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COURBES DE GENRES DE VIE ET DE MODES D EXPLOITATION DÉTERMINÉS

22. Tracé de ces courbes. — Malgré les difficultés que présente le maintien d'un certain genre de vie ou d'un certain mode d'occupation, dès qu'il s'agit d'augmenter ou de diminuer dans une mesure considérable la consommation ou la production annuelle d'un article quelconque, nou^ voulons cependant essayer de persévérer dans l'hypothèse de ce maintien. Nous pouvons alors construire une courbe du coût et une courbe de l'utilité pour tous les objets dont la quantité peut varier sans modifier le mode d'exploitation uu le genre de vie, — c'est-à-dire en laissant de côté les articles dont une simple unité suffit pour provoquer le changement inévitable de ce mode d'exploitation ou de ce genre de vie. Etant donné un mode fixé d'occupation ou un genre fixé de vie, on obtient une courbe du coût, lorsque l'objet dont il s'agit est vendu comme produit, et une i ourbe de l'utilité, quand il est acheté comme matière nécessaire à la production ou à la consommation ou, en même temps, à toutes deux.

Nous ne pouvons bien entendu tracer ces courbes que dans l'hypothèse, mentionnée au début de cet ouvrag« § I . que l'estimation individuelle de la valeur de l'argent ne change point et que le> prix de toutes les autres marchandises sont données comme invariables. Il est évident que les courbes seraient bien différentes si les autres articles

avaient d'autres prix. lie prix de revient de toute quantité annuelle d'un objet dépend naturellement, des prix des moyens auxiliaires de production et des produits secondaires ; en outre, jouent un certain rôle en la circonstance les prix des articles de consommation et même de ces articles qui n'ont en apparence qu'un rapport assez lointain avec celui envisagé. De même l'utilité d'un moyen de production ou d'un objet de consommation est fonction des prix des produits et de tous les autres articles qui peuvent le compléter ou le remplacer.

Les courbes d'un genre donné de vie et d'exploitation relatives à un article quelconque, qu'il s'agisse d'une courbe du coût y.-j- \ßg. 22) ou d'une courbe de l'utilité Xv (fig. 23), se distinguent essentiellement des courbes dont nous avons parlé plus haut, — et qui reposaient sur l'hypothèse du genre de vie et du mode d'exploitation toujours le plus avantageux, — par ce fait qu'elles n'ont pas leur origine au point 0 du système des coordonnées. Il en résulte donc l'impossibilité de diminuer usque ad infinilum la quantité annuelle d'un article, étant donné la fixité du genre de vie ou du mode d'exploitation. On vérifie aussi l'impossibilité, déjà signalée, d'accroître le quantum annuel d'un objet quelconque au delà d'une certaine limite; en effet, les courbes /.x et Xv, comme les courbes étudiées plus haut, sont du côté droit asymptotes à une verticale. J\e nous arrêtons pas sur ce fait que, le plus souvent, aussi bien à droite qu'à gauche, les courbes sont interrompues, quand on arrive à des quantités qui, pour des motifs techniques, ne peuvent être dépassées.

La courbe du coût *a est en général convexe : car, étant donné un genre fixe de vie et un mode fixe d'exploitation, la loi physiologique, ci-dessus relatée — d'après laquelle le déplaisir provoqué par une prestation supplémentaire est d'autant mieux ressenti qu'il y a déjà plus de prestations antérieures du môme genre — joue avec plus de netteté

encore que dans l'hypothèse du genre de vie et du mode d'exploitation toujours le plus avantageux. En outre, il en est de même pour la quantité produite que pour l'effort de l'entrepreneur et de ses ouvriers : si la quantité croît, le coût des autres matières employées à la fabrication augmente plus vite que la quantité produite ; en eilet, si le genre d'occupation ne varie pas, cette dernière ne peut être accrue que par l'accélération et le forcement de l'exploitation, ce qui rend sans cesse plus défectueuse l'utilisation des matières premières et auxiliaires. Elle reste de plus en plus inférieure au rendement théorique intégral; seules les dépenses de transport et, dans une certaine mesure, celles d'emballage sont en proportion exacte de la quantité produite.

