‹ Recherches sur le cachalotChapitre 12 sur 23 · IV. — MACHOIRE INFÉRIEURE ET DENIS · texte numérisé non relu

IV. — MACHOIRE INFÉRIEURE ET DENIS

Toute la portion libre de la mâchoire inférieure du Cachalot est une longue symphyse formée par le rapprochement et le parallélisme des deux branches sur une grande étendue. Leur union s'opère par du tissu fibreux. En sorte que la place où il convient de faire commencer la symphyse vers le point de rencontre des deux branches reste le plus souvent un peu arbitraire. Toutefois, il peut arriver aussi que le début en soit nettement accusé sur le squelette par deux saillies des deux branches de la mâchoire en dedans, qui s'affrontent comme de véritables surfaces synarthrodiales. Nous voyons cette disposition très accentuée dans la plus grande mâchoire du Cabinet d’Anatomie, Cat. À, 3245.

Une particularité anatomique très intéressante de la mandibule du Cachalot et qui frappe au premier abord est la grande différence de

structure que présente la substance osseuse des branches et celle de la

symphyse. Cette différence qu’on retrouve également chez d’autres Cétodontes est encore plus marquée chez le Kogia. La substance osseuse de la branche est comme fibreuse, à fibres parallèles; elle est aussi toujours certainement beaucoup moins grasse que le tissu osseux de la symphyse — qui lui-même l’est assez peu, comparé à celui de la plupart des os du squelette, en raison de sa structure compacte. Aussi les Océaniens, au dire de Camisso (1), recherchent-ils cette partie du squelette pour y tailler des fers de lance.

La branche de la mâchoire présente en dedans l’aspect d’un cornet largement évasé. Autrefois, cette branche était souvent coupée et rapportée seule. Certains auteurs du seizième siècle l’ont figurée comme l’omoplate du Cachalot.

Les dents sont insérées dans une sorte de goultière irrégulière plutôt que dans des alvéoles bien distincts. Nous avons déjà dit qu’elles étaient chez l'adulte un peu mobiles. Nous revenons plus loin sur leur implantation.

Il est rare que chez le Cachalot la mâchoire inférieure soit complètement rectiligne. Elle l’est sensiblement, sur une des pièces du Cabinet d’Anatomie, Cat. A, 5242, qui provient cependant d’un animal bien adulte, ear la pièce mesure 3°80. Par contre, la plus grande mâchoire que nous possédions, Cat. A, 3246, est successivement incurvée à droite, puis à gauche vers l'extrémité. Sur notre individu des Açores la mâchoire offre de même une légère courbure en deux sens différents. Elle présente, comme beaucoup d’autres, une sorte d'angle dans le plan vertical, ou de courbure en forme de bateau, comme pe BLAINVILLE l'avait déjà noté pour la mâchoire d’Audierne (2); d’autres fois cette courbure n'existe point. Alors le bord inférieur des branches de la mâchoire est sensiblement sur le même plan que la symphyse (3).

[l'est très certain que la mâchoire inférieure du Cachalot varie considérablement d’un individu à l’autre. On a cependant cherché à faire des espèces sur cette base si fragile. La forme en réalité diffère autant que les dimensions, comme il est facile de s’en assurer dans toute collection possédant un (1) Cetaceorum maris Kamtschatici imagines, etc., 1824.

(2) Sur les Cachalots, 1838.

(3) Cette disposition est très nettement offerte par une des pièces du Cabinet d'Anatomie, Cat.

certain nombre de spécimens de ces mâchoires. Une des plus grandes à coup sûr que l'on puisse citer est celle que l’on montre dans le petit musée si intéressant de Nantucket (1). La plus longue que possède le Cabinet d’Anatomie du Muséum mesure D mètres, Cat. A, 3245 (2).

On sait que la mâchoire inférieure du Cachalot est souvent considérablement déformée, et divers auteurs ont tour à tour signalé des exemples de ces altérations pathologiques dans les diverses collections. Le plus remarquable, à notre connaissance, est celui qui existe également dans la collection de Nantucket dont il vient d’être question. Il présente un contournement complet de l'os, et les dents ne pouvant plus s’user par le contact de la mächoire supérieure, semblent s'être développées outre mesure {voy. pl. VI, fig. 1). Le Cabinet d’Anatomie possède une de ces mächoires de Cachalot déformées, Cat. A, 3237. Elle a été décrite et figurée par Fiscuer (3).

Quelle est la cause de cette déformation? BEaze (4), d’après le dire « de vieux pêcheurs », l’attribuait aux combats que se livreraient les

(4) « This jaw was taken from a sperm whale, which made one hundred and ten barrels of oil; « it is seventeen feetin lenght, weighs eight hundred pounds and has forty-six teeth. The length « of the whale was eighty-seven feet, circunference thirty-six feet, and it weighed about two hun- « dred tons. The whale was taken in the Pacific Ocean by the bark « Islander » Capt. Wm Cash of « Nantucket, in 1865.» The Island of Nantucket, etc., compiled by Eowarp K. Gonerrey. Boston, in-1?, 1882.

(2) Turner (Additional Notes on the Occurence of the Sperm Whale in the Scottisch Seas, 1871- 1872) donne les dimensions de trois mächoires d'Édimbourg et de trois autres du Collège des chirurgiens, mesurées par FLOWER.

(3) Note sur une déformation pathologique de la mâchoire inférieure du Cachalot, dans Journ. de l’'Anatomie, 1867. — BEALE, qui a assisté à la capture d'un grand nombre de Cachalots, dit (Natural History of the Sperm Whale, 1839, p. 36) avoir vu deux exemples de ces malformations; dans l’un la mâchoire était incurvée à droite et roulée comme un tire-bouchon (like a scroll); dans l’autre elle était à la fois recourbée en dehors et en bas. — Jaues MurriE (On Deformity of Lower Jaw in the Cachalots, 1865) en signale quatre qu'il décrit longuement : 1° Une mâchoire existant à New-York, où Javes MurRig l'a vue dans un musée en connexion avec l’United States Navy Yard. Sans renseignements; 2° Un spécimen, n° 2452, vol. II, de la Série physiologique dans le Catalogue du musée des chirurgiens à Londres, donné par F.-D. Benxer Esq. Le catalogue attribue cette déformation à quelque «injury received in youth »;3° Spécimen de la collection ostéologique du British Museum ; 4° Spécimen existant au Museum of the Philosophical und Litterary Society of Hull, signalé à James Murnie par M. FLower. — J.-H. Taouson à son tour (Voy. Proceed. Zool. Society, 1867) signale quatre ou cinq exemplaires dans la collection de la Natural History Society de New-Bedford. Malheureusement il semble que cette collection ait été dispersée. Du moins lors de notre passage à New- Bedford nous n'avons pu la voir; on nous dit que les pièces l'ayant composée autrefois étaient en partie dans un grenier (à la High School), et les autres dispersées. Vraisemblablement plusieurs doivent se retrouver aujourd'hui dans le musée de Nantucket.

