I H CA
L'élément qni domine est le globule dessiné en A, arrondi ou légèrement allongé. Ce globule a des contours en général nets et tranchés ; son intérieur est parsemé de points opaques, et rarement on y remarque comme en A J l'apparence d'un noyau. Son grand diamètre reste ordinairement au-dessous d’un centimillimèlre.
Ces corpuscules sont réunis assez solidement par un lien invisible; en quelques points cependant B, on les voit plongés dans un blastème solide Gnement granulé et parsemé de gouttes huileuses (?) très-petites (comme la masse fondamentale du cartilage loge les cellules de ce tissu). Enün on trouve aussi , quoique rarement , des portions de ce blastème pur et dépourvu de corpuscules.
En quelques points le tissu a un aspect vaguement Gbrenx; mais de véritables Gbres E sont très-rares ; presque toujours celte apparence est due à un arrangement régulier C de particules D, ou analogues, lesquelles , ainsi que l’enseignent les formes intermédiaires, ne sont autre chose que les globules A transformés et en voie de devenir Gbres.
Prés delà surface suppurante de ce tissu, on n’observe plus les formes BetC; mais la substance A, moins consistante, et dont les éléments F affectent presque tous une forme irrégulièrement globuleuse en même temps que leur diamètre a un peu augmenté.
Cette surface est recouverte d’une pulpe de couleur grisâtre, brunâtre et trés-fétide; on y retrouve comme élément fondamental le même globule G, mais devenu un peu plus pâle et plus gros.
Jusqu’ici nous ne reconnaissons aucune différence notable entre le tissu en question et celui des bourgeons charnus ordinaires, ou tissu inodulaire en formation. C’est le même corpuscule chargé de grains opaques semblant analogue à un cytoblasle plutôt qu’à une cellule complète, ici, devenant fibre par son allongement, là, s'isolant et, soustrait à l’action de la vie, subissant celle des lois physiques , se gonflant par une imbibition excessive et devenant ainsi globule de pus. Caron ne saurait nier l’identité des globules dessinés en G, et de ceux qu’on rencontre dans le pus normal. D'un autre côté, il n’est pas difficile de voir que le globule G n’est autre chose que celui composant le tissu A, détache de l’organisme et gonflé comme une éponge. Un peu plus tard il se désagrégera et servira à former le détritus granuleux que l’on trouve dans la pulpe fétide en question, comme on le rencontre aussi fréquemment dans le pus le plus louable.
Mais aux éléments qui précédent se trouvent mêlés d'autres H M, plus suspects; ils sont beaucoup moins aboudants que A G, on ne les voit que rarement dans la substance des tissus ABC; mais en quantité assez notable dans le suc blancgrisâtre qu’on peut en exprimer. Ces éléments ne sont-ils que des variétés de ceux dessinés en AG? H, par exemple, forme assez fréquente, n’est-elle que le corpuscule de A plus grand et plus homogène? Il me semble que 1 et M pourraient assez facilement être ramenés à F G. Mais K a, L a sont plus difficiles à interpréter. J'en ai trouvé qui avaient près de 2 centimillimètres , leur forme est souvent trés-réguliére, leur tissu pâle, homogène. En un mol, on est tenté d'y voir des éléments du cancer qui, insidieusement mêlé à des éléments de bonne nature, rendraient compte de la malignité de l’ulcére en question.
N’y a-t-il pas matière à de profondes réflexions dans l’observation que nous venons de rapporter. Nous avons eu le mal sous les yeux pendant la vie du malade, nous avons pu après la mort examiner avec soin les tissus altérés, et nous ne possédons pas cependant d’éléments suf-
lisants pour décider si celle lésion était ou non cancéreuse. Notre science se vante avec raison de la certitude comparative de ses connaissances; mais que de questions encore à résoudre, et combien il importe d’en poursuivre l’étude et de dissiper l’obscurité et les erreurs dont nous les voyons si souvent entourées !
Nous engagerons les hommes de l’art à suivre avec soin les transformations, si bien décrites par M. Küss, des divers éléments morbides de la tumeur. La tendance à la réparation normale et à la reconstitution des parties apparaît ici , comme dans la plupart des tumeurs malignes ou ulcérées, mais elle avorte, et les globules destinés à se convertir en fibres, se désagrègent , s’altèrent, et constituent des produits amorphes et de véritables détritus.
Le fait suivant est-il comparable au précédent, et prouverait-il la nature primitivement bénigne de l’ulcération? nous n’oserions rien affirmer de positif à cet égard.
Obs. Vit, recueillie par M. Lhcillier. — Cancroïde de la région parotidienne.
Weyventlin, de Strasbourg, âgé de trente-neuf ans, tisserand, se présente à la clinique de M. Sédillot le 25 janvier 1844. se plaignant de ne pouvoir guérir d'une plaie qu’il porte depuis longtemps à la joue droite.
C’est une perte de substance située au devant de l’oreille, de forme ovalaire, ayant 0ra,05 dans le sens vertical, et 0m,03 horizontalement; le fond en est grisâtre, assez uni dans son étendue , mais profond , et couvert d'une couche de pus demi-concret.
Les borils de cet ulcère sont légèrement inégaux dans leur contour, taillés à pic, surtout du côté de la joue: vers le pavillon de l’oreille, la limite est moins tranchée, eide ce côté le mal a une physionomie particulière; arrivé sous le lobule de l’oreille qu’il a envahi, et dont il semble vouloir former deux lambeaux , il remonte derrière le pavillon jusque vers le milieu de la conque sous forme d’exulcération brunâtre d’une largeur de0m,0l environ, et qui fournit un suintement séreux
très-léger; en devant cette exulcération s'étend aussi un peu sur l’antitragus.
Du côté de la face l’ulcère est entouré d’une espèce d’auréole livide, bande d'un rouge brunâtre, large de 0m,0I , et sur laquelle sont répandus une multitude de petits boutons peu proéminents. Ce sont comme de petits tubercules ne dépassant presque pas le niveau de la peau , et surmontés d’une vésicule cristalline; ces petits tubercules un peu plus gros que des tètes d'épingles, semblent être le mode de formation de l’ulcère.
Nous n’entrerons pas dans déplus longs détails, et nous nous bornerons à dire que sous t'influence d’un traitement mercuriel , et surtout à la suite de cautérisations répétées et profondes avec le nitrate acide de mercure, l’ulcère se ferma complètement au commencement du mois de mars.
Nous ne saurions rappeler les caractères microscopiques des tissus affectés , dont on n’a pas tenu note. Ce n’était certainement pas un ulcère cancéreux, et nous le rangeons dans la classe encore fort obscure des cancroïdes. L’analogie avec l’obs. Y était remarquable , mais ne suffisait pas pour permettre un jugement affirmatif sur la nature étiologique et intime de la lésion.
Nous rangeons les ulcères chancreux de la face dans la classe des caucroïdes, tant qu’ils n’ont pas dégénéré en véritables carcinomes; cette transformation a été généralement admise, mais il serait nécessaire de l’appuyer aujourd’hui de preuves empruntées à l’inspection microscopique. J’ai guéri un assez grand nombre de ces sortes d’ulcères rebelles, par l’application de la pâte arsénicale deRoussELOT, du caustique de Vienne ou par l’emploi du bistouri, et je n’ai pas encore trouvé dans les tissus malades de traces de cellules cancéreuses. Je me bornerai à une seule observation sur ce sujet.
Obs. VIII. — Ulcère chancreux de la joue.
M. X. , capitaine en retraite , âgé de plus de soixante ans ,
et ayant toujours joui d’une santé excellente, vint me consulter pour un petit ulcère chancreux qu’il portait au-dessous de la paupière du côté gauche. Le mal avait débuté par une saillie verruqueuse de la peau, causant beaucoup de démangeaison et de prurit. Des attouchements répétés l'avaient écorchée, et bientôt convertie en ulcère, dont les progrès avaient été assez rapides, et qui offrait le diamètre d’une pièce de cinquante centimes. Une première ulcération de ce genre avait été guérie un mois auparavant par la pâle de Vienne. J’eus recours cette fois au bistouri, et après avoir circonscrit le mal dans deux incisions elliptiques, je rapprochai les bords de la plaie par deux points de suture. La réunion se lit par adhésion immédiate, et lorsque quelques mois plus tard, je revis le malade, il n’y avait pas eu de récidive.
Des tissus ulcérés examinés au microscope , présentèrent seulement des globules de pus et de graisse, des cellules épidermoïques et un élément fibreux.
Les observations précédentes ont trait à des tumeurs dont les caractères cancéreux nous ont paru négatifs ou au moins douteux. Nous rapporterons maintenant un exemple de véritable cancer, pour en rendre facile l’appréciation comparative.
Obs. IX, recueillie par M. Benoit. — Cancer de la tempe gauche.
Bâcher, Joseph , d’Andlau , cordonnier, âgé de cinquantecinq ans, vint à' la clinique le 10 mai 1845. C’est un homme d’uneconstilution délabrée; toutson corps présente un aspect jaune-paille trés-prouoncé. C’est depuis trois ans que sa santé s’est aliérce ; à celte époque il lui survint à la tempe gauche une tumeur de la grosseur d’un œuf, qui fut extirpée; la guérison n’eut pas lieu, et l’affection ne lit qu’augmenter depuis. Lorsque nous le vîmes , il portait à la tempe gauche une tumeur du volume de deux poiogs, sous forme de champignon , un peu aplatie, avec des bosselures séparées par des anfractuosités, fongueuse superficiellement , saignant avec la plus grande facilité, et exhalant une sanie abondante et fétide. Elle s’étendait depuis le lobule de l’oreille, qui en était recouvert, jusqu’à l’œil ; elle occupait la fosse temporale et descendait jusqu’au milieu de la branche ascendante du maxillaire infé-
rieur. Un pédicule assez large et qui paraissait adhérer aux parties osseuses , l’attachait à la tempe. Les douleurs lancinantes y étaient très-vives.
L’état cachectique de cet homme ne permettait pas de songer à une opération, et nous le décidâmes à retourner dans sa famille.
M. Küss eut la complaisance d’examiner au microscope le tissu delà tumeur, et voici le résultat de ses recherches.
Planche IV.
Cancer de la tempe gauche. — • Récidive . — Mai 1845. (Grossissement de 500.) n f e h a d c
A simple vue on distingue dans le morceau de tumeur qui m’a été remis par M. Sédillot, deux éléments :
1° Un tissu d’un gris jaunâtre, translucide, d'une consistance semblable à celle d’une gelée bien prise, cassant , facile à émietter à l’aide de pinces et à écraser entre deux plaques de verre.
2° Une pulpe blanche formant des foyers petits et disséminés dans la substance grise.
Entre ces deux substances il y a des transitions insensibles, comme le prouve surtout l’inspection microscopique. Notons encore que la substance grise renferme un assez grand nombre de petits foyers sanguins.
I. Tissu grisâtre. Se compose de cellules a . d . e . pâles , à contours nets, réguliers, la plupart pourvus d'un noyau, rarement de deux (ej, et ce noyau entoure d’uneespéce d’auréole plus claire que le reste de la cellule. La forme a me semble être la plus fréquente origine de ces cellules. Le noyau ne préexiste pas à la cellule; on trouve , au contraire , isolées ou
par groupes , des cellules f, plus peliles que les précédentes, excessivement pâles et difficiles à voir, dépourvues de noyau. Ce dernier ne paraît se former que lorsque la cellule a acquis un certain développement, pour croître ensuite avec elle (c). Nulle part , dans la substance grise , je n’ai vu de noyaux isolés , de véritables cytoblastes ou germes de cellules, comme cela se voit dans beaucoup de cancers.
Que deviennent les cellules? Les unes conservent leur forme globuleuse , se gonflent . éprouvent différentes altérations dont il sera question plus loin , et finissent par mourir, par se désagréger, pour former un détritus , base de la pulpe blanchâtre déjà indiquée. Les autres prennent une forme elliptique (qu’elles ont quelquefois dès leur origine) pour subir ensuite les métamorphoses qui précèdent leur transformation en fibres (g. h). Quelques-unes d'entre ces cellules elliptiques éprouvent le môme sort que les cellules rondes et tombent en ruine ( k ).
Tissu fibreux. Ea quelques points, les masses de cellules de la substance grise sont parcourues par des fibres bien formées ( h ), constituent une trame plus ou moins serrée qui emprisonne les cellules a, f. Ailleurs la fibre n’est pas achevée, et l’aspect fibreux est dû à la disposition régulière de corpuscules semblables à g, et qui , évidemment, forment la transition entre d, et h.
II. Pulpe blanche. Le fond de celte substance est une espèce de poussière amorphe , entremêlée de nombreuses gouttelettes de graisse (dont quelques-unes ont près d’un demi-centimilliraètre) . eide quelques cristaux rhomboïdaux (cholestérine). Ces deux éléments graisseux manquent rarement dans les cancers en décomposition.
Dans cet excipient on ne trouve jamais les formes représentées en a — g, mais bien celles j — n , dans lesquelles on voit la cellule devenir de plus en plus méconnaissable. Selon l’espèce de pulpe que l’on examine . on voit l’un ou l’autre de ces corpuscules j — n prédominer et indiquer un degré différent de décomposition.
En j . par exemple, la cellule a perdu sa transparence ; à la place du noyau il y a un large amas de granulations.
En k — l les contours de la cellule sont moins réguliers, les granulations sont en partie remplacées par des gouttelettes de graisse.
m, les gouttelettes graisseuses occupent toute la cellule dont les bords ou parois commencent à disparaître.
n u’est plus qu’un ainas dépourvu d’enveloppe commune , de petits grains à mouvements moléculaires et de gouttes huileuses, amas en voie de se désagréger pour former la base de la pulpe blanchâtre. J’ai mesuré un de ces amas qui avait plus de 1/20 de millimétré de long. Les amas m et n ont une teinte jaune brunâtre.
L’existence du tissu cancéreux ne parait pas ici contestable, et nous reviendrons plus tard sur l’origine, le développement et les transformations de ce tissu.
Les observations qui nous restent à exposer sont, comme les précédentes , des exemples de vrais ou de pseudo-cancers ; mais nous en trouverons , dans le nombre , d’extrêmement curieuses, en ce que les caractères pathologiques ont paru , jusqu’à la dernière évidence , ceux du cancer , tandis que l’inspection microscopique a été beaucoup moins explicite, et eût plutôt .fait admettre l’existence de tumeurs fibrineuses ou fibreuses. Les conditions opposées ont été également rencontrées. Il y aurait donc à admettre :
4° Des tumeurs évidemment et pathologiquement cancéreuses, et reconnues telles à l’inspection microscopique ;
2° Des tumeurs d’apparence cancéreuse, mais que le microscope démontre appartenir à d’autres genres;
5° Des tumeurs sur la nature desquelles on est eu droit de concevoir des doutes que le microscope lève, en les prouvant cancéreuses ;
4° Des tumeurs dont le microscope n’indique pas la nature cancéreuse , quoique leurs caractères pathologiques semblent nettement les rattacher à cet ordre d’altération ;
5° Des tumeurs dont la nature reste incertaine en dépit de nos connaissances pathologiques et microscopiques.
L’on sait quel retentissement fut donné à l’ablation de prétendus cancers de la mâchoire, pratiquée avec succès
par Dupuytren. Personne n’ignore aujourd’hui que la première opération de ce genre, entreprise sur le maxilaire inférieur, ne fut pas faite pour un cancer; mais ces allégations erronées, répétées dans une foule de publications , jetèrent dans cette partie de nos connaissances une sorte de perturbation dont on commence seulement à se remettre.
Des tumeurs osseuses et fibreuses , des kystes hydatiques supposés ou non, furent considérés comme autant de carcinomes et l’obscurité se fit de plus en plus complète. Espérons que la réaction dont nous sommes témoins , éclairera ces questions du flambeau d’une analyse sagace et consciencieuse , et citons quelques faits propres à contribuer à ce résultat.
Obs. X, recueillie par M. Meyer. — Tumeur fibreuse développée dans le maxillaire supérieur gauche et l'antre d'Hygmore; ablation ; guérison rapide.
Péquignot, Édouard, bûcheron, âgé de trente-cinq ans, fut reçu à la clinique le 17 février 1846. Cet homme , dont la santé a toujours élé parfaite, avait été adressé à M. Sédillot par M. le docteur Ruefferd fils, de Montbéliard.
Quatre ans auparavant , à la suite de l'extraction de la première grosse molaire supérieure gauche , une petite tumeur indolore s’était élevée du fond de l’alvéole et avait fait peu de progrès durant les trois premières années; mais, à partir de cette époque , elle s’était rapidement accrue et offrait le volume d’un œuf d’oie.
On remarque à la joue gauche une saillie cousidérable, sans changement de couleur à la peau. On aperçoit, en ouvrant la bouche du malade, une tumeur rougeâtre de7 centimètres de longueur, occupant l’intervalle de la canine à la dernière molaire. La deuxième incisive a été poussée et renversée en avant par le déplacement de la canine. Celte tumeur a plus de 3 centimètres de largeur, descend plus bas en dehors qu’eu dedans, et présente, dans sa longueur, un sillon correspondant à l’arcade dentaire inférieure. Les tissus sont ramollis et comme fongueux dans ce point.
Deux saillies, séparées par un enfoncement et placées l’une au dessus de l’autre, existent du côté de la voûte palatine, taudis que les surfaces sont régulières du côté de la joue. Audessus de cette tumeur gengivale assez lisse et rougeâtre, on sent l’os maxillaire tuméfié , aminci, et on détermine quelques craquements en pressant sur la paroi de l’antre d'Hygmore, dont le développement et l’ampliation sont la principale cause de la saillie de la joue. ,
Le malade accuse seulement de la douleur dans les explorations auxquelles on le soumet.
Un stylet, porté de bas en haut dans le centre de la tumeur, y rencontre, à une certaine profondeur, un corps résistant et élastique. M. Sédillot ayant diagnostiqué un kyste maxillaire, renfermant une tumeur fibreuse , en pratique l’ablation le 19, deux jours après l’entrée du malade à l’hôpital.
La canine, l’incisive latérale et l'avant-dernière molaire étant enlevées , M. Sédillot découvre la tumeur par deux incisions, dont l’une, partant de l’angle interne de l’orbite, se continue verticalement sur la joue et d i v ise la lèvre supérieure, tandis que la seconde s’étend de la commissure gauche des lèvres vers l’arcade zygomatique. Il en résulte un vaste lambeau dont le renversement de bas en haut laisse à nu tout le maxillaire inférieur. M. Sédillot coupe alors, au moyen d’un ostéotome, l’arcade dentaire supérieure sur la limite de l’incisive moyenne, et la voûte palatine en dehors des tissus malades; il divise l’apophyse malaire avec une petite scie en crête de coq, achève la section de l’apophyse nasale avec la gouge et le maillet, et, détachant le corps de l’os du plancher inférieur de l’orbite qu’il laisse intact du palatin et de l’apophyse ptérygoïde du sphénoïde, il termine l’ablation du maxillaire, en conservant le voile du palais et la dernière dent molaire.
Des tubercules fibreux, se prolongeant dans la partie supérieure et interne de l’antre d Hy graore élargi, sous 1p plancher de l’orbite, sont énucléés avec une gouge concave, et . pour plus de sûreté, un cautère rougi à blanc, est promené sur les parois plus ou moins rugueuses du sinus.
