CONCLUSIONS
il nous eût été facile d’enrichir ce mémoire des faits curieux rapportés par le docteur Ecker, de l’uuiversité de Heidelberg, sur la constitution de trois variétés de tumeurs épidermiques des lèvres (Medicinische Vierleljahrsschrift de Roser et Wunderlicd, 5 T., Heft, p. 380-84)'.
Les recherches du célèbre professeur Muller ( Ueber den feineren Bau der Geschwülste , Berlin 4 838), celles de M. H. Lebert ( loco cit.) , nous eussent fourni de magnifiques et savants exemples de tumeurs à aspect cancéreux, soumises à la triple analyse de la pathologie, du microscope et de la chimie
Nous avons voulu nous borner aux observations de notre pratique, pour mieux faire apprécier les avantages que nous avions pu retirer de l’application de la raicro-
1 Les (rois formes les plus saillantes des tumeursépithéliales des lèvres sont, d’après M. Ecker, celles: 1° en treillage. 2° en pavés , 3° en dards. J’ai enlevé le 24 juillet deux tumeurs de celle nature, développées sur les côtés de la base de la langue , et existant depuis vingt années. La description en est identique à celle que donne M. Fcker de certains pseudocancers des lèvres, et je la rapporte. Les papilles s’étaient hypertrophiées et allongées considérablement, et sur toute leur surface s’était déposée une couche de pluseu plus épaisse de cellules épithéliales. Celles-ci finissant par se séparer souforme d’écailles , chaque papille s’était trouvée le centre d’une sorte de gaîne épidermique, que l’on pouvait dégager par la macération. Les parties malades semblaient ainsi parsemées d'un certain nombre d'éminences ou de saillies très-dures . coniques et de consistance cornée. C'était une hypertrophie chronique des papilles avec dépôt accumulé de cellules d’épithélium.
graphie à l’étude des tumeurs réputées cancéreuses , ou
d’une nature indéterminée.
Nous ne craignons pas d’affirmer , et notre travail en offre les preuves évidentes, qu’il est aujourd’hui impossible, même aux chirurgiens les plus expérimentés, d’établir sûrement le diagnostic d’un assez grand nombre de tumeurs , sans recourir à l’emploi du microscope.
Jusqu’ici la chirurgie française avait paru mettre en doute l’utilité de ce précieux moyen d’investigation , en invoquant quelques contradictions et quelques erreurs inséparables de premiers essais. Cette période de pure critique, sans étude directe et comparative des faits controversés, est arrivée à son terme. Un nouvel élément de connaissance est intervenu et il a droit à une large part d’importance. La plupart des observations dans lesquelles on n’en tiendrait pas compte perdraient, par cela seul, beaucoup de leur valeur, et seraient souvent frappées d’une complète nullité.
Cette opinion, toute sévère qu’elle paraisse, sera, je crois , confirmée par les considérations suivantes, présentées en forme de conclusions.
1° Le microscope ouvre à la vue de nouveaux horizons , et permet d’apercevoir des objets qui seraient restés inconnus sans son secours ; il a doté la pathologie de précieux moyens d’analyse et a changé la face de la physiologie. L’homme est, comme nous le croyons, la mesure de tout, mais ce n’est pas l’homme isolé et livré à sa faiblesse primitive. C’est l’homme avec toute la perfection de science et d’action que lui a donné d’atteindre le créateur. Refuser d’étendre le champ visuel serait nier les avantages des instruments et des machines qui nous per-
mettent de multiplier nos connaissances et nos forces : ce
serait le comble du ridicule ou de l’ignorance.
2° Les caractères assignés au cancer, par la pathologie et l’anatomie pathologique, sont insuffisants , dans un grand nombre de cas, pour assurer le diagnostic. Les douleurs lancinantes, l’aspect bosselé , la dureté, l’élasticité, le ramollissement, l’ulcération, l’envahissement des tissus en contact, l’altération générale de la constitution , l’examen anatomique et la récidive après l’ablation , sont des circonstances communes à divefces tumeurs épithéliales , fibreuses, graisseuses, cystoïdes, et à quelques autres lésions moins bien connues (voy. obs. I, II, III, V, X, XI , XV, XXIX).
5° L’inspection microscopique assigne des caractères propres aux globules du sang, de la graisse, du pus, du tubercule, aux cellules des tissus fibreux, cartilagineux, épidermiques , et à celles du cancer. La forme , le volume, la coloration, le plus ou moins de transparence et de régularité, la simplicité ou la complication de composition de ces divers éléments , donnent la possibilité de les distinguer.