(4) Loc. cit., p. 37.

mâles (1). Mais Braze, qui a fait la pêche, n’a jamais eu, nous dit-il, la bonne fortune d’assister à ces combats où les mâles s’élanceraient les uns sur les autres en cherchant à se saisir par la mâchoire inférieure. C'était là en tous cas d’après Taomsox (2) une opinion autrefois répandue à New- Bedford au temps où la pèche y florissait. Il ajoute que ces mâles à mâchoire inférieure déformée sont ordinairement des solitaires, mais qu’on peut aussi la trouver chez des femelles.

Mure et Fiscuer (3) parlent d’ostéite, mais c’est résoudre la question par la question, car les violences invoquées par les baleiniers n’ont pu agir qu'en provoquant une ostéite. Cependant il ne parait pas que celle-ci ait dû nécessairement exister. Il est fort possible que ces déformations soient simplement des faits d'évolution anormale, plus explicables qu'ailleurs dans une partie du corps étroite, allongée, d’une seule pièce, sans connexions latérales. Les courbures plus ou moins accusées que présentent beaucoup de mâchoires de Cachalots, sans parler de l’imparité des dents, sont autant d'indices de cette sorte de tendance tératologique. Il suffit, au bout du compte, de la moindre lésion artérielle on nerveuse — c’est-à-dire trophique — pour provoquer une déviation qui, dès qu’elle a débuté et si ellenese trouve pas immédiatement compensée, ne peut plus que s’accroître.

Dexrs. — Le Cachalot ne porte de dents apparentes qu’à la mächoire inférieure, mais il en possède aux deux mâchoires. Celles de la mâchoire supérieure subissent l'avortement dont les Cétodontes nous présentent de si fréquents exemples. Aussi tandis que les dents de la mâchoire inférieure, par leurs dimensions, sont bien connues et semblent avoir valu à l'animal son nom français, comme on le verra, les dents supérieures, au contraire, ont le plus souvent passé inaperçues, et quelques auteurs en ont mème contesté l'existence; du moins tous n’en ont pas parlé.

On retrouve chez les Hyperoodons l'exemple de dents qui demeurent de

(4) Scauuox (The Marine Mammals of the North-Western Coast, 1874) renchérissant suppose des luttes terribles contre quelque Léviathan des profondeurs!

(2) Loc. cit.

(3) Fiscuer remarque que le maxillaire déformé du Cabinet d'Anatomie a 23 alvéoles, celui du Collège des chirurgiens 19, celui du British Museum 22, et comme Owen (Odontography, p. 353, 354) attribue 27 dents au Cachalot mâle et 23 à la femelle, il en conclut que ces trois mäâchoires proviennent de femelles. Mais cette assertion d'Owen ne s’est pas confirmée, comme on le verra par ce que nous disons plus loin du nombre des dents.

même cachées sous les gencives. Les Ziphius nous offrent une différence considérable dans l'importance des dents inférieures et supérieures, et ces dernières, comme chez le Cachalot, restent complètement indépendantes du maxillaire et ne laissent deviner leur existence par aucune trace sur Île squelette. D'autre part, les dents rudimentaires des Cétodontes, même alors qu’elles ne doivent jamais faire éruption, ne se résorbent point et ne présentent rien dans leur évolution qui rappelle l’atrophie des dents des Balénides (1).

Des dents inférieures. — Comme chez les autres Cétodontes à dents nombreuses, les dents de la mâchoire inférieure du Cachalot présentent cerfains écarts de nombre et de disposition (2) qui ne permettent pas de fixer rigoureusement l’un et l’autre. Elles varient également beaucoup de taille, de forme et même de structure. Les unes sontaiguëset les autres arrondies, d'autres enfin horizontalement usées. Cette particularité sur laquelle nous reviendrons plus loin s’observe principalement sur les dernières dents, qui affectent le plus souvent la forme cylindrique. Cette usure des dents paraît en tous cas extrêmement rapide. Owex n'avait pas vu de dent qui ne fût déjà fortement usée par l'extrémité. On verra plus loin que le jeune présente déjà l'usure manifeste de certaines dents avant que toutes aient fait éruption. 11 paraît assez difficile d'expliquer cette usure par le frottement contre des corps durs étrangers. Il faudrait, en conséquence, y voir simplement l'effet du frottement contre l’épiderme dur et sans cesse régénéré des cavités palatines, tandis que la dentine et le cément s’usent sans retour.

Le nombre des dents varie. Le plus souvent il n’est pas exactement le même des deux côtés de la mâchoire, et les dents ne se correspondent pas davantage d'un côté à l’autre, surtout dans le milieu de la série. Tout à fait en avant et tout à fait en arrière, les dents sont disposées à peu près symétriquement, encore n’en est-il pas toujours ainsi. Quelquefois les deux

(1) Voy. Poucner et CGnasry, Contribution à l'odontologie des Mammifères (Journ. de l’Anat., mai-juin 1884.

(2) C'est Hunter qui parait avoir noté le premier que chez les Cétacés le nombre des dents est presque toujours incertain. Ils se distinguent nettement par ce côté des mammifères géothériens chez lesquels le nombre et la disposition des organes dentaires présentent au contraire une fixité

remarquable sans que nous puissions saisir les causes d’une disposition organique de plus à ajouter à celles qui rapprochent les Cétacés des Poissons.

premières dents sont reportées plus en dedans que les suivantes, et de plus peuvent n'être pas égales, comme le montre très bien la mandibule du Cachalot d'Audierne (1).

