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dernier et le commencement de celui-ci les zoologistes classificateurs à multiplier outre mesure les espèces de Cachalots. C’est Cuvier qui eut le mérite de renverser tout cet échafaudage factice. Sans avoir devers lui aucun document nouveau, il osa proclamer qu'il ne devait y avoir en réalité qu’une seule espèce de Cachalot (1), que toutes les espèces décrites d’après des distinctions erronées ou subtiles devaient être réunies sous une seule et même dénomination, Physeter macrocephalus.Cuvier avec son puissant esprit avait compris que trop souvent les zoologistes ont cherché des caractères spécifiques dans des différences qui relèvent uniquement de variétés individuelles au sein de la même espèce, et quelquefois même — cela pourrait avoir été ïei le cas — d’apparences pathologiques. Or, spécialement chez les Cétacés, il semble que ces variations individuelles solent très fréquentes, et que le squelette aussi bien que les organes périphériques puissent différer notablement d’un sujet à l’autre. Les zoologistes classificateurs le plus souvent peu familiarisés avec les rigueurs des méthodes positives, et d'autre part sachant mal se défendre de l'attrait d'augmenter au profit de leur propre renom les catalogues biologiques, en plus fort incertains — très naturellement — des règles devant présider à l'établissement soit de genres, soit d'espèces, ont toujours une tendance fâcheuse à multiplier les coupes zoologiques. L'important est d'établir un catalogue des êtres animés dans lequel on se puisse reconnaitre. Prétendre donner aux coupes instituées à cet effet une valeur définie est une utopie absolument vaine. D’après tout ce qu'on sait aujourd'hui il serait bien impossible de justifier pour quelle raison le Kogia, par exemple, est mis à part du Cachalot dans un genre spécial. À cause de ses dimensions beaucoup plus réduites? Mais est-ce que le genre Felis ne renferme pas des animaux de taille fort inégale? Sans doute on pourrait invoquer d’autres caractères qui s'offrent un peu différents chez le Cachalot et le Kogia, tels que la forme des nageoires, la forme et le nombre des dents, la forme de la tête, si on s’en rapporte aux dessins qui nous sont donnés. Nous admettrons même, bien que cela paraisse improbable, que le Kogia n'a point d'huile coulante
(1) Beae en 1839, The Natural History of the Sperm Whale, et Scawmon, The Marine Mammals of the Northwestern Coast of north America, San Francisco, 1874, n’ont fait que confirmer ces vues.
dans la tête (1), il n’en resterait pas moins que les deux animaux sont essentiellement voisins l’un de l’autre, qu'ils se ressemblent plus entre eux qu'ils ne ressemblent à tous les autres, et qu'on devait en conséquence les ranger dans un seul et même groupe, un seul et mème genre, avec leur taille pour diagnose spécifique suffisante.
Nous estimons de plus que les caractères servant à classer les animaux doivent constamment, autant que faire se peut, être des caractères extérieurs, appréciables extérieurement. C'est une règle à laquelle auraient dû conduire, semble-t-il, les préoccupations dominantes de la zoologie actuelle. Elle admet avec toute raison et d’après les probabilités les plus grandes, que les formes animales se modifient sous l'influence du milieu (2), et si nous sommes de l'avis qu'on se trompe le plus souvent en croyant donner la formule de ces influences, il est bien difficile de ne point admettre que dans le milieu en effet réside essentiellement la cause et l’origine première de toutes les différences existantes entre les êtres vivants. Mais s’il en est ainsi, il est évident que les parties, les formes extérieures plus immédiatement impressionnées, où impression-
nantes (dans le cas de la sélection naturelle), seront les premières modifiées.
Nous comprendrons — en ce qui touche les Cétacés — que le milieu, le mode de vie plutôt que le milieu physique, tende à modifier la forme des nageoires, la nature ou la forme des dents, modifications qui à leur tour pourront sans aucun doute retentir intérieurement sur le reste de lorganisme. Mais nous n’admettrons point qu’un peu plus ou moins de largeur du canal rachidien de l’atlas, ou la forme des apophyses transverses des vertèbres cervicales plus ou moins soudées soient des raisons suffisantes de créer des espèces distinctes. Ceux qui Pont essayé ont été quelquefois les premiers à constater que les coupes ainsi établies étaient vaines, puisque tel squelette découvert ensuite ou existant depuis longtemps dans les collections se trouvait appartenir par son côté droit à une
espèce et à l’autre par son côté gauche. Nous ne savons pas de meilleur
(1) On verra plus loin la justification de cette expression. Il n'existe pas de « poche à spermaceti » proprement dite, expression qui repose sur une erreur anatomique.
(2) Il est facile de voir, en y réfléchissant, que les phénomènes quels qu'ils soient de sélection ou spontanée ou sexuelle se formulent en définitive par une influence de milieu, par un mode d'action ou de réaction de l'être et de la nature physique ou animée au milieu de laquelle il vit.
argument du néant des distinctions spécifiques établies — comme on l'a fait pour beaucoup de Cétacés — d’après ces différences absolument
secondaires notées sur les squelettes ou parties de squelette dont regorgent les collections (1).