4° L’étude combinée des caractères pathologiques et microscopiques ‘ des tumeurs supposées cancéreuses, nous a conduit à les ranger en cinq classes.
1 Les caractères fournis par la pathologie ou révélés par le microscope sont encore aujourd’hui distincts et quelquefois même contradictoires, parce que la science n'est pas entièrement constituée à cet égard. Lorsque l’intervention du microscope, éclairée par nos connaissances antérieures , aura servi de base à une meilleure division des tumeurs , la pathologie comprendra nécessairement les investigations microscopiques. Nous nous efforçons ici de concourir à ce travail de fusion ou de transition.
A. Tumeurs offrant tous les caractères pathologiques et microscopiques du cancer (voy. obs IX, XXI, XXIV, XXV, XXVII, XXX).
B. Tumeurs offrant tous les caractères pathologiques du cancer, mais appartenant évidemment à d’autres genres, comme le prouve l’inspection microscopique (voy. obs. I, II, III, XXIX).
C. Tumeurs n’offrant pas les caractères bien tranchés du cancer, quoique le microscope les rattache à cette affection (voy. obs. XVII).
D. Tumeurs dont les caractères pathologiques sont ceux du cancer et que nous croyons telles , sans que le microscope confirme ou infirme nettement cette opinion (voy. obs. XVI).
E. Tumeurs dont la nature reste incertaine, en dépit de nos connaissances pathologiques et microscopiques (voy . obs. VI, VII, XIII)1.
1 La classification précédente ne saurait être définitive; elle indique seulement l'état de nos connaissances surla question du cancer, les avantages déjà réalisés par l'application du microscope et les points où de nouvelles recherches sont commandées.
La première classe réunit tous les éléments de certitude, et le doute n’y pénétre pas; mais le rôle confirmatif du microscope n’est pas sans importance , comme le prouve la classe B. Ici, en effet, nous rencontrons des tumeurs que nous afGrraerions être cancéreuses, si le microscope ne nous préservait d’une telle erreur. Ce n’est pas le seul secours que nous apporte cet instrument; son rôle ne reste pas négatif, car il nous apprend clairement , sûrement et sans hésitation de notre part, que nous avons sous les yeux ici des productions épithéliales , là un lipome. L’avantage est évident.
Dans la classe C . les caractères pathologiques du cancer étaient douteux ; nous supposions une tumeur bénigne , et le microscope nous en révèle la malignité; c’est un nouveau ré-
5° La pathologie étant souvent incapable , avec ses moyens ordinaires d’investigation , d’apprécier sûrement la nature d’une tumeur réputée cancéreuse, nous devons demander au microscope la solution du problème. A ce point de vue, le cancer est constitué par un élément nouveau , sans analogue dans l’économie , ayant une vie propre et des formes distinctes, qui peuvent, dans la plupart des cas, servir de base à un diagnostic précis.
6° La cellule cancéreuse offre des dimensions susceptibles d’atteindre jusqu’à dix fois le diamètre d’un globule
sultat d’one hante valeur, dont les conséquences ont été développées dans ce travail. Jusqu’ici l'utilité du microscope est incontestable. Serait-elle moindre dans les deux dernières divisions? Dans la classe D nous persistons à croire cancéreuses des tumeurs auxquelles le microscope n’assigne pas nettement ce caractère. Ne faudrait-il pas en conclure que de nouvelles recherches sont nécessaires? A-t on assez étudié les tumeurs de ce genre, pour s’imaginer être au dernier terme de la vérité? Nous connaissons à peine les diverses formes et les évolutions des cellules du cancer; à peine savons-nous comment un noyau fibrineux devient fibreux ou squirrheux, nos explications sont encore pour la plupart hypothétiques. N’esl-il pas prudent de multiplier nos investigations, au lieu de repousser et de nier les lumières déjà acquises? Dans le cas que nous avons cité obs. XVI, le mal était resté local, sans douleurs lancinantes , sans influence sur la constitution générale , malgré la rapidité et l’étendue de son développement. Ce ne sont pas là des circonstances sans valeur, et elles ne donnent pas le droit de destituer la cellule cancéreuse du rôle important que nous lui avons assigné. Les désidérata existent partout et la classe E en est un exemple. L’histoire du cancer n'était pas faite, le microscope contribuera à l’éclairer , cl il ne serait pas rationnel d’en nier les avantages , parce que cet instrument n'a pas résolu eu quelques jours toutes les questions condamnées pendant tant de siècles à l’obscurité!
