‹ Recherches sur la Valeur Morphologique et la Signification des Differents types de Globules BlancsChapitre 24 sur 27 · TITI VALEUR DES RÉACTIONS HISTO-CHIMIQUES · texte numérisé non relu

TITI VALEUR DES RÉACTIONS HISTO-CHIMIQUES

L'étude des réactions histo-chimiques et surtout des réactions colorantes des globules blancs a suscité dans ces dernières années, surtout sous l'impulsion d'Ehrlich, un certain nombre de travaux. Il n'entre pas un instant dans notre intention de présenter une étude de ces réactions; nous désirons seulement indiquer ici quelques points qui touchent de près à notre sujet.

Par suite de leur faculté d’absorber les globules blancs sont capables de se charger de déchets organiques, de poussières, de fragments de globules rouges, d’où l'existence de leucocytes cofitenant des grains d’hématoïdine, par exemple au voisinage d’un foyer hémorrhagique, des grains de myéline au voisinage d’un tube nerveux sectionné (Ranvier). Ce sont là des types de globules blancs, si l’on veut, mais dont la différenciation n’est que le résultat d’un acte physiologique relativement très simple. Il en est d’autres, au contraire, qui semblent avoir élaboré en eux-mêmes certaines substances, à l’exemple d’autres cellules de l’organisme : ce sont des substances se colorant en noir brunâtre par l’acide osmique, comme la graisse, ou en brun acajou par la solution iodo-iodurée, comme la substance glycogène (Ranvier). Enfin il existe un grand nombre de globules blancs dont le corps cellulaire contient un nombre plus ou moins grand de granulations fines ou grosses, plus ou moins réfringentes, qui n’ont ni les réactions de la graisse, ni les réactions de la matière glycogène (qui, du reste, ne serait pas à l’état de grains), ni les réactions de l’hémoglobine, et qui possèdent, vis-à-vis des matières colorantes, une affinité élective fort remarquable.

L’affinité pour l’éosine des cellules granuleuses du sang

et de la moelle des os est connue depuis longtemps, mais Ehrlich a montré que cette affinité s’appliquait, pour les mêmes granulations, à d’autres couleurs pouvant être considérées comme faisant partie d’un même groupe (couleurs acides, granulations acidopbiles, oxyphiles), tandis que d’autres n'avaient d’affinité que pour les couleurs « basiques »”. Il ne conviendrait peut-être pas d'accorder à cette distinction une valeur absolue; mais si l’on examine comparativement, par exemple, les cellules à granulations réfringentes du sang normal de l’homme (granulations + E.) et les grandes cellules granuleuses de la lymphe péritonéale du rat (granulations y E.), on se convainc facilement qu’il existe là une différence réelle et un fait acquis.

Les cellules à granulations réfringentes éosinophiles du sang de l’homme et des vertébrés supérieurs constituentelles, dans le sang, un type parfaitement défini et distinct ?

Les cellules à granulations réfringentes du sang de l’homme et des vertébrés ont dû être prises souvent autrefois pour des cellules portant des granulations graisseuses. Il ne s’agit pas là cependant de granulations graisseuses, car elles ne se colorent pas en noir par l’acide osmique, et sur les préparations simplement desséchées ou fixées par la chaleur (1 h.-1155, Ehrlich) après dessiccation, on peut les mettre en évidence même après l’action des dissolvants des graisses, éther, chloroforme, essence de térébenthine?. Ce n'est pas du glycogène, car la solution iodo-iodurée les colore en jaune comme tout le corps cellulaire. Elles ne sont pas constituées par de l’hémoglobine, car si l’on plonge quelques instants la préparation simplement desséchée dans l'eau, on peut colorer encore les granulations par l’éosine,

1. Ebrlich appelle couleur acide un réactif colorant dans lequel le principe colorant est un acide et couleur basique un réactif colorant dans lequel le principe colorant est une base.

2. Sur la préparation de sang simplement desséché, l’hémoglobine n’est pas réellement fixée, et les globules blancs n'ont subi qu'une fixation incomplète, suffisante cependant pour l'étude de certaines réactions histo-chimiques; la méthode d’'Ehrlich, relativement simple (voir ScnWwarze, loc. Cib., P. 78), produit une fixation véritable et est très précieuse pour l'étude des réactions histo-chimiques, car elle ne donne naturellement lieu qu’à des mo-

difications chimiques bien moins importantes que celles qui sont causées par les réactifs fixateurs usuels.

