Recherches sur l’Anatomie comparée des Calycanthées, des Mélastomacées et des Myrtacées
Depuis quelques années, les travaux de la plupart des Anatomistes ont surtout pour objet la détermination des caractéristiques que la structure des appareils végétatifs peut apporter à la définition des groupes naturels, familles, genres, espèces. Les uns, à l’exemple de M. Vesque, se sont appliqués à définir l'espèce et la famille par les caractères que fournissent la feuille et les organes directement exposés à l’action du milieu. Les autres, à l'exemple de M. Gravis, ont étudié un type dans toutes ses parties, à tous les âges, donnant ainsi des monographies qui résument ce qu'il y a d’essentiel dans chaque groupe. Les sujets de ces monographies étant des plantes types très bien choisies, ces études ont eu d'importantes conséquences non seulement pour la Classification , maïs encore pour l’Anatomie générale, et même pour la Physiologie.
Parmi les familles naturelles bien définies dont les affinités restent encore douteuses, les Calycanthées sont une des plus remarquables. Tour à tour rapprochées des Rosacées, des Mémécylées, des Myrtacées, des Monimiacées et des Magnoliacées, quelles sont leurs affinités réelles ? L’Anatomie justifie-t-elle ces rapprochements? Indi-
que-t-elle certains d’entre eux à l'exclusion des autres? En un mot, peut-elle guider le classificateur embarrassé qui ne trouve dans l'étude des organes reproducteurs que des caractères insuffisants pour lui permettre de choisir entre ces affinités multiples ? Mais les Calycan- ‘thées ne sont pas seulement remarquables par les discussions que leurs affinités ont soulevées. Elles présentent des particularités de structure très singulières qui, jusqu'ici, n'ont pas été expliquées d’une façon satisfaisante. Leurs tiges possèdent en dehors de la couronne libéro-ligneuse normale quatre cordons corticaux à trachées extérieures. Ces cordons s’accroissent vers le centre de la tige. Que sont ces cordons ? Faisceaux foliaires, disent les uns, faisceaux secondaires, répondent d’autres auteurs. C’est là, en tous cas, une exception bien remarquable à la définition des Tiges. Quelle est la portée de cette anomalie? N'est-ce qu’une particularité de la distribution des faisceaux, une sorte de torsion? Est-ce au contraire une modification d’une haute importance ? En tous cas quelle peut en être la cause ?
Ce double intérêt des Calycanthées, particularités de structure exceptionnelles, affinités multiples ou affinités douteuses, nous a engagé à donner de cette famille une monographie analogue à celle que M. Gravis a donnée de l’Ortie, la première condition pour déterminer les affinités de ces plantes et pour comprendre leurs particularités étant en effet de les bien connaître. Comme il arrive parfois, l'étude directe n’a pas suffi pour nous donner l’explication de l’anomalie que présente la tige des Calycanthées, et force nous a été de recourir à l’Anatomie comparée. Nous nous sommes ainsi trouvé dans l'obligation de déterminer les affinités réelles des Calycanthées. Mais cette détermination exigeait une anatomie complète des plantes auxquelles elles ont été comparées; la présence de faisceaux corticaux exigeait au moins l'étude des types à faisceaux corticaux les plus voisins. C’est de la sorte que nous avons été conduit à étudier les Myrtacées, les Lécythidées, les Granatées, les Mélastomacées, les Rosacées, les Monimiacées et les Magnoliacées. Ce travail dépassant de beaucoup les limites ordinaires d’un mémoire, nous nous bornerons ici à faire connaître, outre les Calycanthées, les Mélastomacéees et les Myrtacées.
On s’étonnera peut-être que dans ce premier travail nous n’ayons pas comparé immédiatement les Calycanthées aux Monimiacées et aux Magnoliacées de préférence aux Mélastomacées et aux Myrtacées. Les
se
auteurs modernes (Bentham et M. Hooker, M. Baillon, M. Eichler, M. Vesque, M. Van Tieghem) rapprochent en effet plus volontiers les Calycanthées des Magnoliacées et des Monimiacées, et nous croyons volontiers que leur manière de voir est justifiée. Notre choix tient surtout à ce que nous n’avons pu disposer pour nos premières recherches que d’un nombre trop restreint de Monimiacées et de Magnoliacées, et que, par suite, nous considérons cette partie de nos études comme trop incomplète ; puis le problème d'anatomie générale soulevé par les faisceaux corticaux des Calycanthées ne pouvait y trouver sa solution, les Monimiacées et les Magnoliacées ne présentant pas cette anomalie. Au contraire, en partant du rapprochement établi par Pyr. de Candolle entre les Calycanthées et les Mémécylées, nous trouvions dans le voisinage immédiat des Calycanthées les Mélastomacées dont le parcours des faisceaux corticaux a, d’après M. de Bary, quelque resssemblance avec celui des Calycanthées. De même, le rapprochement établi par Pyr. de Candolle entre les Calycanthées et les Granatées, rapprochement accepté plus tard par Brongniart (1), amène dans le voisinage des Calycanthées, les Myrtacées et les Lécythidées ; . Or, On sait que ces dernières plantes présentent également des faisceaux corticaux dont certains même sont orientés trachées en dehors. Nous trouvions donc chez les Mélastomacées et chez les Lécythidées une anomalie de même ordre que celle que nous voulions étudier. Enfin et surtout, nous avons pu, dès le début, réunir de nombreux échantillons de Mélastomacées et de Myrtoïdées, de telle sorte que cette partie de nos recherches s’est ainsi trouvée achevée bien avant les autres.
Ce mémoire comprend trois parties :
La première est une monographie de l'appareil végétatif des Calycanthées.
La deuxième est une étude des tiges et des feuilles des Mélastomacees.
La troisième est une élude des tiges (2)et des feuilles des Myrtacees (3).
Dans la monographie de l'appareil végétatif des Calycanthées, nous nous sommes appliqué à montrer comment nous avions trouvé la structure de chacun des organes à l’état moyen, comment nous avions
(1) Brongniart place les Calycanthées dans les Myrtoidées.
(2) Des tiges jeunes seulement.
(3) Nous avons dû réserver pour une publication ultérieure les Lécythidées dont la monographie présente une très grande étendue.