On peut d'une manière générale fixer le nombre des dents à 25 de

chaque côté. C’est le nombre que nous avons trouvé— tout au moins d’un

côté

dans la mâchoire du fœtus de 1°,30, dont il sera parlé plus loin. Sur ce nombre, à la vérité, deux dents semblaient moins développées que les autres. Le nombre des dents n’augmente donc pas avec l’âge ainsi que l'avait cru H. Woops (2), sauf peut-être d’une ou deux en arrière, de chaque côté, au niveau où parfois on trouve même chez l'adulte des dents cachées dans la gencive (3). Sur les mâchoires du Cabinet d’Anatomie nous trouvons :

Grande mandibule Cat. À, 3240; à droite 27 dents, à gauche 98. C'est le plus grand nombre observé à nolre connaissance = 55.

Grande mandibule Cat. A, 3245; on ne compte que 20 dents à droite et 20 dents à gauche. Tout au plus en manquerail-il une à droite. C'est le plus petit nombre signalé (4).

Sur notre mâle adulte des Açores, il existe faisant saillie hors de la geneive 22 dents du côté gauche et 23 du côté droit (5).

(4) Cabinet d’Anatomie, Cat. A, 3000. Cette disposition n’a d'ailleurs aucune valeur au point de vue de distinctions spécifiques à établir, comme Cuvier et DE BLAINVILLE avaient pu le penser à une époque où le Cachalot était moins connu.

(2) Capture of a Cachalot, 1829, ;

(3) Lacérkoe, Histoire naturelle des Cétacés, an XI, p. 169, dit que les nouvelles dents paraissent en arrière, ce qui est probable, mais il ajoute que les alvéoles par suite sont d'autant plus profonds qu'ils sont plus antérieurs, ce qui ne semble point exact et n'aurait en tous cas aucun rapport avec l’ordre d’éruption des dents.

(4) Voy. la note suivante, n° 3°.

(5) Arperson (An Account of a Whale of the Spermaceti Tribe, 1825) observant un Cachalot de 58 pieds 1/2 comple 47 dents plus deux qui furent découvertes au-dessous de la gencive du côté droit. —Frénéric Cuvier (De l'Hist. nat. des Cétacés, 1836, p. 289) signale un Cachalot de 70 pieds de long comme ayant 52 dents, tandis qu'un individu de 49 pieds n’en avait que 36. Il attribue à l'espèce 54 dents, 27 de chaque côté.=— Bear (loc. cit., p. 96), qui parait oublier que le Cachalot décrit par Arrerson est celui-là même dont il voit le squelette chez sir Czirrorp ConsTABLe, dit que sur ce dernier squelette le nombre des dents est de 48; il donne (p. 26) pour nombre ordinaire des dents 42. — R. Owen (Odontography, 1840, p. 353) attribue 27 dents de chaque côté au Cachalot mâle et 23 à la femelle. — Jackson (Dissection of a Spermaceli Whale, 4847, p. 151) examine et nous donne le nombre des dents de 9 mächoires : 4° Mächoire d’un Cachalot de 110 barils, apportée fraiche à New-Bedford. Elle mesurait 5 pieds 1/2 de la dernière dentà l'articulation et 16 pieds 1/4 sur la ligne médiane; 25 dents à droite, 24 à gauche; 2 dents étant à se loucher. 2° Mâchoire d’un Cachalot des Bermudes de 100 barils, 45 pieds de long. Distance des deux surfaces articulaires 5 pieds 3/4. Distance de l'articulation à la dernière dent 5 pieds 1/2; 25 dents

à droite, 27 à gauche. 3° Mächoire de 8 pieds 5 pouces; 3 pieds 9 pouces entre les surfaces articu-

“tt à

Peut-être le nombre des dents est-il plus souvent plus grand à droite, malgré de nombreuses exceptions (1).

On a vu que les dents du Cachalot sur l'animal adulte n'étaient point solidement fixées dans la mâchoire. R. Owex (loc. cit., 1840, p. 353) a insisté sur le mode d'implantation, lequel, dit-il, est intermédiaire entre celui de l’Ichthyosaure et celui des Dauphins. Les dents séparées par des intervalles au moins aussi larges qu'elles-mêmes sont logées dans un sillon imparfaitement divisé en alvéoles. Les cloisons qui les séparent s'élèvent seulement jusqu’à la moitié de la hauteur de la gouttière. Les parois de ces alvéoles n'étreignent pas non plus la dent retenue surtout par les parties molles. Il en résulte souvent que la gencive en séchant se rétracte, entrainant avec elle toute la série des dents (2).

Les dents diffèrent considérablement d'aspect non seulement en raison de leur place, mais d’un individu à l’autre, étant tantôt aiguës, recourbées et tantôt réduites à un cône peu saillant, obtus. Les plus grosses occupent le milieu de la série, leur volume diminue en avant et de même en arrière. La couronne peut être irrégulièrement usée. Nous reviendrons plus loin sur cette particularité. C'est probablement dans des cas de ce genre qu'on a décrit les dernières dents du Cachalot comme pouvant être bicuspides ou tricuspides. Notre squelette de mâle offre des exemples très nets de cette disposition. L'usure des dents du Cachalot est quelquefois consi-

dérable. Elles se montrent alors arrondies, presque hémisphériques, dépas-

laires et entre celles-ci et la dernière dent; 20 dents de chaque côté, et bien opposées, à peine usées. % Mâchoire de 7 pieds 10 pouces; 4 pieds entre les surfaces, 3 pieds 2 pouces en arrière de la dernière dent: 26 dents à droite, 23 à gauche. 5° Mächoire d’un jeune individu de 18 pieds de long, dit-on, et de 14 barils, pris à trois jours de Nantucket, 5 pieds 8 pouces de long, 23 dents de chaque côté (sur cet individu les dents avaient été artificiellement remises en place). 6° Mächoire existant dans le Cabinet de la Société d'histoire naturelle de Boston. Longueur 5 pieds 1/4. Entre l’extrémité des branches de la mâchoire 2 pieds 9 pouces; distance de cette extrémité à la dernière dent 2 pieds 9 pouces; 25 dents à droite, 24 à gauche, toutes sont pointues et percent nettement la gencive. 7° Mächoire examinée par le D' Wywax, 15 pieds 1/3 de long, écartement 5 pieds 1 pouce, distance 4 pieds 9 pouces ; 26 dents à droite, 25 à gauche. 8° Mächoire examinée par Le D' Wyxaw, 1 pieds 1/3 de long, écartement 3 pieds 8 pouces, distance 3 pieds 2 pouces; 24 dents de chaque côté. 9 Mâchoire examinée par le D' Wyman, longueur 8 pieds 2 pouces, écartement 4 pieds 2 pouces, distance 3 pieds 8 pouces ; 23 dents de chaque côté.

