‹ Recherches sur le cachalotChapitre 15 sur 23 · VI. — RÉGION FRONTALE · texte numérisé non relu

VI. — RÉGION FRONTALE

Une des régions les plus intéressantes du Cachalot au point de vue ana-

D tomique est, sans contredit, la région frontale avec son énorme développement. Elle présente à considérer essentiellement les narines aboutissant à

l’'évent, les muscles de la face et l'organe du blane.

Nous avons déerit l'aspect extérieur de cette région. Au moment même où la première partie de ces Recherches était sous presse, nous recevions, grâce aux soins toujours obligeants de M. S. W. Dabney, la tête d’un jeune

mâle (voy. 1® part., p. 91) qui a été moulée et dont nous donnons mainte-

nant la figure (PL I, fig. 1 et 2). Elle confirme de tous points notre pre-

mière description, sauf que le sillon latéral placé au-dessous de la lèvre gauche de Pévent{voy. 1" part., p. 13) et les deux sillons sous-maxillaires D \ ) /

voy. L° part., p. 9) ne sont pas visibles (2). »] Ï 4)

(1) Depuis la publication de la première partie de ces Recherches, nous avons pu étudier un Cachalot mäle à peu près adulte, échoué à l'ile de Ré le 28 janvier 1890. Il était dans un état avancé de putréfaction, nous avons pu toutefois faire sur cette épave diverses observations qui seront relatées plus loin. Celles qui ont rapport au squelelte et aux dents, sujets qui avaient fait l'objet de la première partie de ces Recherches, sont cousignées dans un mémoire spécial : Poucuer et BEAurEGaR», Sur un Cachalot échoué à l'ile de Ré, (Journal de l’Anat. et de la Physiolog., mars-avril 1891). Nous avons eu l'occasion également de publier les premières photographies vraiment scientifiques qui aient élé faites du Cachalot : Poucner et Cnaves, Les formes extérieures du Cachalot; Journ. de l'Anat., mai-juin 1890. Nous renvoyons à ces deux publications qui forment un complément naturel à la première partie de ces Recherches.

(2) I convient de remarquer toutefois qu'au niveau à peu près du sillon avoisinant l'évent un trou avait été percé dans le museau pour y passer une amarre et faciliter la manipulation de la pièce. ILest probable aussi que chezl'individu jeune le sillon en question est moins accusé que chez l'adulte. On pourra consulter les photographies accompagnant le mémoire déjà signalé : G. Poucaer et Cuaves, Les formes extérieures du Cachalot (Journ. de l'Anatomie, mai-juin 1890).

Les photographies que nous donnons (PI. I) reproduisent bien l'aspect extérieur de la tête 'du Cachalot adulte, avec cette différence que chez celui-ci la mächoire inférieure est beaucoup plus allongée, moins conique. — Nous avons déjà décrit l'aspect de la gencive inférieure où les dents n'ont pas encore fait éruption ({*e part., p. 91). Le palais présente une sorte de crête ou de raphé saillant surtout dans la moitié antérieure, sur une longueur de 15 centimètres. La tête présente en haut et en avant une bosse au-dessous de laquelle est un méplat peu accusé, puis enfin

LS

Les dimensions de cette téte sont les suivantes :

Longueur (de l'extrémité du museau aux condyles de l'oecipitale) 2" TRE RE EE EE Hauteur de la section totale de la tête au niveau des Condyles:. 2 492 Re CREER OU Hauteur du museau à son extrémité. . - . . . . . . 0 ,50 Largeur de la section de la tête au niveau des con- AVIES Luisa LR A La U Eer ANR NP RUE

(Cette différence avec la hauteur est probablement le résultat d'une déformation cadavérique ; nous avions noté sur l'individu observé par nous à Lagens la figure sensiblement circulaire de la section au niveau des

condyles. (Voy. 1° part., p 11.)

Distance d'un œil à l’autre, en dessus. . . . . . . . 1” 40 — — en dessous #4... 20 001 00 Larseur.de l'éventess. se QE 2e HO 710 Distance de l'extrémité de la lèvre supérieure à l’évent. 0,68 — de l’évent à la ligne médiane supérieure de la téle Res SOEUR Ce RER ADR Distance de l'extrémité postérieure de l’évent à l'œil ( Sauce Serge us PEER SE CR SU nn OO Distance de l’évent à l'œil droit par-dessus la ligne e]

IÉANE ee de mundo ne nee Echoue Ne CURE 0 Largeur de l'orificepalpébralz: & 4,544 0220 10%/097 Distance de l’œil à la commissure des lèvres. . . . 0 ,33

— alicreille. 27077 0:09

du bas de ce méplat à la lèvre supérieure, l'étrave (voy. 1" part., p. 41) qui parait peut-être moins prononcée que chez l'adulte mais encore très sensible sur nos photographies (PI. I, fig. 4, c). Les deux lèvres de l’évent sont plus saillantes en arrière qu’en avant. La lèvre gauche dans sa moitié postérieure se confond avec une sorte d’éminence arrondie, peu prononcée. Quant à la lèvre droite elle se continue directement par la saillie supérieure de la tête. Au voisinage de l'œil droit, à 3 centimètres environ au-dessous de la commissure antérieure des paupières, se voit une tache blanche, large comme la main. À 4 centimètres au-dessus de l'œil droit existent également une autre pelite tache ovale de 1 centimètre de diamètre ainsi que des lignes blanches horizontales avoisinant les deux paupières. La conjonctive n’est pas pigmentée. Le méat auditif a le diamètre d'un tuyau de plume.

Distance de l’œil à l’extrémité du museau. . . . . 1 ,15 Longueur de la mâchoire inférieure, de la commis- D )

SUPER EX IEEE ie es ie 057 >]

On peut dire que la région frontale du Cachalot et tout spécialement ses narines nous offrent la partie la plus typique de son organisation.

L'accumulation de graisse dans la région frontale, conjointement à un développement particulier des os de la face, se retrouve chez d'autres Cétodontes bien que n'ayant plus le même caractère que chez le Cachalot. De mème, la disposition tout à fait anormale des narines parait essentiellement propre à ce dernier animal (et au Kogia sans doute). Elle vient exagérer chez lui à un point extraordinaire l’asymétrie de la face en rejetant l’évent (1) tout à fait sur le côté pendant qu'une des fosses nasales osseuses s’atrophie considérablement. A ne voir que le squelette, on pourrait supposer que la narine droite avorte. Il n’en est rien et elle est en fait plus développée que la gauche; mais ses fonctions nous restent complètement inconnues, car on n'a découvert jusqu'ici rien d’analogue chez les autres Cétacés et nous nous trouvons en face d’une énigme actuellement insoluble.

Sur le jeune Cf, le larynx parait occuper seulement l’arrière-cavité des fosses nasales et ne pénètre pas dans la fosse nasale gauche, tandis que la fosse nasale droite, extrèmement rétrécie, ne laisse qu'un étroit passage par lequel la narine droite ne communique que virtuellement avec l’arrièrecavité des fosses nasales, mais elle est par contre en rapport beaucoup plus direct que la gauche avec la poche de l’évent unique que présente le Cachalot.

Nous décrirons successivement le cartilage nasal, les narines et l’évent avec ses dépendances comme ces parties se sont montrées à nous sur le

(1) La disposition longitudinale de l’évent, bien accusée chez le Cachalot, est rare chez les Cétodontes. On la retrouve toutefois chez le Plataniste. Joux AnpersoN, 1878, p. 449, dit de l’évent de ce dernier animal : « In general appearance it differs materially from the blow-hole in other Ce- « tacea, inasmuch as the anteroposterior direction of the anterior orifice and the presence of the « great lateral crests of the maxillary bones suggest a restriction of the aperlure and passage. » La disposition longitudinale de l’évent chez le Cachalot montre qu'on ne peut pas considérer celle-ci comme forcément reliée à la présence de crêtes osseuses des maxillaires. Voyez à ce propos : G. Poucuer, De l'Asymétrie de la face chez les Cétodontes, 1885. —— Quant à la différence

que nous avons signalée entre les deux extrémités de l'évent elle se retrouve même chez les Cétodontes à évent transversal, ainsi que nous avons pu nous en assurer sur un Globiceps.

fœtus de { m. 30 où leur disposition a pu être aisément suivie par une dissection attentive. Nous décrirons ensuite les organes de la même région chez deux jeunes mäles, puis nous indiquerons les observations que nous avons pu faire sur l'adulte, soit à Lagens, soit à l'ile de Ré, soit enfin d’après un certain nombre de pièces séparées provenant d'un individu adulte.

FŒTUS DE 1,30. — Cartilage de la cloison. — Les deux narines, très asymétriques dans toute leur étendue, sont séparées d'une extrémité à l’autre par une lame cartilagineuse, plus large en arrière, plus étroite en avant et offrant elle-même une configuration en rapport avec l’asymétrie profonde des parties qu’elle sépare, c’est le cartilage de la cloison. Cette lame naît en arrière verticalement du cartilage vomérien dont elle n’est qu'une expansion. Elle a d’abord la forme d'une conque à concavité gauche, enveloppant l'extrémité postérieure de la narine gauche. Elle se recourbe ensuite en forme de faucille pour se diriger en avant. En même temps son bord postérieur devenu supérieur s'épaissit un peu. Dans son trajet en avant elle devient, par suite de l’asymétrie des parties, à peu près horizontale, la narine gauche se plaçant au-dessus d’elle, la narine droite au-dessous et un peu à droite. Cette lame ne mesure nulle part plus de 2 millimètres d'épaisseur. Large d’abord de 10 nullimètres, elle atteint plus loin 20 millimètres (à 5 centimètres environ en arrière de l’évent), puis diminue progressivement et devient irrégulière, un peu noueuse, ou chiffonnée, vers son extrémité antérieure. (L'étude de l'embryon de 30 centimètres montre à ce niveau plusieurs nodules cartilagineux.)

