‹ Recherches sur le cancerChapitre 2 sur 7 · SUR · texte numérisé non relu

SUR

On a le droit de s’étonner qu’à une époque comme la nôtre, où toutes les forces de l’esprit humain sont dirigées vers l’analyse des phénomènes et la démonstration de leur nature, de leurs caractères et de leurs causes, on ne soit pas encore sorti du chaos dont l’histoire des maladies cancéreuses offre le spectacle.

La science et l’art paraissent avoir subi à cet égard les mêmes errements, et pendant que les académies avouent leur impuissance à distinguer les tumeurs cancéreuses, et accumulent en vain les caractères prétendus différentiels du tissu squirrheux et du tissu fibreux , les explorateurs ^ annoncent des traitements médicaux et des remèdes spécifiques dont ils se déclarent seuls dépositaires, et spéculent comme toujours sur l’ignorance et la crédulité publiques.

Il serait temps, cependant, de sortir de ces voies sans issue où les hommes les plus expérimentés et les plus instruits ne sont arrivés qu’à l’incertitude et au doute, et nous n’hésitons pas à déclarer que les chirurgiens n’ont

même incomplets, et , à cet égard , on est dans le vrai en affirmant que la cellule, telle qu’elle a été décrite et que nous la représenterons, paraît être l’élément caractéristique de toute une grande classe de tumeurs, unanimement regardées de nos jours comme des cancers.

M. Küss a eu l’occasion d’en étudier plus de soixante exemples; plusieurs fois il l’a fait de concert avec M. Lereboüllet, professeur à la faculté des sciences, M. le docteur Rueff, l’un de nos micrographes le plus exercés, et il a constaté l’existence de la cellule cancéreuse au milieu d’éléments souvent très-divers. Depuis le commencement de cette année, j’ai remis à M. Küss des parcelles de tumeurs dont j’ai dû pratiquer l’ablation ou pallier les effets, et j’ai vu confirmer, étendre ou rectifier mon diagnostic , toujours avec avantage.

Serait-ce de peu d’importance pour l’histoire du cancer, que cette tumeur épidermique des lèvres, dont la nature réelle nous a été seulement signalée par l’inspection microscopique? Que deviendrait, eu présence de pareils faits, l’assertion que les cancers des lèvres ne se reproduisent pas après l’ablation? On voit quels éléments nouveaux apporte en pathologie une révélation de ce genre , et quelle nécessité elle entraîne de faire intervenir le microscope dans la discussion de si graves sujets.

Nous citerons d’autres observations pour appuyer ces remarques. Un de nos malades offrait une affection de la première phalange du doigt auriculaire gauche , considérée par beaucoup de chirurgiens comme une simple carie, et par d’autres hommes de l’art non moins expérimentés comme un carcinome. Le doute, comme on le verra par les détails que nous rapporterons, était autorisé, et le diagnostic des plus difficiles. Une première amputation avait

été pratiquée , et il y avait eu récidive. L’interventiou du microsccope sembla démontrer l’existence de cellules cancéreuses, et dut entraîner une seconde opération , suivie d’un succès momentané.

Dans un troisième cas, le microscope nous indiqua uu symptôme jusqu’ici inconnu et cependant pathognomonique des cancers ulcérés de l’estomac. Sur un vieillard mort dans mon service , les cellules désagrégées du cancer et mêlées aux globes de pus, étaient rejetées par le vomissement.

J’ajouterai encore à ces exemples si féconds en enseignements de toute sorte, le résultat de l’inspection microscopique d’un grand nombre de tumeurs considérées comme des cancers, et que nous dûmes ranger dans diverses catégories, dont nous exposerons l’histoire.

Observation I , recueillie par M. Benoit, aide de clinique, service de M- le professeur Sédillot. — Pseudo cancer de la lèvre inférieure; excision; guérison.

Le nommé Antoine Sucker, âgé de quarante-bnit ans, profession de journalier, entra à la clinique de M. le professeur Sédillot, le 3 avril 1845, et fut placé salle 19 , lit 25. Taille petite, constitution faible, tempérament lymphatique, nutrition détériorée, cheveux châtains; les parents se portent tous bien , et lui-même, avant son affection actuelle, jouissait d'une bonne santé.