L’opération avait été très-rapide et n’avait présenté aucun obstacle. Le lambeau cutané fut assujetti par quelques points de suture entortillée au devant de la vaste perte de substance qui venait d’être produite; la cicatrisation en était achevée très-régulièrement le huitième jour, et 1 e malade resta à l’hô pital jusqu’au 11 mars, quoiqu’il eûtpu sortir beaucoup plus tôt.
Ses Irails ne présentaient aucune difformité , la voix élait très - distincte , et la déglutition était seule encore un peu gênée.
A l'examen microscopique de la tumeur, M. Sédillot ne rencontra d'autres éléments que ceux du tissu fibreux. Les cellules étaient à peine plus volumineuses que les globules de sang dont elles semblaient représenter une simple transformation.
Nous aurons plusieurs fois l’occasion de signaler la facilité avec laquelle les globules sanguins semblent se transformer en tissu fibreux. Nous développerons plus loin ces idées et les preuves sur lesquelles nous les fondons. Le microscope confirmerait ainsi l’opinion de Hunier, sur les modifications morbides, subies par les caillots sanguins. M. Velpeau a beaucoup ajouté à la valeur de ces idées, par les nouvelles démonstrations qu’il en a données. Je crois que l’on peut faire un pas de plus et prouver que le cancer en est la suite possible et fréquente. Quelquesuns des faits de ce mémoire nous serviront à l’établir.
Nous rapporterons en peu de mots l’observation suivante qui nous a paru mériter d’être publiée à raison de ses rapports apparents avec la précédente, dont elle différait cependant et par le siège, puisque la mâchoire inférieure était ici affectée, et par la nature de la tumeur qui nous parut un kyste hydatique, sans aucune trace de dégénérescence cancéreuse, quoique la malade eût été considérée comme atteinte d’une affection de cette nature.
Obs. XI, recueillie par M. Ruulmann. — Kyste osseux du maxillaire inférieur; opération; guérison.
Winlzenrielh, Catherine, journalière, âgée de vingt-sepl ans , entra à la clinique le 20 février I8i6. Ole portait une tumeur, du volume d’un œuf d’oie , dans l'épaisseur du corps de la mâchoire inférieure, à droite. Le mal datait d’un an. L’arcade dentaire semblait avoir conservé sa régularité, et, en
pressant en dedans sur la saillie que formait la lame interne de l’os, on percevait une mobilité et une sorte de craquement anormal. En dehors, la tumeur était beaucoup plus développée; elle se portait de la branche de la mâchoire jusqu’auprès du menton, et s’étendait de l’acade zygomatique au tiers externe du cou. La pression permettait de constater au travers des parties molles une enveloppe osseuse, espèce de cupule dont le centre seulement offrait moins de résistance.
M. Sédillot diagnostiqua un kyste maxillaire hydatique ou fibreux , et l’ablation en ayant été décidée, fut pratiquée le 26 février.
On reconnut alors que l’on avait sous les yeux une large poche hydatique, ayant son siège primitif dans le canal dentaire où le nerf du même nom fut trouvé libre et isolé au milieu du kyste avec l’artère ella veine correspondante. La paroi externe de l’os avait été écartée de l’interne, en se raréfiant principalement au centre, où elle avait à peine l’épaisseur d’une feuille de papier, tandis qu’à partir de la branche verticale du maxillaire au contour antérieur de l'os, elle offrait une épaisseur de deux à trois millimètres et une grande dureté.
M. Sédillot détacha avec un ostéotome , la gouge et le mail let , toute la paroi externe de la tumeur, arracha le kyste bydatique qui en tapissait les parois , dont il cautérisa avec le fer rouge les parties restantes, après avoir enlevé le nerf et les vaisseaux dentaires inférieurs. La plaie fut remplie de charpie, et la malade est aujourd’hui , 18 mars, dans l'état le plus salis faisant et le plus voisin de la guérison. La paralysie de la joue, que l’on avait observée à la suite de l’opération , a disparu , et l’affaissement de la lame interne du kyste et l’exfoliation des surfaces osseuses mises à nu, amèneront la disparition du pertuis Gstuleux qui persiste encore.
Nous n’eussions pas cité ce fait sans les remarquables rapports apparents qu’il présentait, comme nous l’avons dit, avec le précédent. Il est de toute évidence que nous n’avions pas eu sous les yeux un cancer. Cependant à l’examen extérieur de la tumeur, on eût pu croire à une pareille affection , car il était fort difficile de dire si le kyste renfermait un liquide ou une substance molle et fi-
breuse, et de cette dernière altération au cancer il n’y a souvent qu’une différence de développement et de temps.
Nous terminerons l’histoire des tumeurs de la tête dont l’étude pouvait offrir quelque intérêt au point de vue où nous nous sommes placés en rapportant une dernière observation d’ulcère fongueux de la langue, dans lequel nous découvrîmes des cellules cancéreuses. La guérison , apparente au moins , fut d’une rapidité remarquable.
Nous avons décrit , il y a deux ans , dans une note adressée à l’Académie des sciences , une nouvelle méthode d’amputation de la base de la langue, consistant principalement dans la section de l’os maxillaire inférieur, sur la ligne médiane pour permettre l’ablation des tissus profondément altérés. Cette méthode nous paraît supérieure à celle de M. le professeur Regnoli (Pisa, 1858), dans laquelle les parties molles de la région sus-hyoidienne sont divisées et séparées du contour intérieur du maxillaire inférieur, de manière à faciliter l’extraction et l’excision de la langue par cette voie.
Le procédé que nous adoptâmes pour l’opération dont nous allons rapporter l’histoire, fut très-expéditif, trèssimple et d’une grande facilité d’exécution; nous ne saurions trop en vanter les avantages dans des conditions semblables.
Obs. XII , recueillie par M. Meyer. — Cancer fongueux de la moitié latérale droite de la langue ; excision; guérison apparente en quelques jours.
Michel , Joseph, né à Strasbourg, entre le 1er février 1846 à la clinique de M. Sédillot, pour un ulcère fongueux de la langue. Ce malade, âgé de cinquante cinq ans, ancien militaire, est bien constitué et présente toutes les apparences do la saDlé. Il assure n’avoir jamais été atteint d'aucun symptôme vénérien, et ne connaît personne parmi ses parents qui ait offert d'affections cancéreuses.
Il y a deux mois, il a seoli, vers le milieu du bord droit de la langue, u □ point plus mou que le reste de l’organe ; puis une sorte de champignon saillant et rougeâtre s’est développé en s’ulcérant à son centre , pendant que les bords en devenaient de plus en plus durs et élevés. Du sang s’en écoule fréquemment et laisse presque constamment un caillot dans l’excavation de l'ulcère, qui a le diamèlred’unancien écu de six li \ res. Les douleurs sont parfois lancinantes. Les ganglions lympha tiques sous-maxillaires se sont tuméfiés depuis une quinzaine de jours, sans devenir douloureux.
Les dernières molaires du côté droit de la mâchoire inférieure n’existent plus depuis longtemps, et le bord alvéolaire en est lisse. La deuxième grosse molaire reste seule au maxillaire supérieur, et , comme elle correspond à l’ulcère . M. SÉoillot la fait arracher. Les mouvements de la langue et ceux de déglutition deviennent plus faciles, mais aucune modification favorable n’en résulte pour la lésion de la langue. M. SÉdillot propose dès lors l’excision des parties malades , qui est acceptée et pratiquée le 10 février par le procédé suivant :
Le malade assis sur une chaise, la tète renversée sur la poitrine d’un aide qui la soutient avec les mains, M.Sédillot saisit et attire hors de la bouche l’extrémité de la langue avec une pince de Museux, qu’il confie à un aide. De la main gauche il implante une autre pince érygue dans la moitié droite de la langue, et, portant un bistouri concave et boulonné au delà de cet instrument, il coupe d’arrière en avant, et à partir des piliers du voile du palais, toute la partie latérale de la langue , ayant soin d’excaver la plaie et d’en rendre le centre beaucoup plus profond.
M. Sédillot retire alors la pince érygne , chargée de toute la partie de la langue excisée , et , s'armant d’un cautère chauffé au rouge blanc, il achève la destruction des tissus ramollis et altérés , pendant que la joue correspondante est écartée au moyen d’une large spatule.
Aucun accident n’est la suite de celte opération, qui a été presque instantanée, et le malade quitte l’bôpital le sixième jour, no ressentant plus aucune gène , ni aucune douleur, quoiqu’on découvre encore une surface non cicatrisée , dont le fond semble un peu ramolli et rougeâtre , tandis que les bords sont légèrement grisâtres et indurés. Nous recommandons au malade de se représenter à la clinique , mais il n’y a pas encore reparu.
Examen microscopique. Les tissus enlevés furent examinés
au microscope et offrirent des globules de sang et de pus, des fibres et une grande masse de lamelles épithéliales, au milieu desquelles M. Sédillot reconnut en petit nombre des cellules allongées, ovalaires, renfermant deux nucléoles, et assez semblables à celles observées dans d'autres cancers.
Cette observation montre le peu de danger des hémorrhagies de la langue, à la suite des plaies de cet organe. Très-peu de sang s’échappa de la blessure, dont l’étendue et la profondeur étaient cependant considérables. L’hémorrhagie se serait arrêtée très-certainement d’elle-même, et ce ne fut nullement contre elle que la cautérisation fut employée. Le malade n’eut aucune suffocation, et du moment où il fut opéré, il se déclara guéri. Je ne préjuge rien d’uue récidive possible, mais n’est-il pas évident qu’une ligature multiple, comme il eût fallu l’appliquer, eût été beaucoup plus douloureuse, plus difficile à exécuter, et infiniment plus pénible pour le malade, en raison du gonflement de l’odeur et du temps nécessaire à la chute des escharres. La pince de Museux fixe et attire hors la bouche la langue avec plus de sûreté et de force qu’un fil, un ruban ou les doigts d’un aide, et elle devrait être généralement préférée.
L’observation suivante est un exemple des plus remarquables de l’incertitude du diagnostic et des difficultés insolubles qu’il peut présenter. Le malade offrit une diathèse ulcérative des os simulant une affection cancéreuse. L’inspection microscopique avait d’abord semblé appuyer la supposition d’une dégénérescence; mais les diverses phases de la maladie, les lésions révélées par l’autopsie et l’absence complète des éléments cancéreux dans les points consécutivement lésés, ne permirent pas de persister dans celte opinion.
Il y a donc même, avec le secours du microscope, des cas dont l’obscurité reste trompeuse, et le fait dont nous allons exposer les détails, est certainement un des plus curieux sous ce rapport.
06s. XIII, recueillie par M. Sodhaut, aide de clinique. — Tumeur d’apparence carcinomateuse de la première phalange du doigt auriculaire gauche; amputation métacarpo-phalangienne. Récidive de l’affection dans la continuité du cinquième métacarpien ; désarticulation de cet os. Guérison momentanée ; puis carie des os du métacarpe et du carpe . des os du coude, de la clavicule , de plusieurs côtes et vertèbres; péritonite chronique. Mort.
Périer, Louis, soldat au 9e régiment d’artillerie, âgé de vingt-quatre ans , d’une constitution assez délicate, d’un lem pérament nerveux, entra à la clinique de l’hôpital d’instruction le 19 décembre 1844.
Ce militaire, depuis quatre ans qu’il est au service , n'a eu aucune maladie , ni éruptions cutanées, ni symptômes syphilitiques; sa santé a toujours été parfaite; seulement, à l’âge de dix-neuf ans , il a eu la variole. Les membres de sa famille n'ont jamais eu d’alfeclions graves ; son père et sa mère vivent encore et ont soixante-dix ans.
Le 4 décembre 1844, voulant saisir la jambe de derrière d’un cheval qu’il faisait ferrer, Périer reçutà la première phalange du doigt auriculaire de la main gauche un coup de pied de l’animal. Le choc fut violent et il en résulta beaucoup de dou leur etd’engourdissement. La flexion complète de la phalange était très-difficile et une légère ecchymose se manifesta au siège de la contusion. La souffrance et l’engourdissement ayant disparu en grande partie au bout de quelques minutes , Périer continua son service.
Pendant les huit premiers jours de l'accident , la douleur , nulle dans le repos, était réveillée par le mouvement , et surtout par celui de flexiou. La peau était un peu rouge. Du gonflement, une douleur brûlante pongilive avec redoublement nocturne survinrent alors ; aggravation de la souffrance par la chaleur; soulagement momentané par l'application du froid, mais suivi d’une réaction plus vive de la douleur. On croit le doigt atteint d’engelure, et l’ou conseille des frictions avec de la neige. Dès le 12 décembre , le doigt a doublé de volume; on a recours sans succès à l’emploi de l’cau-de-vie
camphrée; les accidents s'aggravant toujours, le malade est envoyé à l’hôpital.
A cette époque, la première phalange de l'auriculaire est très-tuméfiée; la peau est d’un rouge brun violacé, tendue comme pelliculaire : à la pression , on sent une sorte de mollesse avec üucluation peu évidente; l’aspect de la partie malade est celui d’une engelure sur le point de s’ulcérer, avec gonûement considérable des tissus. La pointe d’uue lancette, plongée dans la tumeur, en fit sortir une sérosité limpide à peine teinte de sang.
M. le professeur Sédillot fit remarquer, à sa première visite, le contraste qui existait entre la rapidité des accidents et les apparences chroniques de la maladie. On eût dit avoir sous les yeux une phalange atteinte de carie ou de spina ventosa depuis un grand nombre de mois , et, néanmoins, l'invasion n'en datait que de quinze jours. Pendant la fin de décembre, la phalange devint le siège d’un champignon mou, bleuâtre, fongueux, saignant au moindre attouchement , sans douleur ni réaction générale d’aucune espèce. Des saignées locales, des topiques émollients , la cautérisation avec le nitrate d’argent, le fer rouge, l'administration interne de pilules de ciguë et de calomel, ne modifièrent en rien l'aspect ni la marche de la maladie pendant ce temps et pendant le mois de janvier. Avec un stylet porté dans la plaie , M. Sédillot reconnut que la première phalange était réduite à un petit volume, dénudée et comme érodée dans une partie de sa longueur.
Une consultation eut lieu à l'occasion d'un fait aussi remarquable; les avis dilférérent sur la nature même de la lésion , mais furent unanimes sur la nécessité de recourir à l’amputation de la phalange. Que cet os eût été attaqué par une ostéite ulcérative aiguë, qu’il eût élé écrasé lors de la contusion primitive, ou qu’il fût envahi par un véritable carcinome , l'indication était identique et fut remplie par le chirurgien en chef, qui désarticula le petit doigt en taillant un lambeau interne , le 21 janvier 1845.
Celte opération semblait offrir (ouïes les conditions de succès, en raison de l’intégrité de l’os métacarpien correspondant. Les chairs étaient , il est vrai , légèrement tuméfiées et bleuâtres verg la face palmaire de la main , mais elles pouvaient se dégorger par suite de l'ablation de la phalange. Celle ci , réduite à une sorte de filament osseux longitudinal ,
Le cinquième métacarpien examiné après sa désarticula-
(l'offrait plus qu’une petite laoie de tissu compacte à sa face postérieure ; ses deux extrémités , restées seules intactes dans leur forme, étaient ramollies, mais sans altération de leur cartilage articulaire.
La plaie parut en voie de cicatrisation les premiers jours, mais, vers le 8 février, elle se tuméfia , les téguments s’ulcérèrent et se festonnèrent sur les bords; un champignon fongueux enveloppa la tête du métacarpien, qui se laissait aisément pénétrer par l’extrémité d’un stylet.
Les manuluves aromatiques, l’emploi du jus de citron , la cautérisation avec le nitrate acide de mercure, une compres sion régulière et permanente ne donnant aucun résultat, une nouvelle consultation eut lieu, dans laquelle M. Sédillot proposa d’enlever le cinquième métacarpien dans sa continuité ou dans sa contiguité, cet os ne paraissant affecté qu’à son extrémité pbalangienne , et les chairs de la main étant restées saines dans toute leur moitié supérieure. Tout en convenant de la nécessité probable d’une amputation , les consultants ne voyant aucun péril à la différer, conseillèrent l’usage d’un traitement anliscrophuleux par l’huile de foie de morue. On mit en doute la possibilité d’arrêter la marche du mal, et on entrevit, dans un avenir même peu éloigné, une amputation du bras , pour s’éloigner davantage du point de départ de l’affection, sans certitude néanmoins de sauver le malade au prix d’une pareille mutilation.
Périer avait é;é pesé pour apprécier plus sûrement l’état de sa nutrition, et , chose remarquable, il conserva le même poids (60 kilogr.) pendant tout le temps de son séjour à l'hôpital.
Le traitement par l’buile de foie de morue amena des vomissements . de l’inappétence; le calomel . qu'on y substitua, détermina de la diarrhée. La plaie restait indolente , la tuméfaction bleuâtre des parties molles persistait en s’étendant lentement. Appétit meilleur, sommeil calme, pouls régulier. U était à craindre qu'une expectation trop prolongée ne compromît la main entière , et M. Sédillot se décida , à la suite d’une troisième consultation, à enlever le cinquième métacarpien en totalité.
Cette désarticulation, pratiquée le fl mars d’après le procédé oblique et en raquette exposé dans le Traité de médecine opératoire de ce professeur , fut terminée avec beaucoup de facilité, et la plaie réunie immédiatement dans sa moitié supérieure, la moitié inférieure correspondant au tissu déjà altéré dont il était difficile d’espérer une adhésion primitive.
lion était ramolli jusqu'à son articulation carpienne , et son cartilage de rapport avec Cunéiforme était meme érodé partiellement. Ces altérations étaient d’autant plus remarquables que les chairs étaient fermes et vermeilles, et que rien n’indiquait une modification aussi avancée. L’autre extrémité de l’os était spongieuse, sans cartilage, trés-vasculaire , et entourée de bourgeons charnus assez abondants.
On prescrivit des applications d’eau froide sur la main pendant les deux premiers jours; le malade n’offrit aucun accident, et à la levée de l’appareil le 14 mars, on trouva les parties primitivement réunies , parfaitement cicatrisées. Le reste de la plaie resta quelque temps stationnaire, et on put croire un moment à la persistance et à l’agrandissement d’une ulcération de mauvaise nature ; mais bientôt sous l’influence de topiques émollients et de manuluves aromatiques répétés deux fois chaque jour , la consolidation delà plaie s’opéra , et le malade quitta l’hôpital le 11 avril et en apparence complètement guéri.
Cette observation mérite de fixer l’attention sous plusieurs rapports et offre un exemple frappant des difficultés du diagnostic. L’examen des phénomènes morbides ne résolvait pas nettement la question de l’existence réelle d’un cancer. Il n’y avait eu ni douleur lancinante, ni engorgement des glandes axillaires, ni altération de la nutrition Une amputation pratiquée au milieu des tissus malades, sans la précaution, impossible à prendre, de les enlever en totalité, avait eu cependant un plein succès. D’un autre côté, comment caractériser une lésion aussi anormale si envahissante et si destructive? Comment expliquer la première récidive . si ce n’est par la présence d’une affection cancéreuse? Le microscope interrogé sembla lever les derniers doutes, et démontrer la réalité d’un carcinome développé sans prédisposition héréditaire, sous l'influence d’une cause traumatique instantanée, récidivant après une première opération et guérissant après une seconde. Pourquoi la réapparition de ce cancer dans le métacar-
pien , tandis que l’unciforme en fut préservé? La guérisou était-elle définitive ou provisoire? C’étaient là des points scientifiques obscurs dont la connaissance devait être poursuivie avec ardeur.
