EXPÉRIENCES PRÉLIMINAIRES
Il est bien connu qu’au cours d’une destruction sulfonitrique il y a des pertes importantes en mercure. Afin de nous en rendre compte une fois de plus, nous avons détruit, en effectuant la destruction dans un ballon d’un litre, 150 cm° d’urine additionnée de 200 mg de chlorure mercurique et de 500 mg de nitrate de baryum, ce dernier produit étant ajouté pour prouver qu’il n’y a pas eu du tout entraînement mécanique par vésiculation.
Lorsque la destruction a été terminée, nous avons dosé d’une part le chlorure mercurique, d’autre part le nitrate de baryum. Nous n’avons pas trouvé la moindre perte de nitrate de baryum tandis que 64 pour 100 du mercure avaient disparu.
Trois autres essais ont été faits avec 100 cm° d’urine, 78 mg de chlorure mercurique et 50 mg de cuivre métal ajouté sous forme de sulfate. La perte de cuivre a été nulle tandis que la perte de mercure s’est élevée à 57,5 - 59,5 - 61,7 pour cent dans ces trois expériences.
On voit donc combien importantes sont ces pertes.
Si la destruction est effectuée en capsule, au lieu d’être faite en ballon. les déperditions de mercure sont beaucoup plus considérables puisqu’elles ont atteint 93 et 96 pour 100 des 100 mg de chlorure mercurique mis en œuvre.
D’après ces expériences, qui ne font qu'illustrer ce qui était déjà bien connu, on voit l’importance des pertes que l’on peut faire pendant une destruction de matière organique par la méthode azoto-sulfurique.
Il est normal qu’en capsule les pertes soient plus fortes qu’en ballon car les parois du ballon jouent le râle de colonnes rectificatrices et épurent les vapeurs en la partie la moins volatile.
Ces pertes sont-elles aussi importantes lorsqu'il n'y a pas destruction de la matière organique, mais seulement présence et distillation d’acides ?
Dans des essais préliminaires, nous avons concentré par chauffage 50 cm° de divers acides avec 50 em° d’eau et 20 cg de bichlorure de mercure. Le chauffage a été poursuivi jusqu’à ce qu'il ne reste que 10 cmÿ. Cette concentration a été réalisée dans des ballons de 1 litre lor&qu’il s’est agi de l’acide chlorhydrique et de l’acide nitrique et dans une capsule lorsque nous avons étudié la solution d’acide sulfurique.
Dans ces conditions, nous n'avons perdu qu’une trace de mercure en milieu chlorhydrique, 6,3 pour 100 du bichlorure de mercure en milieu nitrique et 76 pour 100 en milieu sulfurique.
Ce gros écart entre les pertes en milieu sulfurique et en milieu chlorhydrique et nitrique pouvant être attribué au fait que cette évaporation avait lieu en capsule, comme nous l’avons vu plus haut, nous avons recommencé ‘ces expériences selon un autre protocole.
Dans trois ballons de 500 cm* nous plaçons 20 cg de chlorure mercurique et 10 cm d’acide concentré : acide chlorhydrique, acide nitrique ou acide sulfurique. Nous portons à une. douce ébullition durant une demi-heure exactement en maintenant constant le volume du liquide, en ajoutant un peu d’acide pur au fur et à mesure des évaporations. C’est ainsi qu’il nous a fallu ajouter 35 cm d’acide nitrique, 20 cm° d’acide chlorhydrique, tandis que pour l’acide sulfurique il n’y a pas eu de pertes.
Les pertes en milieu chlorhydrique ont toujours été extrêmement faibles tandis qu’en milieu nitrique elles ont été élevées. En milieu sulfurique elles ont été modérées en restant toujours assez faibles comme on peut le voir dans le tableau ci-après :
Pertes pour 100 de chlorure mercurique au cours d’une ébullition d’une demi-heure, à volume constant de 20 cg de ClI,Hg dans 10 cm° d’acide
concentré en ballon de 500 cm?
| Acides employés .... |
| Acides seuls ......,. | 3
| Acides NUS dOÉPE | 4,3 Î ‘ss
| Acides 4150: -.. 2. | 0
Toutefois, il faut bien remarquer que la comparaison quantitative des pertes suivant la nature des acides ne prouve rien puisque les quantités d'acides volatilisées ont été très variables.
VLC TES . En ce qui concerne l'acide sulfurique, nous avons étudié ensuite l'influence que peut avoir l’addition de quantités variables de sulfate de soude qui, comme on le sait, élève le point d’ébullition.
Nous avons donc ajouté 1, 2, 5 et 10 g de sulfate de soude à 10 cm d'acide sulfurique contenant 20 cg de bichlorure de mercure (30 minutes d’ébullition comme précédemment). Les pertes ont été alors beaucoup plus élevées malgré une assez faible élévation du point d’ébullition.
Nous avons observé d’ailleurs que ces pertes sont plus ou moins fortes selon que nous mettons ou non dans notre ballon uu thermomètre entouré d’une gaine de verre; la présence de cette gaine dans le col du ballon en rétrécit en effet d’une façon appréciable la section et cela augmente d’une façon appréciable la déflegmation des vapeurs dans le col (ef. tableau cidessus). |
Nous voyons done que la distillation des solutions mereuriques dans les acides conduit à des pertes généralement beaucoup plus faibles que celles qui se produisent au cours d’une destruction de matière organique. Nous nous sommes demandé si la présence des matières réductrices ne pouvait pas favoriser le départ du mercure par sa transformation soit en sel mercureux soit même en mercure métallique dont la tension de vapeur est assez importante au point d’ébullition de ces différents acides.
Pour cela, nous avons refait ces expériences avec chacun des trois acides. D'une part, en ajoutant 1 g de poudre de charbon, d’autre part, en ajoutant 100 em* de solution saturée d’anhydride sulfureux.
On peut voir sur le tableau-ci-dessus que cette addition n’a eu aucune influence sur la volatilité en milieu chlorhydrique. Elle a eu une influence négative en milieu nitrique, bien que l’action du réducteur sur Pacide nitrique se soit traduite par un dégagement gazeux considérable. En milieu sulfurique au contraire, l’action de ces réducteurs a été très importante et a beaucoup augmenté la volatilité.
De ces expériences préliminaires, nous pouvons conclure que :
19 La vésiculation ne se produit pratiquement pas pendant la destruction des matières organiques, elle ne peut être la cause des pertes de mercure ;
20 Au cours des destructions azoto-sulfuriques, la perte du mercure atteint au moins 60 pour 100 en ballon, 95 pour 100 en capsule ;
30 L'’évaporation partielle des solutions de bichlorure de mercure dans des acides purs se traduit par une perte nulle en milieu chlorhydrique, une perte importante en milieu nitrique, une perte modérée en milieu sulfurique, beaucoup plus importante en capsule qu'en ballon.
L'addition d’un réducteur, ainsi que d’un sulfate, augmente de façon importante ces déperditions de mercure en milieu sulfurique.
L'addition des réducteurs diminue les pertes en milieu nitrique.
Le problème apparaît donc comme assez complexe, nous allens l’aborder par dés méthodes plus précises.