Narine gauche. — La nanne gauche ne présente rien de particulier que sa très grande longueur pour atteindre l’évent à l'extrémité de la tête. Elle a un peu moins que le diamètre du petit doigt, soit 10 millimètres dans sa région moyenne et 14 millimètres dans sa partie postérieure où elle est un peu renflée. La narine gauche, dans toute son étendue, à partir du point où elle sort de la fosse nasale osseuse, présente intérieurement un bourrelet saillant inséré d'abord sur la face antérieure, puis quand la narine a changé de direction, sur sa face inféro-externe, et enfin sur sa face

externe au voisinage de l'évent. La narine gauche est tapissée d’un épithé-

RECHERCHES SUR LE CACHALOT. à]

lium noir, solide et résistant, depuis le coude qu’elle fait pour se diriger en avant, jusqu'à son extrémité.

Narine droite. — La narine droite, quoique ne servant pas à la respiration normale et bien que s’ouvrant dans l’arrière-gorge par un orifice beaucoup plus étroit que la gauche, présente cependant un développement bien plus grand que la narine gauche. Elle envoie d’abord en haut un divertieule que nous pouvons désigner, en raison de son mode de développement tel qu’il sera indiqué plus tard chez le fœtus de 30 centimètres de long, sous le nom de sus. La narine elle-même se dilate ensuite en une large poche pour gagner le sac de l'évent, lequel parait une dépendance de cette narine, bien plutôt que de la gauche.

Le sinus, de configuration piriforme, large en haut, étroit en bas, s’appuie et semble se mouler sur le mur vertical de l’excavation crânienne, surtout à droite. C'est d’ailleurs la disposition générale des sinus chez les Cétacés (1). La paroi antérieure est appliquée contre la postérieure. Son plus grand diamètre, dirigé à peu près de bas en haut et de dehors en dedans, mesure 75 millimètres environ; son plus petit diamètre, 50 millimètres environ. Le sinus est tapissé dans toute son étendue d’un épithélium épais. Celui-ei est foncé sur la face postérieure, incolore sur la face antérieure (2).

Cette face postérieure, que nous trouverons chez l’adulte modifiée en un véritable organe (3), doit fixer particulièrement notre attention. Déjà sur notre embryon, la paroi postérieure du sinus est plus mince que l’antérieure. Le passage d’une structure à l’autre se fait brusquement au pied d’un bourrelet représentant l'excès d'épaisseur de la face antérieure. La paroi antérieure épaisse de 2 à 3 millimètres est intimement unie au tissu fibreux ambiant. La paroi postérieure plus mince se laisse aussi plus aisément disséquer, détacher du périoste sous-jacent de l’excavation frontale. Dépouillée de son épithélium, elle laisse voir une sorte de surface aréolaire formée d’enfoncements ou eryptes beaucoup trop larges pour

(4) En rapport sans doute avec leur mode de vie et la pression considérable qu'ils subissent quand ils plongent.

(2) Cet épithélium s’est en partie dissocié et a fourni un liquide noir qu'on trouve dans la poche.

(3) Nous proposons de désigner cet organe sous le nom d'organe d'AcpersoN qui l’a le premier décrit (voy. l'Historique).

qu'on puisse les confondre avec les orifices de conduits glandulaires, On les trouve jusqu'au niveau de l’orifice de communication du sinus avec la narine. Ils sont là isolés, mais un peu plus larges que les autres.

En bas, le sinus communique par un orifice de la largeur du doigt avec la narine sur laquelle il semble comme greffé, formant avec elle un angle à peu près droit.

La narine est cylindrique quand elle est distendue; mais ses bords sont normalement rapprochés de facon à offrir une paroi supérieure et une paroi inférieure. Elle est parallèle au plancher formé par l’étalement des maxillaires, et un peu à droite du plan médian. Sa longueur est de 190 millimètres. Elle est un peu courbée d’un bord à l’autre de façon que la convexité regarde en haut. Elle est un peu plus large en arrière (30 millimètres) qu’en avant (25 millimètres). Elle est tapissée du même épithélium noir que la plus grande partie du sinus vertical. Quand on enlève cet épithélium, on voit la paroi de la narine, en avant et surtout en dehors, ponctuée de petits points noirs qui sont les orifices d'autant de glandes. Ce piqueté est plus dense en bas et devient de plus en plus rare vers le sommet de la cavité.

Les parois de la narine sont plus épaisses aux deux extrémités qu’au milieu.

L'extrémité postérieure est striée de plis longitudinaux et se prolonge par un conduit, né du point de jonction de la narine et du sinus, conduit qui s'enfonce dans la fosse nasale osseuse plus étroite de ce côté et va s'ouvrir avec l’autre narine dans l’arrière-gorge au-dessus du voile du palais. Ce eanal sur notre fœtus est environ du calibre d’une plume d'oie. 11 présente des plis irréguliers et à sa partie inférieure une sorte de bourrelet longitudinal sur sa face interne.

Sac de l'évent (PI. VI, fig. 1). — La narine droite, transformée comme on vient de le voir, est en communication directe avec le sac unique en rapport avec l’évent qu'on trouve chez le Cachalot. Ce sae s'ouvre vers l'extrémité antérieure de l’évent par un orifice où l’on peut, chez l'adulte, passer la main. Il occupe tout le devant de la tête, sous la peau. Largement incisé chez notre fœtus il laisse voir sur sa paroi postérieure une

longue fente transversale limitée par deux lèvres, qu’on ne peut mieux

comparer qu'à celles d'un jeune singe anthropomorphe avec leur saillie à peine marquée et leur sillon uniforme sur lequel tombent quelques plis perpendiculaires. La fente longue de 6 centimètres de cette espèce de « museau de singe », ainsi que nous l'avons appelé (1), est l’orifice même par lequel la narine droite s'ouvre dans le sac de l’évent. En effet, les parois de la poche horizontale que forme cette narine se sont rapprochées et épaissies, elles donnent ainsi un étroit conduit dont la paroi supérieure s'applique exactement sur l'inférieure tandis que lui-même s’élargit en s’étalant à droite et à gauche pour se terminer finalement entre les deux lèvres du museau de singe.

Le sac de l’évent figure une poche à parois rapprochées, étalée audessous de la peau de toute l'extrémité antérieure de la tête. L'épaisseur des tissus formant la paroi antérieure du sac ne dépasse pas 2 à 3 millimètres. Le sac s'étend seulement à droite de l’évent sur une étendue de 65 millimètres, en haut jusqu'au niveau du milieu de l’évent, en bas jusqu'au-dessous du museau de singe.

Tout à fait en haut et à droite il semble, sur notre fœtus, que la délamination épithéliale d'où dérive ce sac ne soit pas encore complète. Les deux parois antérieure et postérieure demeurent soudées. La cavité, dans le reste de son étendue, est fapissée d'un épithélium gris noirâtre devenant plus foncé vers le bord des lèvres du museau de singe.

L'interprétation de la disposition tout à fait anormale de la narine droite chez le Cachalot soulève, dans l’état actuel de nos connaissances, d’insurmontables difficultés. À la rigueur, le sinus vertical peut être comparé aux sinus aériens dépendant de la trompe d’'Eustache que nous connaissons chez d’autres Cétodontes, qui ne pénètrent jamais dans les os et s’étalent à leur surface contrairement à la règle commune chez les Mammifères géothériens. Nous avons vu que ee sinus offre en outre un organe spécial, l'organe d’Alderson, dont l'homologie est également tout à fait incertaine (2).

Le développement exagéré de la narine droite avec son sinus a pour

(1) Poucaer, Dissection d'un fæœlus de Cachalot. Acad. d. sc., 18 mai 1885.

(2) Doit-on admettre que cette narine droite et son sinus puissent devenir un réservoir à parois élastiques où l'air se trouverait comprimé quand l'animal descend à de grandes profondeurs? C’est là une hypothèse fort peu vraisemblable et on ne voit pas bien en effet par quelle voie l’air

phénomène corrélatif l'existence d’un énorme faisceau de nerfs et de vaisseaux sortant par un canal que présente l'os incisif droit et qu'on ne retrouve pas à gauche (1). Quant aux muscles de la région frontale en relation avec les fosses nasales, nous les décrirons d’après nos jeunes mâles.

Organe du blanc. — L'organe du blanc se trouve au-dessus de la narine droite telle que nous venons de la décrire, entre elle et la peau, à peu près sur la ligne médiane, longé du côté gauche par la narine gauche. C'est une masse surtout adipeuse s'étendant du sinus vertical à la lèvre supérieure du museau de singe. Sa substance est blanche. C’est du tissu adipeux riche en fibres lamineuses très fines, ondulées. Sa consistance est molle, crémeuse. La section de l’organe du blane au niveau de l’évent est ovoide, mesurant dans le sens transversal 30 millimètres et 15 à 16 seulement dans le sens vertical. IL est enveloppé par une couche nettement limitée, plus épaisse sur la ligne médiane où elle mesure au niveau du bord antérieur de l’évent 8 millimètres. En réalité cette couche enveloppante qui s’amincit sur les côtés de l'organe du blane fait corps avec lui et passant en dessous le sépare de la narine droite.

