‹ Recherches sur la théorie du prix;Chapitre 77 sur 128 · CHAP. II. — OFFRE LIBRE ET DEMANDE LIBRE · texte numérisé non relu

CHAP. II. — OFFRE LIBRE ET DEMANDE LIBRE

dérivée E'OJ' (fig. 68). Mais si le rapprochement de OJ vers ON' a pour effet une différence importante entre les deux limites du prix OP„ et OP{ fig. 69 b) l'entrepreneur I se trouve en situation de pouvoir augmenter son profit, sans trop limiter sa production et sa vente, dans des proportions si considérables qu'il peut négliger l'avantage qui échoit en même temps à ses concurrents plus faibles. Avec encore plus d'effet qu'un individu, une coalition de producteurs ou de vendeurs peut dominer le marché de façon monopolistique au détriment des acheteurs, hien que certains entrepreneurs restent en dehors du syndicat et jouissent ainsi d'un avantage proportionnellement encore plus élevé.

Toutes ces considérations s'appliquent également, de façon tout à fait analogue, à une coalition d'acheteurs ou même à un consommateur isolé. Dans la figure 70 nous opposons, comme dans la figure 69b, les courbes EOJ et aOn; si le point d'intersection c0 des dérivées tombe à gauche du point 0, l'individu ï se présente comme acheteur de l'article A et fait ainsi hausser le prix. C'est alors l'acheteur qui, en restreignant ses achats, est en état de fixer de façon monopolistique le prix entre les limites OP0 et OP.,. Mais le bénéfice commun augmente toujours de l'écart vertical des courbes OE et On à l'endroit correspondant à la quantité effective d'achat. De ce montant qui atteindrait son maximum pour la quantité Oq0 , la partie située entre les courbes On et OE', qui serait à son maximum pour la quantité Oq2 , revient à l'acheteur; et le reste, inclus entre OE' et OE, s'ajoute au bénéfice commun OB de tous les autres individus. Nous voyons donc que toute augmentation du nombre de personnes en état de pourvoir à leurs besoins est avantageuse pour la totalité, qu'elles se présentent en qualité de vendeurs ou d'acheteurs.

78. Les effets de la concurrence.— Un entrepreneur I qui introduit le premier un procédé basé sur une nouvelle inven- Auspitz et Lieben. 17

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tion peut obtenir un avantage lui permettant une exploitalion monopolistique du moins tant que ce procédé, s'il n'est pas protégé, reste secret. La courbe du coût Oa (flg. 696) de ce producteur devient moins escarpée quand le procédé a fait ses preuves, les limites du prix OP et OPx s'abaissent et s'écartent plus, il peut aiusi réaliser un profit plus considérable en étendant sa production. Le recul du prix qui en résulte profite aux acheteurs et nuit aux concurrents. Si cette diminution est plus importante, si elle s'étend aussi aux espèces voisines à la production desquelles les concurrents pouvaient passer avec facilité et que ceux-ci se convainquent de la stabilité du nouvel état des prix, quelquesuns d'entre eux vaincront leur hésitation à se livrer à la production d'articles tout à fait différents, ou à renoncer complètement à leur entreprise. Les courbes individuelles du coût, relatives à A, de ces producteurs qui ont réellement exécuté leur résolution de procéder à un tel changement, seront, nous l'avons déjà vu (§ 58), brusquement plus escarpées dans leur partie initiale; la courbe totale OA et sa dérivée deviendront donc également plus escarpées, de sorte que la courbe OJ' se rapproche de la courbe ON'. Cette modification des courbes accroît la marge de fixation monopolistique du prix par l'entrepreneur I et lui offre donc encore un avantage considérable. Mais, si la nouvelle invention tombe tout de suite dans le domaine commun, et si elle ne nécessite pas de trop grosses installations, elle peut être appliquée en même temps par beaucoup ou même par tous les producteurs antérieurs de l'article A. 11 peut alors arriver que, la courbe totale de la demande ne variant pas, de telles masses soient apportées sur le marché que le prix baisse profondément et qu'il en résulte pour les producteurs une perte au lieu de l'avantage espéré. Ce n'est que si certains producteurs sont amenés à cesser leur exploitation ou à la restreindre dans des proportions considérables que la situation défa-

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vorahle de la surproduction peut faire place à une situation normale.