(4) Ainsi : la grande mandibule du Cabinet d’Anatomie, Cat. À, 3240, que nous avons signalée ; le sujet observé par De Sancnis, Monografia sul capidoglio, etc., 1881, qui avait 22 dents à droite et 23 à gauche ; de même le n°2 de la liste donnée dans la note précédente.

(2) On peut voir cela très bien sur une des pièces du Cabinet d'Anatomie. Cat. A, 3245.

sant à peine la gencive. Les dents extrêmes sont, en général, les plus déformées. Celles du milieu de la série présentent d’abord une forme sensiblement conique à axe un peu incurvé. Elles sont creusées d’une cavité pulpaire conique qui s'élève environ jusqu’à la moitié ou le tiers de la hauteur de la dent. Plus tard, en même temps que celle-ci s’allonge et s’use, sa base diminue de diamètre, l’orifice de la cavité pulpaire se rétrécit, la cavité elle-même devient moins profonde tout en conservant sa forme conique; la dent dès lors parait renflée vers le milieu. En même temps il peut arriver que la cavité pulpaire se comble plus ou moins (1), si bien que la dent finit par ne plus former qu’une masse compacte, biconique, ou eylindrique pour les dents du fond. Souvent les bords tranchants de la cavité pulpaire au lieu de garder leur forme circulaire se rapprochent comme sous l'effet d’une compression latérale, deviennent parallèles, de façon à limiter un orifice plus ou moins étroit et dont le grand axe mesure à peu près le diamètre de la dent.

Les dimensions comme la forme des dents varient selon les individus. Elles peuvent atteindre un volume considérable. Le Musée municipal du Havre possède une énorme dent de Cachalot. Elle est comprimée à sa base, elle mesure 24 centimètres de long et 15 centimètres de large au niveau de l'orifice pulpaire. Elle pèse 1*,410; elle est peut-être la plus lourde dent de Cachalot que l’on connaisse. Elle se rapproche tellement par ses dimensions d’une dent signalée par R. Owen, qu’on doit vraisemblablement la considérer comme provenant du même animal, d’une taille presque monstrueuse (2).

Les déformations et les maladies des dents du Cachalot, excepté pour un cas dont il sera parlé plus loin, paraissent assez peu communes, comme d’ailleurs chez les Cétodontes, en général. Nous citerons les exemples suivants :

{° Au Musée d'histoire naturelle de Boston: une dent portant une

(4) R. Own (loc. cit., p. 359) signale les grandes dents du milieu de la série comme subissant les dernières cette modification.

(2) La dent dont parle R. Owen (loc. cit., p. 253) avait presque exactement les mêmes dimensions. R. Owen la décrit comme ayant encore sa base ouverte, comme mesurant 9 pouces 1/2 {== 0%,24) de long, 9 pouces de circonférence et pesant 3 livres (—1,360 gr.). Elle provenait d’un

Cachalot mâle pêché par Lanex, d'Albemarie-Point, en 1817. Elle était gravée selon une habitude assez communément répandue.

exostose considérable à sa base, grosse comme les deux poings (1);

2% Au musée de Nantucket : une dent fortement cariée (Voy. pl. VI, fig. 3). Le bord ordinairement tranchant de la cavité pulpaire est remplacé par un épais bourrelet dont la surface comme celle de toute la dent est rugueuse. Ce bourrelet est interrompu par une large échancrure qui s'étend jusqu'aux deux tiers de la hauteur de la dent. Enfin à son sommet la dent est percée d’un orifice ovale, mesurant 4 sur 8 millimètres de large environ :

3° Au Cabinet d’Anatomie sous la marque Cat. A, 5719 deux dents d'un jeune individu indépendantes par leur base, soudées par le sommet (Voy. pl. VI, fig. 4). Nous devons cette pièce intéressante à M. Ralph Dabney de Fayal. Il s’agit là évidemment d’une soudure de deux dents nées de follicules distincts, déviées de leur route normale et s'étant rencontrées avant l’éruption hors de la gencive.

4° Il existe au musée de Nantucket une pièce toute pareille : deux dents d'un jeune individu indépendantes par leur base, juxtaposées vers le sommet par deux surfaces planes qui se correspondent exactement. Il est probable que ces deux dents étaient soudées comme dans l'exemple précédent, mais elles sont actuellement maintenues au contact par une cheville de métal;

5° Au musée de Nantucket. Une dent bifide à sa partie profonde avee un orifice pulpaire distinct au bout de chacune des deux branches (Voy. pl. VI, fig. 5). D'après l'indication que porte cette dent, l'animal dont elle provient les avait toutes avec cette malformation (2). La genèse de celle-ci s'explique facilement par le rapprochement dont nous avons parlé plus haut des bords de la cavité pulpaire qui ont d’abord dessiné un orifice

étroit et allongé, puis finalement sont arrivés à se toucher et à se confondre

(4) Elle porte comme marque : « G. H. Folger. Pacific. Orig. 561. »

(2) La pièce porte l'indication suivante : « Sample of a tooth taken from a Spermwhale. The teeth of the whale were all double or twopranged, a rare case. J. Mitchel Doner. » M. le professeur N.S. Suacer de Harward College a décrit, nous a-t-il dif, cette pièce dans l'American naturalist; nous lui devons également un moulage de cette pièce qui figure au Cabinet d'Anatomie sous le n° Cat. A, 5718. Nous extrayons de plus d'une lettre que veut bien nous écrire M. le professeur SHALER l'indication suivante : « In 1882 I spent à dayin the East and West India docks in London and there « examined several thousand teeth of the sperm whale. In a number of instances I found traces «& of an approach to the form of this specimen, but nothing of such à distinct biracimal form. »

au milieu de leur longueur. C’est le mécanisme même des dents à plusieurs racines chez les Géothériens ;

6° Au Musée national des États-Unis à Washington, existe une dent offrant une particularité intéressante (Voy. pl. VI, fig. 2). Sur une de ses faces le bord pulpaire présente une échancrure haute de 2 centimètres environ, mais qu'on dirait au premier abord comblée en partie par une pièce osseuse surajoutée, quelqu’esquille provenant de la mâchoire et adhérente à la dent. En réalité, c'est la lame dentinaire qui s’est repliée et s’est appliquée à la face externe de la racine. On comprend qu'un déplacement pareil se faisant en sens inverse, c'est-à-dire en dedans, eût facilement divisé la pulpe et amené la bifidité de la racine de la dent.