Hisroocrg. — L'étude histologique des parties que nous venons de décrire nous arrètera peu.

Le cartilage de la cloison, observé vers sa base, a tous les caractères du cartilage fœtal, hyalin, avec des cellules rapprochées.

La paroi de la narine gauche à 11 centimètres de l’évent est formée d’une couche épaisse de tissu lamineux parcourue par des vaisseaux qui s’avancent jusqu'au voisinage de l’épithélium. Cette couche lamineuse est d’épaisseur uniforme, dépourvue de papilles. Elle donne insertion dans une parle de son étendue à un muscle. On ne voit, à ce niveau, aucune trace

de glandes.

des poumons pénétrerait dans cetle narine dont l'étendue considérable, le mode d’abouchement dans le sac de l'évent ne correspondent à rien de ce que nous connaissons et ne laissent point deviner leur fonctionnement. Ajoutons que d'une manière générale la fonction des sacs en rapport avec l'évent chez les Cétodontes reste fort obscure, en raison de l'extrême rigidité des parois cutanées de l'animal, qui ne semblent se prêter à aucune extension. On a beaucoup trop à la légère décrit des museles dilatateurs et constricteurs de ces sacs. I1 est probable que chez la plupart les parois restent appliquées l'une contre l'autre et la cavité virtuelle. (4) Voy. 4re part., p. #4.

En ce qui concerne la narine droite, les parois de la région moyenne étudiées sur les coupes sont essentiellement fibreuses, formées de trois plans de fibres, la couche interne et la couche externe à fibres transversales, la couche moyenne à fibres longitudinales. Cette disposition est des plus nettes; les faisceaux de la couche moyenne sont plus volumineux que ceux des deux autres couches.

Le pointillé que l’on aperçoit à l'œil nu sur la paroi de la narine, quand on a enlevé l’épithélium noir, correspond à des orifices glandulaires dans lesquels pénètre cet épithélium pigmenté. Ces glandes appartiennent au type sébacé. Elles sont entièrement logées dans les couches superficielles de la trame fibreuse et ne pénètrent pas plus loin que le quart environ de son épaisseur, sans trace de tissu lamineux plus lâche autour d'elles. Quelquefois l’épithélium est noir jusque dans le fond des culs-de-sac. Ceux-ci s'étendent horizontalement. Ils sont remplis, sur notre sujet, de matière incolore fragmentée, qui ne paraît être autre que des cellules ayant les mêmes dimensions que celles du canal excréteur. On peut voir celui-ci, largement ouvert, inégal, irrégulier, tapissé d’épithélium noir, se continuant à angle droit avec un des culs-de-sac rempli d’épithélium incolore. La transition des deux épithéliums se fait en général graduellement vers l’origine des culs-de-sac. Si on pratique une coupe parallèle à la surface on voit que ces glandes ont une forme à peu près circulaire ou ovoide. Elles comptent en général 4 à 6 culs-de-sac séparés les uns des autres, courts, étalés horizontalement.

On trouve des glandes analogues dans le sinus, près de l’orifice par lequel il communique avec la narine; mais le tissu fibreux ambiant y est beaucoup moins dense.

Nous avons dit que la délamination des deux parois antérieure et postérieure du sac de l’évent n'était pas encore complète. Les coupes montrent en effet les deux parois accolées l’une à l’autre sur une étendue de près de 1 centimètre. L’épithélium des deux faces est intimement soudé à lui-même; on peut toutefois y voir des solutions de continuité. Ailleurs le milieu de la lame commune présente de larges cellules dont plusieurs paraissent vésiculeuses. Cet épithélium est foncé et même, par places,

complètement noir jusque dans sa profondeur, du côté qui regarde la peau

du front. De ce côté aussi le derme sous-jacent est fibreux, hérissé de crêtes saillantes ou sortes de papilles lamelleuses entre lesquelles s'enfonce l’épiderme. On ne les retrouve pas, tout au moins aussi développées, sur la face postérieure. Le tissu lamineux des deux parois ne présente pas non plus tout à fait la même apparence : en avant, sa trame parait plus serrée, en arrière elle paraît formée de faisceaux se coupant dans deux sens perpendiculaires.

PREMIER JEUNE MALE. — Après avoir décrit les narines sur notre fœtus de 1”,30 pour en faire mieux comprendre la disposition, nous reprendrons d’une manière plus générale l'étude de la région faciale d’après la tête du jeune mâle dont nous avons donné les dimensions; nous décrirons en même temps les muscles de la face et l'organe du blanc.

La couche de lard au niveau de la section (voisinage de l'articulation occipito-atloïdienne) mesure sur le côté de la tête, 10 centimètres environ. Elle n’a que 4 centimètres sur le sommet et cesse même au niveau de l’évent où elle fait place à un derme non adipeux. Elle diminue également sur les côtés, et dans la région de la joue ne mesure plus guère que 2 centimètres d'épaisseur. Mais au-dessous du lard existe à ce niveau une puissante couche fibreuse blanche, résistante au couteau, de 6 centimètres d'épaisseur. Elle commence au niveau du bord du maxillaire et se continue pour former la saillie tranchante de la lèvre supérieure.

Muscces DE LA FACE. — Les muscles de la face chez les Cétodontes peuvent se présenter sous deux aspects différents. Ou bien leur structure rappelle entièrement celle des autres muscles, ou bien ces muscles très puissants sont formés de faisceaux isolés les uns des autres d’une distance à peu près égale à leur diamètre. On peut désigner d’une manière générale ces muscles sous le nom de #uscles dissociés. Le diamètre des faisceaux qui les composent varie avec les dimensions de l'animal. Ils sont gros comme de fortes aiguilles chez le Dauphin et gros comme le petit doigt chez le Cachalot. Leur substance paraît aussi quelque peu différente de celle des autres muscles. Ils sont moins rouges et après l’action de l’acide azotique, prennent une teinte grise particulière.

Peaucier.— La face, sur le côté, est recouverte par le peaucier. Il se présente au niveau et au-dessus de l’orbite comme une masse charnue qu’il

faut détacher et replier en arrière pour voir le muscle nasal. Les fibres qui le forment, venues de l'arrière, se dirigent en avant pour s’insérer à la face interne du lard au niveau du bord du maxillaire sur toute sa longueur.

Muscle nasal. — La disposition de l’évent reporté chez le Cachalot vers l'extrémité du museau entraine une modification corrélative de l'appareil musculaire considérable qu'on trouve chez tous les Cétodontes appliqué contre le crâne en arrière de l’évent et que Rapp paraît avoir désigné le premier sous le nom de muscle nasal.

Le muscle nasal du Cachalot est un complexe musculaire qu’on peut décrire comme organe unique en raison de l'intrication de ses fibres. Attachées en dehors à la erête osseuse continue formée par les bords du maxillaire, du frontal et des pariétaux, elles convergent toutes aux environs de l’évent. Celui-ci reporté considérablement en avant de la tête donne au muscle nasal une physionomie particulière. Et d’abord il semble, peutêtre en raison de l’absence de sacs, que la division en faisceaux distincts affectant des orientations différentes ait ici disparu. Le musele tout entier présente une direction à peu près horizontale. Notre description est faite d’après la seconde tête de jeune mäle parvenue en dernier lieu au Muséum (voy. plus loin, p. 17).

Vers son insertion crânienne le muscle nasal est recouvert de chaque côté par le peaucier ainsi que nous l'avons dit.

A Gaucue le peaucier se termine par des faisceaux charnus qui viennent au-dessus et en avant de l'œil s’insérer à la face profonde du derme. Le muscle nasal gauche s’insère lui-même sur tout le bord de la crête frontale à parür de 18 centimètres environ de la ligne médiane et sur le bord du maxillaire où on le suit jusqu'à 24 centimètres environ de son extrémité. Les fibres partant des différents points de cette longue ligne d'insertion convergent vers l'extrémité postérieure de l’évent, et se terminent à la peau par l'intermédiaire d’épaisses masses tendineuses.

Le bord supérieur du muscle a une grande épaisseur, surtout en arrière où elle mesure jusqu’à 7 centimètres. Si on divise le muscle pour en rabattre les extrémités on voit qu'il repose immédiatement sur la narine

gauche (voir PL I, fig. 4, »). Il en est toutefois séparé par une aponévrose

où s’insère une partie de ses fibres profondes. Cette aponévrose, épaisse, parcourue par un réseau artériel très riche injecté sur notre pièce, se continue avec l’enveloppe de l’organe du blanc.

À prorre le peaucier est réduit en avant à une lame aponévrotique renforcée de cordons fibreux parallèles. Le muscle nasal droit est plus considérable que le gauche et occupe toute la face latérale de la tête, Il s’insère en arrière sur le bord du maxillaire et sur la crète frontale comme à gauche, mais de plus sa partie supérieure prend aussi insertion sur une sorte de raphé fibreux médian semblant dépendre du « cheval blane » (voy. plus loin) et qui se perd à gauche sur le musele gauche. Le muscle nasal droit inséré à cette longue ligne en demi-cercle forme un plan épais, charnu, se dirigeant et convergeant vers l’extrémité supérieure du museau. Sur le côté il a jusqu'a 12 centimètres d'épaisseur. Par sa face profonde il reçoit un grand nombre de branches artérielles.