Voici l’intéressante note qui nous fut remise à l’occasion de ce malade par M. Küss.
Planche V.
Analyse microscopique du tissu développé autour de la tête du cinquième métacarpien extirpé le 11 mars 1845 par M. SÉ-
DILLOT.
(Grossissement de 500.)
La surface suppurante est recouverte de gros bourgeons charnus très-friables qui s’élèvent sur un tissu plus dense, d’une épaisseur notable, au delà duquel commencent assez brusquement les parties saines. Le tissu malade est de couleur grise jaunâtre, parsemé de points rouges assez nombreux qui ne sont autre chose que des petits foyers de sang. Ses éléments sont: 1° d’assez nombreux capillaires encore remplis de corpuscules sanguins; 2° grains à mouvements molé culaires; 3° cellules rondes (a—e) ou ovales (f — h) d’aspect assez varié, la plupart évidemment pourvues d’un noyau; la forme (a) est la plus fréquente. Il y en a quelques-unes qui ont un peu moins d’un centimillimétre de diamètre.
4° Des corpuscules allongés (i — l) juxtaposés en masses dans certaines parties du tissu, etoffrant sans aucun doute l'exemple de cellules se transformant en fibres. Nulle part des fibres achevées.
Ce tissu diffère notablement de celui des bourgeons charnus ordinaires , et offre la plus grande analogie avec le tissu cancéreux.
Telle fut l’observaliou rédigée au momeut de la sortie
de Périer de l’hôpital. Nous devions chercher à la compléter en étudiant ultérieurement l’état du malade. Les renseignements ne nous firent pas défaut, puisque ce malheureux revint plus tard succomber dans notre service.
Suite complémentaire de l'obs. XIII.
À la rentrée du malade au corps, la cicatrice n’avait pas tardé à se rompre et un ulcère fistuleux s'était établi. Le poignet était devenu douloureux , tuméfié ; les mouvements, d’abord gênés, s'étaient abolis en même temps que la suppuration était plus abondante. L’ulcère avait envahi toute l’étendue de la cicatrice; de nouveaux points fistuleux avaient apparu autour du poignet, dont les os s’altérèrent successivement. La nutrition était languissante , la peau décolorée , les forces affaiblies.
Périer fut présenté pour une pension de retraite qui fut accordée, mais déjà une tumeur fluctuante et remplie de pus s'était montrée vers une des articulations métacarpo-phalangiennes de la main droite. Un autre abcès existait au-dessous de la clavicule, et un troisième vers le milieu de la septième côte du même côté.
Périer se fit admettre à l’hôpital le 14 septembre 1845; il était alors d'une grande maigreur, souffrant peu, mais offrant plusieurs ulcérations des téguments environnant le coude gauche, dont les mouvements étaient diminués et douloureux. L’abdomen était dur, tendu , sensible à la pression , et on diagnostique une péritonite chronique. Le pouls était à cent pulsations, la peau chaude et sèche, l’appétit se soutenait assez bien, mais on observait des alternatives de diarrhée ; vers le 8 octobre, le malade s’éteignit doucement sans agonie.
Autopsie. L’examen microscopique fit voir une carie complète de tous les os du carpe, dont les liens fibreux avaient entièrement disparu. Les métacarpiens correspondants étaient çà et là ramollis et dénudés. Les extrémités du radius et du cubitus offraient le même genre d’altérations et baignaient dans le pus.
Au coude, les trois os de la jointure étaient atteints d’ostéite, avec disparition de quelques points de cartilages articulaires. Les ulcérations de la peau n’étaient accompagnées d’aucune trace de dégénérescence des tissus, au milieu des quels il était impossible de remarquer la moindre apparence de tissu encéphaloïde ni squirrheux.
La clavicule el la septième côte gauches étaient érodées dans une étendue de trois centimètres et baignées de pus. Neuf ou dix abcès de même forme el de même nature existaient au devant do la colonne vertébrale; ces abcès étaient isolés, circonscrits, du volume d'une petite noix, disséminés sur la face antérieure des corps des vertèbres , dont le tissu était érodé dans la profondeur de quinze à vingt millimètres; de semblables abcès existaient sur les condyles de l’occipital.
Le péritoineélait recouvert d’une fausse membrane, épaisse d’un centimètre, blanchâtre et semblable à du pus concret; tous les intestins adhéraient entre eux.
Le cerveau, les poumons, le foie et les autres viscères étaient parfaitement sains et sans la moindre trace de tubercules ni de dégénérescence.
L’inspection microscopique des tissus ulcérés , au poignet etau coude, ne révéla l'existence d’aucune cellule cancéreuse.
Il nous paraît impossible, eu présence d’un pareil fait , de ne pas reconnaître une affection constitutionnelle donnant successivement naissance aux diverses phases de la maladie. Mais à quel genre de diathèse devons-nous la rapporter ?
La science ne saurait évidemment répondre avec certitude à une pareille question , et l’observation de l’érier est un de ces jalons destinés à ouvrir de nouveaux aperçus et à élargir le domaine pathologique.
Si l’on avait trouvé des tubercules dans les poumons ou dans tout autre organe, on eût admis l’existence d’un état tuberculeux , dont les exemples sont trop fréquents pour inspirer la moindre surprise; mais rien dans aucun point n’offrait l’apparence d’un tubercule. Nulle trace de dégénérescence cancéreuse , aucun symptôme de syphilis , ni éruption à la peau , ni gonflement du périoste , ni douleurs ostéocopes. Les virus dartreux, psorique , rhumatismal n’ont jamais produit de lésions semblables. Nous sommes donc conduit à admettre un état morbide inconnu qui pour-
rait être décrit sous le nom d e diathèse ulcérative des os. On trouverait certainement des faits analogues dans les nombreux recueils scientifiques où tant de faits intéressants restent enfouis jusqu’au jour où de savantes investigations les découvrent pour les mettre en œuvre, et l’observation clinique de quelques faits semblables servirait à en éclaircir l’histoire.
Je joindrai à cette observation une note que M. Küss a bien voulu me communiquer , au sujet d’une altération ayant commencé comme celle-ci à la main et ayant entraîné la nécessité de l’amputation de l’avant-bras. Le docteur Jacobi, de Schiltigheim, après avoir pratiqué l’opération , remit la pièce anatomo-pathologique à M. Küss, et je transcris ici les résultats de l’examen de ce dernier.
J’ai examiné, le 26 février, une tumeur dans laquelle se trouvaient réunis , d’une manière fort instructive , à mon avis, les caractères des tumeurs épithéliales et ceux du véritable cancer. Elle établirait une transition entre ces deux espèces de productions morbides, et spécialement entre le mal improprement appelé cancer de la lèvre et la variété de cancer à laquelle M. Jean Muller a donné le nom de cancer réticulé.
Obs. XI V. Tumeur épidermique et cancéreuse de la main.
Voici le fait: La maladie occupe toute la face dorsale de la main , et s’étend même un peu au-dessus du niveau de l’articulation radio-carpienne. Je remarque d’abord une production en forme de verrue, large comme une pièce de cinq francs, ayant de la surface vers la profondeur l’épaisseur d’un doigt. Sa surface est presque plane ; une croûte verdâtre , grisâtre y adhère. Elle est greffée sur la base des trois derniers métacarpiens, sur l’os crochu , sur une partie du pyramidal et du grand os, et aussi sur les parties Gbreuses voisines. C’est l’os crochu qui a le plus souffert; il a perdu à peu prés un tiers de sa substance ; mais ses cartilages d’incrustation ont résisté, n’offrent pas la moindre altération de texture et surgissent dans l’intérieur de la tumeur. L’os n’est pas altéré non plus; ses lamelles, dures et richement pourvues de corpuscules cbalciphoi es , sont en contact immédiat avec les éléments de
la verrue. De tienne il n’existe aucun vestige dans ce point, Olle absence de réaction de la part des parties voisines ne suffit pas encore pour caractériser la tumeur épithéliale; mais l'examen de l’intérieur de la production en question montre la complète similitude avec les tumeurs épithéliales des lèvres. En effet, elle est parcourue dans toute son épaisseur, et de sa profondeur vers sa superficie, par des cylindres blanchâtres, assez friables, du diamètre de 1/3 de millimètre à 1 millimétré. Ces cylindres sont composés exclusivement de couches concentriques de plaques épithéliales trés-larges et fort minces. J’en mesure qui ont jusqu’à 13 centimillimétres (plus de 1/8 de millimétré). Leur forme est irrégulière , leur substance parsemée de petits points et cercles noirs (graisse). Elles sont toutes pourvues d’un noyau rond ou allongé, pas toujours très-régulier, et qui peut atteindre en longueur 1/82 de millimètre. Autour du noyau est une aréole régulièrement arrondie , exactement limitée , plus claire que le reste de la plaque. Le noyau dépasse de part et d’autre les faces de la plaque.
Ces cylindres épithéliaux sont plongés dans une substance grisâtre, translucide, formant entre eux des cloisons plus minces que les cylindres eux-mêmes. Cette substance s’étend bien au delà des bords de la verrue. Sur tout le dos de la main, elle a remplacé la peau et tous les tissus qui s’étendent entre elle et les tendons extenseurs des doigts. Ces derniers , en partie plongés dans le nouveau tissu , en partie accessibles à l’air, au fond de crevasses qu’ils forment , cés tend ons , disje, n’ont subi aucune altération de texture; ils ont conservé leur surface lisse et leur éclat nacré. Leurs gaines synoviales, largement ouvertes et en partie détruites par les progrès de la tumeur, n’offrent aucune trace appréciable de réaction, pas la moindre apparence de pus. On voit la synoviale brillan'e et transparente de leurs parois, d’une part en contact avec l’air extérieur, de l’autre revêtir la nouvelle substance. En quelques points , la substance grise adhère à la surface des tendons. Pas plus que ces tendons , la peau des bords de la tumeur n’a subi une altération de texture. Elle n’est pas gonflée d’une façon notable; mais elle paraît avoir éprouvé une espèce d’usure qui a fait le plus de progrès dans les couches profondes du derme, moins denses. De là résulte que la partie superficielle du derme, déchiquetée et trouée en quelques points, repose sans adhérer sur les bords du tissu anormal, et que sa circulation, compromise comme elle l’est en géné-
rnl dans une portion de derme décollée , lui a communiqua une teinte bleuâtre.
La substance grise , aussi bien celle de l’espèce de nappe de tissu morbide qui s’étend à la surface de la main , que celle quisépare les cylindres blancs de la verrue, offre, vue à l'œil nu , l’aspect du cancer réticulé (MUllerI. c’esl-à dire . que la coupe en est parsemée de petits points d’un blanc de lait. Ces points correspondent à des vacuoles de la substance fondamentale grise , vacuoles communiquant ensemble et remplis d’une bouillie blanchâtre, crémeuse, qui semble provenir d'un ramollissement de la substance grise. Les mêmes éléments microscopiques se retrouvent, en effet, dans ces deux substances. Ce sont des plaques épithéliales comme dans les cylindres blancs de la verrue, mais de dimensions en général moindres ; puis des globules pourvus d’un noyau, et offrant toutes les dimensions intermédiaires à celles des plaques épithéliales, et à celles de certains petits globules opalins dont il sera question tout à l’heure. Dans la bouillie blanche des vacuoles, outre ces deux éléments on trouve d’assez nombreux globules de graisse très-petits, et à côté les cellules et les plaques précédentes plus ou moins chargées de ces gouttes huileuses . ou même complètement transformées en grappes informes de globules huileux. Tout s’accorde pour faire considérer la substance blanche des vacuoles comme provenant de la mort et d’un commencement de décomposition de la substance grise. Cette dernière, outre les deux éléments qui lui sont communs avec sa pulpe blanche, renferme des corpuscules que je crois pouvoir regarder comme des germes de cellules ou plaques épithéliales. Ce sont des globules trèsnombreux, ayant au plus 8 centimillimètres (1/125), trèsnets et réguliers, sans contenu appréciable, opalins et homogènes, il y en a qui sont tellement petits qu’ils échappent à la mensuration.
Plusieurs circonstances me frappent dans cette observation. L’absence de réaction dans les parties environnantes et de suppuration , tant à la surface de la tumeur que dans les parties voisines, surtout dans les gaines synoviales qui supportent si difficilement le contact de l’air. Ensuite, en consultant mes souvenirs et mes notes, je trouve que ce n’est pas pour la première fois que j’observe l’existence de cellules épithéliales bien caractérisées au sein du cancer réticulé; j’ai rédigé une observation de ce genre, li és-détaillée , faite le 20 mars 1844, sur un cancer de la verge. J'y remarque encore l’absence do
la génération endogène si fréquente dans les cancers profonds. De plus, l'absence de vaisseaux, de sang dans la tnmeur en question. Me basant sur ces considérations , je me demande s’il n’existerait pas une différence entre les cancers nés à la surface du derme, d’une dégénérescence do l’épithélium, et toujours dépourvus de vaisseaux, et les cancers profonds, vasculaires, s'accroissant par génération endogène, etc.? Ce n’est là, jusqu’à présent, qu’une hypothèse; mais je me propose de ne pas la perdre de vue dans les recherches ultérieures que je pourrai faire sur cette mystérieuse altération.»
Le 6 mars 1846.
La note de M. Küss ne fait pas mention de la nature des cellules à nucléoles, qu’il considère comme caractéristiques de cancer; mais cette preuve n était nullement nécessaire de la part d’un homme aussi versé dans les recherches microscopiques. Nous remarquerons seulement que le cancer réticulé de Muller , dont parle M. Küss, n’est pas considéré par tous les auteurs comme une espèce distincte.
M. H. Lebeut regarde les figures réticulées, dues aux globules granuleux disposés en réseaux d’un blanc terne, comme une simple coïncidence des diverses formes de cancer, et voici dans quels termes il s’exprime :
« Nous ne pouvons admettre le cancer réticulaire, si bien « décrit par Muller, comme une espèce particulière , vu « que , d’un côté, ces figures réticulées se rencontrent dans « toute espèce de cancer, et même dans des tumeurs de « bonne nature ; et que , d’un autre côté , le cancer réticu- « laire se trouve quelquefois dans une glande mammaire,
« tandis qu’on observe le squirrhe ordinaire dans l’autre, «ou dans les glandes axillaires ou dans les organes in- « ternes. Ce sont surtout nos études sur l’infection cancé- « reuse et les nombreuses études anatomiques et microsco- « piques que nous avons pu faire sur le cancer, dans un
«certain nombre d’organes, qui nous ont donné la con- « victiou que l ieu n’autorisait à regarder le cancer à figures « réticulées comme une espèce particulière. »
Nous u’insisterons pas davantage sur cette question , nous réservant de rechercher ultérieurement quelles sont les diverses formes du cancer et quelles différences microscopiques et pathologiques elles peuvent présenter.
Obs. XV, recueillie par M. Mayer. — Tumeur fibreuse du bras gauche ; incision, guérison.
J. Ph. Farny, de Gertweiller, âgé de vingt-neuf ans et exerçant la profession de tisserand , entra à la clinique chirurgicale le 13 mars 1846. Ce jeune homme, ancien soldat, jouit habituellement d’une bonne santé , et n'a jamais eu de symptômes vénériens. Aucune maladie susceptible de transmission par hérédité ne parait avoir atteint les membres de sa famille.
Neuf mois avant son entrée à l’hôpital, et après de fortes fatigues, il vit se développer à la partie postérieure du bras gauche une petite tumeur, qui continua à se développer depuis ce moment. L’application de cataplasmes émollients étant restée inefficace, Farny vint se confier aux soins de M. Sé-
DILLOT.
La tumeur est située à la face postérieure du tiers moyen du bras ; elle est saillante , elliptique , et a son grand diamètre dans le sens vertical du membre.
Celte tumeur est mobile, d’un tissu consistant et comme élastique à la pression. On la trouve composée de plusieurs lobes réunis. La peau est d’un rouge bleuâtre , parsemée d’un grand nombre de petits vaisseaux , et un peu amincie vers le centre de la masse morbide. Aucune douleur , ni aucune gêne dans les mouvements du bras.
M. Sédilloy ayant déclaré au malade qu’une opération était nécessaire, y procéda le 14 mars. Deux incisions très-obliques circonscrivirent de bas en haut la tumeur, qui fut enlevée très-rapidement avec la peau , l’aponévrose brachiale et quelques fibres du muscle triceps, afin de ne laisser aucune parcelle de tissus altérés. Une seule ligature fut pratiquée, et malgré la facilité avec laquelle on eût pu réunir immédiatement la plaie, M. Sédillot préféra la faire suppurer et la pan6a à plat.
La guérison eut lieu el le malade quitta la clinique le 15 avril; la plaie commença par être sanieuse, grisâtre, fétide, douloureuse, les bords furent festonnés el ulcérés; mais des purgatifs répétés , des bains émollients . puis aromatiques, des opiacés et ensuite quelques légères cautérisations avec l’azotate acide de mercure et l’azotate d’argent, ramenèrent la plaie à un meilleur étal et terminèrent la cure.
La tumeur, mesurée après l’ablation , avait Ora,ll de longueur, 0m,10 de largeur et cinq centimètres d’épaisseur. Elle était composée de trois lobes, difGciles à séparer complètement, irréguliers, un peu arrondis et enveloppés d’une couche de tissu cellulaire très-mince et adhérente à la peau dans son point le plus saillant. Le tissu eu était homogène , d’une consistance très-élastique et très-ferme, comme flbrocartilagineuse , mais ne criant pas, comme le squirrhe, sous le scalpel. La coupe en laissait exsuder un liquide grisâtre , peu abondant ; elle était nette , un peu luisante , d'un aspect graisseux et assez semblable à beaucoup de masses ganglionnaires , d’une coloration gris jaunâtre. La substance en semblait transparente , mêlée de quelques stries opaques , et d’une couleur plus blanche. Deux points , moins résistants el comme gélatineux , s’observaient à la superficie , mais ils avaient une consistance plus grande que celle du squirrhe ramolli. Aucun vaisseau n'était distinct dans l'épaisseur du tissu morbide.
Une parcelle de la tumeur lut remise à >1. Küss, qui eut la bonté de nous envoyer la noie suivante :
Planche VI.
Examen microscopique. — Tumeur fibreuse enlevée le 14 mars par M. Sédillot et examinée le 17 mars 1846.
Les fibres achevées D Je celle tumeur sonl évidemment les mêmes que celles du tissu cellulaire normal. Elles ont cenliiniltimèlres 0,2 à 4 à 5. Los noyaux ou cyioblasles isolés A . et ceux renfermés dans les corps fusiformes fi C mesurent cenlimillimétres là 1,5.
Il y a aussi quelques fibres plus fortes de 0,7 à 1,5 cenliraillimèlresde largeur. Les traces de stries longitudinales qu’on y remarque sembleul indiquer qu’elles sont sur le point de se diviser eu fibrilles primitives.
Le dessin représente une parcelle de tissu vu à un grossissement de 300. Les divisions sont des cenlimillimétres ; il y en a 12. La figure entière est la 1/5lième partie d'uu millimètre carré à peu près , vu à un grossissement de 300.
Un autre examen de la tumeur, fait avec M. Ruef, nous avait donué des résultats à peu près semblables à ceux observés par M. Küss. Dans la parcelle de tissu morbide que uous avions étudiée, nous trouvâmes moins de fibres complètes et un nombre beaucoup plus grand de fibres en voie de formation , offrant une cellule mère à une de leurs extrémités. Nous aperçûmes encore une foule de cellules à deux ou plusieurs nucléoles, qui étaient tantôt réunies, tantôt disséminées dans un blastème invisible.
