OFFRE LIBRE FT DEMANDE LIBRE
76. Courbe du bénéfice commun. — Nous venons d'étudier le cas où un acheteur ou un vendeur isolé peut fixer le prix d'un article de façon monopolistique entre certaines limites fixées par la concurrence; cela arrive, vu de près, beaucoup plus souvent que dans les cas cités plus haut de monopoles locaux; nous pouvons donc mieux comprendre la façon dont l'individu, au cas de libre concurrence, peut influencer le prix d'un article.
Supposons tracées, pour chacun des individus traitant sur le marché, les courbes individuelles du coût et de l'utilité, relatives a l'article A s'étendant des deux côtés de l'axe des ordonnées : nous obtenons, comme nous l'avons mentionné plus haut (§ 52), par la combinaison d'une part des parties droites et d'autre part des parties gauches de toutes ces courbes, les courbes totales ON et OA (fig. 68). Nous pouvons encore aller plus loin et unir les deux courbes OX et OA suivant la règle des combinaisons et arriver ainsi à la nouvelle courbe ABX ; on aurait justement obtenu celte même courbe si l'on avait combiné, non pas les branches isolées des courbes individuelles mentionnées, mais si on les avait combinées dans leur totalité. La nouvelle courbe coïncide avec OA à gauche du point 3 et avec OX à droite du point e; elle a au point 3 la même direction langenlielle que la partie initiale de la courbe OX et au point £ la même direction tangenlielle que la partie initiale de la
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courbe OA. Ce n'est donc qu'entre les points o et e que la courbe ABN s'écarte de la courbe AON, et cet écart est à son maximum sur l'axe des ordonnées. Le point B de la courbe ABN doit, d'après les règles de la combinaison, correspondre à ces deux points des courbes OA et ON qui ont la même direction tangentielle à la même distance à droite et à gauche de la ligne des ordonnées; l'ordonnée OB doit être égale à la différence de longueur des ordonnées positives et négatives en question. Représentons maintenant la partie OA, tournée de 180°, par une courbe pointillée, ayant la position à laquelle nous étions habitués au début : nous constatons que les points cherchés dans les courbes OA et ON sont les mêmes points b et d correspondant à la quantité Oa vendue et achetée sur le marché au cas de libre concurrence et que le prix POP qui en résulte apparaît aussi dans la courbe ABN comme sa direction tangentielle sur l'axe des ordonnées. Enfin, l'ordonnée OB représente la différence des ordonnées des points d et b et, par conséquent, le bénéfice commun au cas de libre concurrence. Le bénéfice commun des acheteurs et des vendeurs réunis sur un marché se manifeste donc, dans la figure 68, comme tout à fait analogue à la jouissance qu'obtient un producteur s'il n'achète et ne vend aucune quantité de l'article A.
Imaginons maintenant, en poursuivant cette analogie, qu'une quantité annuelle x de ,4 est amenée de l'extérieur sur le marché considéré et livrée gratuitement à la totalité des producteurs et des consommateurs en vue de la répartition la plus utile. Il en résultera une baisse du prix de A, un accroissement de la consommation et une diminution de la production. L'équilibre ne se rétablira que si la quantité retirée du marché par les acheteurs est supérieure de x à celle amenée par les vendeurs et si, en même temps, la condition caractéristique de la libre concurrence est remplie, c'est-à-dire s'il y a à nouveau équivalence entre l'utilité de la dernière portion achetée et le coût de la dernière portion
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vendue. Si l'achat s'élève de Oa à Oav et si la vente s'abaisse de Oa à Oae, il faut que le surplus d'achat aa,: et la diminution de vente aae soient ensemble égaux à x; les tangentes des courbes OX et OA doivent en outre être parallèles aux points dz et be qui correspondent aux abscisses Oa,; etOae. Ces tangentes parallèles déterminent en même temps le nouveau prix PxOPi et, suivant la règle de la combinaison, la courbe ABN doit avoir cette même direction tangentielle en son point i situé au-dessus de l'abscisse x. Le graphique nous montre en outre que l'accroissement d'achat comporte une augmentation de l'utilité que mesure l'écart vertical des points d et d,, et que la diminution de vente entraîne une économie de frais égale à l'écart vertical des points b et bt. I,a somme de ces deux quantités constitue l'augmentation du bénéfice commun et se manifeste dans la courbe ABX au moyen de l'écart vertical des points B et ï, de sorte que l'ordonnée de ce dernier point représente le bénéfice commun de la quantité x de -4 au cas de livraison gratuite. De même, dans chacune des courbes individuelles mentionnées plus haut, le point de même direction tangenlielle, désigne par son abscisse positive ou négative, la quantité d'achat ou de vente de A désormais la plus avantageuse pour l'individu considéré; maintenant chaque individu achètera plus ou vendra moins et la somme de toutes ces différences est égale à x. En conséquence, de même que la partie droite de la courbe ABX représente le bénéfice commun au cas de livraison gratuite de quantités croissantes de .4, de même toute ordonnée située à gauche du point 0 désigne le bénéfice commun de la totalité des individus constituant le marché, si ceux-ci étaient obligés 4e livrer gratuitement au dehors du marché la quantité de A représentée par l'abscisse négative en question. Nous appelons donc la courbe ABN courbe du bénéfice commun.
Imaginons que la courbe ABN est abaissée de OB\ nous obtenons ainsi la courbe du coût et de l'utilité EOJ du mar-
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ché tout entier. En effet cette courbe représente, à droite du point 0, l'accroissement du bénéfice commun par les quantités de 4 fournies gratuitement et venant du dehors, c'est-à-dire l'utilité de ces quantités, et à gauche du même point la diminution du bénéfice commun par suite de la cession gratuite d'une quantité quelconque, c'est-à-dire le coût de cette quantité. La dérivée E'OJ' qui résulterait également de la combinaison des courbes de l'offre et de la demande de tous les individus pris à part est, entre les points S' et e' plus basse que la courbe A'ON' et coïncide avec elle à gauche de S' et à droite de e'. Sa partie gauche représente l'offre encore libre des vendeurs de l'article A, c'est-à-dire l'offre non requise par la demande des acheteurs qui se présentent sur le marché; la partie droite indique la demande encore libre des acheteurs du même objet, c'est-à-dire la demande non satisfaite sur le marché.
77. Détermination monopolistique du prix sous un régime de libre concurrence. — Représentons dans la figure 69a les courbes totales du coût et de l'utilité OA et ON d'un article A sur un marché déterminé et les dérivées OA' et ON' de la façon adoptée au début de cet ouvrage, puis dans la figure 69 b la courbe du bénéfice commun, ainsi que la courbe EOJ et sa dérivée qui résultent des mêmes courbes OA et ON de la façon indiquée ci-dessus ; supposons en outre qu'un individu I est nouvellement survenu ou qu'il était resté hors de considération lors de la formation des courbes en question ; nous pourrons alors établir à part sa courbe du coût et de l'utilité aOn. Si nous portons cette courbe dans la figure 69ô en la tournant de 180°, les dérivées a'On' et E'OJ' se coupent à droite ou à gauche ou se touchent seulement au point 0. Dans ce dernier cas, I ne participera en rien aux transactions du marché afférentes à l'article A ; dans le premier cas, il s'y présente comme vendeur et dans le second comme acheteur du dit article.