Les fibres musculaires du nasal droit insérées sur le raphé fibreux médian s’écartent bientôt du muscle gauche, laissant sur le milieu de la tête un espace comblé par une couche épaisse d’un tissu fibreux très dense qui est vraisemblablement la partie désignée par les pêcheurs sous le nom de « White Horse ». Au-dessous de cette couche fibreuse se trouve en tous cas l’organe du blanc.

Buccinateur. — La dissection des muscles de la région faciale n’a pu être complètement faite en raison des difficultés inhérentes à la conservation de la pièce. Nous devons toutefois signaler un musele dissocié qui existe profondément à droite et dont les fibres sont mêlées au tissu adipeux étendu entre le muscle nasal en dehors, l'organe du blanc et la narine droite en dedans. Les faisceaux musculaires dissociés dans le tissu adipeux mesurent 2 à 3 millimètres d'épaisseur et sont très pâles. Ce muscle est très développé à droite mais on trouve également des fibres qui le représentent à gauche. C’est probablement une dépendance du buccinateur.

ORGANE pu BLANC. — À la description des muscles de la tête nous devons joindre l'étude de l'organe méconnu jusqu’à ce jour et qui fournit le spermaceti où blanc de Baleine, dont nous avons les premiers fait connaitre la nature (voy. l’Historique).

Il existe chez les Cétacés comme chez la plupart des Mammifères plusieurs sortes de tissus adipeux très différents par leur constitution élémentaire et par suite par les propriétés qu'ils offrent. Chez l'Homme même le coussinet adipeux du fond de l’œil n’a pas la même constitution ni les mêmes caractères physiques que le tissu adipeux sous-cutané. On pourrait multiplier ces exemples chez les mammifères quadrupèdes. C'est ainsi que le tissu adipeux de la queue d’un Mouton à grosse queue a une composition absolument différente du tissu adipeux sous-cutané ou périviscéral. De même il existe chez le Cachalot plusieurs sortes de tissu adipeux :

1° Celui qu'on peut désigner d’une manière générale, en parlant des Cétacés, sous le nom de /ard et qui se trouve répandu en couche plus ou moins épaisse sous toute la peau; c’est lui qui constitue également la nageoire dorsale et la nageoire caudale ; il est remarquable par ses travées plus ou moins abondantes de fibres lamineuses rectilignes, ce qui lui donne une rigidité parfois considérable (1).

2° En beaucoup de parties du corps, au-dessous de la couche de lard, autour des intestins et en particulier du rectum (PI. VIII, fig. 4, L), existe une graisse friable se rapprochant des conditions ordinaires où se présente le tissu adipeux chez beaucoup de Mammifères. Elle est huileuse et ne se solidifie pas par le refroidissement.

3° Enfin une troisième espèce de tissu adipeux s'éloigne à la fois des deux précédentes; c’est celui qui forme l’organe du blanc et d’où est tiré le sperma ceti. Sur notre jeune mâle ce tissu adipeux forme un «organe premier » volumineux, allongé, cylindrique, occupant à peu près le faite de la région faciale (PI. [, fig. 3, sp). Cette masse adipeuse que nous avons pu, chez notre jeune mâle, isoler et enlever était parcourue dans son milieu par une arlère grosse comme une plume d’oie environ. C'est cette masse adipeuse que nous désignons sous le nom d’organe du blanc. Nous le décrirons d’abord tel qu'il s’est offert à nous. D'une manière générale il est recouvert par les muscles nasaux. Quand on a sectionné le muscle nasal droit et relevé ses deux extrémités, on voit qu’il s'appuie

(1) C'est le lard qui forme la bosse céphalique du Globiceps qui n’a par suite aucune homologie avec l'organe du blanc tel que nous allons le décrire chez le Cachalot.

sur une masse cylindrique mesurant chez notre sujet 30 cent. de diamètre, nettement limitée par une enveloppe fibreuse sur laquelle s’insèrent un grand nombre de faisceaux profonds du muscle. Cette masse cylindrique occupe dans toute son étendue le sommet de la tête. Elle s’appuie en arrière contre le sinus vertical de la narine droite et se prolonge jusqu’au niveau de l’évent où elle se termine dans la lèvre supérieure du museau de singe immédiatement en avant (aspect sternal) de l’évent. A ce niveau la coupe de l'organe du blane est ovalaire à grand diamètre mesurant 13 centimètres. La gaine aponévrotique qui l’enveloppe est épaisse de 21/2 à 3 centimètres; ses fibres affectent surtout la direction transversale. Cette aponévrose est la véritable limite de ce qu’on appelle chez l'adulte « la caisse ». A l’intérieur de cette aponévrose le tissu spermacétique se présente chez notre jeune animal (refroidi) comme une masse d'apparence cotonneuse d'aspect spécial, blanc-jaunâtre, et d’une remarquable homogénéité. En plongeant la main au milieu de ce tissu on ne rencontre aucune résistance, comme si on l’entrait dans une sorte de beurre mou.

L'organe du blanc mesure sur notre jeune mâle 1*,20 de long environ sur 30 centimètres de large vers le premier quart à partir de l'extrémité postérieure, et 20 centimètres vers le troisième quart. La masse est limitée de tous côtés par l’aponévrose d’enveloppe. Celle-ci toutefois offre un caractère très différent suivant qu’on l’examine en dessus ou en dessous. En dessus elle est épaisse de 2 à 3 centimètres, avons-nous dit, et la disposition de ses fibres circulaire. L'épaisseur de l’aponévrose semble augmenter sur le côté gauche pour former une sorte de cloison séparant l’organe du blanc de la narine. En dessous au contraire l’aponévrose est mince, moins adhérente au tissu inclus qu'elle sépare ici de la narine droite ou plutôt d’une nouvelle couche de tissu adipeux blane Jjaunâtre n'ayant plus la même constitution que celui de la caisse et qui enveloppe précisément la narine. On pourrait désigner cette masse énorme de graisse distincte de l'organe du blanc, étalée sur les maxillaires et les intermaxillaires, par le nom de if adipeux.

CARTILAGE DE LA cLoison. — Le cartilage de la cloison, sur notre jeune mäle, enveloppe partiellement en arrière la narine gauche dans sa por-

tion verticale; puis quand elle s’incurve pour devenir horizontale, il l'enveloppe de même en dedans. Plus en avant il prend la forme d'une lame à peu près verticale haute de 7 centimètres environ. Elle est logée dans la cloison fibro-adipeuse qui sépare la narine gauche de l'organe du blanc, au-dessus de la couche adipeuse profonde très vaseulaire sur laquelle repose celui-ci et que nous désignons sous le nom de lit adipeux.

Nous décrirons plus loin un autre cartilage, au contact immédiat de la narine gauche.

NaniNe GaucHE. — La narine gauche est reportée fortement à gauche de la tête. Sortie de la fosse nasale osseuse elle se dirige d’abord verticalement en haut puis s’incurve presque à angle droit pour se diriger obliquement jusqu’à l’évent en conservant une position superficielle ; elle n’est recouverte que par le lard, le peaucier et le musele nasal gauche. Elle repose sur le lit adipeux.

La coupe de la narine gauche représente un croissant. En arrière, dans la portion verticale, la concavité du croissant regarde en avant puis se déplace et regarde en dehors dans la longue partie horizontale du trajet de la narine. La portion convexe loge un muscle qui accompagne la narine dans toute son étendue. Le diamètre de celle-ci dans la partie verticale est seulement de 35 à 40 millimètres. Elle laisse à peine passer trois doigts. Ce diamètre augmente peu à peu dans la partie horizontale puis diminue. Au voisinage de l’évent il est de 6 à 7 centimètres. L’angle inférieur présente par places des sortes de replis en forme de valvules, peu prononcés. La narine, dans sa partie verticale, offre sur sa paroi antérieure un aspect tomenteux (1), presque villeux, puis brusquement cette paroi devient lisse, plus mince. Dans la partie horizontale elle est tapissée d’un épithélium gris noirâtre ; elle montre à partir de 10 ou 12 centimètres de l’évent de fines stries longitudinales. Depuis le point où la narine devient horizontale, jusqu’à 2 ou 3 cent. de l’évent, elle est suspendue en quelque sorte à un cordon plat cartilagineux terminé en pointe à ses deux extrémités et mesurant environ { centimètre dans sa partie la plus

(4) Nous ne saurions dire si cet aspect était dû ou non à une altération?

large sur 1 millimètre d'épaisseur. Ce cordon cartilagineux, qu'on ne confondra pas avec le cartilage de la cloison, suit en dessus la narine et reste en rapport immédiat avec sa muqueuse.

Name prorre. — La narine droite, au niveau de la fosse nasale laisse à peine pénétrer le doigt. L'orifice du sinus vertical continue sa direction. Cet orifice laisse passer environ trois doigts; son bord droit correspond à la fois à ceux du sinus et de la narine, tandis que son bord gauche est sur la ligne médiane. On verra d’ailleurs, par la description qui va suivre, que la narine et le sinus tendent à déborder fortement à gauche.

