VII. — MUSCLES DU MEMBRE ANTÉRIEUR
Nous ne décrirons pas le système musculaire entier du Cachalot. Un certain nombre des organes premiers qui le composent ont trouvé ou trouveront leur description en même temps que les appareils qu'ils contribuent à former ou qu'ils avoisinent. Pour les autres, ils ne paraissent pas différer assez des mêmes organes chez les Cétodontes communs et souvent étudiés, pour nous faire regretter que les matériaux dont nous disposions ne nous aient pas permis de les décrire de nouveau.
Nous nous bornerons ici à une indication sommaire de la distribution des museles du membre antérieur tels qu'ils se sont offerts à nous sur notre fœtus de 1°,30 de long.
Mais au préalable nous donnerons quelques indications sur la forme exacte du membre antérieur du Cachalot, d’après les membres du jeune mäle que nous avons reçus en même temps que la tête. Nous devions y trouver des muscles de l’avant-bras et de la main qui n'avaient jamais été signalés jusqu'ici sur aucune espèce de Cétodontes adultes, mais seulement chez leurs embryons par Lesouco. Le membre gauche de ce jeune mesure, depuis l'extrémité du condyle, 50 centimètres Juste; dans sa partie la plus large, 21 centimètres, et cette partie la plus large est à 21 centimètres de l’extrémité. Le membre droit a perdu, certainement
par traumatisme, environ 12 centimètres de sa longueur. La section
mesure environ 20 centimètres de long et est d’ailleurs entièrement cicatrisée.
Ainsi que nous l’avons dit, nous décrivons et nous figurons les muscles du membre antérieur d’après notre fœtus de 1*,30. Pour la direction des fibres ou des tendons nous supposerons, quand elle n’est pas suffisamment donnée par leurs attaches, l’animal dans sa position normale : la nageoire dans le plan de l’omoplate et formant avec l’axe de celui-ci un angle un peu ouvert.
Face exTERNE (PI. VII, fig. 1). Le Delfoïde est volumineux, il prend ses inserlions en haut à l'angle supérieur et antérieur de l’omoplate, à tout le bord antérieur de l’os et à l’acromion. Ses fibres, dirigées d’avant en arrière, convergent pour s'attacher à une large aponévrose qui descend s'insérer vers le milieu du corps de l'humérus en dehors.
Quand on a sectionné transversalement le deltoïde et relevé sa moitié supérieure, on aperçoit au-dessous de lui un faisceau musculaire court, à peu près triangulaire, qui s’insère en haut au bord externe de la cavité glénoide (1) ainsi qu'à une aponévrose qui le sépare du deltoïde. C’est le Sus-épineux (ep), sa direction est oblique de haut en bas et d’arrière en avant, il recouvre de ses fibres la capsule articulaire et vient s’attacher inférieurement sur toute la longueur de la grosse tubérosité de l’'humérus.
Le Sous-épineux (se) se présente comme un grand muscle qui s'attache à toute la moitié postérieure de la face externe de l’omoplate. avec ses fibres dirigées de haut en bas et d’arrière en avant. Elles se réunissent en un tendon qui s’insère à l’humérus un peu en arrière de la grosse tubérosité. Ses fibres, comme celles du muscle précédent, recouvrent la capsule articulaire, le sus-épineux plus en avant, le sous-épineux plus en arrière.
Le Muscle rond (r) est unique et s’insère en arrière du sous-épineux à l'angle postérieur de l’omoplate. Ses fibres dirigées de haut en bas et d’arrière en avant recouvrent le bord postérieur de l'os. Vers le milieu de son trajet le muscle s’épaissit, puis ses fibres s’étalent sur une aponévrose qui
(1) On devra ne pas oublier que chezle Cachalot la fosse sus-épineuse n'a pour ainsi dire qu'une existence nominale.
s'insère à toute la longueur du bord cubital de l’humérus depuis la tête de l’os jusqu’au cartilage olécrânien. Il est en rapport en dedans avec le sous-scapulaire et les nerfs et vaisseaux axillaires.
Nous signalerons seulement l’attache distale du Grand dorsal (q) au cartilage olécrânien, où ses fibres se fusionnent avec le tendon du muscle rond; nous n'avons pu, vu l’état de la pièce, étudier davantage le grand dorsal, dont les fibres et l'insertion à l’humérus se confondent avec celles du peaucier (p).
I n’y a pas de muscles du bras proprement dits.
Museles de l’avant-bras et de la main. — Ces muscles ne comprennent qu'un Extenseur commun des doigts (E, voy. fig.). Très aplati, il s'attache en avant sur l’aponévrose d'insertion du deltoide et confond même en ce point quelques-unes de ses fibres avec les siennes, en sorte que l’aponévrose est en réalité commune aux deux muscles. Il se partage au niveau de l’extrémité distale du cubitus en ventres distincts que prolongent de longs tendons au nombre de 4 pour les 5°, 4°, 3° et 2° doigts. Un 5° tendon se détache du plan musculaire à son bord radial, mais il n’atteint pas la phalange du pouce et se fixe simplement au 1° métacarpien, au delà duquel nous ne le suivons plus. Ces tendons, d’abord élargis dans toute la région qui correspond au carpe, deviennent bientôt cylindriques et au niveau de l'extrémité distale de la 1” phalange se trifurquent, leurs deux branches latérales se fixant à ces phalanges et la branche médiane se continuant en s’amincissant graduellement jusqu’à l’avant-dernière phalange. Nous n’avons pu la suivre plus loin.