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de saug Elle esl arrondie ou ovalaire , à contours réguliers et transparents, et renferme des nucléoles et des noyaux, qui paraissent être des cellules en voie de formation, et sont en conséquence d’un volume variable.
7° Deux modes d’origine distincte président à l’origine de la cellule cancéreuse. Tantôt elle commence dans un liquide amorphe (blastème) , sous forme de noyaux (cytoblastes) qui se changent en nucléoles (petites cellules) et arrivent ensuite à leur développement complet; tantôt elle prend naissance et subit ses phases d’accroissement dans une cellule préexistante (génération endogène), où l’on aperçoit des noyaux et des nucléoles qui s’échappent , par déhiscence ou morcellement, de la cellule-mère à leur époque de maturité.
8° Les autres éléments que l’on trouve assez souvent associés au cancer sont : les tissus cellulaires et fibreux, la graisse, des globules granuleux, lamélanose, le sang, le pus, des cristaux de cholestérine , etc. Les corps fusiformes, ou cellules en voie de transformation fibrilleuse, sont très-communs. M. H. Lebert les considère comme appartenant au tissu cellulaire normal ; nous ne partageons pas cette opinion. Nous croyons les cellules cancéreuses
1 II ey avantageux de prendre leglobule de sang pour terme de comparaison des objets dont on veut connaître les dimensions. Les erreurs commises par les micrographes , à l’égard du diamètre des corps , sont très-nombreuses , parce que les moindres changements dans les conditions de l’observation amènent d’assez fortes différences de grandeur , et pour choisir un exemple, le volume des globules du sang et du pus a été très-diversement apprécié. Il vaut donc mieux comparer simultanément un globule de sang, et nous croyons devoir recommander ce procédé.
susceptibles de se changer en fibres , et nous en avonsdonné des exemples. Comment du tissu cellulaire normal pourrait-il se développer au milieu des cellules cancéreuses , qui ont pour principale propriété de détruire et de faire disparaître tous les tissus en contact? La tendance organisatrice est toutefois très-faible dans l’élément cancéreux ; elle avorte ou même ne se manifeste pas , et l’on sait combien les cicatrices qui se forment çà et là à la surface des squirrbes ulcérés se détruisent facilement après quelques jours à peine de durée.
9° On a expliqué les envahissements du cancer et la disparition des éléments normaux en contact de deux manières : tantôt par la transformation directe de nos tissus en cancer , tantôt par leur absorption et leur remplacement par le tissu cancéreux. Les études microscopiques confirment cette dernière opinion. Comment un os se changeraitil en cellules de cancer? Il en est de même pour les nerfs, les muscles et les fibres celluleuses. Ces éléments de l’organisation primitive doivent être peu à peu désagrégés et dissous , et malgré leur plus ou moins grande résistance , il arrive un moment où l’on n’en retrouve plus de traces.
10° L’apparition d’un cancer indique une prédisposition constitutionnelle originaire (hérédité) ou acquise, dont l’existence peut être soupçonnée, mais n’est jamais démontrée que par la manifestation de la maladie.
-11° La prédisposition reste latente ou se traduit par les productions de l’élément cancéreux. L’état latent est évident et ne saurait être nié chez les personnes opérées heureusement d’un premier cancer , et qui ont recouvré une santé en apparence parfaite. Tout individu offrant, aune
époque quelconque de sa vie, une affection cancéreuse , y était par cela même prédisposé, puisqu’il a été jusqu’à ce jour impossible de rattacher la manifestation cancéreuse à des modifications constantes et locales. Nous ignorons en quoi consiste la prédisposition, nous savons seulement qu’elle est plus ou moins active; tantôt stationnaire, si une cause occasionnelle ne la met pas en jeu , tantôt éclatant spontanément sur un ou plusieurs points de l’économie, qui dénote par des caractères généraux (diathèse cancéreuse) l’influence morbide dont elle est atteinte.
12° Ceux qui ont admis la localisation du cancer et en ont fait un mal primitivement partiel et circonscrit, ne paraissent pas s’ètre suffisamment expliqué les conditions de son apparition. Si la prédisposition, véritable tendance à l’évolution morbide, sorte de germe attendant les conditions de sa vie spécifique, ne précédait pas la formation du cancer, celui-ci naîtrait à volonté sous l’influence des mômes causes occasionnelles ; mais II n’en est rien , et quelquefois, comme nous l’avons fait remarquer, l’affection se déclare spontanément. Elle a donc reçu son principe d’activité, d’impulsion ou de fécondation de circonstances ou appréciables, ou cachées, et une fois produite , elle va se développer et s’agrandir.