Le sinus (PI. II, fig. 4, s) représente une cavité virtuelle, de forme circulaire, se prolongeant en bas par un col étroit, le passage de communication avec la narine (2). La cavité est haute de 23 centimètres environ et large de 20 centimètres, plus reportée à gauche qu’à droite. Son bord droit est à 7 centimètres environ de la ligne médiane, et son bord gauche à 15 centimètres. Les deux parois antérieure et postérieure appliquées l’une contre l’autre présentent ensemble une épaisseur de 2 centimètres environ. La paroi antérieure, que nous fendons sur la ligne médiane, paraît musculeuse. Elle est beaucoup plus épaisse en tous cas, comme nous l'avons indiqué déjà, que la postérieure et mesure environ 1 centimètre. Elle est lisse, tapissée d’un épithélium gris noirâtre.

La paroi postérieure se moule sur l’excavation crânienne (/); elle présente deux structures très différentes, l’une occupant le côté droit en bas, l'autre occupant le côté gauche et la partie supérieure du côté droit. A droite en bas la muqueuse de la paroi postérieure du sinus est lisse; le reste est plein d’excavations irrégulières, presque circulaires, larges dans les endroits où elles sont le mieux accusées, de 2 à 5 millimètres, profondes de 1 millimètre environ. Au fond de ces excavations tapissées par l’épithélium il semble qu'on distingue un pertuis (1). Sur le bord du sinus, particulièrement en haut, la paroi antérieure plus épaisse se continue subitement avec la paroi postérieure plus mince, comme nous l’avons indiqué déjà sur le fœtus de 1",30.

(4) Ainsi qu'on le verra plus loin cette apparence ne répond en aucune façon à ce qu'elle est chez l'adulte. Nous devions la décrire telle qu'elle se présentait à nous, comme nous l'avons déjà fait pour l'embryon de 11,30,

Le lit adipeux formé, ainsi que nous l'avons dit, d’un tissu lâche, huileux, parcouru de petits faisceaux musculaires (1), sert en quelque sorte d’enveloppe, mais surtout de support à la narine droite. Celle-ci monte d’abord presque verticalement et s'incurve ensuite au milieu du tissu adipeux pour prendre sa direction horizontale en avant, faisant un angle avec le sinus vertical. Comme celui-ci elle représente simplement une cavité virtuelle par le rapprochement de ses parois, la section linéaire de la cavité étant transversale. Dans toute la partie montante elle garde le mème diamètre qui augmente ensuite. Dans la région incurvée sa paroi supérieure mesure À centimètre d'épaisseur environ, mais plus loin cet épaississement cesse subitement et la paroi ne mesure plus dans le reste de son étendue que 1 à 2 millimètres. En même temps sa section linéaire prend la figure d’un are de cercle de grand rayon à convexité tournée en haut et dont la corde mesure 17 centimètres, soit 20 centimètres pour l'étendue transversale de la cavité. Au pointoù la poche se rétrécit le plus, avant de se dilater pour aboutir au museau de singe, elle ne mesure plus que 6 centimètres de large. Sa structure est partout la même; elle est tapissée d’un épithélium gris noirâtre tombé par places, laissant à découvert un chorion lisse et pâle.

SECOND JEUNE MALE. — Le manuscrit du présent mémoire était remis à l'impression quand nous reçümes des Açores une seconde tête de jeune Cachalot (2). Nous avons profité de l’arrivée inespérée de ce document que nous devions encore une fois à l'extrême obligeance de M. S. W. Dabney, pour pratiquer une coupe frontale de la tête. Cette coupe dessinée immédiatement est figurée PI. VI, fig. 2. Elle permet d'embrasser d’un coup d'œil les rapports des divers organes que nous venons de décrire d’après la première tête de jeune mâle que nous avions eue à notre disposition.

La tête mesure 1",30, du condyle occipital à l'extrémité du museau. Sa

forme générale reproduit dans tous ses détails celle du jeune individu dont

(1) Ces faisceaux musculaires, qui peuvent offrir des directions variées, sont certainement des dépendances du buccinateur.

(2) Lab. d'Anat. comp., n° 1890-4052,

nous donnons la photographie PI. 1, fig. 1 et 2, et nous n’avons rien à ajouter à notre première description. +

L'extrémité de la mâchoire inférieure est à 0",40 du bout du museau. C'est à ce niveau que nous avons pratiqué la coupe frontale. Cette coupe (PI. VI, fig. 2) donne une surface à peu près circulaire, un peu moins large toutefois que haute, sa largeur mesurant 57 centimètres et sa hauteur

63 centimètres. La hauteur se divise ainsi :

Tissu fibreux de la voûle palatine sous-jacent aux 0s........ 3 centimètres. Hauteur des os malUMes tree Het ce Ce ee 6 — HanienrdutoltiadipenxD EEE PRET e Ceres 23 — Hanteuride afcasse certe -erctretecr Snosovdosoobbudas 271 — Epaisseur du lard à la partie supérieure de la tête......... 4 —

63 centimètres.

Le lard qui limite la coupe en haut et sur les côtés a, partout, à peu près la même épaisseur. En bas il se continue avec les lèvres supérieures écartées de 12 centimètres environ, dimension qui mesure la largeur des os maxillaires. Au-dessus de ceux-ci le « lit adipeux » (0) apparaît comme une masse énorme s'étendant sur près de la moitié inférieure de la coupe, le reste étant occupé par la « caisse » (4) ou organe du blanc. A gauche, du sommet de la tête au niveau du maxillaire, un vaste espace est occupé par la coupe du muscle nasal gauche. Celui-ci pénètre dans l'angle rentrant que forment de ce côté le lit adipeux et l’organe du blanc.

L’organe du blanc, en y comprenant la narine gauche (g) appliquée en haut contre lui, offre une section à peu près trapézoïdale avec un petit côté à gauche, un grand côté à droite et deux côtés obliques, en haut et en bas. Le côté oblique supérieur est en rapport avec le bord du muscle nasal gauche et limité par les fibres obliques du muscle de la narine gauche. La section de cette narine a la forme d’un croissant regardant en dehors, mesurant d’une extrémité à l’autre 5 centimètres (corde d'arc). Immédiatement en dedans de la narine, se voit le cartilage de la cloison (4), haut de 6 centimètres, épais de 1 millimètre; il est distant de 4 millimètres de la convexité de la narine gauche et aussi de 4 millimètres environ du bord gauche de la narine droite.

La section de la narine droite (PI. VI, fig. 2, d) s'étend comme une

ligne, du milieu du cartilage de la cloison à l’angle inférieur droit de la caisse, sur une longueur de 15 centimètres. Le cartilage de la eloison correspond ainsi à un plan oblique séparant en bas et à gauche un épaississement considérable de la paroi de l'organe du blanc, en haut et à droite l'organe lui-même. Celui-ci, sur sa section présente un contour piriforme mesurant 17 centimètres verticalement et 8 centimètres transversalement.

A droite la paroi de l'organe du blanc mesure environ 3 centimètres d'épaisseur. Elle est presque immédiatement appliquée contre le lard dont la séparent en haut et en bas les fibres du muscle nasal droit (#'). Le bord inférieur du musele occupe l’angle rentrant compris entre la caisse et le lit adipeux, mais il ne parait pas descendre entre le lit adipeux et la peau comme le musele nasal gauche.

Après avoir dessiné la section frontale que nous venons de décrire, nous avons fait une dissection de l'organe du blanc pour déterminer les relations de son extrémité postérieure. Nous avons vu qu’en arrière cet organe s’élargit et vient s'appuyer, sans enveloppe fibreuse spéciale sur le « sinus vertical »; c’est-à-dire qu'il a pour fond la paroi antérieure du sinus. L’enveloppe fibreuse de l’organe se continue d'autre part jusqu’au périoste de la région médiane de la crête frontale. L’organe du blanc reste donc nettement clos par son revêtement fibreux (cheval blanc) en dessus et latéralement; en bas, il repose sur la narine droite ainsi placée dans toute son étendue au-dessous de l'organe du blanc. À gauche, la paroi de l’organe est échancrée extérieurement et loge la narine gauche; à ce même niveau, on trouve dans son épaisseur le cartilage de la cloison.

La narine droite est, en fait, isolée de l'organe du blanc seulement par une mince couche de tissu adipeux qui l'enveloppe immédiatement, tissu moins crémeux que celui du blanc. Le Blanc proprement dit est essentiellement limité à la partie supérieure de la « caisse » sous la portion très épaisse et fibreuse de sa paroi que les pêcheurs désignent chez l’adulte sous le nom de « Cheval blane ».

Sac DE L'ÉVENT (PL. II, fig. 2). — Le sac de l’évent dont nous avons indiqué la disposition générale sur le fœtus de 1",30 occupe toute l'extrémité anté-

rieure et supérieure du museau. Îl correspond à l’éminence que nous avons décrite comme séparée de l’étrave par un méplat. En ouvrant le sac par une incision cruciale on aperçoit sa paroi profonde formée par le museau de singe (d). Toute la cavité du sac est tapissée d’un épithélium noir. L'épaisseur de sa paroi antérieure formée, comme on l’a vu, par la peau seule, est de 4 centimètres environ. En bas cette épaisseur est un peu augmentée par la présence d’une mince couche de lard.