Le fait que celte quantité produite croit jjIus lentement que la quantité consommée d'une matière première ou auxiliaire a cette conséquence que le bénéfice brut et aussi l'utilité de toute matière employée à la fabrication augmenteront moins que proportionnellement et que, par cela même, la courbe Xv qui s'y réfère sera en général concave. Cette courbe présente un point maximum, puis une partie descendante, car, un genre d'occupation étant donné, chaque entrepreneur ne peut employer qu'une certaine quantité de telle matière première qui lui procure pleine satisfaction, même si elle ne lui coûtait rien ; il ne pourrait en utiliser plus sans dommage que moyennant une prime, c'est-à-dire un prix négatif de la matière première en question. Par contre, si la courbe Xv se réfère à un simple objet de consommation, la loi physiologique ci-dessus mentionnée se fait sentir d'après laquelle, si la consommation augmente, ce que rend seul possible l'accroissement des parts de consommation, le mode d'emploi de l'article restant le même, l'utilité de toute la production annuelle croît, mais de plus en plus lentement, jusqu'à ce que l'on atteigne le point île pleine satisfaction. A ce moment, toute part de consomma-

tion prise individuellement a atteint l'ampleur désirable : une augmentation des parts et, par suite, de la quantité annuelle ne serait plus agréable, mais déplaisante ; ainsi de plus fortes quantités ne seraient consommées, en maintenant le genre d'emploi supposé, que si l'on y poussait par des primes à la consommation, c'est-à-dire par des prix négatifs de l'article. L'inconvénient résultantde laconsommation exagérée tendra enfin vers un dégoût insurmontable, c'est-à-dire vers l'inlini : cela s'exprime graphiquement parla partie delà courbe d'utilité descendant à droite, asymptote à une verticale. Mais il est clair qu'une courbe, qui monte d'abord, atteint un point culminant, puis descend à l'inlini sans dépasser à droite une abscisse déterminée, ne peut être que concave d'un bout à Pautie ; il en est ainsi de la courbe Xv, si elle se réfère à un article qui est moyen de production ou objet de consommation, ou qui présente à la fois ces deux caractères.

Enfin, en raison de l'analogie que l'on peut généralement observer entre la production et la consommation, il est naturel d'attribuer à cbaque courbe du coût d'un genre de vie et d'un mode d'exploitation déterminés un minimum analogue au maximum de la courbe d'utilité, à la gauche duquel la courbe /.a monte à nouveau. Pour les travaux simples, les ouvrages à l'aiguille par exemple, il est manifeste que, s'il faut maintenir une durée quelconque de travail, il existe un certain quantum de production où ce travail est le plus agréable, car l'impatience qui s'empare de l'ouvrière quand elle doit passer le même temps à produire moins est ressentie avec autant de gène que la fatigue causée par une production plus forte. Ce quantum, présentant le maximum d'agrément pour lequel la courbe du coût -/.a se trouve en sou point minimum, est en même temps celui qui existerail si le produit ne pouvait être livré qu'à titre gratuit, tandis qu'une nouvelle réduction de la production ne s'effectuerait que s'il fallait payer une prime à l'acheteur. On

i HAT. II. — COURBES DE GENRES DE VIE '»I

comprend que le point minimum et, en outre, la partie montant ù gauche de la courbe du coût /.?. ne pourront être observés que par exception à l'égard de certains articles, En général la courbe du eoùt prend lin longtemps avant d'avoir atteint son point minimum, pour une quantité beaucoup plus grande; pour le même motif la partie gauche de la courbe '/./, quand elle se réfère à une matière nécessaire à la production, ne se poursuit pas très bas. Si la courbe ) > concerne un article de consommation, lorsque la quantité annuelle diminue et que les poêlions de consommation deviennent trop petites, l'utilité finit par disparaître tout à fait,

