XI. — CENTRES NERVEUX
Nous décrirons d’abord les centres nerveux d’après les pièces rapportées par l’un de nous de Lagens (voy. 1” partie, p. 6). Aïnsi que nous l'avons dit nous avons pu assister, grâce au zèle obligeant de M. Dabney, au dépècement d’une femelle de Cachalot adulte tuée la veille. Ses dimensions étaient les mêmes que celles de la femelle dont nous avons décrit plus haut le squelette (voy. 1" partie, p.39). La tète ayant été séparée du tronc pour le travail nous avions pu couper dans le trou occipital un fragment de la moelle épinière de l'animal puis un autre plus rapproché du bulbe. Et tout d'abord nous avions été frappés de sa petite dimension, qui n'atteint pas, comme on le verra, celle de la moelle du cheval. Quelques instants plus tard, le cap. J.-F. Baptista (voy. 1" partie, p. 6), auquel appartenait la prise, nous demanda si nous ne désirions pas prendre le cerveau. Nous savions par expérience, pour avoir enlevé un cerveau de Balænoptera Sibbaldii (1), ce qu'une telle opération présente de difficultés, quoiqu’elles dussent être ici bien moindres en raison du volume relativement bien moindre de l'animal, et des facilités qu'offrait la tête séparée du tronc et déjà dépouillée de son lard. La crête occipitale fut enlevée par deux traits de scie et le travail continué à la hache et à la scie. Le tissu osseux, sur la coupe pratiquée se montre graisseux à larges aréoles. Au contraire les condyles sont pleins de moelle rouge et à aréoles beaucoup plus petites.
Le cerveau fut largement mis à découvert, mais pour l’enlever je me trouvai en présence de difficultés auxquelles ne m'avait point préparé l'enlèvement du cerveau des Baleines. Le cerveau du Cachalot ne repose pas, comme chez ces dernières, sur un épais coussin vasculaire. Quand le cerveau est enlevé la cavité crânienne présente cinq fosses nettement délimitées, deux en avant, trois en arrière. La plus grande largeur de la
(1) Voy. Beaurecaro, Recherches sur l'encéphale des Balænides (Journ. de l’anat., 1883 p. 481).
cavité crânienne mesure 36 centimètres. Les cinq fosses sont à peu près d’égale dimension. Les deux antérieures sont simplement séparées par une légère saillie osseuse, les frois autres au contraire sont séparées par deux lames de la tente du cervelet, hautes de 10 centimètres au moins. Les deux septa sont légèrement obliques d’avant en arrière et de dedans en dehors. Il fallut successivement enfoncer les mains dans ces trois fosses pour dégager le cerveau qui a été placé dans le bichromate de potasse. On l’a piqué par places avec une longue épingle et disposé dans un mouchoir permettant de le soulever et de le changer au besoin de vase sans risques. Il y est demeuré jusqu’à la fin de l'étude qu’en a faite l’un de nous.
Un bout de la moelle resté adhérent au cerveau continue les deux fragments qui avaient été préalablement enlevés.
Le transport de cette pièce anatomique précieuse ne fut pas sans offrir quelque difficulté. Elle fut placée dans un baquet plein de liquide conservateur, avec les fragments de moelle et d’autres parties intéressantes, et un homme transporta le tout sur sa tête, l’île de Pico n'ayant pas de routes carrossables dans la plus grande partie de son étendue. Il dut faire ainsi 20 milles par des chemins de montagnes, jusqu’à Magdalena d’où le cerveau fut embarqué sur l’Airondelle où je recevais l'hospitalité la plus généreuse du prince Albert de Monaco, et rapporté de là en France dans l'alcool (1).
La forme générale de l’encéphale du Cachalot (PI. IV) rappelle absolument celle des Dauphins et des Marsouins. Il est globuleux et ses lobes frontaux ne s’atténuent pas à la facon de ce qui existe chez les Balænides (2). Le poids de l’encéphale, pris après durcissement dans l'alcool, est de 4,660. Bien que ce poids ne puisse être considéré que comme approximatif, puisque la pièce n’est pas fraiche, il est intéressant à connaitre et peut être comparé au poids que l’un de nous a donné (3) de l’encéphale de Balænoptera Sibbaldii : celui-ci n’était que de 3 kilogrammes.
