‹ Recherches sur la structure et les affinités botaniques des végétaux silicifiés requeillis aux environs d'Autun et de St. ÉtienneChapitre 50 sur 61 · Loc. cit · texte numérisé non relu

Loc. cit

Relativement aux diverses fructifications des sphenophyllum, M. Grand’Eury s’exprime ainsi : « J’avais d’abord observé la disposition des sporanges en rangées longitudinales comme on doit l’attendre de la structure de l’axe, lorqu’une empreinte de Sph. angustifolium me les a laissés voir couchés sur les pédicelles réfléchis des bractées, au crochet desquelles ils paraissent fixés peutêtre deux par deux, et géminés, comme je l’aurais encore mieux reconnu dans l’épi du S. oblongi folium. D’après cela, les sporanges sont épiphylles comme dans les lycopodes et les sphenophyllum par la structure singulière de leur petites tiges herbacées, par leur inflorescence, ils diffèrent assez des aster ophy lûtes et des annularia pour les en éloigner désormais. »

On pourrait encore ajouter que la structure toute particulière de l’axe autorise à penser que non-seulement les sporanges doivent être disposés en lignes verticales le long de l’épi, mais que leur nombre par chaque verticille doit être de trois ou un multiple de trois, qu’ils soient simples ou géminés.

Un fragment d’épi représenté fig. 9, pi. xxx, et que j’ai rencontré dans les magmas silicifiés de Saint-

Etienne, peut se rapporter par quelques caractères aux sphenophyllum.

Les bractées fertiles sont disposées en verticilles qui se correspondent verticalement. Les unes ont été brisées, les autres sont en place, quelques-unes portent des sporanges.

Un peu au dessus de chaque bractée on retrouve le renflement particulier, m, que j’ai signalé plus haut sur les tiges de sphenophyllum (fig. 1, pl. xxvm).

Dans l’intérieur de l’axe, autour du faisceau vasculaire central, on remarque des cellules rectangulaires à

parois épaisses, superposées en files verticales et sans ponctuations, que j’ai indiquées dans les jeunes rameaux de sphenophyllum par la lettre c’.

Si donc ces caractères communs sont suffisants pour légitimer l’attribution aux sphenophyllum de ce fragment d’épi, les fructifications de ces plantes se composeraient d’une série de verticilles de bractées fertiles superposées sans alternance de verticilles stériles, comme dans les annularia et les aster ophy lûtes.

A l’aisselle de certaines bractées se trouveraient disposés un ou deux macrosporanges, sp, renfermant une ou deux macrospores, ma (fig. 9, pl. xxx). Le macrosporange a été comprimé contre la tige et la bractée à l’aisselle de la laquelle il se trouvait a été brisée en g”; un faisceau de trachées, tr, se dirige dans l’enveloppe déchirée du macrosporange.

Plus haut, au troisième verticille, une macrospore, ma’, est sortie de l’enveloppe du macrosporange, sp’, et repose sur la bractée; le macrosporange a été rompu par la pression qu’a subi tout ce côté de l’épi.

Entre les deux verticilles à macro sporanges, s’en trouve un autre qui porte une bractée avec un conceptacle, mi, rempli de granulations blanches qui ne peuvent être que des microspores ; la bractée qui supportait le microsporange a été également brisée en g”.

Les micro sporanges paraissent avoir été épiphylles car à gauche de l’épi, au troisième verticille, on voit un microsporange adhérent encore à la face supérieure de la bractée qui n’a subi ni compression, ni rupture. Les autres bractées visibles dans le dessin ont perdu les fructifications qui s’y trouvaient probablement comme sur les premières.

De cette description incomplète, il résulte que les

épis de sphenophyllum, en admettant l’exactitude de l’attribution que je viens de faire, se composaient d’une série de bractées disposées en verticilles, portant alternativement des macrosporanges placés à leur aisselle et des microsporanges portés à une certaine distance de l’axe, sur le limbe de la feuille.

On conçoit que la disposition relative des macrosporanges et des microsporanges puisse un jour fournir un bon élément de classification quand on connaîtra un plus grand nombre d’épis.

Il est à regretter que je n’aie pu fixer le nombre des bractées insérées à chaque verticille qui pourtant m’a semblé ne pas devoir dépasser trois, le nombre des macro sporanges et des micro sporanges ; mais l’échantillon de 4mm de longueur, qui ne pouvait fournir qu’une coupe longitudinale, était insuffisant comme dimensions et comme conservation pour répondre à toutes les questions importantes qui pouvaient se présenter à Y esprit.

La connaissance plus complète de la tige des sphenophyllum et de l’organisation probable de leurs fructifications vient-elle confirmer quelques-unes des opinions émises par les nombreux auteurs qui ont discuté sur la place que ces plantes devaient occuper dans l’échelle botanique ?