\ 3" Toutes les irritations locales entraînant des congestions sanguines permanentes, les traumatismes avec dépôts fibrineux, enfin les activités morbides quelconques développées sur tel ou tel point de l’économie, pcuventdevcnir la raison d’étre d’un cancer, chez les individus prédisposés. AI. Marjolin a vu deux fois des cautères ouverts depuis longtemps se changer eu véritables cancers. Dans la plu-
paît de nos observations, une contusion, une blessure avaient été l’origine de la maladie. Ou a cherché à nier ces influences, en affirmant que les violences étaient con- , sécutives au développement initial du cancer, et qu’elles eussent passé inaperçues sans les progrès ultérieurs de la dégénérescence. C’est une erreur, démentie par des faits innombrables. Un coup de corne de vache, comme dans l’obs. XXI , n’est pas un fait imaginaire ou sans valeur. Les contusions signalées dans les obs. XX et XXX sont dans le même cas; aussi ne conservons-nous aucun doute à cet égard.
Les tumeurs bénignes de diverse nature, et particulièremen l les tumeurs fibrineuses , fibro-plastiques , fibreuses, épidermiques, graisseuses, sont au même titre des causes de l’apparition du cancer. Toutes ne dégénèrent pas avec une égale facilité, beaucoup d’entre elles peuvent même rester pendant la vie entière réfractaires à cette terrible terminaison. La prédisposition individuelle explique alors ces différences; mais s’il y avait une seule raison de la localisation du cancer, il faudrait la chercher dans la dégénérescence de ces tumeurs.
Les cancers du foie et de l’estomac, chez les personnes en proie aux affections tristes , paraissent se lier aux troubles de la circulation abdominale. On sait que les hommes atteints de phymosis , avec simple pertuis du prépuce , sont surtout atteints de cancers de la verge. Ne devons-nous pas être frappés de ces rapports , et admettre , comme nous l’avons fait , l’influence de tous les états morbides sur la production cancéreuse ?
Les déviations de l’activité organisatrice , révélées par la formation d’éléments oméomorphes, semblent un premier pas en dehors de la puissance harmonique de l’être.
Ces élémeüts u’appartienuent déjà plus autant à la vie commune, et ils tendent dans beaucoup de cas à s’altérer et à se détruire. Ne doivent-ils pas, en conséquence, offrir un terrain disposé à la création de produits étéromorphes, jouissant d’une activité propre , et jusqu’à un certain point indépendants de l’être sur lequel ils se développent? Cette question , d’une haute importance, joue un grand rôle dans l’histoire des moyens prophylactiques et du traitement.
14° Le plus ou le moins de tendance à la dégénérescence des tumeurs paraissent dépendre de leur nature et de leur siège. Les dépôts sanguins sont très-exposés aux transformations malignes, comme l’ont professé J. HuNTERetM. le professeur Velpeau. J’en ai rapporté un remarquable exemple obs. XVI. Les corps fibreux de la matrice deviennent rarement cancéreux, tandisqueceuxdusein nous paraissent offrir une grande disposition à cette transformation, comme l’ont également soutenu MM. Doux, Blandin, Amussat. Nous sommes donc fort éloigné d’admettre l’opinion de M. Cruvelhier, dont l’autorité est cependant d’un si grand poids pour nous. Nous avons montré une tumeur épithéliale dégénérée (obs. XIV), et quoique nous n’ayons pas rencontré de lipômes cancéreux, l’élément cellulo fibreux qui y existe prouve assez que cette terminaison n’y est nullement impossible. Des faits confirment cette opinion.
15° La diathèse ou cachexie cancéreuse parait, dans quelques cas rares , envahir- très-rapidement l’économie , et précéder ou au moins accompagner la manifestation locale d’un ou de plusieurs cancers. La teinte jaune-paille de la peau, l’émaciation générale, sont des signes eom-
muns à d’autres lésions; mais les lïaciures spontanées, les progrès et la multiplicité des foyers de la dégénérescence, sont des preuves irréfragables d’une modification générale , profonde et sans remède. La vascularité du can cer (encéphaloïde) , son ramollissement, son plus grand volume exposent davantage à la diathèse. Dans l’immense majorité des cas, le cancer débute néanmoins et se continue un temps assez long , sans action manifeste sur la constitution. Quelquefois il reste iudéfluiment localisé et stationnaire, et quand la cachexie semble primitive, on est fréquemment en droit de se l’expliquer par une dégénérescence ancienne mais latente et méconnue (v . obs. XXVII) .