L'état de la pièce ne nous permet de donner aucune indication sur les tubereules quadrijumeaux, non plus que sur la glande pinéale et l’hypo-
(1) Laboratoire d'anatomie comparée, n° 1887-1248. (2) Voir BEauREGaRn, loc, cit.
(3) Ibid.
physe; celle-ci est représentée seulement par son pédicule, courte colonne de 5"" environ de diamètre transversal.
Cerveau (PI. IV et V). — La face ventrale du cerveau présente une remarquable asymétrie. Celle-ci, fréquente d’ailleurs chez les Cétodontes, ne parait point seulement accidentelle. Le côté droit, principalement dans la région frontale est beaucoup plus développé que le gauche; le sillon qui sépare les deux lobes frontaux est fortement reporté à gauche. La scissure de Sylvius est assez profonde. Très large à son extrémité interne elle se rétrécit rapidement, à mesure qu’elle gagne la face latérale du cerveau, elle est très fortement arquée, à concavité postérieure, remontant très peu sur la face latérale et ne présentant en tout, d'une extrémité à l’autre, que 8 centimètres de long.
La face supérieure du cerveau, bien qu’altérée, laisse cependant reconnaitre encore l’asymétrie résultant du développement relativement moindre de la région temporale droite. La longueur des hémisphères est de 24 centimètres, leur largeur dans la région moyenne atteint 16 centimètres. En avantils sont arrondis et leur extrémité est obtuse. En arrière ils s’écartent et leurs extrémités postérieures coupées obliquement ménagent entre elles un espace triangulaire large de 14 centimètres, haut de 12 centimètres, qui est rempli par le cervelet. Le cervelet occupe donc la face postérieure des hémisphères et n’est pas recouvert par ceux-ci. La scissure de Sylvius atteignant à peine les faces latérales du cerveau, la face supérieure parait constituée d’une seule masse hémisphérique.
Nous décrirons seulement les circonvolutions de la surface du cerveau, nous avons cru en effet devoir ne pratiquer aucune coupe dans l'intérêt de la conservation de la pièce, même une coupe médiane. Nous nous servirons de la nomenclature créée par Broca, il sera ainsi plus facile de comparer notre description avec celle que l’un de nous a donnée du cerveau des Balænoptères (1). Nous considérerons successivement le grand lobe limbique et les circonvolutions du manteau de l'hémisphère.
Grand lobe limbique. — Le grand lobe limbique (nomenclature de
(1) Voy. Braurecar», Recherches sur l’encéphale des Balænides (Journ. de l’anat. et de la phys., 1883, p. 484).
Broca) comprend, on le sait, le lobe olfactif, le lobe de l’hippocampe et le lobe du corps calleux.
1° Le lobe olfactif est complètement nul chez le Cachalot, au moins n’avons-nous retrouvé aucune trace de son existence, et malgré les soins que nous avons mis dans l'enlèvement des méninges, nous n’avons pu découvrir aucune fibre pouvant laisser croire à l’existence d’un nerf olfactif; l'hypothèse que FLower avait émise de la présence d’un petit nerf olfactif que semblait indiquer un orifice décritpar cet auteur dans le crâne, ne se trouve donc pas confirmée par l'étude de la pièce que nous possédons.
2° Le lobe de l'hippocampe (PI. XI, fig. 1) est relativement très petit ; il occupe le bord interne du lobe occipital à la Hmite postérieure de la seissure de Sylvius. Ce lobe comprend deux circonvolutions dirigées d'avant en arrière et placées l’une au-dessus de l’autre. La circonvolution inférieure est bifurquée à son extrémité antérieure et sa branche ventrale entre en communication (pôle temporal /) avec une des circonvolutions du manteau de l’hémisphère. Le lobe de l’hippocampe est à peu près complètement recouvert par le manteau : pour l’apercevoir, il faut soulever celui-ci un peu en dehors. En arrière il se continue avec le lobe du corps calleux, que nous ne pouvons décrire. Complètement limité dans toute son étendue par l'arc inférieur de la scissure limbique /, il ne communique donc avec le manteau que par la partie antérieure. Ses dimensions sont restreintes. Il ne mesure en effet que 5 centimètres de long. Les caractères que nous donnons permettent de le rapprocher du lobe de l’hippocampe du Dauphin, qui a complètement perdu son indépendance, et est très atrophié (1).