11 y a quatre ans, sans cause connue, il vit apparaître à la lèvre inférieure, près de l’angle de la bouche, une petite vésicule , qui se rompit bientôt par le grattement, et à laquelle succéda une ulcération saignante, siège de démangeaison et de picotements. L’ulcération depuis ce moment a fait de continuels progrès, présentant toujours le même aspect violacé, saignant et grisâtre. Cependant la lèvre avait peu augmenté de volume. Depuis le commencement de l'hiver dernier, l’affection prit un nouveau développement, et le tissu nouvellement formé s’accrut rapidement.

Aujourd'hui on observe au bord libre et aux deux tiers

gauches de la lèvre inférieure, une masse charnue, exubérante, en forme de champignon , un peu déprimée vers son milieu, dure, résistante, saignant facilement lorsqu'on vient à détacher quelques croules noirâtres qui la recouvrent vers ses extrémités; grisâtre été fond sale vers sa partie moyenne, relevée en crête et soulevant l’angle labial à gauche. Intérieurement, elle occupe le bord libi*e de la lèvre; la muqueuse est ulcérée en dedans de la joue , et au delà de la commissure gauche dans une étendue de quatre à cinq centimètres, douleurs lancinantes, peu vives à la pression, sentiment de brûlure , picotements , ganglions du cou non tuméfiés , point de traces de maladies chroniques. Appétit, sommeil, forces générales conservées. Cette tumeur offrant toutes les apparences du cancer des lèvres, comme le fait remarquer M. Sédillot, est enlevée, par ce professeur, le 5 avril, au moyen du procédé suivant: Une première incision transversale est pratiquée au niveau de la commissure gauche des lèvres, dans l’épaisseur de la joue , jusqu’au delà de l'ulcération existant à l’intérieur de la bouche, puis deux nouvelles incisions très obliques, dont l'une a son point de départ au point de terminaison de la première, cl l’autre au bord droit de la lèvre, circonscrivent la totalité de la tumeur en ménageant les tissus sains, et permettent d’en achever l’ablatiou complète. Les adhérences de la lèvre inferieure au maxillaire ayant été détruites en partie, M. Sédillot affronte les bords des incisions et pratique la réunion immédiate par quelques points de suture entortillée. Il en résulte une double plaie, l’une transversale, répondant à la commissure , et l’autre verticale , occupant la lèvre.

Pansement simple, peu de tension de la lèvre contre l'arcade dentaire, au devant de laquelle on place un petit linge enduit de cérat. Malgré la perte de substance, comprenant les deux tiers du bord libre de la lèvre , la difformité est parfaitement dissimulée, en raison de l’extrême élasticité des parties. Nuit bonne, sommeil, point de douleur, état géuéral très-satisfaisant.

On retire les épingles le quatrième jour, et il s’écoule de l’angle inférieur de l’incision en V une goutelette de pus. La réunion est parfaite; le malade u’accuse aucune douleur; appétit, sommeil, fonctions générales en bon état.

Deux jours plus lard , on enlève les fils sous lesquels un peu do suppuration s’est formée; du pus s'écoule par les ouvertures des épingles inférieures ; lèvre en bon état, à l’exception des points correspondant à la cicatrice de la face interne de la

joue ; il y existe quelques granulations ulcéreuses rougeâtres, point de tuméfaction , point de douleur ; sommeil ; appétit.

Toujours quelques gouttes de pus ; du reste, même étal; un peu de gonflement.

Le 14 , presque plus de suppuration , point de tuméfaction ni de douleurs; vers le bord de la lèvre, ulcération que l’on touche avec le nitrate d'argent. A l’intérieur de la bouche, l’ulcération dont nous avons parlé, semble s’accroître. M. Sédillot la touche, le 20. avec un crayon dépotasse à l’alcool, et trouvant que le linge interposé entre la lèvre et les dents ne prévient pas suffisamment le contact irritant de ces dernières, fait envelopper l'arcade dentaire d’une lame de plomb. Ce corps étranger n’offrant pas une surface suffisamment polie, et restant difficilement en contact avec la plaie, M. Sédillot applique, le 5 mai , une lame de plomb plus épaisse, qu’il façonne exactement sur l'arcade dentaire, pour éviter toute saillie et toute mobilité. A partir de ce moment, la cicatrisation de l’ulcéralion buccale marche rapidement , et le 16, le malade, parfaitement guéri, quitte l'hôpital, sans autres traces de son opération, qu’une double cicatrice linéaire à peine visible.