REG à pie

alors que l’hémoglobine des globules rouges a disparu; le même fait se voit après l’action de l'alcool au tiers'. On n'a jusqu'ici avancé aucun argument suffisant pour permettre de considérer ces granulations comme des microbes absorbés; cette hypothèse repose seulement sur ce fait que, dans Cubine circonstances particulières, on a pu voir des microbes absorbés par des leucocytes prendre l’éosine et non plus les couleurs basiques comme cela est la règle (Metchnikoff). L'existence de granulations en forme de bâtonnets dans les leucocyles du sang de certains oiseaux n'apporte pas d’argument à l'opinion précédente, car cette forme allongée des granulations du protoplasma est un fait assez fréquent qu'on peut étendre à d’autres objets. Ces granulations se colorent encore par l’éosine après l’action de la solution d’ammoniaque étendue (1/50 sur des préparations simplement desséchées ou fixées par la chaleur); l’acide acétique étendu (1/50) ne les dissout pas, mais il nuit souvent à leur bonne coloration; l’acide nitrique (1/50) ne les altère pas ”’et ne gêne pas leur coloration. Le fait que ces granulations Pneu peut-être du fer (?) (Barker, Loné Sacharoff, Tettenhamer) ne suffit peut-être pas à autoriser à conclure à leur nature hémoglobique, comme quelques auteurs le font encore aujourd’hui. Les bichromates alcalins, l’alcool absolu et à 90°, l’éther, les vapeurs d'acide osmique, la glycérine n’empêchent pas la coloration ultérieure de la granulation, comme Schwarze l’a montré; il faut ajouter à ces corps le sublimé en solution saturée, le formol (solution du commerce à 40 p. 100 étendue dix fois), l'acide chromique à 1 p. 100 {action instantanée). On peut les colorer avec les solutions aqueuses, alcooliques et hydro-alcooliques d’éosine ; les solutions glycérinées recommandées par Ehrlich sont peut-être celles qui donnent en effet les meilleurs résultats. On peut obtenir les granula-

1. On trouvera dans le travail fondamental d'Ehrlich (Ueber die specifischen Granulationen des Blutes, in Farbenanalytische, p. 5) l’assertion que la granulation « est très soluble dans l'eau, assertion rectifiée dans le travail de son | élève Schwarze. Ehrlich a indiqué des différences intéressantes dans la coloration de l’hémoglobine et de la granulation « par les mêmes mélanges colorants.

HD re

tions colorées par une simple teinture progressive; il vaut mieux cependant employer la méthode de teinture régressive. En général, c’est un composé des deux méthodes dont je me sers : je colore progressivement, de façon à profiter de la rapidité d'élection de l’éosine sur les granulations, et je décolore ensuite rapidement par l’alcool absolu, de façon à ce que le corps cellulaire des leucocytes non granuleux ne conserve pas la teinte de l’éosine. Sans cette précaution, des observateurs peu habitués à ces recherches pourraient, dans les numérations sur lames, par exemple, avoir quelque tendance à considérer comme des éosinophiles, des leucocytes à noyau polymorphe dont le protoplasma est teinté d’une façon intense par l’éosine; sans doute, cette erreur a déjà été commise.

L'opinion suivant laquelle les granulations éosinophiles proviendraient du noyau de globules rouges absorbés par les leucocytes (Sacharoff) ou du noyau d’autres cellules (Tettenhamer) n’est pas prouvée. Le fait que ces granulations se voient sur la cellule vivante, montre qu’elles ne sont pas le produit de l’action des réactifs ou de la dessiccation. Enfin, le fait que les cellules éosinophiles sont capables de pousser des pseudopodes et de se déplacer, comme nous l’avons montré plus haut, fait voir qu'il est bien difficile de les considérer commes des formes dégénérées. La résistance remarquable de ces granulations rend probable l'opinion suivant laquelle leur composition se rapprocherait de celle des albuminoïdes (J. Weiss, Lüwit, Siawcillo). Il s’agit là probablement d’albuminoïdes complexes. M. Ranvier a fait remarquer depuis longtemps leur analogie avec les corpuscules vitellins. L'hypothèse de M. Ranvier sur leur nature et leur signification, hypothèse que nous avons rappelée au début de ce travail, semble donc la plus admissible ‘. Elle a été acceptée depuis longtemps par Ehrlich, puis par Renaut, Lüwit et Heidenhain. Ces auteurs rejettent l'hypothèse

1. Les granulations éosinophiles, produits de la « sécrétion interne », ont été considérées soit comme des matériaux nutritifs de réserve (Ehrlich), soit comme des substances bactéricides (Hankin, Kanthack, Kanthack et Hardy).

