T. LV
( séances) 46
DU 11 DÉCUMBDK 1D08.
tain nombre de Solanées'. J’avais
d’ailleurs été conduit à faire
ces essais pour une autre raison. Au cours de mes recherches sur l’hybridation asexuelle dans le greffage, plusieurs personnes m’ont objecté qu’il aurait fallu autoféconder les fleurs du sujet et du greffon de façon à éliminer les variations dues à la xénie et qu’on serait tenté d’attribuer à l’influence des deux plantes associées. Cette objection est fort juste; mais je l’avais prévue, comme du reste beaucoup d’expérimentateurs qui se sont occupés de la greffe. Aussi, dans mes essais, un certain nombre de plantes dont j’étudiais les variations de forme des fruits ont eu leurs fleurs autofécondées, tandis que d’autres ont été abandonnées à elles-mêmes, comme dans les conditions naturelles. Or jusqu’ici, malgré des centaines et des centaines de greffes, je n’ai jamais constaté de variations spécifiques pas plus dans les fleurs autofécondées que dans les autres. Cela montre que, s’il y a eu hybridation sexuelle, la xénie ne s’est pas manifestée, qu’en tout cas l’hybridation asexuelle ne s’est pas produite.
Mes expériences ont porté sur diverses variétés appartenant aux plantes suivantes : Tomate [Solanmn Lycopei'sicwn L., Lycopersicum esculentum Mill.), Aubergine {Solammi escitfentum Dun., S. Melongena Melon gêna tereta Mill.), Aubergine blanche ou Pondeuse {Solanum ovige^'um Dun.), Aubergine écarlate (Solanum coccineumidiC(].)^ Piment commun (Capsicum annittim L.).
Les hybridations ont été faites à la fin de juillet dernier. En octobre les plantes ont été mises dans une serre tempérée; les fruits ont mûri du 10 au 25 novembre.
Voici les résultats que j’ai obtenus dans 9 hybridations diffé¬
rentes portant sur 30 pieds environ.
Tomate rouge grosse fécondée par Aubergine blanche.
'»3 Iteurs ont été fécondées, les autres coupées. 10 fruits se sont développés, ne différant aucunement de ceux de la variété cultivée comme témoin, séparément ; ces fruits étaient cependant plus petits : un seul était fertile, il contenait 8 graines. (PI. XX, fig. 1.)
Tomate rouge grosse fécondée par Piment noir long.
1. Chez quelques genres de celte famille, Maximowicz prétend avoir observé la xénie du fruit; mais il n’a pas hybridé artificiellement les
plantes sur lesquelles ont porté ses observations.
K. GlilFb'ON.
IA XÉNIE CHEZ LES SÜI.ANÉES.
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fleurs ont été fécondées ; un seul fruit s’est développé ; il ne contenait pas de graines, mais ressemblait entièrement à la Tomate rouge grosse.
(PI. XX, fig. 2.)
Aubergine blanche fécondée par Tomate rouge grosse. — 18 fleurs ont été fécondées ; 9 fruits se sont développés, aucune graine ne s’est formée. Les fruits étaient blancs comme ceux de la Pondeuse ; la taille était réduite et plusieurs d’entre eux étaient légèrement côtelés ; on pourrait voir là un cas de xénie ; màis dans les conditions naturelles les petits fruits retardataires des pieds de Pondeuse témoin présentaient aussi ce caractère. (PI. XX, fig. 8.)
Aubergine blanche fécondée par Aubergine écarlate. —
27 fleurs ont été fécondées ; 18 fruits se sont développés dont 7 portaient des graines ; l’un d’eux en avait 49 et les autres respectivement 2, 4, 5, 13, 15, 26. Ces fruits ressemblaient absolument à ceux de l’expérience précédente et on peut faire à leur sujet la même observation.
(PL XX, fig. 4.)
Aubergine écarlate fécondée par Aubergine blanche. — 24 fleurs ont été fécondées; 11 fruits se sont développés; un seul portait deux graines. A part leur fertilité, ces fruits étaient en tout semblables à ceux de la plante témoin. (PI. XX, fig. 5.)
Piment carré rouge fécondé par Piment noir long; Piment noir long fécondé par Piment carré rouge; Piment carré jaune fécondé par Piment rouge long; Piment rouge long fécondé par Piment carré jaune. — Les deux premières séries d’hybridation ont donné l’une 3 fruits sur 29 fleurs fécondées, l’autre 2 fruits sur 10 fleurs. Sur les 3 fruits un possédait 10 graines; les 2 fruits restants ainsi que les 2 de la seconde série étaient stériles, l^es deux dernières séries d'hybridation n’ont pas donné de fruits.
Les
forme
couleur et de goiit. (PI. XX, fig. 6.)
J’ajoute, pour terminer, que les fleurs castrées et non fécondées des pieds qui ont été bybridés se sont desséchées sans donner de fruits, ce qui exclut l’hypothèse d’un dévelop[>ement partbénocarpique des fruits
stériles.
En somme, dans les expériences qui précèdent, il n y a rien qui prouve d’une façon certaine re.xistence de laxé7ite des fruits L Presque partout les fruits développés à la suite de 1 hybridation ont conservé les caractères de ceux de la plante-mère ; quand il y a eu des variations de forme, ces variations étaient identiques
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à celles qu’on observe dans les conditions naturelles sans hybridation. En outre ces expériences montrent que les essais de greffage chez les Solanées, exécutés sans employer les précautions de l’autofécondation, ne sont pas troublés par la xénie. Bien entendu l’étude de la descendance des plantes greffées exige que les fleurs soient garanties contre l’hybridation.
Quant aux faits ayant trait à la stérilité plus ou moins grande des fruits, à la diminution de taille, ils sont bien connus. Par contre, il serait intéressant de suivre la descendance des graines formées, d'autant qu’il s’agit, dans certains cas, d’hybrides entre espèces assez éloignées l’une de l’autre.
On voudra bien remarquer que ces résultats négatifs ne
prouvent rien contre les cas de xénie considérés comme sûrs et
dont j’ai parlé au début. Néanmoins ils ont leur valeur pour les
Solanum et les Capsicum et conduisent à penser que bien des
exemples de xénie, sinon tous, mériteraient d’être étudiés à
nouveau expérimentalement et soumis à une critique sérieuse.
Explication de la planche XX.