23. Courbures en sens contraire. — Après avoir mis en lumière toutes les circonstances qui déterminent et accentuent la convexité de toute courbe *a et la concavité de toute courbe >•■>, il nous faut mentionner les causes qui agissent en sens contraire. Chaque production fournit, outre son produit principal, des produits accessoires ou tout au moins des déchets et des rognures, et, en règle générale, le montant annuel de chacun des produits accessoires croit plus vite que celui du produit principal ; il en résulte que le rendement en argent de ces produits complémentaires augmente dans une mesure plus rapide, si leur réalisation est possible. Ce bénélice vient en déduction du prix de fabrication du produit principal, ce qui affaiblit la convexité de la courbe du coût relative à ce produit. La même influence diminue la concavité de toute courbe de l'utilité d'un genre fixé de vie et d'exploitation concernant une matière employée à la production ; en elïct, par suite du gain afférent aux produits complémentaires et de son accroissement relativement plus rapide, l'utilité de chaque matière auxiliaire augmente et la diminution de l'utilité se trouve ralentie par toute quantité ultérieure employé.-. Cette inlluence s'accentue encore dans les industries où les

62 TAUT. il. — LES ÉLÉMENTS CONSTITUTIFS DES COURBES

produits complémentaires présentent une certaine importance par leur nombre ou leur quantité, et par leur valeur, comme dans une fabrique de produits chimiques ou dans une minoterie qui fournit depuis les farines les plus fines jusqu'aux sons les plus grossiers.

Etant donné un certain genre fixe de vie ou mode fixe d'exploitation, la courbe du coût peut être construite tout aussi bien pour Tun quelconque des produits secondaires que pour le produit principal, dès que sont connus les prix de tous les autres articles et en particulier de ce produit principal. Ceci s'applique à tous les produits, même à ceux de valeur infime ; ainsi, pour une fabrique de sucre, la courbe du coût d'un certain genre de vie et d'exploitation peut se rapporter alternativement à l'une des qualités de sucre produites, comme à la mélasse, vendue à la distillerie, au noir animal, livré à la fabrique de produits chimiques, à la pulpe de betterave, en tant que nourriture du bétail, aux déchets, employés comme engrais, à la cendre de houille, qui ne fait qu'occasionner des dépenses d'enlèvement. La fabrication de l'article principal, en l'espèce le sucre, croît moins vite que celle du produit secondaire, et il en est naturellement de même du bénéfice brut fourni par la vente du sucre, bénéfice qu'il faut déduire lorsqu'on évalue le coût de fabrication du produit secondaire considéré ; ici encore, par suite, ce coût augmente avec plus de rapidité que la quantité produite, ce qui justifie le caractère général convexe de la courbe relative au produit en secondaire. Par contre, pour un produit principal de ce genre, on peut se demander si la dépense afférente aux matières auxiliaires servant à la fabrication augmentera plus vite que les quantités obtenues du produit principal. L'emploi de toute matière auxiliaire, il est vrai, croît, comme la production de tout article secondaire, plus rapidement que celle du produit principal, mais l'emploi d'une ou de plusieurs matières auxiliaires peut augmenter plus

vite ou plus lentement que la quantité du produit secondaire auquel se réfère la courbe v.u. Le coût de toute matière première, dont la quantité nécessaire croît plus vite, augmente la convexité de la courbe v.y] par contre toutes les matières premières dont la quantité utilisée augmente plus lentement que la quantité du produit secondaire envisagé diminuent la convexité de la courbe v.J..

Pour les produits de celte espèce, le cas mentionné plus haut d'une livraison gratuite se présente assez souvent ; en effet, quand un article, la mélasse par exemple, est invendable ou nécessiterait même des frais d'enlèvement et de transport sans compensation possible, le mode d'exploitation de la fabrique de sucre n'exige aucun changement. Aussi la courbe du coût, y.*, si elle se réfère à ce produit,, descendra-t-elle au-dessous de l'axe des abscisses et y présentera-t-elle un minimum — comme dans la ligure 21. La quantité de mélasse correspondant à ce minimum et indiquée par l'abscisse est juste telle que la production en aura lieu dans le seul cas où son enlèvement n'entraînera aucun débours. Si l'entrepreneur devait payer les frais de ce transport, il se bornerait à la production de plus faibles quantités; et des quantités de mélasse et en même temps de sucre encore plus fortes ne peuvent être produites que si la mélasse offre une valeur positive.