Voir Mercaxikorr, La théorie des alexocytes (Ann. de l'Inst. Pasteur, 1893, janvier, p. 50).

d’Altmann suivant laquelle les granulations constitueraient une partie du protoplasma vivant, et la cellule granuleuse une colonie de « bioblastes », hypothèse acceptée en Angleterre par Gulland, pour qui les granulations des leucocytes ne sont pas un produit de l'activité du protoplasma cellulaire, mais représentent un état modifié des « microsomes ». Mais on voit bien que c’est toute la question de la structure intime du protoplasma en général qui est en jeu, structure intime que nous ne connaissons pas.

Les cellules éosinophiles dans le sang normal de l’homme, nous semblent former une catégorie bien délimitée, et l’on ne trouve pas, dans le sang, de formes de passage entre ces cellules et les autres leucocytes. Leur noyau à un aspect spécial. Dans le sang normal, presque constamment, ce noyau se colore moins vivement que le noyau des leucocytes à noyau polymorphe et se trouve formé de deux masses nucléaires de dimensions à peu près égales, arrondies ou ovalaires, réunies ou non par un filament chromatique ordinairement mince. Depuis que ce fait nous a frappé, nous l'avons vérifié maintes fois dans le sang normal de l’homme et aussi chez plusieurs malades atteints d’affections cutanées et dont le sang contenait une proportion considérable d’éosinophiles. Quelquefois il existe trois masses nucléaires; dans quelques cas, le noyau est contourné comme celui des polynucléaires habituels, mais cela est rare, et alors encore il se colore peu vivement. Jamais ces cellules n’ont, dans le sang normal, un seul noyau arrondi comme les mononucléaires. Au contraire, dans les cas de leucémie que j'ai étudiés, les cellules éosinophiles avaient soit un seul noyau arrondi, soit un noyau contourné et découpé, soit deux masses nucléaires arrondies comme les éosinophiles du sang normal”. Il me semble que ce fait pourrait avoir une certaine valeur diagnostique, mais je n’ai pas eu encore l'occasion d’en apprécier l'importance et l’utilité parce que les cas de leuco-

4. Dans le sang leucémique, les éosinophiles ont des dimensions très variables. Au point de vue de la dimension des éléments et de l'aspect du noyau, on peut dire que les cellules éosinophiles du sang normal répondent

à un type assez fixe, tandis que celles du sang leucémique sont beaucoup plus dissemblables. ,

ue DNS

cythémie que j'ai étudiés ne laissaient aucun doute sur le diagnostic de l’affection.

Le fait que je viens de signaler ne semble pas avoir attiré l'attention jusqu'ici. Ehrlich n’a pas attribué de caractères spéciaux au noyau des cellules éosinophiles du sang normal de l’homme, et, après lui, on l’a décrit en général simplement comme un noyau contourné, semblable au noyau des leucocytes à noyau polymorphe habituels.

Cependant, les éosinophiles représentés par M. Hayem, sont des leucocytes à deux noyaux égaux et ovalaires; de même M. Renaut ? a figuré des leucocytes éosinophiles du sang leucémique qui ont l’aspect sur lequel nous attirons l'attention. Le fait que dans la leucémie un certain nombre de cellules granuleuses ont deux noyaux est, pour cet auteur, l'indice que ces cellules sont aptes à se multiplier dans le sang. Nous avons jugé plus haut cette manière de voir. Enfin la forme que nous décrivons a encore été figurée par d’autres auteurs, en particulier dans les travaux cités de Kanthack et Hardy, de Hardy et Wesbroock, dans le travail de S. Klein’, dans le travail récent de Pappenheim ‘; mais à notre connaissance, on n'a pas encore signalé la constance de cet aspect dans le sang normal de l’homme.

Les cellules éôsinophiles du sang normal de l’homme semblent aussi, par leurs granulations, former dans le sang une catégorie assez bien délimitée. Ces granulations sont en effet plus ou moins grosses, plus ou moins nombreuses et serrées, mais on ne trouve pas, dans le sang, de cellules portant quelques granulations seulement, comme si les granulations naissaient dans la cellule, dans le sang même. Mais à côté des cellules à grosses granulations réfringentes éosinophiles, 1l existe dans le sang d’autres cellules, dont le protoplasma est très finement granuleux. Ce sont, en général, les leacocytes à noyau polymorphe. Ehrlich a vu que leurs granulations extrêmement fines pouvaient se colorer par

. HAYEM, Du sang et de ses altérations anatomiques, Paris, 1889, p. 110. . Trailé d'histologie, 1, p. T4 et 75.

ALoccil

Page 1