Manteau de l'hémisphère. — 11 comprend le lobe frontal et le lobe occipito-pariétal que nous allons décrire successivement : 1° Zobe frontal (PL. IV, fig. 2, et PL V, fig. 3 et 4). — Le sillon de Rolando (R), qui sépare les circonvolutions frontales des circonvolutions dites pariétales, est assez difficile à délimiter. Suivant Broca, chez le Dauphin, c’est un sillon qui se détache de la scissure de Sylvius, un peu en dehors du niveau où le lobe de l’hippocampe communique avec les circonvolutions voisines (pôle temporal). Cette scissure se porte ensuite en avant et un peu en dedans et
(1) Voy. Broca, Anatomie comparée des circonvolutions cérébrales, in Revue d’Anthropologie, 1878, page 454, fig. 27.
sépare le grand lobe pariétal du lobe frontal. Le lobe frontal ainsi délimité est assez large chez le Dauphin, mais n’occupe cependant qu’une partie de la face inférieure de la région frontale de l'hémisphère. En examinant des pièces de Dauphin que nous avons en certain nombre, nous retrouvons très facilement le sillon de Rolando tel que le décrit Broca, mais chez notre Cachalot, ce sillon n’est pas aussi nettement limité : il est interrompu par divers plis de passage entre les circonvolutions pariétales et les circonvolutions frontales.
Il nous parait cependant qu’on doit considérer comme sillon de Rolando un sillon qui, partant de la lèvre antérieure de la scissure de Sylvius, un peu en dedans du pôle temporal, limite nettement l'extrémité interne de la branche antérieure de la première circonvolution sylvienne. Ce sillon, par un trajet sinueux, gagne l’extrémité antérieure de l’hémisphère. Notre description s'applique au lobe frontal droit, qui est en meilleur état de conservation que le gauche. Ce qui en ressort, c’est que le lobe frontal n’a pas une indépendance absolue, particularité peut-être en rapport avec l'absence totale de nerf olfactif. Ainsi délimité le lobe frontal mesure à peu près 6 centimètres de large, c’est-à-dire qu'il n’occupe pas toute la face ventrale de la région frontale du cerveau. Dans la partie antérieure du lobe frontal, on compte trois circonvolutions principales, à direction antéro-postérieure, un peu obliques de dehors en dedans. Ces circonvolutions sont fortement contournées sur elles-mêmes; elles sont certainement beaucoup plus développées, à proportion gardée, que chez le Dauphin. Tout à fait en arrière, dans le tiers environ de son étendue, le lobe frontal offre une surface complètement lisse séparée des circonvolutions de la région antérieure par un profond sillon obliquement dirigé de dehors en dedans et d’arrière en avant. Ce sillon toutefois ne s'étend pas jusqu’à la circonvolution frontale interne qui est par suite en communication directe avec la région lisse que nous décrivons. Cette région lisse (PI. IV, fig. 2, g) est celle que Broca a désignée sous le nom de lobule désert ou désert olfactif. Ce lobule désert passe insensiblement dans la vallée de Sylvius.
2° Lobe occipito-pariétal. — Nous désignons sous ce nom tout le reste de l'hémisphère. Il présente des circonvolutions très larges, bifurquées en général à leurs extrémités et fortement repliéessur elles-mêmesdans tout leur
trajet. On peut les considérer comme partant toutes du bord de la scissure limbique qui les sépare du lobe del’hippocampe; elles ont tendance à converger vers l'extrémité antérieure de cette scissure. La circonvolution qui borde immédiatement la scissure de Sylvius, ou première circonvolution sylvienne (PI. IV et V, S'), est très fortement repliée sur elle-même à l’extrémité externe de la scissure. Elle commence un peu en dehors du pôle temporal dont elle est séparée par l’origine de l’une des circonvolutions pariétales. Avant d'atteindre l’extrémité de la scissure de Sylvius, elle donne une branche, racine d’une seconde circonvolution sylvienne (S°) qui s’élargit très rapidement et enveloppe la première. Cette seconde circonvolution sylvienne se bifurque en avant et à la face inférieure de la région frontale, sa branche postérieure s’unissant à la première circonvolution sylvienne tandis que sa branche antérieure tombe sur le sillon de Rolando qu’elle interrompt par un pli de passage étroit.
