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MODIFICATIONS DE LA COURBE DE. LA JOUISSANCE

55. Influence des changements de prix d'autres articles. — La courbe de la jouissance, relative à un article quelconque, d'un individu engagé dans la production, ne peut naturellement être tracée que si l'on connaît les prix de tous les autres articles ; elle est donc exposée à des changements de forme dès que varie le prix de l'un de ces articles. Nous avons observé le même fait pour la courbe d'un individu qui se contente de consommer, mais le renchérissement d'un article qui n'était contenu dans aucune des combinaisons apparaissant dans la courbe n'avait là aucune influence. Ici, au contraire, comme l'augmentation de prix d'un article quelconque peut amener l'individu à le produire, cette exception est écartée de sorte que le rapport de tous les prix se fait sentir pour tout individu.

Considérons d'abord la courbe de la jouissance relative seulement à ces articles qui ne sont pas produits et consommés en même temps, et en premier lieu à un article A que l'individu n'utilise que comme moyen de consommation; tous les moyens de production apparaissent alors comme des articles complémentaires dont les changements de prix jouent de la façon indiquée ci-dessus (§ 41). Il faut aussi considérer les produits comme des articles complémentaires, mais leurs changements de prix ont naturellement l'influence exactement opposée, parce que l'augmentation de la recette brute provenant d'une production

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déterminée joue dans le même sens que la diminution

de la dépense pour un moyen quelconque de production. La jouissance croit ainsi quand un produit enchérit juste comme quand un moyen de consommation ou de production devient meilleur marché. Si l'article est employé aussi comme moyen de production ou seulement comme tel, toute diminution de prix d'un produit qu'il sert à fabriquer ou toute augmentation de prix d'un autre moyen de production complétant le moyen de production A diminuent la jouissance. Mais le raccourcissement des ordonnées de la courbe de lajouisssance n'aura pas lieu dans l'ordonnée initiale ou bien il s'y fera moins sentir que dans les ordonnées situées adroite, et il sera beaucoup plus considérable pour l'ordonnée du point maximum. La partie droite de la courbe en question et, en même temps, la courbe de l'utilité deviennent moins bombées, et le prix maximum s'affaisse. Pour les variations de prix de ce genre très importantes, la quantité de pleine satisfaction peut aussi diminuer, du fait que les emplois les plus copieux du moyen de production .4 deviennent désavantageux; enfin le point maximum peut se trouver sur l'axe des ordonnées : dans ce cas, la demande du moyen de production A disparait en totalité, parce que l'entrepreneur doit entièrement abandonner, à cause de son prix trop peu élevé, le produit que -4 permettait d'obtenir, ou bien à cause du renchérissement d'un autre moyen de production indispensable à sa fabrication. Au contraire, si un moyen de production faisant concurrence au moyen de production A devient meilleur marché ou s'il y a renchérissement d'un produit qui pourrait être fabriqué à la place de celui que l'on obtient de A, la jouissance s'élève. De toutes les ordonnées de la partie droite de la courbe de la jouissance, c'est l'ordonnée initiale qui s'allonge le plus, tandis que l'ordonnée du point maximum est beaucoup moins influencée ; l'effet, opposé au cas précédent, exercé sur les ordonnées de la courbe de jouissance ramène ainsi

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le même changement de forme et en même temps une diminution de l'incurvation de la courbe de l'utilité, qui peut également aller jusqu'à la disparition de la demande.

Considérons maintenant la partie gauche de la courbe de la jouissance, relative à la seule production de l'article A, sous l'influence de changements de prix analogues. Le renchérissement d'un moyen de production, comme la diminution de prix d'un produit secondaire, affaiblit la jouissance, mais celle-ci croît quand un produit, qui pourrait être fabriqué à la place de l'article envisagé, augmente de prix ou qu'un moyen de production indispensable à sa fabrication devient meilleur marché. Mais comme, ici encore, l'ordonnée initiale subit le plus petit raccourcissement si la jouissauce baisse et le plus grand allongement si la jouissance augmente, le côté gauche de la courbe de la jouissance et, avec lui, la courbe du coût deviennent plus escarpés dans les deux cas. Le prix minimum croîtra donc, de sorte que, pour des modifications considérables du prix de ce genre, la fabrication du produit considéré devrait être abandonnée. En réalité, de légères variations du prix suffisent pour amener les producteurs de sucre, de farine, etc., à passer d'une espèce ou d'une qualité à une autre. Nous avons déjà fait ressortir (§ 41) la même facilité de transition de la part des consommateurs : les deux causes jouent simultanément pour maintenir dans d'étroites limites les différences de prix des espèces d'un genre rapproché pour toutes les oscillations : c'est seulement de cette façon qu'il est possible que ces espèces soient en pratique regardées comme un seul article du marché.