L'introduction d'un nouveau procédé peut donc rendre moins escarpée la courbe du coût Oa de l'entrepreneur I; il en sera de même s'il se résout à faire emploi de capitaux en vue d'une production moins coûteuse ou plus abondante de l'article A. Enfin, si un individu qui auparavant n'avait pris aucune part aux transactions sur A ou se bornait à consommer cet article se résout à se livrer à sa production, nous pouvons également considérer que ceci aura pour effet un aplatissement de sa courbe du coût Oa. La courbe du coût et de l'utilité aO?iûe cet individu était auparavant siescarpée, quand elle passait par le point 0. que sa dérivée a'On' ne touchait E'OJ' qu'au point 0 ou ne l'atteignait qu'à gauebe du dit point; l'installation nécessaire pour la nouvelle entreprise a pour résultat le changement de forme, mentionné plus haut (§ 58), de la courbe aOn, de sorte que sa dérivée coupe maintenant la dérivée E'OJ' à droite du point 0. L'arrivée d'un nouveau producteur sur le marché ou l'extension d'une entreprise existante abaisse toujours le prix du produit, circonstance que nous ne pouvions considérer plus haut, niais qui ne contribue pas peu à augmenter l'hésitation que l'on éprouve à engager de nouveaux capitaux. I/entrepreneur doit, en effet, prendre en considération que les nouveaux capitaux qu'il consacre à son industrie font concurrence non seulement à ses compétiteurs, mais aussi à ses propres placements antérieurs. Cette considération s'applique surtout, nous Favons vu, aux vrais monopoles, dans lesquels toute concurrence étrangère disparait et voilà pourquoi les monopoleurs préfèrent établir des prix élevés pour une production restreinte plutôt que d'accroître leur exploitation au profit des consommateurs. Naturellement, on pourrait discuter de la même façon les causes qui rendent plus escarpée la courbe Oa et élèvent le prix de l'article .t au profit

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des producteurs concurrents et au détriment des consommateurs. La courbe aOn située des deux côtés de l'axe des ordonnées (fig. 69b) devient aussi plus escarpée lorsqu'elle passe au point 0 si l'individu 1 consacre des capitaux à une transformation ultérieure de l'article dans ses usines. Si ces capitaux sont assez élevés, il peut se faire que les dérivées a! On! et E'OJ' se touchent seulement au point 0 ou, comme dans la figure 70, ne s'atteignent qu'à gauche du dit point; 1 consomme alors lui-même toute sa production de A ou se présente enfin comme acheteur de cet article devenu pour lui moyen de production. Il en résulte le changement de forme contraire pour la courbe aOn, relative à un moyen de production, d'un entrepreneur qui emploie des capitaux à fabriquer lui-même cet article.

Supposons maintenant que la courbe aOn (fig. 69b ou 70) de l'individu I reste inchangée, mais que l'un des autres individus augmente ses capitaux affectés à la fabrication de .4 ou diminue ses capitaux consacrés à l'emploi du dit article comme moyen de production ultérieure. La courbe individuelle du coût et de l'utilité de cet individu deviendra moins escarpée à sa rencontre du point 0 ; il en sera de même des courbes totales OA ou bien ON dans une partie de leur parcours, de sorte que, les deux fois, la courbe ABN est influencée dans le même sens. Sa dérivée E'OJ1 sera donc moins escarpée en passant par le point 0 ; le prix POP donné par la direction de cette dérivée en 0 est abaissé par l'augmentation de la production ou la diminution de la consommation de A. Si l'individu I se présente comme vendeur (fig. 69b), il trouve que sa limite supérieure du prix, OPi, s'est également abaissée à son désavantage; mais, s'il se présente comme acheteur (fig. 70), il bénéficie de l'avantage attaché à l'abaissement de la limite inférieure du prix, OP2. Le changement de forme de la courbe E'OJ' , dont nous venons de parler, sera encore beaucoup plus im-