Si l’on compare la planche II (tumeur fibreuse du nez) a celle de cette tumeur du bras, on trouve comme différences dans cette dernière, les fibres fusiformes à cellules intercalées, et l’on pourrait se demander quelle est la cause de cette apparente variété. Nous avons représenté un cancer planche IV, fig. g , et une autre tumeur planche V, i, k, l, dans lesquelles on voit ces mêmes fibres en voie de formation. C’est une tendance commune à la plupart des cellules de se convertir en fibres , et il ne faudrait pas accorder une trop grande importance, comme moyen de diagnostic, à la plus ou moins grande rareté des corps fusiformes.
La cellule parait toujours le point de départ des trans-
formations subséquentes ; elle se développe et se multiplie infiniment dans le cancer, de manière à le constituer entièrement. Quand elle parvient à revêtir un degré d’organisation plus avancé, en se transformant en fibre, cette tendance reste impuissante et avorte, ou les fibres, comme on le voit dans quelques cicatrices partielles et passagères d’un cancer suppuré, sont bientôt détruites par l’ulcération qui s’en empare.
Dans les tumeurs fibreuses, la cellule est plus petite; elle est moins multipliée et dure moins, parce qu’elle se transforme rapidement. en fibre, qui peut disparaître par un véritable travail de résorption , rester stationnaire ou se laisser envahir par la cellule cancéreuse, qui la remplace et l’anéantit.
M. H. Lebert professe que les cellules du cancer ne se convertissent jamais en fibres , et que les corps fusiformes aperçus dans les masses dégénérées , dépendent toujours de la présence de cellules appartenant au tissu fibreux. C’est une question qui ne nous parait pas complètement résolue. M. Kiiss est d’un avis opposé, en cela, à M. H. Lebert, et on pourra vérifier que nous n’avons pas trouvé de corps fusiformes dans de véritables tumeurs fibreuses , tandis que nous en avons observé dans un assez grand nombre de cancers où la cellule intercalée semblait caractéristique de cette affection. (Voy. pl. IV, i, n.) Comment se ferait-il que les cellules cancéreuses, qui détruisent les tissus déjà vivants et constitués , laissassent se développer entre elles des fibres de tissu cellulaire , ayant une puissance vitale assez grande pour produire nue cicatrice au milieu d’un ulcère cancéreux.
La question de la nature des corps fusiformes exige, comme on le voit, de nouvelles recherches.
Nous ferons observer que la tumeur du bras dont nous avons pratiqué l’ablation, était unique, bosselée, d’un volume considérable, et qu’elle s’accroissait chaque jour. Ces caractères appartiennent au cancer, et ne sont pas ordinairement attribués aux tumeurs fibreuses.
D’un autre côté , la masse morbide n’avait nullement envahi les parties voisines, dont les conditions physiques, de tension , de consistance , d’épaisseur et de vascularité avaient été modifiées sans changements intimes de structure, dispositions fort différentes de celles du cancer, et qui nous ont empêché, aidé de l’examen microscopique, de conserver la moindre incertitude sur la nature de la maladie.
L’observation suivante nous a offert plus de motifs d’hésitation et de doute. Nous la considérons comme un des plus remarquables exemples d’une transformation du sang en tissu squirrheux.
Obs. XVI , recueillie par M. Chambert, chef de clinique. — Tumeur de £' aisselle d'apparence squirrheuse, pesant quinze cents grammes , développée à la suite d’un épanchement sanguin . au milieu du lacis vasculo-nerveux du plexus brachial. Ablation; guérison.
Le nommé Dietsch , du 10e régiment d'artillerie, âgé de vingt-quatre ans, d’un tempérament sanguin et d’une constitution très-vigoureuse, fit, dans le courant de février 1845 . une chute de cheval, sur le côté gauche. Tout le poids du corps porta sur le moignon de l'épaule, le bras étant, à ce qu’il parait, rapproché du tronc. Dès le lendemain, on remarqua qu’une tumeur du volume du poing s’élail développée à la partie antérieure du creux axillaire, au niveau du bord interne du grand pectoral. Celte tumeur offrait de la consistance et peu de sensibilité; la peau était le siéiic d'une large ecchymose. On fit usage de compresses trempées dans de l’eau mélangée d’alcool camphré; le gonflement diminua, et au bout de dix jours il n’existait plus dans l’aisselle qu’une dureté arrondie et circonscrite du volume d’une noix.
Ce soldat , se croyant guéri, reprilsonservice;maisla pe-
tite tumeur qu'il avait conservée commença bientôt à grossir, et il entra à l'hôpital le 12 septembre, dans le service de M. Sédillot.
La région axillaire laisse apercevoir une tumeur dure . indolore, légèrement bosselée, sans adhérence à la peau , assez mobile en masse et dans son contour , mais solidement Qxée du côté le plus élevé et le plus profond de l'aisselle. Elle repousse en avant'le grand pectoral . sous lequel elle se prolonge, repose sur le grand dentelé et appuie sur le muscle grand dorsal. Le diamètre autéro-postérieur de la tumeur est de 12 centimètres et de 13 verticalement.
Les mouvements du bras gauche sont parfaitement libres; les doigts n'ont jamais été le siège d'aucun engorgement ni de fourmillements. Les battements réguliers de l'artère radiale, la conservation de la force et du volume des parties , indiquent l’absence d’un obstacle au cours du sang et à l’innervation.
Des applications réitérées de sangsues et de cataplasmes émollients , l'emploi de bains et de douches , les frictions avec l’iode et le mercure, l'usage d’emplâtres fondants, et de l'iodure potassique à l’intérieur, ne paraissent exercer pendant deux mois aucune influence favorable sur la tumeur. Celle-ci s’accroit graduellement , se bosselle de plus en plus , s'étend profondément sous les muscles grands pectoral et dorsal, envahit les téguments, qui deviennent immobiles, bleuâtres , aussi durs quela masse morbide , à laquelle ils sont comme incorporés , et semblent disposés dans quelques points à se ramollir et à s'ulcérer. Le diamètre transversal de la tumeur est au commencement de décembre de 16 centimètres, et de 17 verticalement. Le malade ne souffre pas et sa sauté générale est restée parfaite.
M. Sédillot voyant arriver le moment où l'étendue de l’altération de la peau ne permettra plus d'enlever celte énorme tumeur avec quelque chance de succès , et cousidérant qu’un plus long retard la rendra définitivement incurable , propose une opération, qui est acceptée et exécutée le 17 décembre, en présence de MM. les professeurs Goffhes, Bkutuf.uand , MM. les chirurgiens majors et aides-majors Faliéres, San- CEitv, Durand, Remy . Marmy. Radat.
Deux incisions elliptiques verticales cernent la tumeur sur la limite des adhérences intimes de la peau , et permettent de l’isoler assez facilement, en avant , en bas et en arriére. Mais profondément et vers la partie supérieure de l'aisselle , les
difficultés de la dissection sont augmentées. M. Skdillot arrive sur les nerfs et les vaisseaux du plexus brachial , et son bistouri est masqué par l'ampleur et l'immobilité de la masse morbide. On la repousse foriement en arrière, et dans ces efforts elle se rompt entre les mains du chirurgien ; M. Skdillot en saisit alors les prolongements supérieurs, qui ressemblent par leur dureléel leur aspect nacré à du squirrhe, et il en poursuit la séparation jusqu'au delà des.nerfs brachiaux. Les deux racines du médian , le radial et le cubital , doivent être successivement séparés de la gangue morbide, dont ils sont complètement entourés. L’aitère axillaire est mise à nu dans une etendue de quatre travers de doigts; deux grosses veines axillaires sont à leur tour isolées , mais avec plus de peine encore, car elles semblent être le point de départ de la tumeur, avec laquelle elles sont confondues. De nombreuses branches veineuses sont divisées, et une des deux veines est tellement criblée d'ouvertures , qu’on prend le parti de la lier, pour éviter une perte de sang trop abondante ; l’autre est conservée au moyen de plusieurs ligatures appliquées sur les oriGces des collatérales qui viennent s’y dégorger. Quelques noyaux de la tumeur sont poursuivis jusqu'au niveau et au-dessus de la clavicule , et au bout de ciuq quarts d’heure de laborieuse dissection, au milieu des cordons nerveux et vasculaires les plus importants , et doDt la lésion eût pu entraîner la mort ou des paralysies iucurables, la tumeur est complètement enlevée. Le malade est exsangue, décoloré, il perd à chaque iDSlant connaissance, a des vomiluritions ; le pouls est insensible , la peau froide , et plusieurs des assistants croient la mort imminente. M. Sédillot les rassure et dit bien augurer de l’opéraliou. Des aspersions d’eau froide , une potion élhérée et opiacée, des frictions sèches sur le corps, font cesser les lipolbimies ,1a plaie est mollement pansée avec delà charpie sèche , quelques larges bandelettes de diacbylon rapprochent un peu les bords de la perte de substance, et le malade est reporté à son lit. La main est engourdie , les doigts eu apparence paralysés, mais comme les nerfs ont été soigneusement ménagés, on ne s’inquiète pas de cet état.
La plaie avait 22 centimètres de hauteur, 2‘i de largeur , et dans sa profondeur ou avait aperçu disséqués , comme pour une préparation anatomique, les muscles grand pectoral, grand dentele, grand dorsal, les nerfs du plexus brachial cl l'artère axillaire.
Quatre heures après l’opération le malade est encore froid,
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le pouls petit et a 140 pulsations , vomissements fréquents de matières vertes porracées; les secousses qu’ils occasionnent provoquent une hémorrhagie assez abondante pour pénétrer toutes les pièces du pansement. On l’arrête par le tamponnement. Le lendemain les vomissements continuent. L’estomac du malade refuse toute espèce de boissons, excepté le lait. Le pouls est encore petit, tremblotant; 130 pulsations par minute. La chaleur de la peau n’est pas encore entièrement rétablie. Les deux jours suivants les vomissements sont moins fréquents. La plaie est le siège de douleurs pulsatives trèsobtuses. Le quatrième jour après l'opération le malade éprouve un frisson intense, qui dure pendant une heure et demie, et auquel succèdent une chaleur vive et des sueurs assez copieuses. Ce frisson se répète le lendemain et le surlendemain ; la peau offre une teinte légèrement jaunâtre , et M.Sédillot diagnostique un commencement de pyohémie. Tisane de camomille, purgations répétées avec l’huile de riccin.
On enlève l'appareil à pansement, qui répand une odeur fétide et qui est tout imprégné de sang et de sérosité sanguinolente. Les mouvements du bras sont difficiles et douloureux. La surface de la plaie est inégale , d’un gris sale , recouverte d’une sanie fétide, ténue, grisâtre. Son diamètre vertical est de 20 centimètres, et le diamètre horizontal de 21. Les jours suivants cet aspect grisâtre disparait peu à peu d’avant en arrière, pour faire place à des bourgeons charnus de bonne nature. La Sanie qui suintait à la surface est remplacée par un pus bien lié, blanc , mais conservant toujours une odeur ammoniacale très-infecte. Le huitième jour après l’opération la solution de continuité présente des granulations pyogéniques de très-bon aspect; la suppuration est médiocrement abondante, ses propriétés physiques sont très-satisfaisantes, mais son odeur est toujours la même. Un lambeau de tissu cellulaire gangrené se détache de la face postérieure du grand dorsal, entre ce muscle et la peau. Les diamètres vertical et horizontal de la peau sont : de 0,17 et 0,18.
Le treizième jour les bourgeons charnus deviennent proéminents et fongueux. Une légère compression exercée à l’aide du pansement sert à les déprimer. Diamètre vertical 0,13 . horizontal 0,15. Suppuration moins lélide, médiocrement abondante, de bonne nature d’ailleurs. Peu à peu les bords de la plaie s’affaissent et tendent à se confondre avec les bourgeons charnus , par l’intermédiaire du tissu cicatriciel. La naluro des organes dénudés devient de moins en moins dis-
Gl
lincle. Le pouls est ample et résistant ; toutes les fonctions s'accomplissent régulièrement. Le fond de la plaie se comble peu à peu. *
Le vingt et unième jour les parties décollées par suite de la chute du tissu cellulaire mortifié adhèrent peuà peuau muscle dénudé. La suppuration est moins infecte et plus épaisse. Le diamètre horizontal diminue plus rapidement que le diamètre vertical; et au trente-deuxième jour le premier ne présente que 0,06 et le second 0,08.
Le quarante-troisième jour la plaie n’offre plus que deux centimètres d’avant en arrière, et trois centimètres de haut en bas. Les mouvements du bras peuvent être exécutés dans une assez grande étendue , sans aucune douleur pour le malade; ceux de ia main et des doigts sont depuis longtemps rétablis.
Le soixante-troisième jour la surface non réunie de la plaie ne présente guère que le diamètre de 1 centimètre dans tous les sens. Les mouvements du bras gauche sont presque aussi faciles que ceux du bras opposé; le malade jouit d’ailleurs de la plus parfaite santé.
Le soixante-dixiéme jour , cicatrisation presque complète. La cicatrice a l’apparence d’un cœur de carte à jouer dont l'angle serait tourné en bas. Ses dimensions sont : verticalement six centimètres, horizontalement huit centimètres. Le malade est réformé et quitte quelques mois après l’hôpital parfaitement guéri.
La tumeur enlevée avait la forme d’un cône tronqué dont la base sous-cutanée offrait 36 centimètres de circonférence et le sommet répondant au creux axillaire 29 centimètres. La hauteur était de 17 centimètres. Le poids total de la tumeur était de 1500 grammes. La peau qui la recouvrait était trèsadhérente, violacée , et avait perdu sa structure pour prendre celle du tissu morbide subjacent. Celui-ci semblait formé d’un noyau primitif développé depuis les vaisseaux axillaires jusqu’à l’aponévrose , et d’une seconde pai lie , comprenant l’aponévrose, le tissu cellulaire sous cutané et les téguments. Cette deuxième portion, encadrée en sorte de calotte sur la première, y était unie par des prolongements assez minces, et pouvait être écartée et soulevée avec une certaine facilité.
Le tissu de la tumeur était homogène, lardacé, d’une couleur jaune grisâtre , résistant , élastique, criant sous le scalpel et laissant suinter un liquide albumineux. Les bosselures extérieures répondaient à autant de masses distinctes, quoique
intimement unies, et ayant toute l’apparence du squirrhe. Çi et là , à l'intérieur même de la tumeur, quelques points étaient rSmollis et avaient pris l'aspect et la consistance du tissu encéphaloïde. Au centre, mais cependant plus prés du sommet que de la base, existait un noyau de matière jaune . sèche, Qbreuse , de la grosseur d’une petite noix, comme enkysté dans une cavité que lui formait le tissu de la tumeur, dont elle pouvait d’ailleurs être parfaitement énucléée.
On a du se demander, en lisant cette observation, quelle était la nature réelle de la maladie. Sans doute , la tumeur était énorme, ses progrès assez rapides pour faire craindre une terminaison funeste; l’ablation en était la dernière ressource, et elle fut achevée complètement et de la manière la plus heureuse , malgré les difficultés d’une dissection des plus délicates. L’efficacité de l’art est évidente, et on ne pouvait espérer un plus beau succès; mais la question reste la même : Quelle était la nature de la tumeur?
Était-ce une masse squirrheuse , fibreuse ou fibrineuse? quelle en avait été l’origine? quelles pouvaient en être les terminaisons ? la récidive était-elle à craindre ? Tels étaient les problèmes à résoudre , et nous dûmes en rechercher la solution.
La nature purement fibrineuse de la tumeur n’était pas admissible. La masse morbide était bosselée; elle s’était développée peu à peu par l’organisation et l’accroissement d’un noyau primitif de la grosseur d’une petite, noix ; elle était envahissante ou destructive, puisqu’elle s’était incorporé les tissus circonvoisins et même la peau, ou les avait, si on préfère celte explication, remplacés, en les faisant disparaître devant ses progrès. A ces caractères on ne pouvait reconnaître une tumeur formée par la fibrine du sang; car ce n’était pas ici le point de départ que nous recherchions, mais l’état acquis ou actuel, et il n’y avait
aucune analogie entre le tissu blauc, nacré, contourné en fibres, bosselé, résistant, delà tumeur, et les dépôts fibrineux observés dans les tumeurs anévrisraales , dans les kystes hématiques des grandes lèvres , dans les hémalocèles, et partout enfin où du sang s’est trouvé accumulé avec absorption de son sérum.
Était-ce une tumeur fibreuse? Nous n’oserions pas le nier ; mais combien de différences tranchées viennent nous frapper, si nous nous en rapportons aux caractères signalés par la plupart des pathologistes !
Les tumeurs fibreuses s’accroissent lentement, et celleci se développait avec une effrayante rapidité; elles sont multiples, mobiles, homogènes, et ici nous avions sous les yeux une masse unique, adhérente, ramollie dans plusieurs points. Fallait-il donc admettre que ce fût un véritable squirrhe? A l’exception des douleurs lancinantes, dont le malade ne se plaignit jamais , tout confirmait cette supposition. L’aspect et la consistance, le grincement sous le scalpel, le suc albumineux, les ramollissements partiels, la forme bosselée, les progrès incessants et rapides, la disparition des tissus normaux, la tendance ulcératrice, le volume et le poids de la tumeur offraient les caractères les moins douteux du cancer.
En cet état de cause, l’examen microscopique était nécessaire , et voici ce qu’il nous apprit :
Le tissu morbide semblait composé d’une foule de cellules, dont le diamètre variait entre celui d’un globule de sang et un diamètre double. Quelques-unes étaient un peu plus volumineuses; ’inais elles étaient rares; le plus grand nombre dépassait seulement ces dimensions d’un sixième ou d’un cinquième, et beaucoup étaient égales.
Toutes ces cellules étaient circonscrites par une zone de
couleur un peu sombre , à contours, en général, assez nets, et variant de l’ovale au cercle, avec quelques dépressions très-légères. Çà et là on trouvait des cellules dont le contour était un peu ondulé; mais c’était probablement un commencement d’altération, et il fallut nous servir d’eau sucrée pour les distinguer ; car les cellules étaient tellement pâles, qu’on ne parvenait pas à les voir nettement en y ajoutant de l’eau. En dedans de la ligne extérieure ou de circonférence , existait une zone plus claire, renfermant un fond ou partie centrale plus sombre, dans laquelle existaient des nucléoles d’une teinte aussi claire que celle de la seconde zone.
Les nucléoles étaient généralement faciles à reconnaître ; cependant dans beaucoup de cellules elles formaient des espèces de chapelets irréguliers et en remplissaient tout l’intérieur en se perdant même sur leurs bords. Dans ce cas, une ou deux nucléoles étaient réellement apparentes; les autres l’étaient beaucoup moins et ressemblaient à une sorte de piqueté blanc. 11 y avait un petit nombre de cellules dans lesquelles on n’apercevait que ce piqueté; mais alors leur contour était frangé, et elles avaient une grande analogie avec un globule de sang altéré. Sur vingt cellules à nucléoles, il y en avait à peine une tout à fait frangée.
La forme arrondie l’emportait beaucoup eu nombre sur la forme ovalaire. Les cellules rondes à deux nucléoles étaient plus communes que celles à une seule ; cependant, en variant le champ du microscope , on rencontrait des espaces où les cellules à nucléole solitaire étaient les plus nombreuses.