Le sae commence en haut un peu en arrière de l'extrémité antérieure de l’évent et descend jusqu’à 55 centimètres environ du bord de la lèvre, ayant ainsi, sur la ligne médiane, une étendue de 22 centimètres environ. Sa formeest irrégulière. On s’en rend bien compte en traçant, après l’avoir ouvert, ses contours à la surface de la peau. Ce contour est tangent à l'extrémité antérieure de l’évent avec lequel le sac est en communication par un orifice où, sur notre jeune, l'on peut difficilement passer deux doigts (PI. II, fig. 2, e).

Le sac s'étend plusloin à droite de la ligne médiane qu’à gauche. A gauche, où il est tangent à l’évent, son contour est à peu près circulaire. A droite au contraire il présente deux larges culs-de-sac divergents ; l’inférieur {le sac occupant en somme un plan à peu près vertical) est beaucoup moins large et moins profond que le supérieur. Le diamètre transversal du sac au niveau du eul-de-sac inférieur est de 30 centimètres environ, et au niveau du eul-de-sac supérieur, de 39 centimètres.

Le museau de singe (PI. IL, fig. 2, d) est situé à 7 centimètres de l’extrémité antérieure de l’évent. Sa direction est légèrement oblique, l’extrémité droite étant plus en bas que la gauche. Sa longueur est de 16 à 17 cent., avec son milieu à 3 cent. environ à gauche de la ligne médiane. A droite il se termine un peu au-dessus de l’angle rentrant qui sépare les deux culs-de-sacs ; à gauche un peu au-dessous de l’extrémité antérieure de l’évent. La lèvre supérieure vers le milieu de sa longueur présente quelques plis parallèles à l’orifice linéaire ajoutant encore à la ressemblance que nous avons signalée, en simulant une sorte de tubercule labial d’ailleurs très effacé.

Les surfaces affrontées du museau de singe présentent un épaississement corné que nous décrirons chez l'adulte. Mais de plus, vers l'extrémité gau-

che, la face antérieure des deux lèvres est renforcée et offre un tissu plus dense qu’au milieu et vers l'extrémité droite. A la lèvre inférieure ce renforcement parait simplement fibreux, mais à la lèvre supérieure, il semble constitué par une masse cartilagineuse mesurant 7 centimètres de haut sur autant de large.

ADULTE. — I. ORGANE D'ALperson. — Nous n'avions pu faire à Lagens (voir [° partie, p. 6, note {) qu’un petit nombre d'observations sur les parties que nous venons de décrire. La coupe de la narine gauche (large à laisser passer le bras environ) parait ovoïde; elle est tapissée par un épithélium noir qui en arrière fait subitement place à un épithélium incolore.

L'épithélium de la narine droite est gris. Le sinus vertical nous a offert sa paroi antérieure incolore et lisse. Entre les deux parois rapprochées, on ne voit qu’une petite quantité d’une substance brun rougeätre étalée contre la muqueuse et qui est probablement du sang altéré. La face postérieure, avec l'organe d’Alderson est mamelonnée, couverte d’éminences arrondies pouvant avoir la grosseur d’une noisette, séparées par des sillons peu profonds (PI. IL, fig. 1). Le centre ou sommet de ces éminences offre parfois, surtout chez les plus grandes, une sorte d'apparence aréolaire, en tous cas peu accusée, qui pourrait faire supposer au premier abord qu’on est en face d'un organe rappelant les amygdales. La surface sur laquelle s’étendent ces éminences est assez nettement délimitée, celles du bord étant toutefois un peu plus petites que les autres. Ces éminences répondent à des excavalions remplies d’un liquide transparent et dont la paroi vers le sommet des éminences a de 2 à 5 millimètres d'épaisseur. La’paroi interne de ces kystes est lisse. Chacun est formé en général de plusieurs cavités arrondies communiquant largement entre elles, mais formant des groupes indépendants les uns des autres. L'organe caverneux tout entier mesure 15 à 20 millimètres d'épaisseur. Sa face profonde correspond au périoste de la muraille frontale, dont la sépare une couche de tissu lamineux très lâche et paraissant riche en fibres élastiques (1).

Histologie de l'organe d'Alderson. — L'étude histologique que nous

(1) Nous avions recu antérieurement de M. Dabney un fragment étiqueté Roots of the Case comprenant une épaisse masse fibreuse (périoste de l’excavation cranienne) portant appliqué contre elle l'organe d’Alderson.

avons pu faire de cet organe sur un fragment rapporté de Lagens dans la liqueur de Müller n’a point éclairé sa nature. Les kystes sont restés turgides. Leur contenu parait varier. Tantôt on en voit sortir seulement un liquide trouble, tantôt il est accompagné de fragments d’un coagulum rappelant l'aspect d’un dépôt de fibrine. Aïlleurs, l'apparence se rapproche beaucoup de celle que présente, dans les mêmes circonstances, l'humeur vitrée.

Soit à l’état de liberté dans le liquide, soit adhérents au coagulum, on trouve un grand nombre de corpuseules granuleux qu’on peut interpréter comme des leucocytes en dégénérescence graisseuse. Nous ne saurions toutefois affirmer que telle soit leur nature. En même temps se présentent dans ce liquide des lambeaux d’épithélium. Celui-ci est formé de cellules sur un seul rang dont le noyau parait avoir perdu la propriété de se colorer par le carmin, tout au moins ne se colore-t-il pas sur nos préparations.

Ces cellules sont très déprimées, tantôt polygonales à angles très nets, d’autres fois irrégulières, allongées, avec les angles émoussés. Dans ce dernier cas elles paraissent en même temps un peu plus épaisses. Par places, sur les lambeaux de l’épithélium détaché, il semble qu’une cellule soit tombée, donnant ainsi un aspect qui se rapproche assez de celui des « stomates » décrits dans certains épithéliums lymphatiques.

Les cavités kystiques sont creusées dans un derme extrêmement dense à la surface duquel on voit quelques noyaux saillants paraissant appartenir aux éléments lamineux de la paroi. Le tissu de celle-ci ne semble point modifié, tout au plus est-il sur nos préparations moins coloré par le picrocarmin que le tissu ambiant, et plus riche en fibres élastiques.

La surface du sinus vertical au niveau des éminences formées par les kystes, offre un revêtement épidermique épais, à cellules superficielles lamelleuses, à cellules profondes muqueuses avec tous les intermédiaires. Le derme, au-dessous de cet épithélium, présente des papilles saillantes trois fois hautes environ comme elles sont larges à la base (1).

(1) Ces papilles nous ont offert cette particularité intéressante que la lame dermique anhyste supportant l'épithélium présente, sur nos préparations, une surface finement striée. Ces stries correspondent à un état inversement strié des cellules épithéliales sus-jacentes.

Les coupes pratiquées en série, soit perpendiculairement, soit parallèlement à la surface, n’ont montré aucune relation actuelle ou trace de relation ayant existé entre l’épithélium de la surface et celui qui tapisse les kystes. On ne découvre dans le derme aucun résidu épithélial. Le seul fait qu'on puisse noter est qu'au sommet des éminences déterminées par les kystes, les papilles dermiques sont moitié moins hautes que sur les côtés de ces éminences et dans les sillons qui les séparent.

Ces détails montrent que le sinus vertical, jusque dans la partie dépourvue de toute pigmentation, appartient encore à la région dermique des fosses nasales.

Quant à l’organe kystique pour lequel nous proposons le nom d’organe d’Alderson, et qui occupe la plus grande partie de la paroi postérieure du sinus, ses fonctions et sa signification demeurent jusqu'ici complètement inconnues. Nous ne trouvons, chez les autres Cétodontes, aucun organe similaire, même rudimentaire, qui nous permette de les préjuger (1).

IT. Name proItE. — Nous avons rapporté de Lagens un fragment de la narine droite pris dans le fond de l’excavation crânienne au point où la narine pénètre dans la fosse nasale osseuse. Ce fragment, long de 15 centimètres, présente à sa partie supérieure un orifice à parois appliquées l’une contre l’autre, dessinant une demi-circonférence à concavité tournée en avant, et mesurant entre ses deux extrémités 10 centimètres. La paroi postérieure convexe continuait la face postérieure du sinus vertical et on voit à ce niveau les derniers kystes saillants, gros comme des pois environ et un peu espacés les uns des autres. La concavité que dessine la face antérieure, est remplie par le muscle propre de la narine dont les faisceaux dissociés plongent dans la graisse. Ce musele se termine en ce point même,

(1) Il est peu probable en effet que ces cavités soient des réservoirs lymphatiques malgré le coagulum qu’on y peut trouver et peut-être les leucocytes dégénérés. Si l’on avait à faire à des réservoirs lymphatiques ils se seraient vidés dans le liquide de Müller au lieu de demeurer turgides. Enfin, l'aspect de l’épithélium qui les tapisse, bien que disposé sur une seule couche, rappelle assez peu celui des cavités séreuses. Mais d'autre part, on a vu que nous n'avions trouvé aucun résidu épithélial dénoncant une ancienne communication avec l'extérieur et chez le fœtus de 1,30 nous n'avons pas trouvé davantage de glandes embryonnaires dans la région correspondante. Nous sommes donc ici en présence de conditions anatomiques particulières dont nous ne connaissons point d'exemple ailleurs et qui font de l'organe d’Alderson un appareil énigmatique dont nous ne pouvons même soupçonner la fonction.

s’insérant à la paroi de la narine. On peut supposer qu'en se contractant il contribue à ouvrir ou agrandir l’orifice postérieur de la narine droite.