16° Le traitement est palliatif, curatif ou préventif, selon les indications.
Palliatif, si la cachexie est mauifeste, le cancer intense, multiple et inaccessible, en tout ou en partie, aux procédés chirurgicaux.
Curatif, dans tous les cas où la constitution est encore saine, le cancer circonscrit et susceptible d’être en totalité détruit par les caustiques ou enlevé par le bistouri.
Le mot curatif n’exprime pas une guérison radicale. La prédisposition subsiste, et c’est au traitement prophylactique à la rendre stationnaire.
Tout retard dans l’opération , s’il n’est pas motivé par l’emploi de moyens auxiliaires et préparatoires , est une faute et un danger , car il aggrave l’état du malade et le rend souvent irrémédiable. Les probabilités de succès sont ici en raison inverse du développement de l’affection , qui marche invariablement vers une terminaison funeste. Aucun traitement médical ne saurait inspirer la moindre confiance , et quoiqu’une opération soit une ressource tou-
jours incertaine el précaire , elle est la seule chance de salut et devient dès lors urgente et obligatoire.
17° Ces préceptes n 'infirment pas la recherche de remèdes spécifiques ou anti-cancéreux. Toute évolution morbide a peut-être ses moyens d’arrêt et de neutralisation , comme le vaccin pour la variole, le quinquina pour les fièvres périodiques , etc., et il est permis d’en espérer la découverte pour le cancer , quoiqu’il diffère des affections transitoires par une organisation propre, de nature envahissante, s’accroissant aux dépens de l’être sur lequel elle est entée, vivant de sa vie, et s’y substituant jusqu’au momeut où elle eu arrête le cours.
18° Le tissu squirrheux , la période de crudité, l’isolement , le peu de volume, la mobilité du cancer, l’intégrité des parties voisines, l’état parfait de la santé générale , sont les conditions opératoires les plus heureuses. Le tissu encéphaloïde , la période de ramollissement , la forme hémorrhagique (fongus héraatode) , l’infiltration et l’envahissement des organes en contact, le volume, la multiplicité, l’adhérence, l’immobilité du cancer, l’altération de plus en plus profonde de l’économie, sont les conditions opératoires les moins favorables.
19° Un grand nombre de cancers n’orit pas été enlevés en totalité , et reparaissent vers le lieu même de leur premier siège. Ce n’est pas une récidive, c’est le développement inévitable du tissu morbide préexistant. La véritable récidive dépend de l’activité de la prédisposition et d’une nouvelle cause occasionnelle. C’est un cancer produit de toutes pièces depuis l’ablation du premier. Les exemples en sont moins fréquents qu’on ne le suppose, et l’on met
Irop souvent sur le compte de la récidive les résultats d’une opération incomplète et par cela même impuissante (voy. obs. XXX).
20° Le traitement prophylactique consiste à prévenir et à combattre toutes les causes de l’évolution cancéreuse , chez les individus sains en apparence, ou déjà opérés d’un cancer et par conséquent prédisposés à cette affection ' .
1 L’hisloire du cancer soulève involontairement de graves questions de moralité et d'amélioration de race , que des difficultés sociales, insolubles en apparence , font beaucoup trop négliger.
Les maladies diathésiques , constituant des phénomènes opposés à l'état régulier et harmonique de l’êire et en définitive à la continuation de la vie, semblent un moyen violent mais nécessaire de conserver l'intégrité de l'espèce.
En se représentant les généiations par un mouvement progressif. on voit les organisations les plus valides marcher en tète et entraîner l’humanité dans une voie infinie de perfectionnement, tandis que les constitutions affaiblies et valétudinaires restent aux derniers rangs et sont incessamment retranchées par la mort.
La médecine indique à l'homme les conditions de son amélioration et s’efforce de l'y ramener , en agissant par l’hygiène sur les masses . et par ses secours directs sur les individualités. Mais «-Ile est en partie impuissante contre les affections héréditaires, et rencontre de continuels obstacles dans la loi, la société et la morale.
Nous donnons la plus grande attention à soustraire à la re. production ceux des animaux entretenus pour nos besoins dont l'organisme est défectueux; nous arrêtons ainsi toute filiation morbide. Mais il n’en saurait être de même pour l’homme. Son essence intellectuelle et divine plane à une telle hauteur, et sa liberté s’assume de tels droits, que la constitution de la famille a été abandonnée à son arbitre , et qu'aucune loi ne protège dans sa source l’intégrité de nos descendances.