Il nous reste à parler d'une altération des dents du Cachalot antérieure à leur éruption, mais qui doit probablement être fréquente, au moins sur les dernières dents, et explique peut-être mieux que toute chose leur forme et leur usure souvent beaucoup plus considérable que celle des autres dents. Très fréquemment, en effet, leur couronne est réduite à l’état d’un eylindre terminé par une surface plane. D’autres fois elle est plus ou moins régulièrement entaillée. Sur l'individu femelle que nous avons eu l’occasion d'observer à Lagens (Voy. ci-dessus, p. 45), nous avions remarqué, en arrière de la dernière dent, d’un côté de la mâchoire, une éminence de la gencive correspondant certainement à une dent qui n'avait pas encore fait éruption, quoique l'animal fût parfaitement adulte. La pièce enlevée avait été conservée dans le liquide de Müller pour un examen ultérieur. En l’étudiant , nous avons pu constater l'existence d’un kyste large de 12 à 15 millimètres coiffant l'extrémité de la dent. Celle-ci n’est point conique, mais usée, excavée, présentant une surface irrégulière du diamètre du kyste et dont les bords sont relevés. La paroi du kyste est fibreuse, tapissée intérieurement d’un épithélium stratifié à cellules cylindriques, polyédriques et lamelleuses; à l’intérieur du kyste font saillie des végétations larges d’un millimètre environ, insérées au point où la paroi du kyste se soude à la dent. Ces végétations sont par places d’une couleur orangée intense : la coloration est due à des cristaux rhomboédriques d'hémine, présentant au microscope une belle nuance orangée rabattue. On trouve dans

le kyste, outre des débris épithéliaux, des hématies qui ont conservé leur

forme, des tables de cholestérine et enfin des micrococcus (provenant sans doute d’un mycélium développé dans la liqueur où était conservée la pièce et qui a pénétré jusque-là, à travers les tissus extrêmement denses de la gencive). La dent entièrement dégagée du tissu gingival est légèrement comprimée. Elle ne présente point de cavité pulpaire, comme on peut s'en assurer sur une coupe longitudinale qui en est faite (1). Celle-ci laisse au contraire distinguer la trace du canal central. On peut conelure de ces particularités que cette dent avait achevé son développement et n’était point destinée à faire éruption. Quant à l’excavation qu'elle présente à son extrémité, il convient tout d’abord d'en reporter l’origine à la disposition que nous offrira le sommet du chapeau de dentine chez l'embryon. Mais il faut nécessairement admettre que le kyste a grandi à mesure que la dent prenait elle-même un diamètre plus considérable et qu'elle s’est simultanément usée par dissolution de la dentine et du cément dans les liquides du kyste. On peut enfin se demander si l’altération dont nous parlons ne serait pas fréquente sur les dernières dents du Cachalot sans entraver toutefois l’éruption. Un certain nombre de ces dents arriveraient ainsi à l'extérieur dans un état d'usure déjà très avancé, ce qui expliquerait l'apparence sous laquelle on les voit souvent se présenter. STRUGTURE. — L’émail sur les dents du Cachalot est indistinet. On peut dire qu'il n’y en a pas, quoiqu'un organe adamantin ait existé à l’origine. C'est d’ailleurs la condition nécessaire à la formation de toute dent (2). La dentine est enveloppée d'une couche de cément épaisse de plusieurs millimètres, et qui offre souvent sur la surface usée de la dent une couleur et une apparence très différentes de celles de la dentine. Le cément acquiert

sa plus grande épaisseur au niveau du bord de la gencive (3). Dans toute

(1) Voy. Cabinet d'Analomie, Cat. A, 5785.

(2) R. Owen (loc. cil., p. 353) attribuait de n'avoir pu découvrir l'émail à ce que sur toutes les dents de Cachalot examinées par lui, le sommet de la dent avait déjà subi une certaine usure. Si l'organe adamantin est la condition même de la formation et de la croissance de toute dent, il ne s'ensuit pas que celle-ci ait nécessairement une couche distinete d'émail. Voy. pour la persistance de l'organe adamantin sous forme d’un anneau à la base des dents dépourvues d'émail, Poucaet et Cnagry, Contribution à l’odontologie des mammifères (Journ. de l'Anatomie, 1884). L’organe adamantin peut d’ailleurs ne prendre que tardivement cette disposition. Les incisives de Mastodonte, avant d’être usées, sont coiffées, à leur extrémité, d’un chapeau complet d'émail, qui s’amincit en arrière excepté au niveau de la bande persistante.

(3) Rarp (Die Cetaceen, 1837, p. 126) commet l'erreur assez singulière de prendre cette couche

la longueur de l’axe de la dent existe un canal central de largeur uniforme et qui se laisse voir comme un point au milieu des coupes transversales et comme un trait noir sur les coupes en long.

Les dents du Cachalot présentent de remarquables passages de la dentine (1) à la substance osseuse. Ainsi que nous l'avons dit ailleurs, la dentine n’est au fond qu'une variété de substance osseuse se distinguant par ce fait que les ostéoplastes y sont en quelque sorte polarisés. On conçoit dès lors qu’on trouve aisément des passages d’une variété à l’autre. Les parties présentant cette apparence mixte ont été souvent désignées par les Anatomistes sous le nom d’ostéo-dentine. On peut trouver, chez certains animaux, l'ostéo-dentine nettement limitée et formant une couche spéciale à la fois distincte du cément et de la dentine. Chez le Cachalot, il est fréquent de rencontrer la transition d’une structure à l’autre (Voir plus loin). Chez les individus qui ont atteint un certain âge, c'est de la dentine vasculaire ou en d’autres termes de l’ostéo-dentine qui comble peu à peu la cavité pulpaire. Celle-ci, après avoir été au début régulièrement conique, peut être réduite à un ou deux canaux étroits (2). C’est alors que la dent, comme nous l’avons indiqué, devient biconique ou cylindrique.