Enfin, il faut observer que, même si un certain genre de vie et mode d'exploitation se maintient rigoureusement, on pourra et, en conséquence, on s'efforcera de réagir contre une augmentation trop brusque de Tellort et aus>i du coût de production en adaptant de façon convenable la consommation des différents articles aux quantités variables du produit. Ainsi un petit entrepreneur qui prend part au travail manuel tâchera, si son travail s'accroît, d'augmenter les parts de consommation de ses moyens ce nourriture et de jouissance, pour rendre moins sensible le supplément fl*effort ; cette tendance diminue l'incurvation

de la courbe de coût /.y. et de la courbe d'utilité Xv relative à un moyen quelconque de production. En outre un producteur, par exemple un paysan qui consomme lui-même une partie du blé qu'il récolte, peut arriver, en limitant sa propre consommation, à augmenter la quantité mise en vente avec un etïort moindre que celui nécessaire pour forcer sa production. De même, l'utilité des accroissements de consommation, par exemple du fonds principal de nourriture, décroîtra plus lentement, et par suite la concavité de la courbe y relative Xv diminuera, parce que l'entrepreneur, par une consommation plus abondante, sera à même de fournir plus de travail et, par là, de faire des bénéfices plus élevés. Egalement la réaction contre l'augmentation des quantités consommées, du café par exemple, est amoindrie par la possibilité d'augmenter aussi celle du sucre dans la même proportion, mais de diminuer la consommation éventuelle du thé, etc.

Pour toutes ces raisons, en ce qui concerne les courbes d'un genre fixe de vie et d'un mode fixe d'exploitation, malgré leur forme indubitablement soit convexe soit concave dans leur ensemble, nous ne pouvons pas exclure de façon absolue la possibilité de courbures contraires çà et là ; d'autant plus que, vu le peu d'ampleur du domaine réel où sont en vigueur tout genre de vie et tout mode d'exploitation déterminés, il n'est pas possible de suivre longtemps une telle courbe en se basant sur l'expérience.

24. Le rayon recteur tangent. — Les mêmes considérations et la même construction que plus baut (§ 4) nous conduisent aussi de la courbe du coût xa(fig. 22 ou 24) ou de la courbe de l'utilité Xv (fig. 23) aux dérivées -/.V et XV, qui représentent respectivement, pour un genre de vie et un mode d'exploitation déterminés et pour n'importe quel produit, la courbe de l'offre et la courbe de la demande d'un moyen de production ou de consommation. Le fait que les courbes

•/.a et Xv ne partent pas du [joint 0 occasionne, dans le tracé de leurs dérivées, quelques déviations marquées du tracé des courbes de 1'oHYe et de la demande, relatives au genre de vie et au mode d'exploitation le [»lus avantageux, telles que ces courbes ont d'abord été étudiées. Naturellement les courbes -/.V et XV ne commencent pas non plus au point 0, mais verticalement au-dessus ou au-dessous de l'extrémité gauebe des courbes originaires m et Xv. En outre, les courbes dérivées coupent les courbes originaires en un point a, où coïncident, pour ces dernières, la tangente et le rayon vecteur; pour la courbe de l'utilité Xv, ce rayon vecteur tangent est celui de tous qui monte le plus, mais qui s'élève le moins pour la courbe du coût -/.a; dans le cas de La ligure 21, il va même jusqu'à descendre.