Diverses circonstances ne nous ont pas permis d’étudier avec tout le soin possible les parties ramollies de la tumeur ; mais les observations précédentes semblent démon-
trer que le tissu morbide était composé de globules de sang plus ou moins altérés et dénaturés, et de globules tendant à la forme de ceux du squirrhe, et n’en différant que par un moindre diamètre. Nulle part nous ne rencontrâmes de fibres en voie de formation ou déjà développées, telles que nous les avons représentées en G, pl. Il , et en B C , pl. VI.
Il y aurait donc lieu à admettre ici la dégénérescence du sang en tissu squirrheux, et voici comment nous expliquerons l’origine de la tumeur :
Un premier épanchement sanguin avait eu lieu au moment de la chute du malade , et avait laissé dans l’aisselle et autour des veines , contuses et déchirées , un véritable dépôt fibrineux, dont la résolution n’avait pas été obtenue. Un travail d’organisation morbide s’était emparé de ce dépôt, comme l’avait reconnu J. Hcnter, et comme l’a exposé M. Velpeao , dans sa remarquable thèse De la contusion , et la transformation squirrheuse s’opérant, on comprend tous les phénomènes ultérieurs présentés par la tumeur.
La terminaison eût été une ulcération suppurative nécessairement mortelle; car la peau dégénérée commençait à se ramollir, en même temps que l’étendue de ses adhérences était chaque jour plus considérable. La gangrène curative est un cas tellement exceptionnel, qu’il n’y avait pas à l’espérer, et il n’y avait pas d’élimination spontanée possible.
La récidive reste-t-elle à craindre? Nous pensons qu’il existe chez cet homme une prédisposition, sans laquelle une pareille altération ne se fut pas produite. Mais, en considérant l’origine traumatique de la tumeur, la santé et la jeunesse du blessé, l’absence de toute influence hé-
rôditaire , l’époque de l’opération, la nature encore incomplète de la dégénérescence, dont l’ablation fut entière, nous pouvons espérer qu’en évitant toute cause occasionnelle et déterminante, la prédisposition restera latente et la santé assurée. Cet homme s’est marié depuis sa libération du service, et il ne se ressent plus en aucune manière de la terrible épreuve qu’il a subie.
06s. XVII, recueillie par M. Mayer, aide de clinique. — Tumeur squirrheuse de la région cervicale s'étendant des téguments au rachis. Extirpation ; cicatrisation rapide.
Débenalhe , Antoine, vigneron, âgé devingt-huitans, vint à la clinique le 3 novembre 1845. C’rlait un homme assez robuste et dont les parents étaient sains. Il y avait dix ans environ qu'une tumeur apparut chez lui sur le côté droit du cou ; elle était indolore , dure , sans changement de couleur à la peau. Dans l'espace de deux ans elle avait acquis assez de développement pour faire exempter cet homme du service militaire. Depuis elle n’avait pas cessé de grossir, et lors de /'entrée du malade à l’hôpital, elle mesurait 14 centimètres dans sa largeur , et 0,t8 dans sa longueur prise obliquement de l’angle de la mâchoire vei s la trachée. Quoique la tumeur, qui était très- dure et bosselée .atteignît le pharynx, le larynx et la trachée, la respiration n'élail pas gênée. Pas de changement de coloration à la peau, seulement un peu de rénitence à la partie interne , vers la trachée. La tumeur était mobile et soulevée par des battements isochrones an pouls. Elle n'avait jamais été le siège d'aucune douleur.
Le 11 novembre, M. Sédillot en pratiqua l’ablation. Une incision cruciale permit de disséquer les téguments et de mettre la tumeur à nu ; celle-ci , entourée d’un tissu cellulaire lâche, fut ensuite facilement détachée.
La plaie résultant de cette opération était vaste et profonde ; on y apercevait l’origine des artères carotides externe et interne ; la carotide primitive , la veine jugulaire interne, le nerf pneumo-gaslrique, les parois du pharynx et toutes les parties avaientèté tellement refoulées, que le doigt touchait directement les vertèbres cervicales. L’angle supérieur en fut réuni par deux points de suture entortillés, et le fond rempli de boulettes de charpie.
Dans les premiers jours seulement l'opéré se plaignit de douleurs au côté droit de la tète , de di fûcolté à la déglutition, de petits accès de suffocation, par suite du gonflement des parois pharyngiennes , qui avaient été mises à nu. Ces phénomènes disparurent rapidement. On laissa peu à peu la plaie se réunir, à l’exception de l’angle inférieur, pour l’écoulement des liquides. Le 12 décembre, trente deux jours après l’opération , Débenathe sortit guéri de l’hôpital.
La tumeur enlevée dépassait le volume des deux poings. Elle était entièrement bosselée à sa surface, avec quelque ressemblance, sous ce rapport , à un rognon de veau. Chacun des mamelons dont elle était constituée était intimement adhérent à la masse commune et ne pouvait eD être détaché. La coupe était nette, d’une teinte blanc grisâtre, la consistance élastique. Des espèces de fibres blanchâtres, plus ou moins concentriques, s'apercevaient à la surface des sections , d’où suintait un suc grisâtre, comme albumineux et très-rare. Le microscope montra la tumeur composée de cellules cancéreuses parfaitement caractérisées. Ces cellules étaient plus volumineuses qu’on ne les observe même communément dans lesquirrhe; elles variaient entre millimétrés 0,03 et 0,04 . étaient les unes arrondies, les autres ovoïdes, renfermaient de un à trois nucléoles et eussent été rapportées avec la plus grande raison à l’encéphaloïde, si la structure apparente de la tumeur n’avait complètement repoussé cette supposition.
L’emploi du microscope nous fut ici d’un secours précieux ; car nous eussions cru , sans les caractères qu’il nous signalait, avoir opéré une simple tumeur fibreuse. Il n’y avait pas eu de douleurs lancinantes, pas d’assimilation des tissus voisins, qui avaient été seulement refoulés. Le malade était jeune , bien portant ; il guérit parfaitement , et nous l’avons revu depuis, jouissant d’une santé parfaite. Le tissu morbide n’était nulle part ramolli, nulle part adhérent. C’étaient de grands motifs pour mettre en doute l’existence d’un cancer, et il suffirait de comparer ce cas au précédent, pour nous convaincre de la nature squirrheuse de la tumeur axillaire. M. le docteur Aronssohn, qui était présent à l’opération, médit avoir été
consulté pour une tumeur du cou , semblable à celle que je venais d’enlever, et l’avoir vue récidiver après une première ablation. Ce fait viendrait à l’appui des caractères fournis par le microscope , et il serait une preuve de plus de l’excessive difficulté de distinguer, directement et à l’œil nu, une tumeur fibreuse d’un véritable squirrhe. Il confirme également la justesse de nos remarques au sujet des tumeurs réputées cancéreuses. Quelques-unes, avonsnous dit, ont tous les caractères assignés aux dégénérescences, et le microscope n’y découvre pas néanmoins de cellules cancéreuses, tandis que d’autres tumeurs, classées par le microscope parmi les cancers, seraient rangées dans les tumeurs fibreuses , d’après les descriptions et les appréciations ordinaires de la pathologie.
Scarpa , dans un mémoire sur le cancer (1825) , rappelé dans l’article sur le même sujet publié par M. H. BÉrard (Répert. des sc, mèd.) , limitait le siège du squirrhe aux glandes conglobées extérieures, à la peau et à certains viscères tapissés d’une muqueuse. Lesein, la parotide, le testicule, les glaudes sous-maxillaires et lacrymales, l’œsophage, l’estomac, le rectum, le vagin, le col utérin, le larynx, seraient particulièrement exposés à l’invasion du squirrhe, qu’on ne rencontrerait jamais primitivement dans les ganglions et les vaisseaux lymphatiques , les glandes sublinguales, les amygdales, le corps thyroïde, etc. Malgré la grande autorité de Scarfa, on ne saurait admettre cette doctrine d’une mauière absolue; mais ses observations, justes et fondées, en général, donnentune nouvelle valeur au fait contradictoire que nous avons rapporté.
L’incision cruciale dont nous fîmes usage, est un retour aux méthodes anciennes, auxquelles l’expérience nous ça-
mèue chaque jour. Les lambeaux légumentaires furent légèrement rapprochés , le fond delà plaie rempli de charpie, et plus tard, l’écoulement des liquides étant assuré, la guérison s’acheva sans aucun accident intercurrent. Nous sommes convaincu que la réunion immédiate eût échoué, et que le sang, le plasma et le pus, accumulés dans l’excavation produite par l’ablation de la tumeur, eussent donné lieu à de l’inflammation , des étranglements, à l’altération des surfaces en contact, et peut-être à une pyohémie mortelle. La cicatrice fut à peine apparente, et la région cervicale, moulée par M. le docteur Robert avant l’opération et après la guérison du malade, forme deux pièces en plâtre colorié , dont le dépôt a été fait au Muséum de la faculté.
Les observations de cancer du sein sont si communes que nous nous bornerons à choisir comme exemples quelques-unes de celles que nous avons recueillies.
Obs. XVIII, par M. Reiu-Mann, aide de clinique. — Tumeur squirrheuse du sein. Opération; guérison.
Louise B., ouvrière , âgée de vingt-trois ans , un peu chlorotique, entre à la clinique le 18 août 1845, pour unetumeur mobile au sein droit, provenant d’uu coup reçu deux années auparavant. Les règles ont disparu depuis dix-huit mois. Une première tumeur, du volume du pouce, existe en dehors de l'auréole du mamelon et est surmontée par une seconde tumeur oblongue et un peu irrégulière. La pression ne peut être supportée , et il existe des douleurs lancinantes vives et répétées, dont se plaint beaucoup la malade. Une troisième tumeur existe vers l’aisselle , au-dessous du bord inférieur du muscle grand pectoral. Après quelques essais de résolution , l’opération est proposée par M. Sédillot , qui la pratique le 5 septembre et se borne à enlever les deux tumeurs du sein, espérant que celle de l'aisselle étant symptomatique, pourra se dissiper spontanément. Les régies ont reparu le 8 octobre, et la cicatrice s’est achevée.
Les douleurs s'accroissant dans la petite tumeur de l’aisselle,
M. Skdillot l’enlève le 8 novembre. La plaie suppure comme la précédente et se ferme au commencement de décembre. La' malade , qui attendait une place , quitte l’ hôpital le 25 du même mois.
Nous devions supposer l’existence de tumeurs fibreuses. La malade était très-jeuue; une coutusion et par conséquent un épanchement de sang avait été la cause première de l’affection ; cependant le microscope nous révéla des cellules squirrheuses. N’est-ce pas une preuve de plus du peu de fondement de la distinction que M. le professeur Cudveilhier a voulu établir entre les tumeurs fibreuses ne dégénérant jamais , et les véritables cancers ?
06s. XIX. — Tumeur multiple du sein , de nature probablement fibreuse.
Mrae X , âgée d'environ vingt-cinq ans , voit se développer spontanément au sein gauche une foule de lumeurs arrondies, mobiles , d’un volume inégal et variant depuis un pois jusqu'au volume du poing. Ces tumeurs sont le siège de douleuis lancinantes , et la glande mammaire semble çà et là le siège d’une sorte d’induration. Depuis plus d’un an que le mal a commencé, les progrès en ont été constants. On se décide à enlever quelques-unes des masses morbides les plus grosses et en même temps les plus incommodes par leur poids et leur sensibilité. Deux incisions me permettent d’en extraire trois, dont une a au moins le diamètre du poing. Les plaies guérissent en quelques jours par première intention.
Le tissu morbide n’a pas été examiné au microscope , mais il était dur, homogène, élastique, criant sous le scalpel, laissant transsuder à la section un liquide lactescent, et offrant des surfaces inégales et légèrement bosselées.
Depuis trois ans que celle opération a été pratiquée, de nouvelles tumeurs se sont développées et se sont étenduesjusque dans l'aisselle, par des traînées lymphatiques noueuses et résistantes, que l’ou sent parfaitement avec le doigt. Le sein droit a été envahi à son tour , mais depuis quelque temps les douleurs et l’accroissement des tumeurs ont cessé, sous l’influence d’un traitement résolutif très-énergique.
Certes, il y a peu de cas dans lesquels on rencontrerait
plus de caractères réunis des tumeurs fibreuses : jeune Age de la malade, mobilité et surtout multiplicité des tumeurs, tissus environnauts parfaitement sains. Mais il y a toutefois des prolongements vers l’aisselle, des douleurs lancinantes, de l’émaciation ; les tumeurs prennent de l’accroissement, et nous ne saurions nous empêcher d’avoir de vives craintes sur l’issue plus ou moins éloignée de celte affection.
Obs. XX, recueillie par M. Kuhlmann, chef de clinique. — Cancer du sein. Opération; guérison.
Apoline S., âgée de cinquanle-lrois ans , a élé frappée , il y a un an , au sein droit et sur d'aulres parties du corps par son mari, qui est cultivateur. Les ecchymoses produites se dissipèrent, mais il resta au sein une petite tumeur globuleuse, mobile, qui augmenta successivement de volume et devint le siège d’élancements et de douleurs à la pression , et finit par s’ulcérer, il y a quelques mois. Une nouvelle tumeur apparut dans l’aisselle.
La malade voyant son affection faire des progrès, entre le 26 juillet dans le service de M. Sédillot.
La tumeur du sein est alors de la grosseur d’un petit œuf; elle est mobile sur la paroi thoracique, ulcérée au sommet du mamelon , dans uneétenduede trois centimètres. Les bords de la plaie sont irréguliers , fongueux , un peu élevés ; le fond en est grisâtre, sanieux et fétide.
La tumeur de l’aisselle est mobile et un peu moins volumineuse.
M. Sédillot fit l'ablation de ces deux tumeurs; les plaies fureut pansées à plat, s’ulcérèrent légèrement en raison du mauvais état de la constitution, puis se détergérent et furent cicatrisées vers le 15 août.
L’exameu microscopique ne laissa aucun doute sur le carac 1ère cancéreux de la maladie.
Cette observation mérite beaucoup d’attention. C’est un exemple commun d’une tumeur fibrineuse passée à l’état de cancer. Qui eût pu porter ce diagnostic un mois après les contusions reçues, et l’épanchement de sang et l'engorgement produits? On eut cru à une tumeur fibrineuse,
et, en la voyant se développer et s'accroître, tout en restant mobile et sans adhérence, on eût pu la supposer de ualure fibreuse. Mais la malade était âgée, usée par la misère et le chagrin ; aussi voyons-nous la tumeur s’ulcérer promptement, tandis que chez la jeune fille de l’obs. XVIII, le mal avait marché lentement, et aucune adhérence ne s’était formée. Cependant, dans les deux cas, mêmes causes et mêmes effets primitifs; mais l’évolution ultérieure des tissus morbides varie selon les conditions concomitantes, et tous les praticiens ont vu des engorgements du sein , suite de contusion , se changer, à l’époque de la ménopausé , en cancers caractérisés , après un état stationnaire de vingt années. Comment dès lors rester inactif devant un avenir aussi menaçant, et pourquoi hésiter à enlever, au début et après l’essai infructueux d’un traitement résolutif, une tumeur qui recèle un germe mortel? Qui pourrait d’ailleurs certifier l’innocuité d’une tumeur déjà cancéreuse, quoiqu’aucun accident n’en indique encore la nature? N 'exerce- 1- elle pas une influence dialhésique sur la constitution , et sa présence n’est-elle pas seulement une menace, mais encore un danger?
06s. XXI, recueillie par M. Ruhlmann , aide de clinique. — Cancer ulcéré de tout le sein gauche . avec prolongements profonds dans l’aisselle. Opération ; guérison.
Elisabeth F., née à Senones (Vosges), et âgée de quarantedeux ans , entra le 4 février 1846 dans le service de M. Sédillot , auquel elle avait étéadressée par .11 . le docteurCARRÈRE, de Saint-Dié. Deux ans auparavant la malade avait reçu au sein gauche un coup de corne de bœuf, et la glande mammaire était restée indurée. Deux mois plus lard , nouvelle contusion sur la partie affectée, dont le volume n’a cessé de s’accroître depuis ce moment. Actuellement tout le sein est dur, volumineux, bosselé, ulcéré dans un des points de sa surface,, et comme partagé en plusieurs masses de volume inégal, mais intimement unies. Le mamelon est devenu im-
mobile ; mais le sein en totalité peut cire légèrement déplacé, et écarté des parois thoraciques. Les bords de l'ulcère sont irréguliers et rougeâtres. Au-dessous du sein existe une seconde tumeur mobileÿdu volume d'un petit œuf de pigeon et recouverte de téguments trés-amincis.
Depuis deux mois plusieurs ganglions se sont développés dans l’aisselle; ils paraissent mobiles, mais très-profonds.
Des douleurs lancinantes trés-vives se font sentir dans toutes les tumeurs, la malade n’est pas émaciée et a conservé de l’appétit et du sommeil.
M. Sédillot ayant déclaré l’opération encore praticable, l'exécute le 5 août. Tout le sein est enlevé avec une partie des fibres subjacentes du muscle grand pectoral. Une seconde incision ovalaire permet d’emporter la tumeur située plus bas, et eufin les tumeurs de l’aisselle sont découvertes par une longue incision longitudinale , et séparées des nerfs et de l’artère axillaires, qui se voient à nu au fond de la plaie.
Beaucoup de sang s'est écoule pendant l'opération , principalement par l'aisselle. Ou panse à plat. La malade est purgée tous les deux jours ; l’énorme plaie du sein sa recouvre rapidement de bourgeons charnus et se rétrécit chaque jour. Celle de l’aisselle a été grisâtre , sanieuse , fétide , avec mortification de quelques filaments celluleux , puis elle s’est détergée et a fourni vers le douzième jour du pus de bonne nature. M. Skdillot fait remarquer à cette occasion l’influence de l écoulement facile ou de la rétention des liquides , et en offre les deux plaies comme exemples.
La malade se lève, se promène, a repris ses forces, de l'embonpoint, et quitte l'bôpilal le 20 mars. L'aisselle est guérie, et il ne reste à la région du sein qu’une petite plaie dont la complète cicatrisation est très-prochaine.
On ne trouve d’engorgement ni de saillies ganglionnaires dans aucun point.
Le microscope, dans ce cas , confirma le diagnostic, et les cellules du cancer furent trouvées en grand nombre dans le tissu morbide , qui avait toutes les apparences ordinaires du squirrhe, induré, ramolli et ulcéré. Quelques cellules avaient le volume, la transparence et la netteté de contour de l’encéphaloïde.
La récidive est certainement possible, pour ne pas dire
probable; mais' comment agir? Fallait-il abandonner la malade à une mort inévitable et prochaine? Quels agents thérapeutiques eussent arrêté les progrès d’une pareille dégénérescence? L’opération était donc, malgré sa gravité, la ressource la moins incertaine. Le résultat en fut très-heureux. La malade quitta la clinique dans un état de santé apparente parfait; toutes ses craintes s’étaient évanouies. N’est-ce pas déjà un résultat désirable? Il est possible que la guérison se maintienne, malgré l’imminence de la récidive ; mais un nouveau cancer apparaitrait-il dans quelques années ou même plus tôt , que nous devrions encore nous applaudir des résultats obtenus. La santé rétablie est une halte dans le chemin fatal où nous précipite le développement d’une affection cancéreuse; c’est un arrêt dans la douleur et dans la crainte, seulement notre espérance de succès définitif serait plus vive , si l’opération avait été moins tardivement pratiquée.