Les maladies les plus dangereuses pourraient donc se pro-
La prédisposition, quelle qu’en soit la nature intime, peut exister à l’état latent pendant de longues années ou
pager impunément et se préparer de nouvelles victimes, en altérant les races et tes condamnant à disparaître tôt ou tard. L’on possède contre ce danger des règles hygiéniques converties en lois sociales, chez beaucoup de peuples, et la tendance à la perfection, dont nous ne sommes jamais entièrement dénué». C’est ce sentiment qui domine dans un grand nombre d’alliances, et il a toujours fait rechercher et apprécier les formes les plus belles, comme indice d’une organisation saine et complète.
L’humanité se continue sous ces influences , et elle obéit à des forces typiques si puissantes , que les altérations peuvent envahir une famille , une ville , une province , un peuple , sans porter atteinte à son ensemble.
Ces considérations expliquent comment l’espèce humaine tend nécessairement à s'améliorer. Les races subissent les mêmes lois que les individus; les plus faibles disparaissent , et la destruction des races primitives de l'Amérique et de l’Océanie, en présence de la race caucasique, en est un exemple.
Au point de vue particulier, l’individu a besoin d’être éclairé sur les fautesauxquelles l’entraîne trop souvent son ignorance. La médecine a le devoir de l’en détourner et d’en amoindrir les conséquences.
Il y a peu d’intérêts plus grands dans la vie que ceux des générations suivantes. Les sentiments de la famille dominent toutes les positions sociales, et les enfants seront partout et toujours l’objet de la tendresse et des pensées d’avenir de leur s ascendants. L’homme n’a pas seulemenlmission devivre, il doit se continuer dans le temps et l'espace, et s'il n’assure pas à sa postérité la plus grande somme possible de perfection, il est bientôt cruellement puni de celle infraction aux lois naturelles. Que deviennent la fortune elles honneurs, si nos enfanls sont voués à une mort prématurée ou à une existence difforme ou débile ? Nous sentons alors que notre des linée est manquée, noire bonheur obscurci, et nous voudrions, mais trop lard, remonter le cours des années pour réparer de si profondes erreurs. On ne viole pas impunément l'empire des forces sous lesquelles on vit , et les droits des gé-
la vie entière, si une cause déterminante n’en met pas en jeu le principe d’activité ou d’évolution. Il faudrait supposer autrement que tout individu prédisposé au cancer, c’est-à-dire susceptible d’en être affecté, le sera inévitablement et toujours, ce qui est inadmissible, car l’expérience apprend que des opérés ont été définitivement
nérations futures ne sauraient être méconnus sans que les auteurs de celte sorte de sacrilège n’en portent les premiers la peine.
L’homme prédisposé au cancer , soit par hérédité , soit après la guérison apparente de celte aflection, doit éviter toute alliance avec les familles où la même prédisposition s’est manifestée. Les maladies hérédilaires oublient fréquemment une génération intermédiaire , pour reparaître dans la génération suivante. Il fautdonc étendre ses investigations jusqu’à l’aïeul; au delà , la transmissibilité échappe et disparaît. L’observation doit embrasser tous les membres de la famille, car l'hérédité morbide fait souvent explosion sur un seul, sans que l’on puisse alfirmer qu’elle n’existe pas chez les autres à l’étal de germe ou de prédisposition. Plus , en un mot , le sang est appauvri et vicié , plus il est nécessaire de le retremper par son mélange à des sources plus riches et plus pures.
Dans nos sociétés actuelles, où la division des fortunes et l’égalité de la naissance conduisent au régne de la capacité, les biens et le pouvoir seront forcément dévolus aux organisations les plus parfaites. Nous devons donc chercher à doter nos descendances du triple attribut de la moralité, de l’intelligence eide la force. Sans invoquer les auciennesdistinclions de castes, on trouve ces principes appliqués par quelques aristocraties actuelles. L’Angleterre en offre un exemple; mais en France celle salutaire et forte réaction des droits de l’avenir contre les petites et périlleuses jouissances du moment, ne paraît pas être encore comprise. Cependant le jour est proche où la capacité réalisée dans la forme par la beauté et dans l'esprit par le cœur et l’intelligence , reprendra la suprématie fondée par le Créateur, et sera recherchée pour la constitution des familles, avec autant d'ardeur qu’on a pu en montrer à d'autres époques pour les litres et la richesse.