Le rayon vecteur le plus ascendant de la courbe de l'utilité indique le prix le plus élevé auquel l'achat de L'article considéré peut justement encore avoir lieu, étant donné un genre de vie lixé : si le prix était augmenté, la dépense serait supérieure à l'utilité, comme le démontre la ligure 23. De même le rayon vecteur le moins ascendant de la courbe du coût /.u (fig. 22; désigne le prix le plus bas auquel la production et la vente de l'objet considéré restent possibles, étant donné ce mode d'exploitation : en effet, pour tout prix inlérieur, le bénéfice brut resterait au-dessous du prix de revient. Dans la ligure '1\ le rayon vecteur tangent indique le prix négatif le plus élevé, c'est-à-dire la prime la plus élevée qu'on puisse verser pour se débarrasser du produit en question. 1/abscisse du point a (fig. 22 ligure la quantité de la production au prix le plus bas par unité et par conséquent au moindre coût moyen du produit auquel se réfère la courbe xa. Le coût moyen de toute quantité est donné par la direction des rayons vecteurs de la courbe du coût et, aussi bien à droite qu'à gauche du point 7, ces rayons sont toujours de plus en plus ascendants.

Aiispilz et Lieben. 5

A droite de son point d'intersection avec la ligne de l'utilité Xv, la courbe de la demande XV s'incline vers Taxe des abscisses, coupe cet axe juste au-dessous du point maximum de la courbe Xv et, en fin de compte, ces deux courbes sont asymptotes à la môme verticale. De même la courbe de l'otlre *'«' est limitée à droite par l'asymptote de la courbe du coût v.y. et ne peut couper la ligne des abscisses qu'à l'endroit précis où -m atteint son minimum. A gauche, les dérivées ont une direction et une courbure opposées à celles des courbes originaires.

25. Position relative des courbes de différents genres de vie et modes d'exploitation déterminés.— Pour mieux faire connaître la relation entre les courbes d'un genre de vie ou mode d'exploitation déterminé et celles d'un genre de vie ou mode d'exploitation le plus avantageux, nous pouvons représenter tout genre de vie ou mode d'exploitation fixé possibie concernant une individualité économique au moyen d'une courbe '■* ou Xv relative à un article A de qualité immuable. Ces courbes offriront une grande diversité de forme et de situation, mais on peut les ligurer au moyen des mêmes abscisses. Cela n'est admissible, bien entendu, que si l'article est l'objet d'une détermination exacte, plus précise que ne l'exige le vocabulaire ordinaire. En efïet, d'après celui-ci, la farine, le sucre, le fil, le charbon, etc., représentent chacun un seul article, alors que nous devons en regarder les diverses espèces et qualités comme des articles indépendants, quand elles provoquent des différences de prix.

Si, maintenant, nous comparons (fig. 25) deux courbes du coût /.i-ul et Kaa3, relatives au même produit A, d'un certain genre de vie et mode d'exploitation du même individu, courbes qui se coupent sur la verticale passant par le point A, la figure montre qu'il y a production à meilleur compte, selon le mode d'exploitation x^, pour les quantités infé-

rieures &Ok, et, selon le mode d'exploitation/..^, pour les quantités supérieures. Il y a donc lieu, suivant que les quantités sont plus ou moins considérables, de préférer le mode d'exploitation x,a, pour les quantités moins considérables ou celui XjOj pour les quantités plus importantes, Un mode d'exploitation dont la courbe de coût, v.nin par exemple, offre un tracé constamment supérieur ne conviendrait à aucune quantité; ainsi, la position en hauteur de toute courbe est, en même temps que sa forme, d'une importance fondamentale.

Comme le montre l'expérience, parmi les divers éléments du coût de production, il en est qui augmentent et diminuent sans cesse avec la quantité produite, et d'autres qui restent constants et ne dépendent en rien de cette quantité, tant que le mode d'exploitation ne change pas. Aux dépenses du second genre appartiennent tous les traitements et salaires fixes, qu'il s'agisse du directeur et des contremaîtres, et même du dernier des journaliers, mais non les salaires aux pièces, les loyers et fermages, les intérêts et amortissements. Parmi ces frais il faut aussi ranger les dépenses d'éclairage et de chauffage et cette partie de la consommation de charbon qui est indispensable pour maintenir les machines en marche pendant toute la durée du travail; il en est de même pour la nourriture des bètes de somme ou des animaux de trait; par contre, il faut exclure le charbon et les aliments supplémentaires qui sont nécessités par l'accomplissement du travail et qui dépendent ainsi de la quantité produite. Les frais de régie et les dépenses préliminaires ci-dessus mentionnées ne peuvent exercer aucune influence sur la forme de la courbe d'un genre de vie et d'exploitation fixé, mais elles déterminent la position en hauteur de toute courbe de ce genre et, à la vérité, toute augmentation de ces frais produit ce résultat, qu'étant donné le genre de vie et le mode d'exploitation en ■question toute courbe du coût /.x de l'article envisagé s'élève,