A l’autre extrémité de notre pièce, coupée à l’entrée même de la fosse nasale, les parois de la narine toujours appliquées l’une contre l’autre, sont fibreuses. Le diamètre de la cavité a beaucoup diminué et laisse à peine passer trois doigts. La section parait avoir intéressé un orifice placé un peu à droite et large du diamètre du doigt environ, mais qu’on ne saurait prendre, aussi haut, pour l’origine de la trompe d’Eustache.

IT. Évenxr (1). — Une pièce intéressante que nous devons, comme les précédentes déjà signalées, à l’obligeance de M. Dabney, est l’évent d’un mäle adulte (2). Le contournement de cet évent en S paraît moins accusé que sur l'embryon de 1",30 et que sur notre jeune mâle. La fente mesure 40 centimètres de long; elle s’efface progressivement en avant, tandis qu’en arrière sa paroi tombe verticalement dans la narine gauche, en même temps qu'elle finit au dehors sur un pli transversal, d’ailleurs peu accusé. La partie pleine enveloppée par la boucle postérieure de VS termine le bourrelet musculaire que présente dans toule sa longueur la narine gauche, en sorte que celle-ci s'ouvre en réalité à la surface même de la peau.

La communication entre l’évent et le sac de l’évent est latérale et assez grande pour laisser passer la main. La paroi antérieure du sac, formée de la peau, d’une mince couche de lard et d’une aponévrose, a 6 à 8 centimètres d'épaisseur; la mesure est prise à 12 centimètres à droite et à 6 centimètres en avant de l'extrémité antérieure de l’évent. Un peu plus loin la couche de lard augmente d'épaisseur. L'épithélium du sac est gris noirâtre, excepté au niveau de l’orifice du museau de singe. Il est extrèmement épais.

(4) Il est probable que le mécanisme de l'ouverture de l’évent est le même que chez le Dauphin. Chez ce dernier, l’évent s'ouvre pour l'expiration et l'inspiration qui la suit aussitôt, par l’abaissement de toute la région de l’évent. En même temps l’orifice de celui-ci qui était linéaire devient irrégulièrement circulaire par l'abaissement et en quelque sorte la disparition sous les bords de l'orifice, du bourrelet cutané désigné quelquefois par le nom de soupape. L'évent du Dauphin lorsqu'il s'ouvre ainsi laisse voir une large cavité au-dessous de lui.

(2) Un très bon moulage de cette pièce a été fait pour le Cabinet d'anatomie, il porte le n° A 9457,

REGHERCHES SUR LE CACGHALOT. 25

Dans la profondeur de la pièce, on trouve le cartilage de la cloison large comme la main el épais d’un demi-centimètre environ (1).

L'extrémité antérieure sectionnée de la narine droite montre ses deux parois étroitement appliquées l’une contre l’autre. Elles sont tapissées d’un épithélium gris, mou, reposant sur une couche de tissu peu dense et élastique. La cavité s’épanouit en éventail sur une longueur de 13 centimètres environ pour aboutir au museau de singe qui devient ici gigantesque, mais auquel nous conserverons néanmoins le nom qu'il méritait si bien sur l'embryon de 1°,30.

Au niveau de cet élargissement l’épithélium change, devient lisse, noir, corné par places comme celui du sac de l’évent. Les deux lèvres du museau de singe sont arrondies et rugueuses, ou plutôt marquées de plis étroits, rapprochés, dessinés par l’épithélium corné. En dedans des lèvres, et par conséquent dans l’épanouissement horizontal de la cavité, il existe à la face supérieure et à la face inférieure une bande blanche où l’épithélium est encore plus épais que sur les parois du sac de l’évent. Cet épithélium blanc, corné, rappelant la substance des fanons de baleine, mesure 3 millimètres d'épaisseur dans sa partie médiane, la bande qu’il dessine ayant d'autre part environ 1 centimètre de large; cette bande va en s’atténuant vers les extrémités droite et gauche de la fente. Celle-ci se trouve ainsi fermée en réalité par le contact de deux surfaces dures (2). Sur la paroi antérieure du sac de l’évent, en face de l’orifice du museau de singe, l’épithélium est aussi plus épais et marqué d’une ligne blanche.

IV. Coupe FRONTALE. — On ne peut guère douter que chez le Cachalot

(1) IL est hyalin, à cellules largement espacées ; toutefois sur ses deux faces peut-être présente-t-il une zone de fibro-cartilage.

(2) L'examen histologique de la lame cornée existant en dedans de chacune des deux lèvres du museau de singe, nous a présenté les particularités suivantes. Traitée par le picro-carmin, elle se colore en jaune, sauf la partie la plus profonde; elle est formée d'un tissu très homogène se clivant en lamelles parallèles à la surface. La partie profonde, qui se colore en rose, recouvre les papilles dermiques et affecte la disposition de lames transversales relativement à la lame cornée, Ces lames transversales sont inclinées, plus ou moins inégales et peuvent se partager en deux vers leurs extrémités. Vers les bords de la lame cornée, celle-ci se colore, dans toute son épaisseur, en rose par le picro-carmin. Cette coloration dessine de fines trainées parallèles à la surface, et à peu près également réparties dans toute la hauteur de la couche épithéliale, peutêtre plus foncée au milieu de sa hauteur. On constate en même temps la présence de petits dépôts de mélanine répondant à autant de cellules dont on ne distingue pas individuellement les contours. Par places, à la surface de la substance colorée en rose, on retrouve une mince couche

complètement kératinisée et jaune comme le milieu de la lame. d'

adulte la caisse présente une vaste cavité plus ou moins anfractueuse, dans laquelle l'huile chargée de cétine liquide à la température du corps, est épanchée en grande abondance peut-être par disparition finale des éléments anatomiques où cette huile s’est formée.

Les précautions prises par les baleïniers, la manière dont ils pratiquent l'extraction de l'huile ainsi accumulée ne peuvent laisser aucun doute sur l'existence d’un véritable dépôt. Nous avons vu d’ailleurs, nous-même, à Lagens, l'huile s’écouler d’une ouverture faite par inadvertance aux parois de la caisse, et en même temps saillir de l’orifice un lambeau de tissu lamineux rappelant grossièrement par son aspect celui d’une frange de synoviale. D'après ce qu’il est permis de conjecturer, le dépôt d’huile libre se formerait seulement chez l’adulte aux dépens et au milieu de l'organe du blanc, tel que nous l’avons décrit chez notre jeune mâle.

Il s’en faut toutefois, ainsi qu'on l’a vu par les détails anatomiques relatés plus haut, que l'organe du blanc et par suite la caisse chez l’adulte occupe toute ou même la plus grande partie de la masse frontale. A ce point de vue, nous ne pouvons faire mieux que de nous en référer à la coupe que nous avons pris soin nous-même de pratiquer sur la tète du Cachalot échoué à l'ile de Ré en janvier 1890.

Ce Cachalot, jeté à la côte dans un état de décomposition avancé, gisait sur le côté droit. La tête, peut-être un peu enfoncée dans la grève, formait une masse fortement déprimée, mais dont le point culminant correspondait à l’œil comme chez l'animal nouvellement tué (1). Nous faisons une coupe qui passe exactement à un mètre en arrière de l’extrémité des maxillaires, par conséquent à 1",50 au moins de l'extrémité du museau qui dépasse de beaucoup le squelette de la tête. Le bord supérieur de la coupe présente une sorte de dépression séparant deux éminences. La plus haute (inférieure dans la position normale de l'animal), mesure seulement 80 centimètres. La couche de lard est très peu épaisse, l'animal étant maigre et probablement mort de maladie. Les deux lèvres supérieures, tranchantes, saillantes de 5 centimètres, sont

(1) La déformation ne devait pas en définitive être extrême, car chez le vivant, vers le milieu de la longueur de l’orifice buccal, la hauteur de la tête paraît être égale environ à deux fois sa largeur.

écartées de 20 centimètres, largeur de la cavité buccale à ce niveau.

Au moment où on pratique la section indiquée, il s'écoule plusieurs litres d'huile liquide, et on retire plus tard dans la même région, des masses de cétine concrète, dont quelques-unes ont deux fois le volume de la tête d’un homme. L'écoulement de ce liquide a dû nécessairement altérer les rapports des organes environnants; nous ne pouvons les décrire ici que tels que nous les observons. La coupe montre d’abord au-dessous du lard, très peu abondant, les deux muscles nasaux inégaux, séparés par un large espace qui ne correspond pas à la ligne médiane, mais se trouve reporté du côté gauche, en sorte que le sommet de la tête est occupé par le muscle nasal droit.

Le muscle nasal gauche présente vers le milieu de la joue gauche le renforcement prismatique dont nous avons parlé, faisant saillie dans la masse adipeuse sous-jacente aux narines (lit adipeux).

Les deux narines, séparées par le cartilage de la cloison, sont fortement reportées à gauche. La droite est dans un plan inférieur (position normale de l’arimal) à la gauche; elle présente la même courbure, et sa cavité parait, à ce niveau, à peine plus considérable. Mais la position des deux organes est ici évidemment altérée dans une certaine mesure, par l’écoulement du spermaceti, qui a même laissé une cavité où pend une artère du volume du petit doigt, certainement l'artère centrale de l'organe du blanc.