En même temps que la paroi de la dent grossit, il peut se former au sein de la pulpe des centres d’ossification ou plutôt de production de dentine, tantôt sous forme de masses plus ou moins arrondies, tantôt d’une figure beaucoup moins régulière. Sur le fragment de mâchoire inférieure frais que nous possédons, et qui doit appartenir à un sujet encore jeune, nous trouvons dans la pulpe d’une dent, près de sa périphérie, une de ces petites masses grosse comme un grain de millet, un peu irrégulière à la surface. Dans ces masses, en général, les canalicules ne présentent plus la même

disposition régulière que dans la dentine. De plus, ces nodules ou rognons

épaisse de cément pour l'émail. L'année précédente, 1836, le D' Kxox avait reconnu que la couche externe de la dent n’est pas de l’ivoire, mais sans paraitre en bien apprécier la nature (Proceed, of the R. Soc. of Edimburgh, vol. I).

(1) Owex (loc. cit., p. 356) décrit les tubes de la dentine du Cachalot comme volumineux (plus larges que chez le Plataniste et le Dauphin). Ils sont séparés par des espaces ayant de quatre à cinq fois leur diamètre. L’analomiste anglais insiste longuement sur la structure de cette dentine et trouve qu’elle se rapproche de celle du cément plus que partout ailleurs.

(2) D’après R. Owen (loc. cit., p. 359) cet envahissement de la pulpe du Cachalot rappellerait ce qui se passe chez certains reptiles tels que l'Iguanodon, l'Ileosaurus, et l'Ichthyosaure.

de dentine n'étant protégés par aucun organe adamantin non vasculaire continuent, comme la pulpe elle-même, d’être parcourus par des capillaires. Ces rognons sont donc de l’ostéo-dentine (1). Par les progrès du développement, ces nodules de forme plus où moins régulière arrivent au contact de la paroi de la cavité de la pulpe et se soudent avec la dentine normale. Ils forment alors des sortes de stalactites qu'il n'est pas rare de trouver sur les dents où la cavité pulpaire tend à se combler. Puis le nodule est complètement enveloppé et comme il n'existe pas, pour la dentine, de résorption modelante, il demeure avec la disposition spéciale de ses canalicules, au sein de la dentine normale, formant là parfois des sortes de perles (2), qui tranchent nettement sur le reste de la dent quand l'usure les a entamées. On peut trouver ces nodules jusque vers le sommet de la dent. Nous avons sous les yeux les coupes d’une dent offrant à sa pointe un certain nombre de ces nodules enveloppés par la dentine qui ne présente que plus bas sa structure normale nettement homogène (3).

Denrs supérures. — Les dents que le Cachalot porte à la mâchoire supérieure restent ordinairement cachées dans la gencive. On ne peut douter cependant qu'elles la percent quelquefois, mais sans faire saillie à l'extérieur. De là de grandes divergences, et pendant que les baleiniers les signalent, elles échappent à beaucoup d’Anatomistes. La question restait en somme assez obscure. Nous avons eu une fois de plus recours au dévouement de M. Dabney qui a bien voulu nous envoyer un large fragment de voûte palatine. Celui-ci provenait d’un individu ayant exactement les dimensions de notre squelette femelle, par conséquent d’une femelle adulte ou d’un jeune mâle de cette taille. Les dents de la mâchoire supé-

(1) R. Owex a observé un nodule de ce genre dans la pulpe d’une dent sectionnée. — De Sancris, Monografia sul Capidoglio, 4881, p. 218, les signale sur l'individu échoué à Porto S. Giorgio, sans en comprendre la nature.

(2) Le même phénomène n’est pas rare sur les défenses d'Éléphant, soit que ces productions apparaissent spontanément dans la pulpe, soit qu'elles résultent toujours d’une lésion traumatique. Les ivoiriers donnent à ces productions, quand ils Les rencontrent, le nom de billes. Souvent elles sont grosses à peine comme un pois. On peut en voir de très beaux exemples dans le Cabinet d’Anatomie, Cat. A, 5571.

(3) Nous pouvons signaler ici une dent du Musée national des États-Unis longue de 5 pouces 3 lignes avec une surface d'usure de 3 pouces où un certain nombre de perles d’ostéo-dentine sont en vue. Elle porte comme indications : « 17143, Porto Rico; Geo. Latimer. » Signalons encore dans le Musée d'Histoire naturelle de Boston une section de dent montrant aussi des perles. Elle porte comme indication : « 375, M. Smith. »

rieure mesurent 35 millimètres de long sur 9 de large. Elles sont de chaque côté en rangée régulière, la pointe tournée en bas: la courbure de la dent regarde en dehors, tandis que l’axe de la dent est plutôt incliné en dedans (Voy. pl. VI, fig. 6 et 7). La racine est sensiblement au niveau (un peu en dedans) de la gouttière creusée à la face inférieure du maxillaire (1).

Une de ces dents, dont nous donnons la figure, mesure exactement 33 millim. de long et 8 millim. de large, étant peut-être un peu plus large en son milieu qu'au bord de la cavité pulpaire. Celle-ci est peu profonde, mesurant 10 millimètres environ, conique, remplie par une pulpe grise normale. La dent, lisse dans son tiers profond, commence à montrer dans le second quelques rugosités. Le dernier quart de la dent est irrégulier, bosselé, d'un aspect plus jaunâtre peut-être. La pointe est finement bifide. A la loupe elle est granuleuse, un peu comme formée d’un entassement de petites sphères (2).