« On remarquera l’efficacité de la simple interposition d’un corps à surface lisse et polie entre l’arcade dentaire et l’ulcère buccal , qu’on aurait pu supposer a priori de mauvaise nature. Avant de connaître le véritable caractère de ces sortes d’affections , M. Sédillot était arrivé par l’expérience et l’étude attentive des phénomènes , à recourir à ce mode de traitement, comme on en trouvera des exemples aux articles CaDcer des lèvres, des comptesrendus de la clinique de ce professeur, par MM. Villemin et L’Huillier.»

Nous ne rapporterons pas ici les notes de M. Benoit, destinées à établir la nature propre de la maladie , cette question se trouvant expressément traitée dans la communica tion suivante , que nous devons , comme nous l’avons déjà indiqué, aux savantes recherches de M. Küss.

7 centimillimètres

Plancqr F.

Anatomie pathologique d’un cancer de la lèvre, extirpé par M. Skdillot, le 5 avril 1815.

Fig. 1 . Coupe schématique.

Fig. 2.

(Grossissement de 500.)

Fig. 3. Fig. 5. Fig. 0.

État des parties voisines. Les parties en contact avec la tumeur sont le derme, le muscle orbiculaire, les glandes labiales et la muqueuse. Cette dernière seule est altérée aux approches de la tumeur, et en quelques points elle est épaissie; les autres organes énumérés n'ont pas subi d’altération de texture. Entre le muscle cl la tumeur, par exemple, la transition est insensible , on trouve sur la limite des deux un

pêle-mêle de fibres musculaires non altérées, et d'éléments de la tumeur. Même rapport avec le derme et la muqueuse. La tumeur est en contact avec les grains des glandes labiales restées parfaitement saines, et leur nombre ne parait pas diminué. Par contre il semble que la tumeur était en train d’envahir les autres parties de la lèvre, de les détruire et de se substituer à eux.

Forme de la lumeur. Les parties normales de la lèvre forment une espèce de cratère, dont le fond est constitué par les couches musculaire et glanduleuse, et dont les parois le sont par la peau et la muqueuse plus ou moins déjelées en dehors. La tumeur adhère à toute la surface de ce cratère, en ne laissant libres que quelques points du rebord cutané (a) et du rebord muqueux (b , fig. 1. L’adhérence est peu forte, la lumeur se laisse arracher assez facilement, et offre alors une face (adhérente) irrégulièrement mamelonée , crevassée (voy. fig 2), ressemblant, en petit, à la surface utérine du placenta. Arrachée, la lumeur représente une espèce de croûte , épaisse de six millimètres en moyenne, d’une consistance moindre que celle du squirrhe, croûte qui se laisse facilement déchirer (ou plutôt casser), selon sa largeur, en fragments comprenant toute l’épaisseur de la tumeur. La cassure se fait de pré férence au niveau des crevasses remarquées sur la face adhérente.

La surface libre de la lumeur est plus lisse que celle dernière , ce qui est dû , sur la partie antérieure du moins , à un enduit friable , presque d’un jaune sale qui égalise la surface. Car, en grattant cet enduit, on obtient une surface brunâtre, grisàtie. hérissée de petits mamelons blanchâtres, ayant à peu près un millimétré de diamètre. Sur la partie postérieure buccale de la tumeur, l'enduit manque , et les mamelons sont aplatis, serrés les uns contre les autres, séparés par quelques crevasses fines; ces dernières se remarquent aussi sous l’enduit de la partie antérieure.

L’arrachement de cette croûte n’enlève pas toute la matière morbide ; les parties les plus profondes et les plus molles sont restées adhérentes aux parois du cratère, en partie infiltrées dans ses parois, et la surface obtenue aiusi est très-inégale, déchirée, floconneuse, comme celle de certains ulcères putrides : la teinte est brunâtre.