Vient-elle surtout corroborer celle qui range les sphenophyllum parmi les lycopodiacées ?

Dans cet ordre, la tribu des lycopodiacées hétérosporés, renfermant les genres selaginella et isœtes, pourrait seule fournir des éléments de comparaison, puisque ce sont les seuls qui offrent à la fois des macrospores et des microspores.

Mais la structure de la tige dans ces deux genres n’a aucun rapport avec celle offerte par la tige des spheno-

pliyllum , tige si bien caractérisée par ses articulations portant des feuilles en verticille et par son axe ligneux à trois faisceaux distincts. S’il y a quelques rapports communs du fait de la présence de macrospores et de microspores dans les épis de sélaginelle et dans ceux des sphenophyllum, là s’arrêtent les rapprochements possibles.

Quant aux isœtes , les différences entre ce genre et le genre fossile sont encore plus frappantes, et sous le rapport de la disposition des fructifications et sous celui surtout de la structure de la tige, la comparaison ne peut se soutenir un seul instant.

On a comparé, comme nous l’avons vu précédemment, les sphenophyllum aux marsiliacêes. Les feuilles du Sp. truncatum, du S. Thonii, ne laissent pas en effet que d’avoir quelque analogie de forme avec celles de quelques marsilia , mais la structure de la tige ou rhizome, dans ce dernier genre, ne peut en rien être comparée à celle des sphenophyllum ; et de plus les macrosporanges et les microsporanges sont réunis dans une enveloppe commune. Les mêmes remarques peuvent se faire relativement à la structure de la tige des pilulaires et à la position de leurs macrosporanges et microsporanges.

Reste dans la famille des rhizocarpées, la tribu des salviniées. M. le docteur C.-A. Bertrand, le premier, m’a fait remarquer qu’il pouvait exister des analogies entre les salvinia, plantes si chétives de nos jours, et les sphenophyllum.

On sait que la tige des salvinia présente une série de verticilles ternaires alternants; une des feuilles réduite à une touffe de radicelles plonge constamment dans l’eau, les deux autres flottent à la surface.

L’axe ligneux se compose de trois faisceaux vasculaires comme dans les sphenophyllum. Le cylindre ligneux est entouré d’une couche de grandes cellules à sections sensiblement rectangulaires non ponctuées, comme dans les jeunes rameaux du genre fossile.

En dehors se trouve un cercle de lacunes que l’on ne rencontre pas, il est vrai, dans les sphenophyllum , mais ces plantes n’étaient pas aussi essentiellement aquatiques et flottantes que les salvinia.

Dans cette dernière tribu, les macrosporanges et les microsporanges sont distincts et séparés ; les épis de sphenophyllum offrent la même séparation dans ces organes.

Les rameaux des salvinia naissent entre une feuille immergée et une feuille flottante ; dans les sphenophyllum, un rameau naît dans le prolongement même de l’un des rayons de l’axe triangulaire, par conséquent entre deux feuilles contiguës qui sont placées symétriquiment par rapport à ce rayon. (Voir fig. 2, pl. xxx, et fig. 2 et 3, pl. xxvm).

L’étude plus complète du genre fossile et du genre vivant montrera si les analogies peuvent s’étendre plus loin, en tenant compte des modifications nécessairement très importantes dans la structure de la tige des feuilles et des fructifications d’une salvinia qui, passant de l’état précaire où elle se rencontre maintenant, deviendrait frutescente et aérienne.

EXPLICATION DES PLANCHES

CONCERNANT LES SPHENOPHYLLUM

PLANCHE XXYI.

Figure 1. — Coupe transversale passant par un nœud d’un échantillon, peut-être le S. erosum provenant des gisements silicifiés d’Autun (gr. 8 diam.).

a. Axe triangulaire parcourant toute la longueur de la tige sans aucun renflement aux articulations.

La partie centrale est formée de gros vaisseaux à ponctuations elliptiques aréolées.

Vers les angles du triangle les vaisseaux ponctués sont remplacés presque totalement par des vaisseaux rayés, 5, qui se creusent en gouttière et enveloppent un faisceau de trachées c.

d. Zone vasculaire formée de tubes ponctués aréolés, la section de ces vaisseaux est quadrangulaire, ils sont plus volumineux entre les extrémités de l’axe triangulaire que dans les parties qui correspondent aux angles.

Entre ces vaisseaux se trouvent de minces bandes verticales do tissu cellulaire peu apparentes dans cette coupe transversale.

e. Région où les vaisseaux ponctués sont de même nature qu’en d , mais plus petits.

f. Tissu cellulaire très peu résistant, rarement conservé, c’est la couche la plus interne de l’écorce.

g. Tissu disposé en bandes rayonnantes et régulières, analogue à du tissu subéreux.

i. Partie fibreuse de l’écorce très épaisse dans cette portion de l’échantillon qui correspond à une articulation.

h. Traces laissées dans le tissu fibreux de l’écorce par les faisceaux vasculaires au nombre de dix-huit, qui se rendent aux feuilles.