Face INTERNE (PI. VII, fig. 2). — L'état de la pièce ne nous a pas permis de retrouver les traces d’un grand pectoral venant se fixer aux os de l'épaule ou à l’humérus. Nous ne découvrons pas davantage le mastohuméral. Nous considérons comme Pefit pectoral (p) un faisceau musculaire assez volumineux qui s'attache aux premières côtes d’une part et, d'autre part, par une aponévrose large à une petite partie du bord supérieur de l’apophyse coracoïde et à toute la face interne de l’acromion.
Les muscles propres à l'épaule sont au nombre de 2 seulement : 1° Un Coraco-brachial (c) court et large qui s’insère par un tendon épais
à l’apophyse coracoïde; ses fibres, dirigées obliquement de haut en bas et d'avant en arrière, vont s’attacher à la tubérosité de l’'humérus. — % Un Sous-scapulaire (ss) volumineux. Il occupe toute la face interne de l’omoplate. Ses fibres convergent vers une aponévrose qui s’attache à la face interne de l’humérus immédiatement après la tête.
Les muscles de l’avant-bras sont tous sur un même plan, divisés en 3 faisceaux qu'on doit considérer comme constituant un Æ/échisseur :
1° Un faisceau cubital (Æ); il s’insère en avant, par un tendon très large, à la face interne de l'humérus, sur une ligne oblique s'étendant du cartilage olécrânien à l'extrémité inférieure de la grosse tubérosité, Ses fibres s’étalent en une masse charnue aplatie qui recouvre toute la face interne du cubitus. Au niveau du earpe naissent 4 tendons pour les 5°, 4°, 3° et 2° doigts. Ces tendons sont cylindriques jusqu’au niveau de la 1” phalange où ils se trifurquent. Deux branches latérales s’attachent à cette première phalange et la branche moyenne continue son trajet sur les autres phalanges où nous avons pu les suivre jusqu’à l’avant-dernière.
2° Un faisceau radial (/) représentant un fléchisseur propre du pouce. II s'insère sur la portion la plus déclive de la forte aponévrose recouvrant la face interne de l’humérus. De là ses fibres vont, après que le muscle a rapidement diminué de volume, se perdre dans un tendon qui s'incline vers le pouce et va se fixer à la base du 1° métacarpien. Au niveau de l’extrémité du radius ce tendon envoie une branche rejoindre le tendon du fléchisseur appartenant en propre à l'index.
3° Enfin, dans l’espace interosseux séparant le cubitus du radius, existe un faisceau musculaire (?) qui s'attache à la face interne de l’humérus, et plus loin, au bord supérieur du radius. Il se termine par un court tendon qui va se confondre avec celui du fléchisseur commun, à côté du renforcement que celui-ci reçoit du fléchisseur du pouce.
MUSCLES INTEROSSEUX (/). — Au-dessous des tendons du fléchisseur il existe, au niveau des métacarpiens, de minces plans musculaires qu'on peut considérer comme des rudiments d’interosseux. L'état de notre sujet ne nous permet pas d'en donner une description détaillée. D’après ce que nous pouvons voir, ces muscles occupent la face interne des métacarpiens, leurs fibres paraissant s'attacher à l'aponévrose qui recouvre l'articulation
Fo
métacarpo-phalangienne. Nous ne les avons pas vus s’insérer sur les premières phalanges.
NAGEOIRE GAUCHE DU JEUNE MALE. — Nous avons, pour contrôler la précédente description, disséqué la nageoire gauche du jeune mâle, celle dont nous avons donné plus haut les mesures (p. 30).
Cette dissection, comme le montrent les figures (PI. VIT, fig. 3 et 4) confirme en tous points les indications précédentes. En particulier, nous retrouvons la division très nette du fléchisseur commun dont le faisceau radial est renforcé par des fibres musculaires remplissant l’espace interosseux de l’avant-bras. Notons toutefois que le faisceau radial du fléchisseur et surtout celui de l’extenseur ont presque complètement disparu, en même temps que le pouce a perdu l'indépendance complète par rapport au 2’ doigt, qu’il manifestait chez le fœtus de 1”,30. Nous n'avons également plus retrouvé trace des petits faisceaux interosseux signalés chez
notre fœtus de 1",30 au niveau des métacarpiens.
Historique.
On avait assez généralement admis que sauf quelques exceptions, Hyperoodon (Srru- Tuers), Platanista (ANDERSON), les Cétodontes n'ont pas de muscles à l’avant-bras; LEBoucQ (La nageoire pectorale des Cétacés au point de vue physiologique, in Anat. Anzeiger, 1887, n° 7) a signalé des muscles à l’avant-bras de fœtus de divers Gétodontes qu'il a examinés, Delphinus delphis, Phocæna communis, Monodon monoceros, Beluga globicephalus.