Les autres circonvolutions du manteau de l'hémisphère (PI. IV et V; 1, II, HI, IV) ont des extrémités postérieures assez grêles, qui s’élargissent bientôt et donnent successivement quatre circonvolutions pariétales. La première ou circonvolution interne occupe en arrière le bord interne de l'hémisphère et arrivée vers son milieu elle se confond avec la seconde circonvolution pariétale. Celle-ci, dirigée un peu obliquement d’arrière en avant et de dehors en dedans, se termine après s'être confondue avec la première pariétale, sur l'extrémité interne d’un sillon oblique que nous considérons comme la partie supérieure du sillon de Rolando. La troisième circonvolution pariétale naît en arrière par deux racines et se continue en avant jusqu'à l'extrémité antérieure de l'hémisphère où elle se bifurque, sa branche interne donnant un pli de passage (PI, V, fig. 2 et #4, p) qui interrompt largement la scissure de Rolando. Enfin la quatrième pariétale très large et bifurquée en arrière se bifurque également en avant et sa branche externe se continue dans le pli de passage que nous venons de signaler. Toutes les circonvolutions pariétales viennent donc aboutir à la partie supérieure du sillon de Rolando et l’interrompent sur une assez large étendue, puisque les troisième et quatrième pariétales fournissent un pli de passage qui les fait communiquer avec les circonvolutions frontales précisément au niveau où, d'autre part, la deuxième circonvolution sylvienne
interrompt également ce sillon par un autre pli de passage (PI. V, fig. 3, S°).
CERvELET (PI, IV, fig. 2, c). — Sur notre pièce il est très altéré dans sa forme. Tel qu'il se présente il mesure 10 centimètres de haut sur 14 centimètres de large ; le lobe médian très petit, n’a pas plus de 25 millimètres de diamètre. Les lobes latéraux offrent de nombreux sillons qu’il nous est impossible de décrire et qui offrent les caractères ordinaires chez les Cétacés.
MOELLE ALLONGÉE. — La protubérance offre la forme ordinaire chez les Mammifères, et mesure environ 6 centimètres de diamètre transversal sur 45 millimètres de diamètre antéro-postérieur. Le bulbe est ici très déformé, probablement par défaut de conservation. L'origine des nerfs à ce niveau est exactement la même que chez le Dauphin. Nous signalerons le volume énorme de l’ensemble des nerfs facial et acoustique (6).
Nous avons essayé une injection qui, vu l’état de la pièce, n’a pas donné des résultats complets. Nous distinguons de chaque côté de la carotide (a') dans la scissure sylvienne, une artère cérébrale moyenne (4) volumineuse qui donne bientôt quatre branches, dont l’une pénètre dans la masse cérébrale. En avant se détache la cérébrale antérieure (e) qui s'enfonce entre les deux lobes frontaux. En arrière la carotide donne une grosse branche qui plonge presque aussitôt dans la région de l’hippocampe, c’est l'artère cérébrale postérieure. Elle fournit en avant de la protubérance un certain nombre de branches qui accompagnent les principaux nerfs et en particulier une branche cérébelleuse (4). Enfin une artère médiane qui longe la protubérance, passe sur le bulbe et donne naissance à un réseau admirable artériel. Ce réseau s’étend sur la base du cervelet et sur l’origine de la moelle. Il offre une structure particulière étant formé de petites artérioles mesurant environ { millimètre de diamètre, pelotonnées les unes sur les autres.
Mogcze (1). — La dure-mère est très dense. La moelle (PI. IV, fig. 1 et 2, M) n’est pas plus volumineuse que celle du bœuf, ce qui est fait pour étonner, si l’on compare les masses musculaires mises en action. En considérant les nerfs moteurs comme de véritables nerfs trophiques, il faudrait admettre que la dépense nerveuse est peu considérable pour mouvoir
(1) Voy. Poucuer, Sur la moelle épinière du Cachalot. C. R. Soc. de Biolog., 20 janvier 1891.
l'énorme machine du Cachalot, qui trouverait dès lors principalement dans sa forme l'élément de sa puissance.