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portant si, par suite d'une conjoncture favorable a la production de A, il se crée de nombreuses et grandes entreprises en vue de sa fabrication, ou si une conjoncture défavorable à la mise en œuvre du même article, provoque l'abandon de nombreuses exploitations qui remployaient comme matière première. Sans ces modifications, l'individu 1 aurait ressenti pleinement, comme vendeur, l'avantage et. comme acheteur, le désavantage de la conjoncture en question , mais, si cette conjoncture lui est favorable, elle lui attire une plus forte concurrence et par conséquent diminue son profit, tout comme dans le cas contraire elle restreint à son profit le nombre des acheteurs concurrents. Nous voyons ainsi qu'aucune conjoncture ne peut durer longtemps sans entraîner ces changements qui sont propres à la faire disparaître. Nous serions également arrivés au même résultat si nous avions considéré les conjonctures opposées qui provoquent la suspension d'entreprises consacrées à la production de A ou à la création d'établissements destinés à sa mise en œuvre, ha courbe E'OJ' est alors, en tout cas, plus escarpée dans sa traversée du point 0, d'où résulte pour I un avantage comme vendeur (fig. 696) et un dommage comme acheteur (fig. Tu .

L'entrepreneur I a d'autant moins à craindre une brusque diminution d'une conjoncture favorable que l'avance est plus considérable que lui procurent l'importance des capitaux nécessaires, son aptitude personnelle particulière ou l'emplacement favorable de son établissement par rapport aux nouveaux compétiteurs. Cet entrepreneur se rapproche de la situation d'un véritable monopoleur, étant protégé de ce fait que la demande de son produit ou l'offre sur laquelle il compte se resserrerait par suite de l'intervention de la concurrence. Mais tous ces entrepreneurs qui ne se trouvent pas dans une situation privilégiée ne peuvent, a cause de la libre concurrence, jouir que d'une façon transitoire des avantages d'uue conjoncture favorable. Le point d'inler-

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section de la courbe a'On' d'un producteur de cette catégorie tombe toujours sur la partie initiale presque droite de la courbe opposée E'OJ', parce qu'autrement des entreprises concurrentes seraient créées qui modifieraient la courbe E'OJ' de telle sorte que son point d'intersection avec a'On' se rapprocherait du point 0; aussi un tel entrepreneur ne peut-il exercer aucune influence importante sur la détermination du prix. On ne peut parler d'une telle influence pour ces acheteurs qui ne désirent l'article en question que pour leur consommation personnelle, car le besoin de l'individu ne compte pas par rapport au débit total. Par contre, ces consommateurs ont le moins à craindre un préjudice par suite de l'intervention de nouveaux concurrents, car la baisse du prix d'un article, bien qu'elle soit favorable à l'accroissement de la population, ne se réalise que tard et graduellement, et de plus cette augmentation ne se borne aucunement au nombre des acheteurs. Aussi arrive-t-il que l'avantage dû à toute nouvelle invention, à toute amélioration, à toute installation de capitaux, bénéficie enfin décompte aux consommateurs.

79. La détermination du prix par rapport aux derniers éléments de la forme des courbes. — Les limites de la marge laissée libre à la détermination monopolistique du prix exigent d'être examinées de près. Il nous faut tenir compte du fait que toute courbe individuelle et par suite toute courbe totale, et aussi la courbe ABN (flg. 68, 69 et 70), ne sont composées en dernière analyse que d'éléments droits, ce dont nous avons fait abstraction jusqu'ici dans ce chapitre.

Représentons, dans les figures 71a et b, la courbe EOJ, courbe du coût et de l'utilité du marché tout entier, par une ligne polygonale et, par conséquent, la dérivée E'OJ' par une ligne dentelée : nous voulons rappeler que ces courbes proviennent de la combinaison de courbes individuelles dans la formation desquelles (§ 27) nous avons sup-

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