Les principes sur lesquels il convient de se guider sont iei absolus : il faudra toujours éviter de ranger sous des dénominations spéciales deux animaux, quand on pourra soupçonner que les différences qui les distinguent rentrent dans la catégorie des variétés individuelles ou même des variétés de race. Au lieu de multiplier indéfiniment les noms spécifiques, il serait beaucoup plus rationnel de chercher à restreindre le plus possible les nomenclatures zoologiques, contrairement à la tendance généralement suivie. En cétologie il eût été tout à fait conforme à une méthode taxonomique rigoureuse, de définir le genre Physeter uniquement par l'existence d'un évent fortement dévié à gauche, par une mâchoire supérieure élargie dépourvue de dents, une mâchoire inférieure très étroite à branches parallèles dans sa portion libre, armée de dents nombreuses, coniques, recourbées en arrière. Cette caractéristique suffisait à déterminer le genre Physeter, composé, dans l’état actuel de nos connaissances, de deux espèces, P. macrocephalus, long de 15 à 20 mètres (le mâle), et P. Kogia (Kogia Forsteri), long de 2 mètres.
Il y a en Anatomie comparée une méthode dont on doit s'écarter le moins possible, et dont on parait cependant s'être assez peu soucié, sauf en ce qui concerne les Vertébrés, parce qu'on avait là pour guide l'expérience séculaire des anatomistes qui avaient étudié le corps de l'Homme. La description d’un animal quefconque devra toujours débuter par celle de ses formes extérieures, du nombre, des proportions et des relations de ses membres, de ses dents, de la place des divers organes visibles extérieurement. On a ainsi l'avantage de passer tout d’abord en
revue, forcément, les dispositions anatomiques sur lesquelles reposent
(1) Les observations que nous présentons ici s'appliquent à plus forte raison aux innombrables espèces tmaginées par des paléontologistes peu anatomistes sur des variations infinies que présentera peut-être la dent du même animal selon son degré d'usure. Qu'on imagine les chevaux disparus de la terre et représentés seulement par quelques incisives retrouvées cà et là dans le sol. Certes on en aurait fait autant d'espèces, selon que ces dents auraient ou non présenté soit la couche de cément intacte, soit une cavité centrale, soit l'étoile.
les distinctions adoptées par les zoologistes pour établir les coupes taxonomiques. — A la vérité chez les Cétacés l'importance de ces indications extérieures semble moindre que pour d’autres groupes d'animaux. Nous sommes toutefois frappé, en examinant le Cachalot, du volume considérable de la tête dont le profil ne s’atténue point en avant comme chez le plus grand nombre des Cétacés. Notons encore à première vue le petit volume de la mâchoire inférieure, dépourvue de lèvre, et enfin la situation tout à fait latérale de l’évent déjeté à gauche. La place de l'œil et de la nageoire est celle que ces parties occupent chez les autres Cétodontes ; le membre toutefois est remarquable par ses petites dimensions en même temps que par l’écartement visible des doigts.
La forme extérieure de l'animal une fois décrite, on doit tout d’abord, en passant à l'étude des organes internes, procéder par le squelette. Le squelette est d’une conservation plus facile que tous les autres systèmes d'organes dans nos collections, c’est done lui que chacun est le mieux à mème d'étudier directement, c’est lui qui a d’abord fixé l'attention des anatomistes. Mais il y a en plus, pour débuter par l'étude du squelette, une raison de premier ordre, c'est qu'il est constitué de parties solides qui serviront de points de repère fixes dans l’espace pour l'étude des autres systèmes anatomiques composés de parties molles (1). L'importance prédominante de l’étude du squelette en anatomie tient encore à ee fait que dans le squelette seul nous avons des points de comparaison avee les espèces éteintes dont les débris retrouvés dans la terre sont à peu près exclusivement des os et des dents. Cette dernière raison suffit à rapprocher l'étude des dents des animaux de celle du squelette, ainsi d’ailleurs qu'on le fait communément.
Après le squelette l’ordre dans lequel on étudie les divers systèmes ou les divers appareils importe peu. Et ici les convenances de la deseription doivent seules guider. Le mieux est de suivre les indications de leurs connexions : l'appareil digestif, l'appareil pulmonaire, l’appareil génito-urinaire; puis les systèmes dont les organes premiers sont partout répandus :
le système nerveux avec les organes des sens, enfin le système vasculaire.
(4) Avons-nous besoin de dire qu'on ne saurait partager en Anatomie, comme on l'a quelquefois \ Le ,
rèvé, l'étude des « parties dures » de celle des « parties molles » ? Nous n'insistons pas sur le caractère absolument anti-scientifique d'une pareille distinction.
Cet ordre n'a d’ailleurs aucune importance et, quelque envie qu'on puisse avoir de s’y tenir rigoureusement, il faut foujours s'en écarter plus ou moins, et décrire la terminaison du nerf optique avec l'œil, les branches de la carotide avec le cerveau, ete. De même, on pourra trouver avantageux dans certains cas, et en particulier pour les vaisseaux du cœur, d'en commencer la description par les veines plutôt que par les artères. On ne doit point oublier que la description des artères a puisé d’abord, dans l'intérêt chirurgical qu’elles offrent et aussi dans la plus grande facilité de les injecter, l'importance dominante qu'on leur attribue en Anatomie. Au point de vue physiologique, les veines sont, en réalité, d’un intérêt beaucoup plus immédiat par les alternances d'activité ou de ralentissement que peut y subir le courant sanguin, par la variété même de composition du sang qu’elles charrient, ete...