Il est à remarquer d'autre part que si la moelle a un si petit volume, l’encéphale semble en rapport de son côté avec la masse musculaire : il faut en conclure que la quantité d'énergie transmise de la périphérie au centre, est indépendante du nombre ou du volume des conducteurs. On doit supposer que les conducteurs médullaires, chez le Cachalot, considérés isolément travaillent beaucoup plus que chez le bœuf; en d’autres termes, que ce qu'on appellera si l’on veut l’influx nerveux, s’y transmet à un état de tension beaucoup plus grand.
Des deux fragments de moelle que nous avons coupés avant d’enlever le cerveau, l’un, malheureusement, au cours des vicissitudes du transport, a été un peu déformé, sans que cette déformation d’ailleurs nuise à l'étude de la constitution de l’organe.
Les coupes pratiquées sur ces deux fragments nousont offert malgré leur voisinage, un aspect très différent. Toutefois leur dimension est sensiblement la même, mesurant 15 millimètres de diamètre transversal sur 11 millimètres de diamètre antéro-postérieur.
Sur les deux fragments on ne voit aucune trace de canal central, et il est difficile de supposer que les éléments de sa paroi, s’ils avaient subsisté, mème dissociés, soient devenus méconnaissables, en particulier sur le fragment qui n’a pas subi de déformation.
La couche grise périphérique est très inégale dans les points où elle existe, elle manque totalement dans des étendues considérables de la surface de la moelle.
Le sillon postérieur est à peine distinct ou même tout à fait effacé. Le sillon antérieur est une simple fissure occupée par une mince lame de tissu lamineux contenant quelques rares vaisseaux. Par contre les deux substances blanche et grise, cette dernière surtout, sontextrèmement vasculaires. On peut voir vers l'extrémité des cornes, de gros capillaires gorgés de sang, mesurant jusqu’à 120 y de diamètre, avec une paroi épaisse de 6 y.
Les cellules nerveuses des cornes antérieures ne dépassent pas 94 y, le noyau est ovoïde avec un nucléole sphérique. Elles présentent dans leur cytoplasme un amas compact de fines granulations brunes. Dans les cornes
postérieures, le diamètre des cellules ne paraît pas dépasser 18 y.
Dans la substance blanchele volume des tubes nerveux et des cylindraxes ne dépasse pas ce qu'il est chez l'homme et les grands mammifères.
Les deux fragments offrent sur la tranche, indépendamment de la déformation de l’un d’eux, une différence d’aspect très accusée. Nous commencerons par décrire le fragment le plus éloigné, c’est celui qui a subi une déformation sensible. Le sillon postérieur est totalement indistincet : les deux cornes antérieures fortement accusées, volumineuses, s'étendent presque transversalement, offrant des dentelures, origine de cloisons de substance grise qui s’avancent dans la substance blanche. Les cornes postérieures sont étroites, insérées presque perpendiculairement à la base des cornes antérieures, fusiformes, se prolongeant en quelque sorte jusqu’à la surface de la moelle. La substance grise s'y montre disposée par îlots entre lesquels pénètrent un grand nombre de tubes à myéline. On trouve des cellules nerveuses très loin, jusqu’au début de la partie la plus rétrécie de la corne.
Sur l’autre fragment plus rapproché du bulbe, on ne distingue point tout d'abord les cornes postérieures. Il semble qu'il n’y ait que deux cornes antérieures volumineuses, étalées transversalement. Cependant, avec plus d'attention, on voit ces larges cornes transversales présenter en arrière, dans leur moitié interne, une sorte d’avancée. Leur bord dans cetteétendue estcomme rejeté en arrière. À partir du point où cesse cette avancée, la corne se continue plus étroite. Ces deux avancées ne présentent point de grosses cellules motrices et sonten réalité les cornes postérieures très élargies, accolées aux antérieures, et émettant simplement, comme celles-ci, des cloi-
sons rayonnantes multiples dans la substance blanche.
Nora. — Les planches [ à V sont faites d'après des photographies des pièces décrites.
PLANCHE I
Fi6. 4. — Tête du jeune Cachalot mâle (Laborat. d'anat. comp. 889-161), dressée et vue latéralement (réduction au 1/10 environ). Vers l'extrémité de la lèvre supérieure existe une déchirure produite par la chaîne frappée pour traîner l'animal à terre. — a, œil; — b, orifice du conduit auditif externe. — c, Étrave.
