisceaux vasculaires se portant soit dans les ramifications de la fronde, soit plutôt dans quelques expansions écailleuses entourant la base des pétioles, comme on le voit en i i de la figure 5.
h. Racine volumineuse accompagnant le pétiole à son origine.
i. Feuilles ou écailles coupées longitudinalement.
i’ i \ Section de la base des faisceaux qui pénètrent dans les écailles disposées en verticille ou en spirale autour de la tige.
h’ h’. Poils scarieux nombreux prenant naissance entre les écailles, sur la tige et sur la base du pétiole.
PLANCHE X. — ZYGOPTERIS ELLIPTICA. B. REN.
Fig. 10. — Coupe transversale d’un pétiole de petite dimension (gros. 12 fois).
a. Faisceau central composé de vaisseaux aréolés à parois épaisses. Les deux bandes verticales sont rompues à la partie supérieure.
b. Portion mal conservée et n’offrant que quelques traces de tissu cellulaire.
c. Portion corticale où les cellules commencent à être plus visibles.
d. Fibres corticales.
La section elliptique de ce pétiole est caractéristique et contraste avec la forme ordinairement circulaire des autres espèces de zygopteris , au premier aspect on pourrait le confondre avec un pétiole d’anachoropteris.
e e. Portion extérieure épidermique mal conservée.
Fig. 11. — Coupe longitudinale du même pétiole faite suivant la ligne xy de la figure précédente.
a a. Vaisseaux aréolés et ponctués.
a . Les mêmes plus fortement grossis.
b b. Traces de cellules à parois épaissies et renfermant des grains de fécule ; 6’ les mêmes plus fortement grossies.
d. Fibres corticales; e, tissu cellulaire épidermique en grande partie détruit; f, silice amorphe.
PLANCHES X, XI, XII. — ZYGOPTERIS LACATTII . B. REN.
Fig. 12. — Coupe transversale (gros. 8 diam.).
a. Bande transversale formée de vaisseaux ponctués sans mélange de vaisseaux scalariformes ou de trachées, réunissant les deux bandes verticales; dans celles-ci on rencontre des vaisseaux ponctués sur la face qui regarde Taxe du pétiole et qui est soudée à la bande transversale sur la face extérieure, au contraire des vaisseaux scalariformes et des trachées réunis, en deux groupes de chaque côté, un peu au dessus et au dessous des
points correspondant à la soudure des lames verticales et de la bande transversale.
b. Tissu délicat à cellules un peu allongées dans le sens de la longueur et qui forme un étui protecteur tout autour du faisceau vasculaire du pétiole.
c. Tissu formé de cellules polyédriques à section souvent hexagonale remplissant l’espace compris entre le faisceau central et l’écorce.
d. Réservoirs allongés munis de parois propres ayant contenu très probablement une substance gommeuse.
e. Fibres corticales.
f f. Deux faisceaux vasculaires également environnés d’une gaine protectrice, qui se sont détachés à droite du faisceau central, des deux points où j’ai signalé plus haut l’agglomération des faisceaux scalariformes et des trachées, après avoir parcouru le pétiole longitudinalement pendant un certain temps ils entreront dans les ramifications de la fronde.
g. Silice amorphe fortement colorée, extérieure à l’échantillon.
Fig. 12 bis. — Section du pétiole, grandeur naturelle.
Fig. 13. — Coupe longitudinale faite suivant la ligne xy de la figure précédente et rencontre quatre fois les faisceaux vasculaires du pétiole.
a a. Vaisseaux.ponctués de la partie transversale du faisceau.
b b. Tissu cellulaire délicat formant une gaine protectrice autour des faisceaux vasculaires.
c’. Autre partie de la gaine protectrice à éléments plus gros.
a a’. Faisceaux de vaisseaux ponctués faisant partie des deux arcs latéraux rencontrés par la coupe.
f. L’un des faisceaux foliaires détaché du faisceau principal formé vers l’extérieur de vaisseaux ponctués ou aréolés et vers l’intérieur de vaisseaux scalariformes et de trachées.
c c. Tissu cellulaire compris entre les faisceaux et l’écorce.
d d. Lacunes à parois propres renfermant autrefois une substance gommeuse.
e e. Fibres corticales.
Fig. 14. — Détails plus fortement grossis de l’un des faisceaux foliaires de la figure 13.
f. Vaisseau ponctué à ponctuations elliptiques et disposés sur
des lignes parallèles un peu obliques par rapport à sa longueur. La coupe a entamé le bord du vaisseau.
f. Vaisseau scalariforme et trachées placés du côté interne du faisceau foliaire.
f”. Gaine protectrice entourant le faisceau.
Fig. 15. — Tissu cellulaire au milieu duquel sont placés les faisceaux vasculaires, et traversé par de longues cellules à parois propres remplies, du vivant de la plante, par une substance gommeuse, la disparition des cloisons transversales des cellules rend la cavité quelquefois continue et forme ainsi une espèce de tube.
Fig. 16. — Portion cellulaire voisine de l’écorce, là où les cellules commencent à s’allonger et à prendre un aspect fusiforme qui devient plus marqué vers la périphérie.
L’écorce des pétioles est épaisse, et c’est la partie qui a résisté le plus complètement à la macération; on trouve quelquefois des pétioles de zygopteris qui n’ont conservé que cette partie sous la forme d’un tube cylindrique au milieu duquel flottent quelques vestiges du faisceau vasculaire central.