Obs. XXII. — • Cancer ulcéré de l'œsophage ; destruction de la trachée-artère ; épanchement de matières alimentaires dans la plèvre droite.
M. XX., ancien militaire, fut atteint d'nne dysphagie, dont les progrès nécessitèrent, au bout de quelques années , l’application d une sonde œsophagienne. Trois mois avant la mort, arrivée en mars 1844 , le malade ne pouvait plus avaler aucun liquide, sans être pris immédiatement d’accidents de suffocation, et on entendait alors en arriére et au niveau des premières vertèbres dorsales un gargouillement très-marqué.
Dans une consultation entre M. Coze, médecin du malade, M. Hirtz et moi, nous fûmes d’avis que la trachée ai 1ère était ulcérée et qu’une communication s’était établie entre cet orgaue et l’œsopbage. Je continuai à nourrir le malade avec le secours d’une sonde de gomme élastique , introduite par une des narines et laissée à demeuie, mais nettoyée ou changée tous les cinq à six jours, selon le désir du malade. Une pleurésie droite, survenue à la suilede vomissements, se manifesta dans les derniers jours de la vie, et lit succomber
très-rapiJement le malade, dont les forces s'étaient jusque-là assez bien soutenues.
L'autopsie révéla une large ulcération de la face antérieure de l'œsophage, communiquant avec la trachée à l’origine des bronches. La plèvre du côté droit avait été détruite par les progrès du cancer, et elle était remplie de matières alimentaires, qui y avaient pénétré pendant les accès de vomissement, et avaient occasionné la pleurésie. Toutes les parties en contact avec la sonde étaient parfaitement saines , et on ne rencontra aucune autre altération.
Je n’aurais pas rapporté cette observation, recueillie à itDe époque où je ne m’occupais pas encore des caractères microscopiques du cancer, si elle n’eût pas été de nature à ramener beaucoup de praticiens à des idées plus justes sur les effets du contact permanent des soudes sur les membranes muqueuses. A entendre certaines opinions, il semblerait extrêmement dangereux de laisser des sondes à demeure dans l’oesophage ou dans l’urètre Ce sont là des craintes imaginaires dans le plus grand nombre des cas. Je traite , comme le faisaient Desaült, Cbopart, Boyer , etc., la plupart des rétrécissements de l’urètre par des sondes laissées à demeure d’un à lu it jours et plus, selon la sensibilité des malades, sans qu’il en résulte aucun accident, et avec la satisfaction d’en éviter de très-graves, résultant de cathétérismes trop répétés et souvent trèsdifficiles. Dans le fait actuel , une sonde œsophagienue d’un très-gros calibre et arcboutant contre la face antérieure du pharynx , restait en place pendant plusieurs jours, et n’était enlevée que pour être immédiatement remplacée, et néanmoins les tissus en coniact n’avaient pas offert la moindre trace d’altération.
On a quelquefois cherché à monopoliser certains points de la pratique, en trompant le public et ses confrères sur la valeur reelle de procédés sanctifiés par l’expérience, et
qu’on est parvenu à faire momentanément repousser, en généralisant les accidents qu’ils pouvaient occasionner d’une manière exceptionnelle. On arrête et on retarde ainsi les progrès de la science, et l’histoire des rétrécissements des conduits muqueux nous en fournirait plus d’un exemple.
Obs. XXIII. — Squirrhe concentrique de l'œsophage. Mort par inanition.
M. X., d’ un âge dé^à avancé, et attaqué depuis longues années de dysphagie, fiait par rejeter une partie des aliments dont il faisait usage, et un jour vint où l'obstacle au passage des matières alimentaires fut tel que rien ne passa. Plusieurs personnes essayèrent inutilement d’introduire des soudes , et le malade , déjà affaibli , périt bientôt d'inanitiou.
L'autopsie lut faite , el j’eus l’occasion de voir l'altération qui avait déterminé les accidents susmentionnés, dont je u avais pas été témoin.
Un squirrhe fusiforme avait envahi l'œsophage, à deux Iravers de doigt environ du cardia , dans une étendue de trois à quatre centimètres. Les parois de ce conduit avaient triple au moins d'épaisseur , el un trés-mince stylet pouvait à peine traverser le rétrécissement, qui était précédé d'une large dilatation œsophagienne, sorte de venlricu'e supplémentaire.
Le désir de proposer et de faire connaître un nouveau procédé opératoire m’a fait citer cette observation.
On avait jugé le rétrécissement infranchissable de l’œsophage une cause absolue de mort, et le malade avait été déclaré incurable et dans un état désespéré. Les hommes qui avaient porté ce jugement, étaient, sans contredit, expérimentés el instruits , et leur voix avait été celle de la science; cependant on pourrait, je crois, aller plus loin, et trouver une dernière ressource pour conserver la vie.
J’ai montré à la Société de médecine de Strasbourg des pièces anatomiques, provenant d’un chien, chez lequel
j’avais produit une fistule stomacale par un procédé plus simple que celui de M. Blondlot. L’opération est assez facile et ne paraît nullement daugereuse; elle m’a parfaitement réussi dans plusieurs cas, et je n’hésiterais pas à la répéter sur l’homme. Des aliments liquides, tels que de la soupe, des crèmes, de la viande pilée, seraient injectés par la canule, placée dans l’orifice fistuleux pour en prévenir l’occlusion, et la digestion s’opérerait parfaitement. Si l’on croyait la mastication et l’insalivation nécessaires, on ferait subir cette préparation aux matières alimentaires, et ce ne serait pas seulement une opération palliative et d’un avantage éphémère , elle pourrait entièrement rétablir et conserver la sauté1.
06s. XXIV, recueillie par M. Benoît, chef de clinique. — Hydrocèle opéré depuis deux mois; cancer de l'estomac. Mort.
M. X., entré à la clinique chirurgicale au commencement de l’année 1845, pour une hydrocele gauche volumineuse , est un vieillard émacié, mais d’une intelligence encore assez active. Il est opéré par injection de vin chaud , et meurt deux mois après , à la suite de vomissements répétés, qui ont fait diagnostiquer une altéiation profonde du pylore.
En examinant les bourses, on trouve une grande quantité de filaments celluleux dans la tunique vaginale, siège de l’injection. Un peu de sérosité existe encore dans l’espèce de tissu spongieux aréoiaire que je signale , et qui n’avait pas, comme on le voit, déterminé l’adhésion complète de la séreuse. Une tumeur squirrheuse ulcérée avait fait obslaclc au passage des matières alimentaires et occasionné la mort.
M. Küss eut la bonté d’étudier au microscope la tumeur squirrheuse du pylore, et voici les résultats de son examen:
I Voir mon Mémoire sur ce 6ujct dans le compte-rendu de l'acadcmic des sciences, 27 juillet 184G.
Planche VII.
Examen microscopique.
(Grossissement de 500. — Échelle de 12 cenlimillimètres.)
Le lissu nouveau affecle deux formes : 1° celle d’une masse squirrheuse d’un blanc grisâtre, qui a remplacé les tissus sous-muqueux de la région pylorique ; 2° au niveau du pylore ily a de petits tubercules déposés dans la masse précédente , ou bien dans la substance charnue du pylore et dans le lissu cellulaire scus-muqueux restés sains; ces tubercules ont l'aspect de ceux du poumon : leur consistance est moindre que celle du squirrhe, quoique moius friable que celle du tubercule proprement dit. De petits amas de matière noire sont déposés dans l’épaisseur de leur couche périphérique.
Deux petits abcès sous-muqueux occupent la même région : leurs parois sont en partie formées par le tissu squirrheux, et en d’autres points n’offrent rien de suspect. Le pus est épais, lié , tenace et filant , d’un jaune verdâtre.
Analyse microscopique du tissu nouveau. C’est une trame de fibres entrecroisées en tous sens , droites , cassantes. La figureO représente un faisceau de ces fibres , qui se détachait
du bord d’une parcelle , examinée sous le microscope. A ces fibres se trouvent mêlées, en différentes proportions, des fibres de tissu cellulaire normal. Cn des tubercules , placé sur la limite de la dégénérescence, ne m’a offert que des fibres de tissu cellulaire.
Dans celte trame se trouvent déposés les éléments A - N.
i. Cellules simples primaires. A B. Elles sont rarement isolées et le plus souvent renfermées dans des cellules plus grandes. Forme en général allongée . toujours très régulière, contours nets formés par une ligne opaque. Intérieur plus ou moins finement granulé, et pourvu d'un noyau très-distinct (voy. aussi les cellules renfermées dans C et G). Les plus grandes n’atteignent jamais un centimilliraétre de diamètre. Quand il y a plus d’un noyau (voy. le contenu de D HJ, il semble qu'il y ait déjà formation de cellules secondaires.
II. Cellules secondaires r enfermant des cellules simples. Beaucoup plus communes que les précédentes : C D G H. Elles sont finement granulées, leurs contours sont nets, mais pas plus opaques que leur surface (j’ai cherché à rendre ce double caractère par le pointillé). Elles sont plus opaques que les cellules simples, ovales pour la plupart et en général sans noyau apparent (le corpuscule peu distinct que l'on voit eu D et en G me paraît être une cellule simple en voie de formation ; il est trop peu opaque pour un noyau).
III. Cellules lerliaires plus composées encore , renfermant des cellulesde l’espèce précédente E F. Peu nombreuses , toujours allongées, quelquefois un peu irrégulières. Les grandes cellules contenues dans E et F en renferment évidemment d’autres plus petites et toutes formées. Déjà dans les cellules D et H 1’ on entrevoit une troisième génération.
IV. Rupture des cellules et fragments qui en résultent. H - N. On voit beaucoup de cellules qui , à l’instar de H , présentent une ou plusieurs profondes déchirures, qui les divisent en segments plus ou moins réguliers. Quelquefois on rencontre plusieurs segments détachés et juxtaposés J LK. paraissant provenir de la rupture récente d’uue cellule. Ces fragments de cellules de la deuxième et troisième espèce I - N sont l’élément le plus abondant du tissu morbide. J’avais d’abord attribué ce phénomène, nouveau pour moi, de la multiplication des cellules par division . à l’action du compresseur; mais , en m’abstenant de toute violence sur la matière à examiner , je lie vis aucune différence dans son aspect. Il y a plus : je ren-
contrai les mêmes fragments épars au milieu .lu stroma fi b r eut, protégés par lui contre toute compression.
Celte division spontanée paraît se faite avec une certaine régularité. La plupart des segments présentent les formes J L K , et pourraient être pris pour des cylindres d’épithélium , n’étaient les dimensions et l'aspect caractéristique de la cellule. Ensuite la division de la cellule-mére ne paraît avoir lieu que lorsqu’une ou plusieurs cellules filles 1 ont confondu quelques points de leur surface avec celle de la cellule contenante. Ce qui me le fait penser, c’est que dans tous ces fragments ce caractère se présente, et qu’il manque dans la plupart des cellules intactes, quelles que soient leurs dimensions. DEF par exemple; M est incontestablement un fragment de cellule semblable à F. J'ajouterai que le morceau de cellule-mére échu à la cellule-fille présente tous les caractères de tissu notés plus haut pour les cellules secondaires et tertiaires, que ce lambeau est quelquefois tellement petit et transparent, qu’on ne l’aperçoit qu’en modérant l'éclairage ; en négligeant cette précaution, on croit voir une simple cellule primitive.
V. J’ai été frappé du petit nombre de grains primitifs ( de ceux agités par le mouvement moléculaire ) mêlés aux éléments ci-dessus, d’autant plus qu’ils existaient en abondance dans tous les caucers que j'ai examinés. En admettant que ces molécules ne soient que des noyaux autour desquels viendra se précipiter la cellule, leur absence dans le cas présent ne s’explique-t-elle pas par le mode particulier de multiplication des éléments de la tumeur? Et cette absence même ne prouve-t-elle pas qu’on a raison de les considérer comme des cytoblastes?
VI. La coloration en uoir de quelques parties des tubercules paraît due à des grains très-petits , clairsemés , opaques quand on les place dans le foyer de l’instrument, d’un blanc éclatant quand on les en éloigne un peu.
VII. Le pus des abcès a présenté mêlés à ses globules propres tous les éléments du cancer , sauf les fibres. La présence de ces éléments dans les matières vomies aurait pu servir à établir un diagnostic certain quant a la nature du mal. Les mêmes éléments se sont retrouvés dans les parois des abcès là même où elles ne paraissaient avoir aucune structure suspecte.
1 Ces dénominations , qui pourront paraître singulières, ne sont que la traduction des mots : Mut'erzeUe , Tochterzel/e , employés par les micrographes allemands.
En résumé , celte tumeur , évidemment cancéreuse, nous offre un bel exemple de multiplication des cellules par génération endogène et par division, phénomène qu’on observe assez rarement dans les tissus animaux , et qui est commun dans les plantes , au témoignage de M. Schimpkr , conservateur du Musée d’histoire naturelle, qui a constaté avec moi les principaux faits qui font le sujet de celte note.
16 avril 1845.
Personne n’a encore observé , je crois , de détails aussi curieux sur le mode de production des cellules cancéreuses. La génération endogène représente le développement des acépbalocistes par inclusions successives, et celle par division, déjà signalée par M. Lebert, n’avait pas été néanmoins aussi clairement déterminée , ni conduite à une multiplication tertiaire.
11 serait sans doute fort difficile de reconnaître, au milieu des matières rejetées par l’estomac , les éléments caractéristiques d’un cancer; cependant, comme ils sont entraînés par la suppuration , et que les vomissements ont souvent lieu sans qu’aucun aliment ait été pris, on pourrait réussir dans cette recherche et éclairer ainsi le diagnostic.
J’ai rencontré dernièrement un cancer du péritoine dont les cellules offraient de l’analogie avec celles dont je viens de rapporter la description, et l’on pourrait se demander s’il n’y aurait pas là une influence de siège à constater. La masse morbide s’était développée sur toute la surface libre du péritoine et présentait surtout beaucoup d’épaisseur en arrière de la paroi abdominale et dans le grand épiploon; les intestins, la vessie, etc., en offraient seulement une espèce de semis.
Ce cancer était formé d’une foule de grains grisâtres, presque transparents, comme gélatineux, de la grosseur
d’un pois et de la consistance de la fécule cuite. Ces grains étaient soutenus par des pédicules très-courts, attachés euxmêmes à une tige, et ils ressemblaient à ceux d’un épi de riz. Eu faisant macérer la tumeur, la substance intérieure devenait délitescente et s’écoulait en laissant libres et aplatis les petits kystes blanchâtres et opaques qui la renfermaient. Toutes les tiges et pédicules contenaient un vaisseau dans lequel il n’y avait pas de sang coloré. Çà et là cependant, à la surface d’une coupe du cancer, on apercevait un point rougeâtre et sanguinolent. Les granulations les plus extérieures étaient arrondies et très-distinctes , mais elles se confondaient l’une avec l’autre dans l’épaisseur de la tumeur qui ressemblait à du tissu encéphaloïde à l’état de crudité.
Au microscope nous observâmes de grandes cellules , ayant dix fois le diamètre d’un globule de sang. Ces cellules étaient extrêmement nombreuses, à contours trèsirréguliers et très-pâles. Elles renfermaient deux ou trois nucléoles très-volumineuses, ayant quatre ou cinq fois le diamètre d’un globule de sang, remplies elles-mêmes de nombreux noyaux. Plusieurs de ces cellules étaient remplies de granules graisseuses , d’autres étaient en voie de division , et l’on voyait les nucléoles intérieures s’écarter et représenter à leur tour des cellules-mères. Des grappes rosées de même nature existaient dans la plèvre gauche, sans altération du poumon, mais le temps nous manqua pour les étudier.
Les autres organes étaient sains. Le malade avait souffert pendant dix mois, et avait succombé dans un état d’émaciation assez avancée.
Il faudrait, en adoptant les classifications actuelles, considérer ce cancer comme formé de tissu gélatiniforme ou
colloïde, mais les différences sont trop tranchées entre les caractères extérieurs des divers cancers, pour qu’on n’en multiplie pas les espèces beaucoup plus qu’on ne l’a fait , et ce sera le sujet d’un travail dont nous avons déjà commencé à recueillir les matériaux.
Il est clair qu’on n’aurait pu trouver dans le sang des cellules dix fois plus grosses que les globules de ce liquide; par quels capillaires auraient-elles passé? Aussi ne les avons-nous pas cherchées , mais nous avons regretté d’avoir été empêché par d’autres occupations d’étudier le sang lui-même.
Obs. XXV, recueillie par M. Maykb, aide de clinique. — Cancer du rectum et du foie. Contre-indications opératoires. Mort.
Kugel, Jean , de Uluihausen , âgé de soixante ans et exerçant la profession de charpentier, entre à l'hôpital le 1er avril 1845, dans le service de M. Sédillot, poury être traité d’un cancer du rectum. C’est un homme épuisé , à teint jaune et terreux , déjà frappé d'amaigrissement, et chez lequel la diathèse cancéreuse paraît établie.
L'affection du rectum date d’un an , au rapport du malade , et a été signalée au début par le ténesme et des hémorrhagies répétées. Depuis ce moment le ténesme a augmenté, les selles sont difficiles et mêlées à du sang et à de la sanie fétide. Les douleurs sont supportables; le pouls est petit et fréquent; insomnie habituelle; mixtion libre.
Au toucher rectal , on reconnaît la présence d’une tumeur dure, bosselée, volumineuse , occupant l'excavation pelvienne et dépassant en hauteur les limites du doigt. Çà et là existent quelques tubercules spongieux , molasses et saignants; en avant on rencontre une surface molle et unie, que l'on suppose être la vessie.
Toute opération ayant paru contre indiquée à M. Sédillot . on se borne à un traitement palliatif. Les extrémités s’infiltrent, la maigreur lait des progrès, la teinle jaunâtre de la peau devient plus foncée, I appétit se perd et le malade succombe dans le mois de juillet de la même année.
Autopsie. Toute l'excavation pelvienne , à l'exception de
la portion pubienne, est envahie par une tumeur dure et résistante, remontant au delà de l’angle sacro-vertébral. La face postérieure de la vessie restée saine adhère intimement au rectum, dont les membranes sont fortement épaissies sur les côtés et en arrière, et renferment une foule de tubercules ramollis, jaunâtres et entourés d'un tissu lardacé. Les ganglions voisins participent à la même altération La cavité rectale est formée d’une surface grisâtre, sanieuse, ulcérée, dont l’odeur est fétide et repoussante.
Le foie , dont le volume est un peu augmenté , est parsemé d’une foule de petites tumeurs, variant entre le volume d’un pois et celui d’une noix. Ces tumeurs sont irrégulièrement arrondies, inégales à leur surface, formées d’une matière résistante cellulo-fibreuse, jaunâtre et lardacée, dont on exprime un liquide peu abondant, d’un blanc jaunâtre et gélatineux.
L’examen microscopique des ganglions cancéreux du rectum et des tumeurs du foie fut fait par M. Küss, qui nous a remis la note suivante :
Planche VIII.
Tubercule cancéreux du foie.
(Grossissement de 500.)
On y reconnaît deux substances. L’une grisâtre , un peu rougeâtre et légèrement translucide , occupe surtout la périphérie de la masse; l’autre, plus abondante, est d'un jaune pâle; elle est plus sèche que la précédente et tout à fait opaque. Elle est distribuée dans la substance grise par masses irrégulières à limites tranchées brusquement.