Fig. 2. — Tête du même individu, dressée et vue par sa face ventrale.
FiG. 3. — Tête du même, dressée, vue par la face dorso-latérale droite. Elle est légèrement
affaissée sur elle-même et à gauche, consécutivement à la dissection de la peau et des muscles, dont les lambeaux p, p sont rejetés de côté. — Sur la ligne médiane dorsale on voit l'organe du blanc sp sous la forme d’un cylindre, étranglé de place en place par des brides fibreuses, restes de l'enveloppe de l'organe partiellement ouverte avant qu’on en prit la photographie.
Fic. 4. — Tête du même, dressée, vue par la face dorso-latérale gauche. La peau a été disséquée un peu en arrière de l’évent e et le muscle nasal gauche m divisé et rejeté de côté. On a ainsi découvert la narine gauche » se rendant à l'évent. Sur la préparation la narine est gonflée démesurément au moyen d’étoupe. — En p coupe de la peau; en sp bord gauche de l'organe du blanc.
PLANCHE II
Fig. À. — Portion de l'organe d’Alderson, d'après une pièce rapportée de Lagens (Acores) par M. Pouchet.
FiG. 2. — Extrémité de la tête du jeune mâle (Laborat. d'Anat. comp. 1889-161) vue par
sa face dorso-latérale gauche. Un bout de sonde e montre la communication entre l’évent et le sinus vertical antérieur. Celui-ci a été ouvert par une incision cruciale de la peau. Dans son fond on apercoit le « museau de singe » d, dont l’orifice est limité par deux lèvres en forme de bourrelet. S, bord dorsal de la tête. V, bord ventral.
Fic. 3. — Mâchoire inférieure et langue /, du même individu. Les dents sont encore incluses dans la muqueuse ; 0, 0, branches de la mâchoire; p, pharynx.
F1G. 4. — Portion postérieure du crâne du même sujet vue en dessus : sur la face antérieure de la crête frontale f, est appliqué le sinus, s, qui a été ouvert pour montrer la muqueuse pigmentée de sa paroi postérieure, criblée de cryptes qui représentent l'organe d’Alderson au début de son développement. En » la narine droite. On la voit, au niveau où elle communique avec le sinus, plonger en bas dans la fosse nasale osseuse correspondante.
PLANCHE III
Fic. 4. — Larynx du Cachalot de l'ile de Ré, vu latéralement. — a, épiglotte; — b, lèvre aryténoïdienne; — c, bord libre du cartilage thyroïde.
Fig. 2 — Le même. Colonne aryténo-épiglottique vue par la face ventrale. Elle émerge dans la cavité pharyngienne.
F16. 3, — Cartilages de la colonne aryténo-épiglottique vus latéralement. — 4, cartilage épiglottique; — b, repli de ce cartilage formant la lèvre antérieure de l'orifice glottique; — c, bord du cartilage thyroïde; d, cartilage de Santorini.
PLANCHE 1V
Encéphale de Cachalot adulte, d’après les photographies d’une pièce rapportée de Lagens
(Acores) par M. Pouchet.
Les désignations suivantes ont été employées pour toutes les figures des planches IV et V: 1, 11, I, IV, première, deuxième, troisième et quatrième circonvolutions pariétales.
C, cervelet;
F, lobe frontal;
M, moelle.
R, sillon de Rolando.
S', première circonvolution sylvienne.
S?, deuxième circonvolution sylvienne.
F1. 1. — Vue de la face supérieure de l’encéphale. La pièce a été déformée malgré les soins apportés à sa conservation.
Fig. 2. — Vue de la face ventrale, les vaisseaux injectés. — a, artère cérébrale moyenne; — a, carotide interne ; —b, bulbe; —c, cervelet; — d, artère cérébelleuse; —e, artère cérébrale antérieure ; —f, protubérance annulaire; —g, pôle temporal; — M, moelle; —s, branche supérieure de la deuxième circonvolution sylvienne interrompant le sillon de Rolando; — t, faisceau nerveux acoustico-facial.
PLANCHE V
Fic. 4. — Vue latérale et inférieure de l’encéphale.