La structure de ces dents offre certaines particularités intéressantes. Elles présentent, comme les dents inférieures, un canal central(Voy. pl. VIT, fig. 4). Mais, de plus, une partie de la dentine y montre une structure qui ne paraît pas avoir encore été décrite. Celle-ci se voit aussi bien sur les préparations décalcifiées que sur les coupes sèches. Elle consiste en ce fait que la dentine, d’abord vasculaire, cesse de l'être, les canaux de Havers se remplissant de dentine qui les comble. Il en résulte sur les coupes d'ivoire décalcifié ou non la formation de figures irrégulières dont notre dessin donnera mieux une idée que toute description. Cette sorte de vaso-dentine ne forme pas tout l'ivoire, mais seulement la partie centrale de celui-ci. Des anses à convexité tournée en dehors et toutes à égale distance de la périphérie de l’ivoire, marquent la limite de cette vaso-

dentine (3). On ne la trouve d’ailleurs que vers le sommet de la dent,

(4) La position des dents supérieures est probablement tout à fait indépendante de celle des dents inférieures. Tandis que F.-D. Benner déclare qu'elles sont généralement placées dans les intervalles des cavités gingivales qui logent les dents inférieures, DE Sancris (loc. cit., p. 218, fig. X) en observe et en figure deux « molto sottile e vacillante » au fond des cavités gingivales correspondantes à la 5° dent de chaque côté.

(2) Cet aspect a été indiqué par FLower, qui désigne cette portion terminale de la dent sous le nom assez impropre de « couronne » (Voy. Description du squelette de Tasmanie).

(3) Ces anses, dans certains cas, ont presque la même régularité que celles qui limitent la vasodentine du Megatherium.

l'ivoire à la base a la structure normale et n'est point vasculaire (1). Le bord de la cavité pulpaire est épais, annonçant que la dent a probablement atteint le terme de son accroissement en longueur. La capsule fibreuse, appliquée en dehors sur le cément, se refléchit contre ce bord épaissi de la cavité pulpaire et vient former sous la dent une cloison qui semble isoler complètement le tissu phanérophore.

Les dents de la mâchoire supérieure, telles que nous venons de les décrire, représentent un état jeune, mais elles subissent avec l’âge certaines modifications; c’est ainsi que leur cavité pulpaire se comble, qu’elles peuvent se déformer plus ou moins, devenir peu adhérentes, se montrer au niveau de la gencive et finalement tomber.

Il existe dans la collection de Louvain (nous la visitions malheureusement en l'absence de M. le professeur van Beneden) une dent de Cachalot (2) biconique, c'est-à-dire à cavité pulpaire comblée et qui présente en même temps un coude très accusé. Une des branches de ce coude, celle qui correspond au sommet de la dent, mesure 95 millimètres et

(4) Une dent supérieure débitée en vingt-deux coupes de la base à l'extrémité nous présente les particularités suivantes : 8° coupe. Passe par le sommet de la cavité pulpaire qui, à ce niveau, a le diamètre d’un trou d'aiguille. Les canalicules autour de lui tendent à prendre une direction parallèle à l'axe de la dent. — 9° coupe. Canal central microscopique. — 11° coupe. Dans toute la moitié centrale de l'ivoire les canalicules, parallèles au canal central, se montrent comme un fin pointillé laissant par places des espaces qui sont certainement d'anciens canaux de Havers comblés. — 15° coupe. Le canal central présente une large dilatation certainement anormale (nous n’en

connaissons pas d'autre exemple) autour de laquelle la dentine a repris son aspect complètement normal, avec des canalicules régulièrement rayonnants. Sauf le diamètre, la coupe est entièrement

analogue à celle passant par la cavité pulpaire. — 16€ coupe. Le canal central a repris son diamètre microscopique au centre de canalicules qui tendent à lui devenir parallèles. — 19° coupe. Tout

un secteur de l’ivoire présente le pointillé dû à la disposition des canalicules perpendiculaires au champ du microscope; sur le reste de la coupe la dentine a l'aspect normal avec les canalicules rayonnants. Au milieu d'eux on distingue des canaux, ou plutôt d'anciens canaux de Havers, qui viennent assez régulièrement dessiner des anses à une certaine distance du cément. Ces anses vasculaires sont à la limite de deux zones où la dentine présente un aspect un peu différent : la zone externe est plus claire, l’inferne plus foncée avec les traces d'anciens conduits de Havers à parois devenues irrégulières, et plus ou moins complètement comblés. — 21° coupe. Un secteur de la dentine présente les dessins irréguliers dus aux canaux de Hayers comblés que nous ayons décrits. — 22° ef 23° coupes. Le canal central est bien visible. Entre la dentine et le cément est interposée, sur les deux préparations, une couche de substance qui parait également distinete de la dentine et du cément (Voy. pl. VIIL, fig. 5). La surface externe de cette couche, au contact du cément, est irrégulièrement mamelonnée, sa substance est striée à stries suivant les ondulations de la surface; la couche parait, de plus, traversée de canaux rayonnants. Sur la coupe 23, la limite entre cette couche et la dentine à canalicules rayonnants est très nette, tandis que sur la préparation 22, au contraire, cette couche parait se continuer avec une portion de la dentine dont les canalicules sont parallèles à l'axe de la dent. (2) Elle porte la marque « U. C. 8895. »

l’autre 80. La grande branche est terminée par une surface assez régulièrement conique, plus lisse que le reste sans l'être tout à fait. La limite de la région lisse est beaucoup plus étendue sur une des faces de la dent (celle-ci étant posée à plat) que sur l’autre. Le reste est rugueux, mamelonné. Nous n'hésitions pas à reconnaitre dans cette pièce intéressante une dent supérieure d’un Cachalot adulte.

Histoire de nos connaissances sur les dents du Cachalot.

1692. Sispazp, Phalainologia nova (réimpr. Londres 1773, p. 38), décrit très bien les dents du Cachalot (p. 40 et 44), mais semble croire qu'elles sont susceptibles de mouvements volontaires: il décrit leur cavité, les sphérules d'ostéo-dentine, elc., et en donne plusieurs figures (tab. 2).

1741. Les registres de la ville de Bayonne constatent sur l'animal échoué le 1% avril de cette année dans l'Adour la présence de «trois dents crochues au milieu du palais ».

1750. Axperson figure les dents du Cachalot.

1769. Pexxanr, British Zoology, figure une dent de Cachalot.

1770. James Rogertsow, Description of the Blunt-Headed Cachalot, décrit les cavités gingivales qui reçoivent les dents, sur le Cachalot échoué en 1769 à l'ile Cramond, et déclare qu'il n'a pas de dents à la mâchoire supérieure.

1784. L'abbé Le Coz qui a eu, lors de l'échouage d'Audiérne, l'occasion unique d'observer simultanément un grand nombre de Cachalots, femelles pour la plupart, relate que chez quelques individus seulement la mâchoire supérieure présentait des dents «très petites, « blanches, aplaties et qui débordaient sur la chair d'environ une ligne ».