On y reconnaît les éléments suivants :
1° Cellules régulières, transparentes, pâles A. Je n'ai pas rencontré de cellule absolument pure , homogène et dépour-
vue de noyau , présentant les caractères de ce que je considère comme la cellule cancéreuse naissante. Celle que j’ai dessinée se rapproche le plus de ce type : quelques légères taches en altèrent à peine la transparence homogène. Le point noir qui a l’apparence d’un noyau n'était peut-être qu’une parcelle de détritus (voy. 4°) adhérent fortuitement à la surface.
2° Cellules régulières, plus grandes que les précédentes, munies d’un ou de deux noyaux et tachetées d’opacités B B B.
3” Cellules de toutes dimensions, quelquefois atteignant quatre centimillimètres. Elles sont toutes assez opaques, granulées, et ces granulations acquièrent souvent l’aspect de gouttes huileuses C D.
4° Détiilus composé d’innombrables gouttes d'huile et de matières granuleuses amorphes.
Ces éléments, que je considère comme les différentes phases de développement des cellules, se retrouvent et dans la substance grise et dans la substance jaune pâle , à l’exceplion de A , qui n'existe que dans la première. Il est aussi à noter que 4 prédomine dans la substance jaunâtre; d’où je conclus que dans les deux substances le cancer est en voie de décomposition, mais que celle-ci est plus avancée dans la substance jaune.
Juillet 1845.
Glande lymphatique cancéreuse , voisine d'un cancer du rectum.
La glande est volumineuse, mollasse, à la manière du bulbe urétral ; sa couleur, d’un jaune sale, est analogue à celle d'une glande salivaire. Elle a une enveloppe externe assez résistante, qui envoie dans l'intérieur des filaments de là 12 centimillimètres ; et ceux-ci, par leurs entrecroisements. forment un tissu très-semblable à celui du bulbe uré- Iral. Daus les mailles de ce corps réticulé est contenue une pulpe ténue, jaunâtre , qui s’écoule par les coupes.
Les colonnes fibreuses , à un faible grossissement, paraissent striées en long et comme formées par la réunion de fibrilles ténues. Mais un plus fort grossissement y fait découvrir une substance homogène logeant des séries longitudinales de gouttes huileuses. Celles de ces gouttes qui ne sont pas exactement dans le foyer de l'instrument font l’effet de taches grisâtres, allongées parallèlement aux bords des filaments qui les renferment A.
Planche IX.
Ganglion cancéreux à la suite d'un cancer du rectum.
(Grossissement de 500.)
La pulpe est de la matière cancéreuse ramollie , remarquable l>ar la quantité innombrable de gouttes huileuses et par un détritus amorphe abondant. Ces deux éléments sont dus à la décadence de cellules dont les plus jeunes B sont rares et déjà troublées par des points opaques. La plupart des cellules que renferme la pulpe sont assez opaques, de dimensions trèsvariables et semées, à differents degrés, de points plusopaques encore. Ces points opaques se transforment en gouttes huileuses D, la cellule perd ses contours réguliers et finit par n’ètre qu’un amas irrégulier et de dimensions variables de gouttes de graisse E. De là au détritus il n’y a qu’un pas.
En quelques points la masse emprisonnée dans le squelette réticulé de la glande a plus de consistance. Là aussi la cellule B est plus abondante.
Quelle est l’origine du squelette filamenteux? Est-ce une partie normale du ganglion, hypertrophiée et devenue plus abondante par une espèce de macération? Est-ce la trame fibreuse propre au cancer? Cette dernière supposition me paraît plus probable , car j’ai vu dans la pulpe quelques tronçons qui m'ont semblé être des filaments en formation , plutôt que des débris dus à une exulcération.
Je n’ai pas pu approfondir l'élude du cancer du rectum même; cependant j’y ai constaté l’existence des mêmes cellules B- D et du détritus mèléde graisse.
13 juillet 1845.
Les caractères microscopiques n’auraient pas suffi, isolément, à faire constater l’affection cancéreuse du rectum
et du foie ; mais , réunis aux autres éléments de diagnostic, ils confirmèrent la nature de l’affection et ne furent pas inutiles sous ce rapport. On ne saurait trop répéter que le microscope ne doit nullement remplacer nos moyens ordinaires d’investigations et de connaissances pathologiques; son rôle est de les compléter, et l’on remarquera qu’il en est de même de la plupart de nos procédés de séméiologie.
Le diagnostic des maladies est fondé sur l’étude d’une série de symptômes, dont la réunion seule fait ordinairement la certitude. Chaque signe isolé possède un degré très-variable de valeur, et il en est de môme des instruments dont nous nous servons pour agrandir le champ de nos perceptions; ils sont un des échelons qui conduisent à la connaissance, mais ne la révèlent pas à eux seuls.
Obs. XXVI , recueillie par M, Ruhlmann. — Cancer pré sumé de l'ulérus. Contre-indications opératoires ; mort de la malade.
Françoise Solzer , née à Rosheim , âgée de trente-deux ans, entra dans le service de M. Sédillot le 5 mai 1845. Cette femme a eu sept enfants et en a encore deux vivants et bien portants ; les autres ont succombé à diverses affections. La dernière couche date de trois ans, et a été irés-heureuse. Il y a quinze mois, pertes utérines, d’abord peu abondantes et facilement arrêtées par le repos; sentiment de pesanteur dans le bassin et les lombes. La fatigue ramène les hémorrhagies et fait naître des douleurs gravatives dans les lombes, le bassin et les aines. Depuis le mois de septembre dernier, décubitus permanent , en raison des pertes et de la douleur. Un médecin consulté reconnaît une tumeur dans le petit bassin, prévoit la possibilité d’une opération et adresse la malade à M. Sédillot.
L’anémie est portée au plus haut degré: amaigrissement général, faiblesse extrême, éblouissement et tintements d'oreilles, lèvres décolorées, langue pâle, teinte livide et jau
nàtre delà peau , flaccidité des chairs , face grippée et terreuse, pouls petit et fréquent, soif vive, conseivation de l’appétit. Les excrétions rectales et vésicales se (ont sans obstacle. Pesanteur et tiraillements dans le bassin , les lombes, le périnée, la partie supérieure des cuisses. Écoulement continuel par la vulve d'un liquide séreux, jaunâtre, fétide, entremêlé de temps en temps de caillots sanguins.
Le toucher fait reconnaître , à peu de distance de la vulve , une tumeur molle , friable, volumineuse , sans adhérences avec le vagin , et continue avec le col utérin, qu'elle semble prolonger,
M. Séd.llot a senti distinctement le rebord du col, et il a pu en suivre intérieurement le contour, en détachant concentriquement une partie de la tumeur, qui y était lâchement unie. La percussion indique de la matité dans le petit bassin et vers le flanc droit. Il existe déjà un commencement de péritonite pelvienne.
M. Sédillot expose dans ses leçons , à ce sujet , les diverses circonstances que nous venons d’énumérer, et il annonce que daus le cas où la malade se remettrait des accidents inflammatoires qu’elle présente, on pourrait tenter de détacher la tumeur avec un instrument en forme de cuiller , et cautériser ensuite l’intérieur du col avec le fer rouge , pour en modifier les surfaces et arrêter l’hémori bagie. L'engorgementextra-utérin qui existe à droite est sans doute une contre-indication opératoire, mais la malade est infailliblement perdue, si on n' enlève pas la tumeur, qui détermine les hémorrhagies, et l’art peut encore tenter un dernier effort dans un cas d’une pareille gravité.
L’inflammation pelvienne est en vain combattue par les révulsifs, les opiacés et les frictions mercurielles. La malade succombe le 11 mai , le sixième jour de son entrée à l'hôpital.
Autopsie. La matrice, les ovaires, les ligaments ronds, vus par la cavité abdominale, paraissent sains. Le vagin fendu, on aperçoit le col utérin quadrupléde volume; il esta peine reconnaissable , épaissi et comme déchiqueté. On y rencontre une tumeur, qui y est intimement unie supérieurement, et en dépasse inférieurement les limites. La masse dégénéréeest formée d'une substance blanc verdâtre , pulpeuse, très-friable, semblable à dt s grumeaux fibrineux, blanchâtres, caillebotés, et mêlés à un liquide gélatineux verdâtre. La cavité utérine est intacte, et l’orifice interne du col , encore
reconnaissable, est peu altéré et sert de limite supérieurement à l'altération.
On trouve dans le bassin, au côté droit de la jonction du col au corps de l’utérus , une nouvelle tumeur, du volume d’un petit œuf, offrant un tissu blanc, friable, homogène, déjà ramolli et renfermant du pus à son centre. Un kyste de la grosseur d’une noix existe du même côté et est rempli d’un liquide séro-purulent.
Tout le péritoine de la cavité pelvienne est épaissi , dur et friable en quelques endroits. La vessie elle rectum adhérent à la matrice par des pseudo-membranes récentes , et un litre environ de pus séreux et floconneux occupe le bas-fond du petit bassin.
L’examen microscopique de la tumeur manque à cette observation, et nous le regrettons d’autant plus vivement, que le tissu morbide n’avait de ressemblance ni avec le squirrhe ramolli , ni avec l’encépbaloïde. C’était plutôt une sorte de matière tuberculeuse, de ramollissement fibrineux et blanchâtre, dont les analogues sont assez rares. La lumière n’avait pas été favorable au moment où nous eussions pu faire intervenir le microscope, et plus tard, la tumeur, ramollie et fétide, ne présenta pas de caractères suffisamment tranchés.
Obs. XXVII, recueillie par M. Rühlmann. — Fracture spontanée de la cuisse gauche; aucune tendance à la consolidation; cancer du rein gauche; atrésie vaginale. Mort.
Wassner, Magdeleine, âgée de quaranic-huit ans, exerçant la profession de boulangère , entre le 9 décembre 1845 dans le service de M. Sédillot, pour une fracture de la cuisse gauche , survenue spontanément trois jours auparavant. Cette femme, d’une constitution primitivement bonne , et ayant eu plusieurs enfants, est aujourd’hui amaigrie, d'une teinte jaune-paille et d’une grande irritabilité. Elle est affectée d’une surdité presque complète, a uriné du sang il y a un an, a de la diarrhée depuis un mois , et , en faisant un mouvement il y a trois jours , elle a ressenti de la douleur et de la faiblesse dans la cuisse gauche et a été transportée à la clinique , par
suite de l'impossibilité où elle s’est trouvée de se mouvoir et de travailler.
A l’examen, M. Sédillot constate une fracture du fémur, oblique de haut eu bas et de dehors en dedans . occupant le milieu de la hauteur de la cuisse. Le pied est dirigé dans la rotation en dedans. En palpant l’abdomen, ce professeur constate dans le flanc gauche une tumeur du volume d’une tôle de fœtus et d’une certaine mobilité. Cette tumeur peut être portée en avant et en arrière , en dedans et en dehors; elle n’est pas le siège d'une sensibilité très-marquée , et la malade ne s’était jamais aperçue de sa présence.
Du 9 décembre au 17 février, jour de la mort de la malade, on a observé des alternatives de diarrhée; les selles ont été de temps à autre sanguinolentes ; il y a eu un épistaxis , trois hématuries , suivies de sécrétious urinaires normales , de douleurs pelviennes semblables à celles de l’accouchement, avec suintement sanguin vaginal , et, en touchant la malade . M. Sé u illot reconnut une atrésie presque complète de la partie supérieure du vagin, où son doigt rencontra un petit tubercule qui lui parut être une portion du col utérin.
La fracture n’offrit aucun travail de consolidation, et une pneumonie termina la vie.
Autopsie. En renversant les parois de l’abdomen après les avoir fendues crucialement , on voit tous les intestins refoulés à droite; à gauche existe une tumeur de la grosseur d’une tête d'enfant, mobile, bosselée légèrement à sa surface , d'une couleur bleuâtre. Deux parties s’y observent : l’une externe , plus volumineuse , l’autre interne ou vertébrale , plus petite et semblant naitre du milieu de la première ; toutes deux réunies ont 0m,25 de circonférence et 0m,19 de hauteur. Après avoir'enlevé les intestins , la rate et l’estomac , qui sont sains, on constate que la tumeur est produite par une dégénérescence du rein. Une incision longitudinale montre que cet organe n’a rien conservé de sa structure normale, à l’exception de sa portion inférieure, où la substance corticale et les calices se retrouvent dans une étendue d’environ 0m,06. La couche corticale se prolonge en haut sous forme d’enveloppe de plus en plus mince, et finit supérieurement par disparaître complètement. La coupe de la tumeur offre une foule de cellules, variant en dimensions de 0m,005 à 0ra,0‘25, les unes ovales, les autres rondes, ayant une membrane de contour ccllulo-fïbreuse , et remplies d’une substance molle et pultacée , ici grise , comme tuberculeuse, là jaunâtre ou brune ou
rouge et ressemblant dans quelques points à un foyer apoplectique au milieu de la matière cérébrale ramollie. Çà et là de rares noyaux de la grosseur d’un pois, remplis d’un dépôt grisâtre et caséeux , se laissent énucléer. Tout à fait supérieurement , existait une masse squirrheuse , dure . criant sous le scalpel , de la grosseur d’une noix.
La petite tumeur, entée sur le centre de la première, était composée comme elle de noyaux semblables pour le contenu et le volume, et réunis par une membrane fibreuse commune. Le bassinet était intact , mais doublé de capacité.
Le rein droit était atrophié , dur et jaunâtre, ayant 0m,10 de hauteur, 0m,03 de largeur et 0m,01 d’épaisseur.
Une tumeur rougeâtre, composée d’éléments fibreux, de tissu musculaire induré et d'une substance d’apparence médullaire , mêlée à du sang , entourait les fragments du fémur, privés de périoste dans une étendue de 0m,04, un peu arrondis et sans aucune trace de li avail de consolidation.
L’examen anatomique du vagin confirma le diagnostic porté pendant la vie. Tous les autres organes étaient sains, à l’exception des poumons, offrant les traces d’une inflammation au deuxième degré. Les cavités auditives ne furent pas exa minées.
Examen microscopique. La substance de la tumeur rénale présentait les cellules caractéristiques du tissu encéphaloïde, mêlées à du sang, à des grauules dégraissé et à quelques corps fusiformes. On retrouvait les mêmes cellules dans la tumeur de la cuisse, mais moins nombreuses et en général moins régulières.
Aucun doute ne saurait être élevé sur la nature cancéreuse de la tumeur. C’était une dégénérescence encéphaloide du rein , avec mélange plus ou moins abondant de sang, et les noyaux rapprochés d’un volume et d’un as pect différents qui la constituaient , ont été souvent représentés comme appartenant au cancer hématode du rein et du testicule.
Du tissu squirrheux existait simultanément , et le rein n’était pas aussi complètement détruit qu’on eût pu le supposer, puisque la sécrétion urinaire n’avait offert que
des troubles très-passagers , et était restée aussi abondante et aussi limpide que d’habitude , malgré l’atrophie du rein du côté droit.
La coexistence d’une fracture spontanée de la cuisse nous avait mis sur la voie d’une affection cancéreuse , et nous avions ainsi reconnu la nature de la tumeur abdominale; mais nous avions été moins explicite sur son siège. Les hémorrhagies qui avaient eu lieu par les selles , le vagin , la vessie , la muqueuse nasale , indiquaient un état général plutôt qu’une lésion particulière. La persistance de la diarrhée pouvait faire supposer une altération du tube digestif. Avions-nous affaire à un cancer de l’épiploon, du colon, de l’estomac, des ganglions mésentériques, du rein?
Nous avions discuté ces diverses hypothèses, et la dernière se fondait principalement sur les hématuries antérieures; mais la limpidité habituelle des urines, la mobilité de la tumeur, ses rapports presque immédiats avec les parois abdominales, ne nous avaient pas semblé confirmer cette opinion. Nous avons été d’autant plus frappé de l’atrésie vaginale, que la malade avait eu une dernière couche très-beureuse et sans aucune complication ultérieure.
La fracture du fémur est un accident trop commun chez les cancéreux pour nous occuper beaucoup. Il eût été à désirer que nous eussious pu faire analyser les os; mais le corps fut réclamé par la famille. Nous ferons seulement observer que la fracture fit ici rechercher un cancer primitif comme cause prédisposante, et que du tissu encéphaloïde fut trouvé autour des fragments, sans que ces derniers parussent eux-mêmes ramollis ou altérés.
Obs. XXVIII, recueillie par M. Uuiilmann. — Tumeur de
la fesse , de la grosseur et de la forme de la moitié supérieure de la cuisse. Ablation par la ligature; guérison.
Effa , Marie , née à Strasbourg , âgée de cinquante-huit ans et exerçant la profession de cuisiuiére, entra dans le service de M. Sédillot le 18 avril 1845.
Cette femme , assez bien portante et non réglée depuis dix ans , a perdu une de ses sœurs d’un cancer utérin. A l’âge de dix-huit ans elle sentit, à ce qu’elle assure, en portant du linge, un craquement dans la hanche droite , et vit se développer une tumeur de la grosseur d’une petite fève, dure, résistante, insensible à la pression , mobile , au-dessous de la crête iliaque du même côté. Un an plus tard, celte tumeur avait le, volume d’un œuf et continua à croître pendant douze ans , pour rester ensuite vingt-huit ans stationnaire.
La peau était bleuâtre et parsemée de grosses veines; à l’époque de la menstruation, la masse morbide augmentait manifestement de volume , sans devenir jamais le siège d’aucune douleur. Peu à peu se formèrent des points plus durs, disséminés çà et là dans la tumeur que la malade portait dans un petit sac, noué autour des reins , et sans autre incommodité que celles du poids et du volume.
Il y a trois semaines . l’extrémité la plus inférieure de la tumeur s’ulcéra spontanément, après des travaux plus fatigants que de coutume, et une hémorrhagie abondante se déclara par la plaie. Le sang coula toute une nuit, et fut arrêté, au moyen d'applications slyptiques , par M. le professeur Marchal.
Depuis ce moment la malade est restée Irés-faible et trèspâle. Une suppuration fétide a continué à s’écouler de l’ulcére, et la tumeur est devenue plus molle, moins sensible, et a diminué de grosseur.
Aujourd’hui on remarque dans la fosse iliaque externe , à cinq centimètres au-dessous de la crête de ce nom , et dans l’intervalle des deux épines iliaques antérieure et postérieure, une tumeur oblongue , cylindrique , ayant 0m,24 de longueur, 0“,38 de circonférence, offrant en haut une sorte de pédicule large de 0m,13, et terminée inférieurement par un ulcère de même diamètre , à fond grisâtre et résistant.
On sent sous les doigts, vers le pédicule, des cordons noueux et indurés qui ressemblent assez bien à un cordon testiculaire atteint d’engorgement squirrheux. Quatre ou cinq noyaux de la grosseur d’uue noix, anguleux et irréguliers ,
d'une résistance calcaire, se rencontrent dans le tiers supérieur de la tumeur. Celle-ci prend à ce niveau une apparence cylindrique et ressemble parfaitement, quand on en cache l’extrémité, à une cuisse surnuméraire. Le membre inférieur correspondant est habituellement œdématié et parcouru par de nombreuses varices.
M. Sédillot, après avoir passé en revue les diverses substances oméomorphes et étéromorpbes qui pourraient constituer cette tumeur, conclut à sa nature fibro-graisseuse avec dépôts calcaires isolés, et en opère la ligature multiple le 22 avril , après avoir appliqué une traînée de pâte de Vienne sur les points de la peau où la constriction doit être exercée. Après avoir passé un double fil dans le centre du pédicule , M. Sédillot en noue séparément chacune des moitiés au moyen d’un serre-nœud, et retranche immédiatement toute la portion excédante de la tumeur.