De même, quand la courbe de la jouissance se réfère à un article qui est en même temps consommé et produit, on peut suivre, d'un cas à l'autre, l'influence des changements de prix d'autres articles. Considérons par exemple la courbe de la jouissance gagn (fig. 53), relative au fil, du proprié-

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de prix du produit final, du tissu, comme un enohérissemeiït

de la matière première, du coton, diminuera la jouissance, de sorte que les ordonnées de la g,tgn se raccourcissent. Dans le premier cas cette courbe revêt la forme striée, elle se sépare, à gauche de l'axe des ordonnées, delacourbe originaire, ne cesse d'être moins escarpée et a un point maximum moins élevé. C'est-à-dine que la jouissance n'esl pas restreinte par la baisse de prix du tissu quand le prix du fil est tellementélevé que le tissage cesse d'être exploité, tandis que la jouissance est d'autant plus lésée que la production de tissu et, en même temps, la consommation du fil est plus considérable. Au contraire, si le coton enchérit; la courbe prendra la forme indiquée en rouge dans notre figure et sera donc plus escarpée, parce que la jouissance, quand le prix du fil est assez bas pour que la filature soit abandonnée, sera a peine influencée par l'augmentation du prix du colon, taudis qu'elle doit être d'autant plus déprimée que l'on consomme plus de coton et que, par conséquent, l'achat de fil est moins considérable ou sa vente plus importante. La courbe du coût et de l'utilité subit chaque fois le même changement de forme que la courbe de la jouissance, et la courbe de l'offre et de la demande a' On' est exposée aux modifications corrélatives, représentées clairement dans notre figure. En même temps, sous l'influence des changements de prix mentionnés, qui tous deux sont désavantageux, pour chaque quantité constante de (il aobetée ou vendue, c'est-à-dire pour chaque abscisse déterminé de notre figure; la production de filet bi consommation de coton diminuent ; il en est de même pour l'abscisse zéro pour laquelle la consommation et la production de fil sonl égales, Nous voyons en outre que cette même direction tangentiale que donne la courbe originaire g,,!,',, sur l'axe des ordonnées se retrouve, dans la courbe striée», plus loin à gauche et, dans la courbe tracée eu rouge; plus loin à droitr. Etant donné le même prix de l'article I, l'individu peut ainsi être amené par le simple changement

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de prix d'un autre article à passer de l'utilisation de l'intégralité de sa propre production de fil à la vente d'une partie du fil produit ou à l'achat d'une partie du fil qui lui est nécessaire. L'augmentation du prix du charbon influencerait la courbe de la jouissance g„gn dans le même sens que le renchérissement du coton, dans la mesure où l'emploi de combustibles est prépondérant pour la filature, dans la marche normale de toute l'entreprise; mais, si l'on se sert du charbon surtout pour le lissage, l'augmentation de son prix aurait le même effet qu'une baisse de prix du tissu.

Les variations de prix d'un objet de consommation influent sur la courbe de la jouissance relative à un produit, à un moyen de production ou à un article intermédiaire en général dans le même sens, bien que plus faiblement, que celle des moyens de production complémentaires. Chacun des changements de prix dans le sens opposé a naturellement l'effet contraire.

Si un individu a l'occasion d'employer un nouveau moyen de production ou de fabriquer un nouveau produit, dont il ne connaît pas encore bien les propriétés, la courbe de la jouissance relative à ce nouvel article ne revêt sa forme définitive que peu à peu et à mesure que l'expérience s'accroît, ainsi que nous l'avons déjà constaté (§ 42) pour les nouveaux objets de consommation. Comme nous l'avons fait pour un simple article de consommation, nous pourrions également pour un article quelconque tracer des courbes de la jouissance valables seulement pour un genre déterminé d'exploitation et de vie, et imaginer que leur combinaison donne la courbe de jouissance gagn pour le genre d'exploitation et de vie le plus avantageux. Chacune de ces courbes de la jouissance ne se dislingue que par la position en hauteur différant de la satisfaction initiale Ob (fig. 49-52) de toute courbe du coût et de l'utilité d'un genre de vie et d'exploitation déterminé, pour le reste identique. Mais la satisfaction initiale Ob dépend aussi des variations de prix