An XIL Lacépèpe (Histoire naturelle des Cétacés, p. 170) d'après des documents que nous ignorons, mais qui sont vraisemblablement relatifs à l'échouage de 1784, décrit de la manière la plus minutieuse, à la mâchoire supérieure du Cachalot, de petites dents plates ne dépassant pas la peau, unies et obliques, placées entre les cavités où s'engagent les dents de la mächoire inférieure.

1829. H. Woops et Gourn qui ont examiné (voy. Woops, Capture of a Cachalot on the South Coast) le Cachalot échoué en 1829 sur la côte de Kent, ne parlent pas des dents de la mâchoire supérieure, qu'ils décrivent ainsi : « The upper jaw is covered with a callous « gum as hard as cartilage and ils edge is indented in sockets for the reception of the « teeth of the lower. »

1834. H. W. Dewaursu (The Natural History of Order Cetacea, p. 147) décrit, au contraire, dans les intervalles des cavités, environ vingt petites dents placées horizontalement, dépassant à peine les gencives.

1835. Girrarp, Chasse et pèche des gros animaux, etc., signale les dents du Cachalot comme donnant un ivoire qui a « l'avantage de ne pas jaunir et de ne pas se fendre ou se « casser aussi facilement que l'ivoire. »

1836. Kxox démontre que la couche externe des dents du Cachalot n'est pas de l'émail.

1836. F. D. Benxerr, dans une communication à la Société zoologique de Londres (p. 127), décrit longuement les dents de la mâchoire supérieure : « The upper jaw usually « described as toothless, has on either side a short row of teeth, sometimes occupying « the bottom of the cavities which receive the teeth of the lower jaw, but generally « corresponding to the intervals between them. The entire length of these teeth is

about three inches; they are slightly curved backwards, and elevaled about half « an inch above the soft parts, in which they are deeply imbedded, having only à slight « attachment to the maxillary bone. Their number is not readily ascerlained, because « the whole series are not always apparent; but in two instances M. Bennett found « 8 on each side. »

1837. Rarr (Die Cetacen, p.48) caractérise très bien le Cachalot par l'absence de dents à la mâchoire supérieure ou la présence de petites dents presque entièrement cachées dans la gencive.

1839. Beaze (The Natural History of the Sperm Whale, p. 36) dit également qu'on peut trouver à la mâchoire supérieure des dents rudimentaires, mais qui ne dépassent point les gencives et sur lesquelles viennent s'appuyer les dents de la mâchoire inférieure quand les mâchoires se ferment.

1842. Jackson (Dissection of a Spermaceti Whale, p. 140) donne sur l'existence des dents supérieures le témoignage formel du capitaine BENJAMIN CHASE, de Nantucket, qui avait de longues années péché le Cachalot, et qui offre à JACKSON la garantie de son nom pour l'exactitude des faits suivants : il assurait avoir vu plusieurs fois des dents de dimension considérable à la mâchoire supérieure de femelles adultes, « though always covered by « the gum. » S'il n'en avait pas vu chez les mäles, c'était seulement, d'après lui, parce que ceux-ci étant beaucoup plus gros sont débilés autrement à la mer, et que la Lèle n'étant point embarquée entière, on ne peut point les examiner. — Signalons encore, quoique postérieur à la publication de l'ouvrage d'Owex dont nous allons parler, le témoignage du capitaine Posr (dans Maury, Explanations and sailing Directions to Accompany the Wind and Current Charts, 4852, p. 242) qui note l'existence rare de quelques dents à la mâchoire supérieure, toujours très petites.

1810-1843. Owex, dans son Odontography (p. 356 et pl. LXXXIX), décrit la structure microscopique de la dent du Cachalot composée de cément, de dentine et d'ostéo-dentine, et en donne la figure reproduite dans ses Fossiles Mamumals, 1846. Owen représente, en outre, dans l'Odotongraphy (pl. LXXXIX, fig. 354), pour la première fois une dent supérieure. Elle avait été enlevée, par F. W. Bexnerr, sur une femelle de grande taille. L'extrémité convexe de cette dent était usée, OwEx suppose, par le contact d'une dent de la mâchoire inférieure. Cette dent est en même temps biconique avec sa cavité pulpaire entièrement comblée. Il décrit les dents de la mâchoire supérieure comme toujours plus petites et plus recourbées que les dents de la mâchoire inférieure.

1853. Le catalogue de la Collection huntérienne, Osteological series, n° 2478, enregistre « two stalactit masses » d’ostéo-dentine trouvées libres dans la pulpe, données par G. BENNETT.

1867. FLower (On the Osteology of the Cachalot, p. 320) voit très bien que sur le Cachalot de Tasmanie qu'il décrit, le sillon de la face inférieure du maxillaire est le reste du sillon dentaire et c'est en effet près de lui, comme il le suppose, que se trouvent les dents rudimentaires. Le squelette de Tasmanie, que décrit FLOWER, était accompagné de dix de ces dents : « Some of these are of hard, solide, yellow ivory; but other are white and « friable, splitting into concentrie layers, as if they had been calcined. They are all « between 2” and 3” in length, and about 3/4" in diameter at the thickest part. Some « are straight, but most of them are more or less curved and forming a complete half « circle. AIL have a distinct blunt conical crown, 1/2” long and from 3/10 "to 4/10” of « an inch in diameter separeted by as slight constriction from the expended root, which « constitutes the largest part of the Looth. The surface of the crown differs from that of « the fang in being slightly granulated. It shows no signes of attrition; but the apex in « all is raughly truncated, giving the appearance of having been broken off. The pulp-

« cavity is completely closed at the base of the tooth, which in most of the specimens, « is more or less surrounded by rough, irregular, spiculated outgrowths. » FLowEr donne la figure d'une de ces dents.

1881. DE Saxcris (Monografia sul Capidoglio, etc...), dans la description de l'animal observé par lui, s exprime ainsi : « Mascella superiore quasi del tutto priva di denti, i due « soli rimasti sono sottili e nascosti nelle fosse gengivali, le quali per numero e dispo- « sizione corrispondono ai denti dèlla mascella inferiore.., »

Page 1