Structure de la lumeur. Eu pratiquant une coupe verticale, on voit que les mamelons blancs de la surface libre ne sont que les extrémités de petits cylindres ou filaments claviformes

blancs, plongés daus une substance grisâtre translucide, dans laquelle ils vont peu à peu disparaître, en approchant de la face profonde de la croûle. Cette face profonde est exclusivement formée par la matière grise, plus ou moins abondante; matière qui manque presque complètement vers l’extrémilé gauche de la tumeur et dans sa partie buccale. Sur la coupe elle figure comme strie grisâtre alternant avec les stries blanches plus larges. En quelques points ces stries grises sont elles-mêmes striées de rouge simulant des vaisseaux ; mais le microscope démontre que ce sont de petits épanchements de sang.

Les éléments microscopiques de la tumeur sont: Fig. 3, noyaux d'épithélium ; fig. 4, noyau autour duquel la cellule a commencé à se former; fig. 5, cellule ou écaille d’épithélium parfaite; fig. 6, id. chiffonnée, flétrie; fig. 7, transformation de cette écaille qui la fait ressembler à un tronçon aplati de fibre; dans quelques corpuscules de cette espèce on voyait encore le noyau. Ces éléments sont distribués dans les quatre substances de la tumeur, ainsi qu’il suit :

1° Enduit. 5 rare , 6 en abondance , souvent comme rongé , et presque méconnaissable. Il y a de plus une espèce de détritus amorphe, des granulations isolées ou agglomérées.

2° Cylindres blancs. 3 et 5 en abondance , 4 et 7, forme des groupes par juxta-position , simulant des faisceaux fibreux. Mais je ne vois pas de fibres véritables.

3° Substance grise, fond granuleux , renfermant 3 en abondance, 4, 5, 7 et quelques gouttes de graisse.

4” Mélange des éléments ci-dessus avec les fibres des tissus voisins.

Conclusion. Cette tumeur n’est que de l'épithélium hypertrophié, a beaucoup d’analogie avec les verrues, les cors, les cornes, etc., fet n’en a aucune avec le véritable cancer.

L’observation de pseudo-cancer de la lèvre inférieure , dont nous venons de rapporter les détails , a les conséquences pratiques les plus importantes.

Une opération sanglante, douloureuse, toujours effrayante pour le malade et ses proches, devient quelquefois inutile, et l’espoir et la confiance renaissent pour des malheureux qui se croyaient condamnés, daus leur vie et

leur postérité , à l'imminence d’une affection presque fatale.

M. H. Ledeut a rassemblé plusieurs exemples analogues de pseudo-cancers des lèvres, et après avoir cité l’opinion des chirurgiens qui s’accordent à considérer le cancer des lèvres comme un de ceux dont la guérison offre le plus de chances de succès, il se demande, comme nous l’avons fait, si cette doctrine conserve quelque valeur, en présence des nouveaux éléments d’appréciation et de certitude que nous offre l’inspection microscopique des tissus altérés.

Ces remarques ne sont pas seulement applicables aux cancers des lèvres, elles le sont encore à tous les cancers , quel que soit leur siège. La présence des cellules propres au squirrhe et à l’encéphaloïde , devient dès aujourd’hui un des éléments du diagnostic

Les pathologistes qui n’admettent pas la curabilité des affections cancéreuses ont évidemment le droit de réclamer les preuves les plus authentiques de la réalité de la maladie; et c’est dès lors une question à reprendre et à étudier.

Il est sans doute pénible d’être incessamment ramené à de nouvelles séries d’expériences ; mais la science exige ces sacrifices, et ses progrès sont à ce prix.

Nous avons enlevé une autre tumeur des lèvres , désignée du nom de cancer, quoiqu’elle n’en offrit pas les véritables caractères ; en voici l’observation :

06s. U, recueillie par M. Meyer, aide de clinique. — Tumeur ulcérée des lèvres; excision.