tandis que toute courbe de l'utilité Xv s'abaisse d'autant. Une simple modification dans la situation d'une courbe quant à sa hauteur, en admettant que la forme n'ait subi aucun autre changement, a toujours pour conséquence un déplacement dans le sens horizontal du point o (fig. 1% 23, 24} du rayon vecteur tangent, tandis que la dérivée n'est nullement influencée par une modification de cette

nature.

Un genre de vie, un mode d'exploitation qui nécessite des frais d^e régie et des dépenses préliminaires plus élevés qu'un autre — plus longue durée du travail, personnel plus nombreux, capitaux plus considérables — sera également rendu par une courbe du coût ■*.* située plus haut ; ce mode d'exploitation ne peut donc entrer en considération que si, dans cette courbe, le point du rayon vecteur tangent est placé plus à droite et si, par suite, l'élévation de la courbe ne devient rapide que pour des quantités plus considérables. De même que la création de nouveaux outils, en grand nombre et mieux appropriés à leur but. comporte une augmentation correspondante des dépenses préliminaires et diminue l'effort nécessité par une production plus considérable, de même exercent une action analogue, mais sur une plus grande échelle, le remplacement du roulage parles voies ferrées, la substitution de la machine au travail manuel, etc. Partout le progrès de l'industrie entraîne une augmentation des capitaux fixes et des dépenses préliminaires, et, par contre, une diminution des frais d'exploitation, grâce à un emploi rationnel et à une meilleure utilisation des forces. Aussi la production de faibles quantités devient-elle plus coûteuse, mais la production annuelle augmente sans forcer l'exploitation de façon sensible. Il faut d'ailleurs remarquer que, parmi les immobilisations de capitaux, toutes ne concourent pas à élever la courbe du coût. Si, par exemple, dansune fabrique de sucre qui transforme la mélasse en eau-devie, on vient à perfectionner l'installation de la distillerie, le

coût (Je production du sucre se trouve accru du fuit de cette dépense, mais il est diminué dans une mesure encore plus forte grâce au bénéfice dû à l'accroissement de la production de l'alcool. Des immobilisations de capitaux peuvent également présenter un avantage, bien qu'elles aient pour effet une production moindre de l'article A. Si, par exemple, une fabrique de sucre se met à produire du sucre cassé et, à vendre relativement moins de sucre en pain, la courbe du coût de ce nouveau mode d'exploitation allèrent aux pains de sucre montera plus rapidement, pour de faibles quantités, que la courbe du mode d'exploitation antérieur.

La diversité n'est pas moins grande dans les courbes de l'utilité relatives à un seul et même moyen de production ou de consommation A et à la même individualité économique pour des genres de vie et des modes d'exploitation différents. L'emploi de .1, un genre de vie ou mode d'exploilation fixé étant donné, est d'autant plus abondant que se trouve plus à droite le point maximum de la courbe de l'utilité pour le genre de vie et le mode d'exploitation relatifs à l'article envisagé, comme c'est le cas, dans la figure 26, pour la courbe /av2 par rapport à la courbe X,v,. Avec une plus longue abscisse du point maximum, celui-ci peut être plus relevé ou bien l'être moins, comme dans la courbe À„,vm , suivant que l'usage plus abondant de .4 offre ou non, à l'individu, une plus grande utilité effective pour sa production ou pour sa consommation personnelle. De plus, il y a lieu de tenir compte des recettes brutes ou jouissances personnelles plus importantes que l'on peut obtenir par un emploi plus large de l'article et d'un autre côté par les dépenses plus grandes que nécessite l'accroissement des autres moyens corrélatifs de production ou de consommation. Même sans ces suppléments de dépense, un emploi exagéré d'un article déterminé peut être moins utile que s'il est plus modéré : en effet, pour prendre un

exemple proverbial, personne n'aimerait manger tous les jours de la perdrix. Enfin un genre de vie ou un mode d'exploitation dont la courbe, Xnv„ par exemple, offre un tracé d'nn bout à l'autre inférieur à celui des autres courbes ne peut convenir à aucune quantité.