Celui-ci semble localisé au-dessus de la narine droite, n’occupant par conséquent dans la tête à ce niveau (un mètre en arrière de l’extrémité des maxillaires) qu'un espace restreint; tandis que toute l'étendue comprise entre les deux narines, et surtout entre la narine droite et la face supérieure des maxillaires, est occupée par l'énorme lit adipeux que nous avons décrit chez le jeune mâle et dont le volume proportionnel ne fait probablement que s’accroître avec l’âge. Sur notre sujet de l’île de Ré, ce tissu avait une consistance crémeuse, et offrait d’ailleurs, comme l’organe du blanc chez le jeune, une structure concentrique très marquée dans la partie située au-dessous de la crête rentrante du muscie nasal gauche.

L’étendue de cette masse adipeuse considérable se voit très bien sur une

des photographies qu'a bien voulu nous communiquer M. A. Chaves (1), de Ponta Delgada. La caisse, c’est-à-dire toute la partie supérieure de la tête, a été détachée par une section parallèle à la colonne vertébrale pratiquée dans le lit adipeux. Une autre section parallèle a été pratiquée plus bas, et la masse du lit adipeux comprise entre les deux sections a été à son tour coupée transversalement. On peut juger, par la netteté de la coupe, de l’homogénéité du tissu sectionné, sur lequel la photographie laisse voir les coups de spade successifs. Nulle description ne pouvait faire mieux comprendre l’étendue et l’homogénéité de cette masse adipeuse considérable, reposant sur les maxillaires et les intermaxillaires, et au-dessus de laquelle se trouvent placés les deux narines, le cartilage de

la cloison et l’organe du blanc.

Historique.

L'histoire de nos connaissances sur les fosses nasales du Cachalot mérite notre attention spéciale en raison de la grande ignorance où l’on est resté longtemps à leur sujet, et d'une erreur dans laquelle nous sommes tombés nous-mêmes, en comparant les résultats d’une dissection irréprochable, avec les indications données par les auteurs.

1692. SiBBaLp n’a pas peu contribué à propager certains doutes qui ont persisté chez les auteurs sur la question de savoir si l’'évent du Cachalot était simple ou double. On lit dans sa description de l'animal échoué en février 1689 à Lymkils (à l'embouchure du Forth) : « Parum supra rostri medium erat fistula quam incisores «the Lum » (hoc nobis laminam « significat) vocabant; fistula autem duo foramina sive duo meatus habebat, quæ uno « operculo tegebantur quodilli vocabant the Flap. » Et en effet, on peut par l’évent communiquer comme nous l'avons montré dans deux cavités, une en arrière est la narine gauche, l’autre en avant et en bas est l'orifice du sac. SiBBALD, à propos du même Cachalot qu’on avait, il est vrai, très lentement dépecé signale l'écoulement du blanc par la bouche : « Quamvis ex ore et ex vulneribus per plures dies magna olei quantitas defluxerit quæ « congelata in mari seri consistentiam obtinuit.…. »

1783. ScaweptAwWER dans les Philos. Trans. pour 1783 marque la place et la direction exacte de l’évent.

1787. Hunrer (Observations on the Structure and OEconomy of Whales; Philos. Trans. traduct. de Richelot, 1841, t. IV, p.470) semble admettre que chez le Cachalot la fosse nasale osseuse gauche donne seule passage à l'air. Il signale assez imparfaitement le sac de l'évent et le cartilage de la cloison qu'il semble toutefois croire double, indiquant un cartilage de chaque côté de la narine. Par erreur sans doute il donne à l’orifice de l’évent une direction transversale comme chez la plupart des Cétodontes.

1797. G. Guvier annonce l'absence de nerfs olfactifs chez le Cachalot. Dans ses Recher-

(4) Cette photographie était comprise dans la série dont nous avons déjà publié une partie. Voy. G. Poucuer et Guaves, Des formes extérieures du Cachalot, Journ. de l’Anat. et de la physiol., mai-juin 4890.

ches sur les ossements fossiles il avait parlé de concamérations renfermant le blanc, mais sans s'expliquer sur leur nature ; on disait aussi ces cavités en communication par des canaux avec le corps de l'animal, en arrière de la tèle. Peut-être était-ce une allusion à l’orifice postérieur de la narine droite.

4825. La description d'ALberson (An Accountofa Whale of the Spermaceti Tribe, ete., in Transact. of the Cambridge Philos. Society, vol. Il, part. I, p. 258) est capilale. ALDERSON a presque bien vu les choses malgré les difficultés d'une dissection où on devait employer les chevaux pour déplacer les parties. La narine gauche mesurée par lui avait 20 pieds; mais l'erreur qu'il commet à propos de la narine droite a été le point de départ de la nôtre. Il a vu le sinus et l'organe innominé ainsi que la narine elle-même, etil a cru être en présence des cavités qui sécrétaient et où se collectionnait le spermaceti. « The Interior of the head « (still exterior to the cranium) contained on the right side, a cavity or sac, or several « sacs holding spermaceli.. The most posterior part of this mass, filling up the large « basin,.… contained a large cavity, lined posteriorly with a membrane, in color yellowish « white, and in structur cellular ; the convex surfaces of the cells being towards the « cavity, and about an inch in diameter. On being cut into, all the cells appeared to com- « municate with each other. The structure of the lining membrane of the anterior wall « was very different ; it consisted of transverse folds, exactly similar to the lining membrane « of the fourth stomach in sheep, in which the secretion of the gastric juice takes place. « I traced the communication from this cavity forwards, towards the mouth, first passing « on the left side of the head, under the breathing tube ; then crossing over to the right « side of the head, and joining with the sac or sacs in which the spermaceti was found; « here the lining membrane was altered in appearance; it was more that of a continued « mucous surface. … [am not convinced that there was not a communication betwen the « posterior nares, and the peculiar cavity before described; in which cavity, it is probable, « the secretion of the spermaceti takes place. » Et ALnerso» conclut : « 1 am not however, « disposed to make any further conjectures on this point : dubia pro falsis adhibenda. »

1829. Woops suppose les deux narines réunies en une seule, et de plus admet dans\a tête deux grandes poches qu'il croit parallèles, et qui, à cause de leur vaste étendue, ont pu, dit-il, être comparées à des cavernes (p. 200). Mais il croit aussi à des communications avec le reste du corps, dans le genre de celles des sacs aériens des Oiseaux.

4845-1847. Jackson (Boston Journal p. 451) décrit d’après le capitaine Chase «the blow- « hole as a single, continuous tube, aboul as large as a man's arm, and without any lateral « cavities, such as are found in the Delphin; inner surface smooth and black ; it extends « backwards near the top of the head as far as the eye, and then turns down to the throat »,

Nous avons tenu à reproduire ces citations parce qu'elles montrent à quel point était grande la confusion des opinions quand nous avons à notre tour abordé le sujet. Si l’on rapproche de la description d’Alderson l'écoulement de spermaceti, soit par l’évent, soit par la bouche, relaté à propos de divers échouages, si l’on se reporte aux pratiques des baleiniers qui après avoir ouvert la caisse y puisent à pleins seaux le blanc, on comprendra qu'ayant eu à notre disposition des fragments de la paroi, soit du sinus, soit de la narine droite au niveau où elle communique avec le sac de l’évent, nous ayons pu croire à l’existence de vastes excavations dépendant de cette narine, sécrétant le spermaceti et lui servant de réservoir. Nous nous sommes, en conséquence, rangés tout d'abord à cette interprétation dans deux notes présentées à l'Académie des sciences (Poucner et BEAUREGARD, Sur la boite à spermaceti, in C. R. Ac. des Sc. 4 août 1884) et à la Société de biologie (Poucuer et Beaurecarp, Note sur l'organe du spermaceli, in Bullet. de la Soc. de biologie, 30 mai 1885). A l’occasion de cette dernière communication M. RaBureaAU (Bull. de la Soc. de Biol., 6 juin 1885) fit précisément remarquer que la production d'une substance telle

que le spermaceti par une surface dermique, en dehors de toute glande proprement dite, ne soulevait aucune objection au point de vue physiologique. On pouvait en effet signaler le cebum du prépuce, la sécrétion du jabot des pigeons, sans aller jusqu'à la cire des abeilles.

La dissection complète des organes sur le fœtus de 4",30, la découverte de la véritable structure de la narine droile, considérablement développée, loin d’avoir subi l'atrophie qu'on Jui supposait, ne firent que nous confirmer dans notre première opinion (voy. G. Poucuer, Dissection d'un fœtus de Cachalot. Extrait, in C. R. Ac. des Sc., 18 mai 1885 ; in extenso dans Journ. de l'An. et de la Physiol., juillet-août 1885, p. 358). C'est en assistant sur le chantier de Lagens (ile de Pico) à l'exploitation d'un Cachalot, que l'un de nous put se convaincre de l'erreur où nous étions tombés, et tout en contrôlant la parfaite exactitude de la description anatomique que nous avions donnée de la narine droite et de son sinus, reconnaitre que le spermaceti n’est point contenu dans ces cavités. Il s’'empressa de réparer l'erreur commise et justifiable par tant de raisons, dans une note adressée à la Société de biologie (G. Poucner, Communication à propos de l'anatomie du Cachalot; Bullet. de la Soc. de Biologie, 16 juillet 1887).

Page 1