CHAP. 1. — LE MONOPOLE
façon exacte le tracé de la courbe de la demande qui leur est opposée et par conséquent ne se risquent pas volontiers, à élever leur prix de vente ; mais, quand ils trouvent dans l'augmentation des prix de gros une occasion et qu'ils font l'expérience que le prix de détail accru ne diminue pas trop le débit, ils ont également peu de raison, si le prix courant de gros subit une baisse, de diminuer leurs prix. La situation des détaillants à l'égard de leurs clients voisins est analogue pour les entrepreneurs de bains, d'établissements d'instruction, de théâtres, etc., qui peuvent fixer leurs tarifs indépendamment suivant les lois du monopole, car leurs concurrents ne peuvent jamais, offrir quelque chose de tout à fait identique, mais seulement quelque chose d'analogue, c'est-à-dire tout au plus des succédanés plus ou moins parfaits. Enfin il faut encore remarquer que des monopoles en apparence absolus peuvent selon les circonstances se heurter à une concurrence; par exemple, si les tarifs de chemins de fer pour les transports locaux sont trop élevés, on a recours au roulage ; le commerce de transit s'adresse à une combinaison de lignes ferrées ou navigables cependant plus longues que les lignes ordinaires, et l'on ne peut fixer un péage de route ou de pont à un taux tel que le public soit amené à préférer un détour.
Les monopoles d'achat se retrouvent, aussi dans le petit négoce et le commerce local. On peut en trouver des exemples chez le seul homme d'affaires d'un village a l'égard des divers produits agricoles secondaires, chez le fabricant de sucre par rapport à la betterave cultivée dans son voisinage et surtout chez les manufacturiers en gros qui transforment des matières premières de peu de valeur et difficiles à transporter.
Nous louchons ici de près les relations importantes de l'employeur avec les employés. Tant que les ouvriers se trouvent isolés, en face du patron, ce dernier peut abaisser le prix du travail, surtout du travail aux pièces, de façon
250 part. vi. — l'influence de l'individu sur le prix
monopolistique — aillant qu'il lui paraît possible sans nuire directement à la qualité du travail. Le travailleur isolé n'abandonnera pas facilement ni la tâche à laquelle il est accoutumé, ni même son lieu habituel de travail, surtout quand son manque de ressources ne lui permet pas de rester seulement peu de temps sans ouvrage, pour s'orienter sur des conditions de travail plus avantageuses. Mais, dès que les ouvriers se coalisent, deux monopoleurs se trouvent en face et la fixation du prix paraît voué à l'arbitraire dans de larges limites, tout comme dans le cas (§71) où l'acheteur d'un article individuel traite avec un vendeur unique, sauf qu'ici la quantité, le montant du travail peuvent être eu discussion. Toutefois, quand ni l'une ni l'autre des deux parties n'est forcée d'admettre une exploitation monopolistique, il se produira un accord juste au prix OP0 et à la quantité Oa0 qui comportent le bénéfice commun maximum. Cela correspond non seulement à l'équité, puisque dans ce cas le coût et l'utilité de la dernière portion produite sont égaux, mais aussi à l'intérêt bien compris des deux parties. Le salaire, c'est-à-dire le bénéfice brut des travailleurs pour chaque pièce, est alors équivalent à leur effort, à leur coût, relatif à la dernière pièce, et cette même égalité existe aussi du côté de l'employeur entre l'utilité et la dépense.