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CHAP. I. — MODE D EXPLOITATION ET GENRE DE VIE

toutes les autres matières nécessaires à la fabrication ne peut jamais être poussée plus loin que ne le permet la capacité des appareils de chauffage. D'autre part, si l'on veut s'entêter à diminuer la consommation de la houille et la quantité du produit, en s'abstenant de diminuer la durée du travail, le nombre des chaudières chauffées, le personnel, etc., cette réduction trouvera dans tous les cas sa limite au point où la masse de charbon employée est trop faible pour maintenir en marche sans interruption les appareils à vapeur. Il va de soi que l'on trouve beaucoup plus tôt une limite supérieure et une limite inférieure quand, — et c'est le cas pour l'industrie textile, — on ne peut pas trop accélérer la marche des machines à filer ou des métiers mécaniques sans sacrifier la qualité du produit, et quand on ne peut pas trop la ralentir sans que la résistance n'arrête les machines. Il en est de même pour toutes les machinesoutils, tandis qu'il y a une limitation dans les deux sens pour les industries où les procédés d'évaporation, de fermentation, et les autres procédés chimiques supposent un degré exact de remplissage des tuyaux et des récipients. Les ustensiles de cuisine et divers autres objets jouent le même rôle dans la vie domestique : ainsi, il serait difficile d'entretenir le feu d'un poêle pendant un temps donné avec trop ou trop peu de combustible.

Quand un certain mode d'exploitation ou quand un certain genre de vie peut être maintenu malgré les empêchements techniques de cette nature, d'autres difficultés peuvent encore se faire sentir. L'entrepreneur qui prend part lui-même au travail manuel ne peut dépasser les limites de ses forces et, s'il ne fait que surveiller et diriger l'exploitation, malgré tous ses efforts et toute son énergie, il ne pourra augmenter les prestations de ses ouvriers à salaire lixe beaucoup au-dessus de leur quantum habituel ; enfin, il en sera de même s'il emploie des travailleurs aux pièces : il ne réussira pas à accroître leur production au

delà des bornes d'une certaine fatigue. 11 existe donc une limite supérieure que ne peut franchir l'augmentation des quantités produites, ni, par suite, l'usage des moyens de production. Il ne sera pas moins difficile à l'entrepreneur de fabriquer beaucoup au-dessous de la normale, tant qu'il maintiendra avec opiniâtreté la durée de travail, le nombre d'ouvriers et l'installation antérieurs. En premier lieu l'on pourrait constater le mécontentement des salariés à la tâche qui ne pourraient [»lus subsister si la quantité de travail était réduite. De plus les ouvriers à la journée ne seront pas satisfaits si l'on exige d'eux qu'ils consacrent leur temps de travail, avec lenteur et précaution, à une certaine quantité dont il leur serait facile de venir à bout en moins de temps. Enfin l'entrepreneur lui-même devra apporter plus d'attention, de circonspection et de peine pour persévérer dans le maintien d'une production réduite. De même la consommation annuelle d'un article ne se laisse pas augmenter ou diminuer au delà de certaines limites lorsqu'on maintient son genre d'emploi ou lorsque la quantité et la qualité des parts de consommation ne varient pas ; en etfet, dès qu'une part dépasse ce qui procure pleine satisfaction, elle commence à provoquer le dégoût. Pareillement la diminution des parts, tant qu'elle ne s'est pas heurtée à des difiicullés techniques, trouve son point d'arrêt là où la part isolée ne suflit plus à causer une jouissance appréciable. Mettons qu'un chef de famille ne veuille distribuer par jour, à ses commensaux, qu'un petit verre ou même une cuillerée de bière, il exciterait sans doute le mécontentement de ces gens qui préféreraient recevoir la même quantité de bière chaque année en parts sullisantes, bien que moins fréquentes, et celle délimitation minutieuse ne causerait à ce chef de famille que de l'ennui et du souci.

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