Des ulcérations superficielles avaient envahi depuis deux années la lèvre supérieure d’un homme de cinquante-ciuq ans, adonné aux travaux de l’agriculture. Le mal avait fait peu de progrès pendant dix-huit mois; mais, depuis celle époque , les ulcérations avaient envahi la joue gauche, toute

la moitié correspondante de la lèvre supérieure, en remontant au niveau de l’aile du nez, et dépassaient la ligne médiane d’un travers de doigt. La commissure et une partie de la lèvre inférieure étaient également devenus le siège de l’affection. Une sorte de fongus rougeâtre existait au-dessous de la narine gauche et projetait des irradiations comparables aux rayonnements des points d'ossification des os plats du crâne.

Quoique l’inspection microscopique de quelques parcelles de tissus excisés ne nous eût nullement révélé l’existence de cellules cancéreuses, nous crûmes nécessaire de pratiquer l’ablation des parties malades , trouvant dans l’ancienneté du mal , l’épaississement des tissus, la profondeur des ulcérations, des contre-indications absolues à un traitement plus simple.

Les portions excisées des lèvres et de la joue avaient, réunies, le volume du poing. On y observait des noyaux blanchâtres , friables , arrondis , du volume d’une noisette . excavés complètement dans leur intérieur par une ulcération rougeâtre. Ces noyaux s’énucléaienl avec assez de facilité de l’épaisseur des tissus primitifs , qui ne semblaient pas trèsaltérés au contact et paraissaient n'avoir subi qu'un simple refoulement. Quelques noyaux de même nalure, mais pleins et plus petits , étaient disséminés au-dessous de la membrane muqueuse et ressemblaient assez bien à des tubercules isolés. On les écrasait aisément sous le doigt; la coupe en était nette; des lamelles d'epithélium , de la graisse et des granulations framboisées du diamètre des globules du sang, entraient dans leur formation.

Lemaladen’availjamais ressenti aucune douleur lancinante; aucune altération n'était survenue dans sa constitution ; il attribuait le développement de son affection au mauvais état de ses dents, qui étaient excessivement sales , noires, acérées, aiguës, dirigées en avant et disposées de manière à irriter continuellement les points correspondants des lèvres , et à en déterminer l'ulcération. Un ganglion engorgé, de la grosseur d’une amande, situé au-dessous du côté gauche de la mâchoire, formait la seule complication.

L’opinion que nous n’avions pas à traiter un cancer, modifia notre opération, car nous enlevâmes par énucléation quelques-unes des tumeurs siégeant sur la limite de nos incisions ; nous pûmes ainsi conserver une plus grande étendue de téguments, qu’il nous eût fallu sacrifier, si uous eussions voulu enlever la totalité des parties malades.

L’affection dont nous venons de rapporter l’histoire, constituait une variété pathologique dont nous ne saurions encore nettement déterminer la nature. Était-ce une inflammation chronique avec induration, et plus tard ulcération des cryptes muqueux. La connaissance approfondie des diverses modifications morbides , est seule propre à fonder une classification et une thérapeutique rationnelles, et malgré les difficultés d’un pareil travail et la grandeur des éludes qu’il impose, il nous paraît nécessaire de rentrer dans cette voie , que les anciens avaient suivie, et que nous avons beaucoup trop négligée et abandonnée.

Un troisième exemple d’affection des lèvres offrant les symptômes communément attribués au cancer, s’est présenté à notre examen , avec les conditions d’autorité scientifique les plus complètes, et le microscope nous fut ici d’un grand secours.

Le malade opéré un an auparavant par un de mes collègues, vint mourir à la clinique le 10 décembre 1845, le surlendemain de son entrée à l’hôpital. En voici l’observation.

Obs. III, recueillie par M. Rühlmann, aide de clinique. — Cancer supposé de la lèvre inférieure ; excision ; récidive; mort; examen microscopique de la tumeur.

Le oommé J. Millier, vieillard âgé de soixante et quelques années, ancien militaire, usé par l’âge et les privations, entra à la clinique le 14 décembre; cet homme est émacié , son teint est jaunâtre; il reste presque invariablement étendu sur le dos; lorsqu’on essaye d’imprimer des mouvements à ses membres, il jette des cris aigus, et cependant ne répond qu’à peine aux questions. La respiration est gênée, les mouvements respiratoires accélérés. En arriére, la percussion de la poitrine donne un son mat, et à la partie correspondante , on entend à l’auscultation des râles sous crépitants , mêlés de ronchus vers In

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