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de ces articles qui ne sont ni consommés ni produits dans un genre de vie et d'exploitation déterminé. L'influence mentionnée plus haut (§22) de ces modifications du prix sur les courbes de l'utilité et du coût d'un certain genre de vie et d'exploitation s'exerce ainsi parce fait que leur position en hauteur dépend de la satisfaction initiale.

58. Influence de l'appréciation individuelle de la valeur de l'argent.— Nous pouvons élargir nos remarques antérieures relatives aux variations de l'appréciation individuelle de la valeur de l'argent et les étendre à la forme générale de la courbe de la jouissance. Si un individu s'est enrichi, la baisse de l'appréciation qui en résulte par rapport à un article considéré A se traduira avant tout, comme plus haut (§ 43), par ce fait que la jouissance liée avec une quantité d'achat ou de vente quelconque a; est mesurée par une somme d'argent plus considérable ; toutes les ordonnées de la courbe delà jouissance s'allongent dans une même proportion, la courbe devient ainsi plus escarpée des deux côtés du maximum. Toutes les ordonnées de la courbe du coût et de l'utilité et de la courbe de l'offre et de la demande s'allongent également dans une même proportion, puisque l'entrepreneur devenu plus riche évaluera proportionnellement plus son effort et, en même temps, le coùtde production de toute quantité vendue et l'utilité de toute quantité achetée de l'article A. La quantité de pleine satisfaction n'en est pas touchée non plus que la quantité minimum de vente et d'achat, bien que le prix minimum de vente et le prix maximum d'achat croissent dans une même proportion. Mais la courbe de la jouissance et, avec elle, les autres courbes sont sujettes à d'autres changements de forme qui, nous l'avons vu, proviennent de ce que les prix inchangés de tous les autres articles paraissent réduits à cet individu. Cette baisse subjective du prix de tous les articles complémentaires et concurrents ou bien élèvera encore, ou bien abaissera, ou bien même transformera en son contraire Auspitz et Lieben. 11

162 PART. IV. — L'INDIVIDU CONSIDÉRÉ CÛ.AniE PRODUCTEUR

la modification <le forme, décrite plus haut, delà courbé de la jouissance relative à l'article considéré, suivant son rapport avec les articles complémentaires ou concurrents. Que la courbe de la jouissance de l'entrepreneur devenu plus aisé, relative à maints articles, ne soit pas devenue plus raide, mais moins raide,cela résulte de ce que Les prix de tous les articles restant les mêmes, il devrait produire et vendre moins deses propres produits et acheter et utiliser une plus grande quantité de tous les moyens de production, ce qui est tout à fait impossible au point de vue technique. Pour un produit dont la fabrication astreint l'entrepreneur à une peine et à un effort particuliers, tandis que le coût des matières premières ne joue qu'un rôle peu considérable, la partie gauche de la courbe de la jouissance et la courbe du coût deviennent eu tout cas plus escarpées, parce que l'homme plus aisé attribue plus de valeur à sa prestation ; poulie même motif le côté droit de la courbe de la jouissauce afférent à la matière première en question et la courbe de l'utilité deviennent moins escarpés. Là où, par contre, il est nécessaire de faire des dépenses considérables pour les moyens de production et notamment de grandes installations fixes, inaccessibles au producteur moins riebe, la plus grande facilité pour l'entrepreneur dont la richesse s'est accrue de se procurer tous les moyens de production l'emportera sur l'estimation plus haute de son propre effort. Sa courbe delà jouissance relative à un produit deviendra ainsi moins escarpée dans sa partie gauche ; il en sera de même de la courbe du coût, taudis que la courbe de l'utilité relative à un moyen de production sera plus escarpée.

57. Influence des qualités individuelles. — Les inclinations et les exigences de l'entrepreneur influent moins sur sa courbe de la jouissance relative à un produit ou à un moyen de production que si cette courbe concerne un article de sa consommation personnelle. Ces qualités sont déterminantes

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