La portion enlevée pesait 1710 grammes, et était formée de masses graisseuses , séparées par de fortes intersections fibreuses, parsemées elles-mêmes de veines d’un assez grand calibre. Les noyaux les plus durs étaient produits par une coque calcaire renfermant des sédiments de même nature et de la graisse.
La plaie se délergea au commencement du mois de mai , après avoir donné une suppuration très-fétide et mêlée de lambeaux appartenant à la peau et au pédicule. Une nouvelle ligature dut être posée le 28 avril «ur les cordons fibro-vasculaires supérieurs , dont la mortification ne s’était pas primitivement opérée.
Un régime sévère et des purgatifs répétés entretinrent la régularité des fonctions gastro-intestinales, et la malade quitta l'hôpital parfaitement guérie, le 18 juin, après deux mois de séjour. La cicatrice était légèrement allongée, ayant 0ra,08 de long sur 0m,025 de large ; sans gonflement ni aucune induration des téguments, qui étaient un peu froncés. Tous les tissus environnants étaient sains, elles mouvements de la cuisse et du tronc n'étaient aucunement gênés.
Cette observation offre un exemple aussi rare que curieux d’une tumeur libro-graisseuse, assez vasculaire, parsemée de dépôts calcaires et ulcérée spontanément sut une large surface , après être restée indolente pendant qua-
ranle ans. Les cordons noueux et résislanls du pédicule, la fausse fluctuation , les noyaux indurés de la niasse morbide , l’ulcération grisâtre el fétide , à bords coupés à pic, et l’hémorrhagie abondante qui avait eu lieu, avaient fait supposer la transformation cancéreuse d’une tumeur longtemps bénigne. Je n’adoptai pas néanmoins cette opinion, et l’inspection anatomique et le microscope vinrent confirmer mon diagnostic.
Pourrions-nous affirmer qu’une dégénérescence de mauvaise nature fût impossible? Nous ce l’oserions. Les éléments fibreux et vasculaires de ce lipome en rendaient le pronostic plus grave ; car nous croyons avoir observé trop fréquemment la transformation du tissu fibreux en cancer, pour nier qu’elle n’eût pas eu lieu. Il est sans doute fort difficile de démontrer les modifications survenues dans la nature d’une tumeur; il faudrait, pour cela, l’étudier au microscope aux différentes périodes de son développement, ce qui n’a pas été encore fait; mais nos observations et l’opinion unanime des anciens chirurgiens sur les polypes fibreux et sarcomateux, des noli me langere, de certains kystes cripteux, etc., nous paraissent trancher affirmativement cette question.
Obs. XXIX , recueillie par M. Mayeu. > — Tumeur de la cuisse gauche , du poids de 2500 grammes . simulant un encéplialo'ide. — Ablation. — • Guérison.
Heinlz, Georges , né à Sladsmasten , âgé de quarante-sept ans, cultivateur, entra dans le service de M. Sédillot le 1er mars 1846 , pour être débarrassé d’une énorme tumeur, déjà opérée deux fois , et deux lois récidivée.
Cet homme , bien constitué et encore vigoureux , portait depuis son enfance , à la partie supérieure el postérieure de la cuisse gauche , une petite tumeur du volume d’un œuf de pigeon, non pédiculée, saillante sous la peau , et indolore. A trente-sept ans , le malade ressentit quelques douleurs lauci-
nantes dans la tumeur qui commença à augmenter de volume; les progrès en furent lents, mais constants, et en 1841 , elle avait les dimensions d'une grosse tête de fœtus, sans que la peau eût encore changé de coloration. M. Bach, professeur agrégé de la Faculté, fit à celle époque l’ablation de cette tumeur, en la découvrant par une incision cruciale, et en opérant la section de la partie la plus profonde du pédicule avec des oiseux. La plaie fut deux mois à se fermer, et pendant ce temps lë malade ressentit encore quelques élancements; neuf mois plus lard , la tumeur reparut au-dessous delà cicatrice , et reprit en six mois son premier volume. La cautérisation potentielle n’eut aucun succès. Pendant l’hiver de 1845-1846, la diète, l’iodure de potassium, la ligature , restèrent infructueux , mais la tumeur s’ouvrit à son sommet et des végétations lobulées de diverses grandeurs apparurent à la surface de l’ulcére.
C’est dans cet élat que Heintz fut reçu à la clinique. Son teint est d'un pâle jaunâtre; la maigreur est assez marquée. Toutes les fonctions s’exécutent bien. La tumeur a 0n>,67 de circonférence à sa base , 0m,27 de sa base au sommet. Située à la face postérieure du tiers supérieur de la cuisse , elle commence à quatre travers de doigt au-dessous de la tubérosité sciatique et s’étend jusqu’au milieu de la cuisse. Elle repose sur les muscles demi-tendineux , demi-membraneux , grêle interne, pénètre dans l’intervalle de ces muscles et du biceps, et se prolonge en dedans jusqu'aux adducteurs. Plus profonde dans ce sens qu'en dehors, elle offre un peu de mobilité, et le malade assure qu'il la sent remuer sur sa base. La surface de cette masse morbide offre plusieurs bosselures, qui paraissent autant de tumeurs réunies ; elles sont rénitentes et donnent la sensation d’une fausse fluctuation. La peau qui les recouvre est bleuâtre et parcourue par beaucoup de veine*. L’ulcére du sommet a 0m, 1 9 de diamètre; il est grisâtre, fétide , surmonté de petits lobes ou champignons , qui s'usent et se détruisent par le ramollissement, et tombent en une sorte de dèliquum et de putrilage.
M. le professeur Sédillot procède , le 3 mars, à l’ablation de la tumeur, qu’il circonscrit entre deux incisions ovalaires, et enlève, avec la portion subjacente du fascia lata, quelques fibres musculaires adhérentes. Il a fallu poursuivre un prolongement très-considérable du tissu morbide, daus l'intervalle des muscles.
La plaie produite par l'opération a 0m,51 de circonférence.
Trois ou quatre ligatures suffisent à arrêter l'écoulement du sang. Le pansement se fait à plat. *
L’opération , pratiquée avec beaucoup de promptitude, n’a pas affaibli sensiblemeut le malade, qui l'a supportée sans se plaindre et avec un très-grand courage.
Examen anatomique de la tumeur. La tumeur enlevée est énorme et pèse 2500 grammes ; son sommet présente le même aspect qu'avant l’opération ; la base en est bilobée. Les deux lobes sont incomplètement séparés par une cloison fibreuse, et leur intervalle répond aux muscles de la tubérosité sciatique; l’interne est arrondi , l’externe est au contraire un peu aplati.
Le tissu de la tumeur est très-mou et se laisse traverser par le doigt avec la plus grande facilité; la couleur en est jaunâtre , et il ressemble à des œufs au lait, ou mieux encore à de la substance cérébrale blanchie par le contact de l’alcool. On le rompt facilement et sa déchirure a une apparence lamelleuse. La section offre un piqueté rougeâtre , peu tranché et d’une extrême finesse. Les lobes réunis qui constituent la tumeur, varient de la grosseur d’un œuf de poule à celle d’une amande; ils sont ovoïdes pour la plupart et circonscrits par un tissu cellulaire extrêmement délié. On parvient, avec un peu de soin, à isoler par la dissection chacun de ces lobes; parmi eux quelques-uns sont plus ramollis encore' et res semblent à une gelée mal prise ; d’autres renferment des foyers hémorrhagiques plus on moins étendus; au sommet, ces lobes sont ulcérés, sanieux et grisâtres, comme nous l'avons exposé.
Examen microscopique. Le microscope a montré que celle tumeur, prise par tout le monde pour du tissu encéphaloïde . était entièrement composée de graisse et de lames cellu leuses.
Analyse chimique. 222 grammes de la tumeur, soumis à la fusion au bain-marie, ont donné 76,55 de graisse cristallisée, 34,40 de tissu cellulaire, 111,05 d’eau.
Aucun accident u’a entravé la guérison de la plaie. Le malade se levait et se promenait le 28 mars, et il a quitté l'hôpital le 4 avril. Il avait repris de l'embonpoint , une bonne coloration , et sa plaie était en voie de rapide cicatrisation et déjà diminuée de plus de moitié.
Oü rencontre peu d’observations aussi intéressantes et
aussi curieuses sous le rapport des difficultés du diagnostic, de Futilité du microscope et de l’analyse chimique. L’ancienneté de la maladie, son rapide développement, après être restée trente-sept ans stationnaire, le volume, la mollesse, l’apparence bosselée et l’ulcération lobulée de la tumeur; l’inutilité de trois opérations suivies de récidives , l’existence de douleurs lancinantes , la teinte jaunepaille du teint, l’amaigrissement général, nous avaient fait croire a la présence d’un encéphaloïde , et l’examen anatomique nous avait laissé dans cette opinion , en nous montrant le piqueté du tissu , les ramollissements colloïdes et les foyers apoplectiques partiels, répandus dans divers points de la tumeur. Aucun des médecins qui assistaient à l’opération n’avait'élevé de doute sur l’exactitude de ce diagnostic , et un de nos collègues , en voyant la tumeur à l’amphithéâtre, l’avait fait observer par ses élèves comme un bel exemple d’encéphaloïde. Nous avions cependant eulevé un simple stéatome colloïde , et le microscope et l’analyse chimique ne permirent pas de conserver le moindre doute à cet égard. Les granules graisseuses représentées en M, planche IV, constituaient avec quelques filaments celluleux toute la tumeur, dans laquelle on n’observait aucune trace de cristaux à forme rhomboïdale, appartenant à de la cholestérine. !\I. Lebert a admis trois espèces de tumeurs graisseuses : 1° Le lipome, dont la structure est analogue à celle du tissu adipeux ou graisseux normal ; 2° le stéatome , homogène , jaunâtre , d’apparence lardacée , véritable dépôt de graisse prise en masse; 5° le cholestéatomc , qui se reconnaît à l’œil nu par son aspect feuilleté et nacré.
On ne saurait rapporter à aucune de ces divisious la tumeur que nous enlevâmes, et elle nous paraîtrait assez
bieu caractérisée sous le nom de lipome cérébrilbrme ou colloïde.
Nous appellerons l’attention sur la récidive et l’ulcération- spontanée de la tumeur, qui sont fort rares dans les tumeurs graisseuses , et cependant c’est la seconde observation que nous donnons de lipome ulcéré.
Le succès de l’opération et la guérison du malade ne pouvaient plus nous étonner, et devenaient la conséquence de la nature mieux connue de l’affection. Les récidives ont dû provenir de quelques lobules graisseux laissés dans la plaie , et le soin avec lequel nous les avons poursuivis et enlevés , empêchera probablement le retour d’un pareil accident.
Ici encore, comme on le voit , le microscope n’a pas seulement éclairé le diagnostic, il l’a rectifié, et sans son secours, nous eussions indubitablement cru avoir opéré et guéri un cancer. Combien d’observations ont été pu bliées et le sont encore tous les jours, qui resteront sans valeur, faute d’avoir été complétées par l’inspection microscopique! Le moment est veuu d’entrer daus une voie plus avancée , et la chirurgie doit s’entourer de toutes les lumières que lui apportent les sciences physiques et chimiques ; autrement elle se laisserait dépasser.
Obs. XXX , recueillie par M. Ruhcmann , aide de clinique. — Cancer du genou. — Dix opérations suivies de récidive. — Amputation de la cuisse. — Guérison datant de neuf mois.
Weiss , Catherine . d’Altkirch , âgée de trente cinq ans, en tra le 18 juin 1845 dans le service de M. Sédili.ot, pour y être traitée d’un cancer du genou droit datant de dix-huit mois, et déjà opérée neuf fois. Nous ne reviendrons pas sur les détails de l'autoplastie pratiquée par M. Sédillot ; celte opération a déjà été publiée. La tumeur enlevée le 15 juillet laissa une large plaie , qui fut comblée par un lambeau emprunté à la jambe.
1UÜ
La guérison appareute eut lieu le 1er septembre, et l’on ge croyait le droit de s’en applaudir, lorsque la cicatrice deviot bleuâtre au niveau du condyle fémoral interne. Des douleurs lancinantes se firent sentir, une nouvelle tumeur se développa, s’ulcéra vers le milieu d’octobre et fît de tels progrès qu’elle présentait, le 6 novembre, 0m,15 de hauteur et üm,26 de circonférence. La couleur en était uniformément marbrée de noir et de gris, et les plaques noires ressemblaient à des parties mortifiées. On observait çà et là des éraillures à fond grisâtre. Cette tumeur est molle, saigne facilement , et se con tinue à sa base avec la peau. Seulement en haut existe une ulcération de O1", 008 de profondeur, à fond gris et à bords irréguliers. Les douleurs sont vives, lancinantes; elles s’exaspèrent par la pression et se prolongent alors le long de la partie interne et postérieure de la jambe , jusqu’à la plante du pied. La cuisse est saine, aucun engorgement des ganglions inguinaux , l’appétit bon , la nutrition conservée. M. Skdillot propose l’amputation de la cuisse, qui est acceptée, et la pratique le 6 novembre, en taillant, de dehors en dedans, au tiers inférieur du membre, un large lambeau antérieur, qui retombe par son propre poids au devant du moignon. Celui-ci résulte d’une section demi-circulaire de chairs et des téguments cruraux postérieurs. Les insertions musculaires autour de l’os sont divisées obliquement, de bas en haut, le long du fémur, qui egt ensuite scié.
La malade a été frappée d’une nécrose superficielle de l’extrémité osseuse; un abcès s’est formé et s'est ouvert spontanément ; le séquestre a été extrait, et la guérison s’est alors achevée et était complète dans le commencement du mois de janvier 1846. On a conservé la malade à l’ hôpital , en lui confiant diverses occupations intérieures, et elle est sortie le 30 mars, jouissant d’une santé en apparence parfaite, et et marchant très-librement au moyen d'un cuissard.
La dissection montra le tibia atteint dans son épaisseur. Le périoste était détaché , l'os ramolli , aréolaire , jaunâtre , et celte altération s’étendait si près des surfaces articulaires , qu’il eût été impossible de tenter la résection des parties lésées, sans ouvrir assez largement l’article.
Nous rappelons ici les résultats de l’inspection microscopique, qui ajoutent encore à la certitude du diaguostic et ne laissent aucun doute sur la nature cancéreuse de la maladie.
Planchk VIII.
Examen microscopique do la tumeur, par M. Kiiss. (Grossissement de 500 fois.) c c c B a
Tissa fragile composé comme d’un mélange de flocons blau. châtres et gris , avec quelques points sanguinolents.
Tous les éléments microscopiques sont d’une pâleur exces sive, et exigent, pour être vus , de grandes précautions dans le mode d’éclairage. Ces éléments sont des cellules simples ou modifiées, plongées, par masses en général très-serrées, dans un blastème granuleux , A.
Les cellules s'offrent sous des aspects variés. Les unes, Ab, b, B , arrondies , pâles , homogènes , de dimensions diverses , paraissent être de formation récente ; elles manquent encore de noyau et abondent surtout dans les parties grises du tissu morbide. D’autres cellules , Acc et C , plus nombreuses.de formes et de grandeur variables, sont, ou bien pourvues d’un noyau unique, ou bien parseméesde taches arrondies, opaques, qui paraissent faire office de noyaux multiples. La formation de ces noyaux précède probablement celle de nouvelles cellules dans les cellules primitives; car beaucoup, parmi ces dernières , D , présentent des traces non équivoques de cette génération endogène , confirmée , du reste , par l’absence de noyaux libres et par la râreté des grains moléculaires. (Je renvoie, à cet égard , à l’examen d’uu cancer du pylore, fait le 15 avril.)
Déjà , dans les points grisâtres de la tumeur, on voit beaucoup de cellules affecter la forme elliptique, et finir par pousser, par leurs extrémités, des prolongements E qui annoncent la transformation en fibres. Mais , dans les parties blanches surtout , ces corps allongés, placés par masses dans la même direction , produisent un simulacre de texture fibreuse. Mais je n’ai pu apercevoir une seule fibre achevée. Au contraire, comme cela se remarque du reste dans la plupart des cancers , chose caractéristique peut-être , ces différents éléments , cellules et fibres naissantes , paraissent être atteints d’atrophie, d’une espèce de momification qui fait ressembler les cellules à celles d’épithélium flétries , F . et les corpuscules candés à des tronçons de cylindres noués et desséchés , G. J'ai trouvé de nombreux amas de F et de G dans certains points de la substance blanche , et toujours ils paraissaient exclure les cellules vivantes A-D.
La surface libre de la tumeur est recouverte d'un enduit couenneux verdâtre, grisâtre, qui n’est qu’un détritus amorphe.
Nous avions déjà publié la première partie de cette observation , en nous arrêtant à la guérison obtenue le \ er septembre. Malheureusement le succès que uousavious obtenu ne fut pas de longue durée , puisqu’au bout de six semaines la tumeur reparaissait La crainte de l’altération des os, qui nous avait fait un moment hésiter à enlreprendre l’anaplaslie dont nous avons rendu compte ailleurs, n’était que trop confirmée. Nous dûmes, dans ces circonstances, recourir à l’amputation de la cuisse, dont les suites furent heureuses. Nous avons depuis quelque temps adopté l’usage de pratiquer un large lambeau antérieur, retombant par son propre poids au devant du membre. Nous abattons l’angle antérieur de l’os, dont nous polissons les bords, et il n’est plus , pour ainsi dire, besoin de pansement. Nous nous bornons , pour empêcher l’écartement des angles de la plaie, d’y placer de chaque côlé un point de suture. Les liquides trouvent une libre issue, les chairs restent dans un contact permanent, mal-
gré les divers mouvements des malades , et le cuissart repose, après la guérison, sur des téguments intacts, la cicatrice se trouvant rejetée en arrière. Nous avons guéri cet hiver quatre malades amputés de la cuisse par ce procédé, et nous le croyons décidément très-supérieur à la méthode circulaire. Un de nos opérés , jeune garçon de dix à douze ans, amputé pour une dénudation avec carie des os de la jambe, avait le périoste si lâchement uni au fémur qu’on put relever cette membrane en forme de manchettes, en la soulevant légèrement avec les doigts; les adhérences semblaient détruites; cependant il ne survint aucun accident. Nous avons reçu ce mois-ci (1er août 1846) des nouvelles de notre opérée. La cicatrice est restée parfaite , et aucune tendance à la récidive ne s’est manifestée. Voilà donc un intervalle de neuf mois écoulé depuis l’amputation. N’esl-ce pas la confirmation la plus positive de notre doctrine sur les prédispositions latentes? Nous eussions voulu garder la malade sous nos yeux, afin de lui faire suivre un régime régulier et strictement conforme à sa constitution et à ses habitudes acquises; la soumettre à un traitement médical propre à assurer son état de santé le plus parfait. L’intervention de l’art ayant, comme nous l’avons dit , pour but d’éloigner les causes efficientes du cancer, chez les individus déjà opérés et par conséquent prédisposés.
S’il y a des cancers incurables et d’autres qui récidivent après une cure apparente plus ou moins prolongée, on en observe aussi qui ne se reproduisent plus. Celui de la femme Weiss appartiendra-t-il à celle heureuse catégorie? Nous l’espérons sans oser l’affirmer. Neuf mois sont déjà écoulés depuis l’amputation , et la durée de la guérison en est un élément de persistance.