CI1AITI1Œ III

COMBINAISON BKS COURBES DU GENRE DE VIE LE PLUS AVANTAGEUX ET DU MODE LE PLUS AVANTAGEUX D'EXPLOITATION

26. Le coût de production minimum et l'utilité maximum. — Prenons tous les genres de vie et tous les modes d'exploitation d'une individualité économique, qui seraient possibles pendant l'époque considérée, concernant l'article .4, d'une qualité constante, et représentons ces genres et modes — dans un diagramme — par les courbes du coût et de l'utilité correspondant à ce même article : ces courbes seront extraordinairement nombreuses et se suivront très près l'une de l'autre. Souvent des modifications presque négligeables de la répartition du temps, du personnel, de la machinerie ou de l'outillage, de la qualité des autres articles, etc., ont pour résultat le passage à un genre de vie et d'exploitation nouveau, bien que peu différent ; aussi chacun pourra-t-il choisir entre de nombreux genres de vie et modes d'exploitation, même s'il s'agit des productions les plus simples et du train de maison le plus modeste. Bien que, dans les entreprises plus importantes, comme dans les plus riches maisons, un faible changement né compte guère comme modification du genre de vie et du mode d'exploitation, le nombre des changements possibles n'y sera certainement pas moindre, si nous supposons, non plus que l'individu considéré est fermement attaché à un genre déterminé de vie et à un mode déterminé d'exploitation, mais que, comme nous le faisons depuis le début de cette étude, cet individu s'efforce do produiro toute quantité annuelle de l'ar-

ticle yl au meilleur marché possible; il n'y a à considérer, parmi toutes les courbes du coût imaginables d'un genre de vie et d'un mode d'exploitation déterminés, que celles qui se trouvent, au moins dans une partie de leur tracé, plus bas que toutes les autres, et seulement dans cette partie. Réunissons ces parties de courbes qui se trouvent dans ce cas : nous obtenons la ligne brisée irrégulière des moindres coûts de production-/., £^2 ...a(fig. 27a oub). Si nous supposons de même que chaque individu lâche d'employer toute quantité devant être consommée de .4, de façon à en tirer le maximum d'utilité, cela nous amène, par analogie, à rassembler seulement les parties les plus élevées, proéminentes, et à constituer ainsi la ligne brisée du maximum d'utilité À1£1e2 ...n (fig. 28). Toute ordonnée de l'une ou de l'autre de ces lignes brisées représente les frais minima que l'individu doit consacrer à la production de la quantité en question de l'article -4, étant donné les prix de tous les autres articles ou l'utilité maximum que lui procurera la quantité envisagée. En outre, comme toute partie continue de ces lignes, qui se trouve entre deux points angulaires successifs, appartient à la courbe d'un genre de vie ou d'un mode d'exploitation déterminé, nous voyons aussi quel genre de vie ou quel mode d'exploitation est le plus approprié pour chaque quantité de l'article -4, et dans quelles limites.

Les ligues k^e, ... a etXjS^ ... n ne sont composées que de courbes afférentes à des genres de vie et des modes d'occupation fixés; comme celles-ci, elles peuvent donc ne pas commencer au point 0, et elles ont vers la droite un tracé asymptotique respectivement ascendant ou descendant, par rapport à la verticale. Cela montre que, si l'on choisit le genre de vie et le mode d'occupation les plus appropriés, des limites infranchissables se dressent devant la production et devant la consommation de n'importe quel article, étant donné une quantité finie quelconque. D'autre part, la ligne

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