Fig. 2. — Vue latérale et supérieure.
Fi. 3, — Extrémité frontale du cerveau, la pièce reposant sur sa face dorsale. —p, pli de passage de la troisième circonvolulion pariétale.
Fi. 4. -- Extrémité frontale du cerveau, la pièce reposant sur sa face ventrale. PLANCHE VI.
Fic. 1. — Extrémité de la tête du fœtus de 1°,30, La peau a été incisée au niveau du sac
de l’évent, et les lambeaux rejetés de côté laissent voir les deux lèvres du museau de singe m. — Ene, l’évent.
Fig. 2. — Coupe de la tête du second jeune mäle faite à 0,40 de l'extrémité antérieure. — a, espace occupé par le spermaceti ; au centre, on voit la coupe d'une artère; —b, paroi fibreuse de la caisse; — c, enveloppe de graisse où est plongée la narine droite d; — g, narine gauche; — À, cartilage de la cloison; — m”, faisceau du muscle nasal gauche; — n, muscle nasal gauche; — »', muscle nasal droit; — 0, lit adipeux séparant la caisse des os maxillaire p et intermaxillaire p'; — q, cartilage vomérien ; — y, lard.
FiG. 3. — Arrière-narines; préparation faite eur le fœtus de 4,30. — d, fosse nasale droite; — g, fosse nasale gauche; — pt, ptérygoïde ; — 4, orifice de la trompe d'Eustache droite.
PLANCHE VII
FiG. 1. — Membre antérieur du fœtus de 1",30; muscles de la face externe (grandeur naturelie), A, olécrâne; — a, apophyse pisiforme; — b, cartilage terminal de l’acromion; — d, deltoïde coupé et relevé; — E, extenseur commun des doigts; — e, extenseur propre du pouce; — ep, muscle sus-épineux; — g, faisceau du grand dorsal ; — m, aponévrose commune au deltoïde et aux extenseurs ; — p, peaucier; — 7, grand rond; —se, sous-épineux ; — I à V, doigts.
Fic. 2. — Membre antérieur, face interne. — ec, coraco-brachial; — co, extrémité de l'apophyse coracoïde ; — d, bord du deltoïde; — F, fléchisseur commun des doigts; — f, fléchisseur propre du pouce; — g, bord du grand rond; — à, faisceau interosseux du fléchisseur commun; — p, petit pectoral sectionné et relevé ; — ss, sous-scapulaire; — t, rudiment des muscles interosseux des doigts ; — I à V, doigts.
F16. 3. — Membre gauche de jeune Cachalot G' envoyé des Acores, vu par sa face interne. Cette figure, comme la suivante, est faite d’après une photographie. On y remarque que le pouce I est beaucoup moins libre que chez le fœtus; il se distingue à peine du deuxième doigt, à la base duquel il est solidement fixé par une enveloppe fibreuse. En même temps son fléchisseur propre, qui était très manifeste chez le fœtus, est réduit à quelques fibres f à peine apparentes à la surface du radius.
F16. 4. — Membre gauche du même, vu par sa face externe. Les mêmes observations s'appliquent à l’extenseur du pouce e, dont il n'existe que des traces.
PLANCHE VII
Fi6. 1. — Estomac du fœtus de Cachalot de 1",30; face ventrale, — a, jabot; — b, estomac proprement dit; — €, première poche duodénale ouverte suivant sa largeur pour montrer, à droite, l'orifice qui conduit à l'estomac; au milieu, la boutonnière qui fait communiquer entre elles les deux poches duodénales ; — 4, seconde poche duodénale; — f, diaphragme; — à, intestin; — y, rate.
FiG. 2. — Estomac du même, vu par la face dorsale. — æ, œæsophage; — à, jabot ; — b, estomac proprement dit; — >, rate.
FiG. 3. — L'oritice en boutonnière qui fait communiquer les deux poches duodénales. Dessin en demi-grandeur d'après une pièce prélevée sur l'individu adulte de l'ile de Ré.
F1G. 4. — Extrémité du rectum et anus d’un Cachalot adulte ©. D’après la photographie d'une pièce envoyée des Acores par M. S. W. Dabney (Laborat. d'Anat. comp. 1889-367). — l, couche de graisse revétant le rectum.
PLANCHE IX