Fig. 2. — Coupe transversale d’un échantillon venant de Saint- Étienne, S. stephanense ; la section passe par un nœud et rencontre les faisceaux vasculaires qui se rendent aux feuilles (gros. 35 d.).

b. Extrémité de F un des angles du faisceau vasculaire central et qui est composée dans cette partie de vaisseaux scalariformes.

c. Région occupée par des trachées déroulables, de cette région s’échappent deux faisceaux vasculaires, h h, qui se dirigent presque horizontalement.

Dans la portion cellulaire de l’écorce comprise entre l’axe ligneux et la partie fibreuse extérieure, ces deux faisceaux se sont dédoublés, car nous retrouvons quatre branches qui pénètrent dans la région fibreuse, et les plus extérieures de ces branches, h’ h ”, se bifurquent à leur tour avant de sortir de la tige.

m m. Représentent les sillons existants entre les bases des feuilles qui reçoivent chacune dans cette espèce trois faisceaux vasculaires issus de l’un des deux faisceaux partant de l’extrémité de l’axe triangulaire.

f. Portion interne de l’ccorce non conservée.

Fin. 3. — Coupe transversale faite un peu au dessus du milieu de l’entre-nœud, elle passe dans la partie du limbe foliaire qui est divisé en trois lanières.

p p p. Ces trois sections appartiennent à la même feuille, et p’ p p’ à une autre feuille voisine insérée sur le même verticille que la précédente ; il n’y a qu’un seul faisceau vasculaire dans chaque division foliaire.

m m. Sillons normaux de la tige au nombre de trois qui parcourent tout l’entre-noeud.

m’. Sillons qui ne sont bien distincts que près des noeuds et dus aux intervalles des bases de feuilles légèrement renflées.

n n. Poils ou piquants qui existent autour de la tige le long des rainures.

Fig. 4. — Tige feuillée de S. steplmnense un peu plus grande que nature, on voit trois articulations dont deux portent des feuilles. La surface de la tige a été entamée par la cassure du fragment siliceux, la base de la feuille se termine souvent sous un angle droit ou aigu r (premier verticille) ; cette tendance de la feuille à former au dessous de l’articulation un coude plus ou moins accentué, se remarque encore mieux dans les empreintes des épis du S. a ngustifolium.

Fig. 5. — (Grandeur naturelle).

m . Tige portant un rameau n ; on peut remarquer que le rameau se trouve dans un plan vertical passant par le centre de la tige et l’une des extrémités de Taxe triangulaire ; de plus que le faisceau triangulaire du rameau a une orientation symétrique par rapport au faisceau de la tige et un plan tangentiel médian.

Fig. 6. — Coupe transversale de Taxe triangulaire d’une tige de sphenophyllum (gros. 40 d.).

a. Vaisseaux à ponctuations aréolées du centre.

b. Vaisseaux scalariformes placés à la suite ; ces vaisseaux qui se prolongent en c, accompagnés extérieurement de quelques vaisseaux ponctués, forment souvent une lacune c’ qui, dans les échantillons bien conservés, se présente remplie de trachées déroulables et déroulées, à un ou deux rangs de spires. Dans cet échantillon les trachées ont disparu.

c’ . Lacune très apparente à cause de la disparition du faisceau trachéen qui occupait cette extrémité de Taxe triangulaire.

d. Première rangée de gros tubes à ponctuations elliptiques, aréolées, faisant le tour du faisceau vasculaire central, les tubes sont de même nature sur tout le contour mais plus petits aux trois angles.

I. Tissu conjonctif existant quelquefois entre Taxe vasculaire et son enveloppe d plus extérieure.

Fig. 7. — Coupe transversale d’une feuille de Sp. stephanense (gros. 35 d.).

a a. Coupe des trois nervures longitudinales de la feuille dans la partie du limbe qui n’est pas encore divisée en trois lanières.

f f. Couche de cellules épidermiques, rectangulaires, formant la surface supérieure de la feuille et d’un seul rang de cellules,

f’ f. Surface inférieure de la feuille ; les cellules sont plus petites, arrondies, et forment deux ou trois rangées.

i. Tissu utriculaire, intermédiaire, lâche et lacuneux, le plus souvent mal conservé.

Fig. 8. — Feuille de sphenophyllum stephanense ; les incisions entre les dents devraient être deux ou trois fois plus profondes qu’elles ne l’ont été indiquées dans la figure.

Page 1