CHAPITRE TROISIÈME
Nous avons aussi essayé sur de nombreux cobayes du son additionné d'eau alcoolisée, espérant obtenir une race chétive qui présenterait plus de réceptivité. Quelques-uns ont succombé. Les animaux ainsi nourris mangent fort peu; il y a, par conséquence, peu de sucs acides sécrétés. C'est peut-être, avec la débilitation générale, dans ce fait qu'il faut chercher la cause du succès de ces inoculations.
4" Influence de la température ambiante. — Nos premières séries heureuses avaient été obtenues par des temps froids d'automne. Essayant de nouveau pendant l'été, nous fûmes absolument malheureux.
C'est, du reste, le raisonnement suivant qui a appelé notre attention sur ce point: Si les accidents cholériques sont le fait d'un empoisonnement, ils seront exagérés par toutes les influences capables de suspendre l'élimination ou la destruction du poison ; la diminution de la sécrétion rénale et la suspension de la respiration cutanée ou pulmonaire peuvent agir de la sorte.
Suspendre la sécrétion des reins n'est pas chose facile (quelques essais de compression digitale des artères et veines rénales amenèrent des accidents mortels indépendants de toute inoculation). Réduire la perspiration cutanée et pulmonaire peut s'obtenir par l'effet du froid agissant soit en diminuant l'évaporation, soit en provoquant une contraction vasculaire qui éloigne le sang de la périphérie. Quoi qu'il en soit de ce raisonnement, le fait est le suivant : des séries consécutives ont succombé tout entières par temps froid lorsque, après un jeûne de douze ou vingt-quatre heures, on a injecté la solution neutralisante de bicarbonate de soude et ensuite la culture de virgules. On peut remplacer l'air froid par l'immersion dans l'eau. Ce procédé demande à être fait avec ménagement, l'immersion seule pouvant amener des accidents chez les cobayes. L'application du froid d'une façon quel-
EXPÉRIENCES D'INOCULATION
conque exige, du reste, des précautions, car les cobayes y sont très sensibles. Les éleveurs savent que le froid les tue aisément. Toutes ces expériences doivent être en conséquence sérieusement contrôlées.
5" Opium. — M. Koch est parti dans ses expériences de l'idée que rinoculaiion pourrait être favorisée si l'on ralentit la progression des matières dans l'intestin grêle par un arrêt artificiel des mouvements périslaltiques et de la presse abdominale. Par diverses expériences il avait trouvé que cette progression est très rapide dans le cobaye ; après deux heures et demie il avait retrouvé dans le cœcum les matières ingérées. Il avait été confirmé dans cette idée par une inoculation lieureuse survenant isolée dans une série nombreuse et frappant une femelle qui, dans la nuit, avait avorté (dans un cas semblable nous avons vu l'animal survivre).
M. Koch a étudié successivement l'action de l'alcool, du chloral, de la morphine, de l'atropine et de l'opium, en injection souscutanée etpéritonéale. L'opium lui a donné les meilleurs résultats, injecté dans la cavité péritonéale sous forme de teinture à la dose de ^•^ pour 200 grammes du poids de l'animal.
Les cobayes sont narcotisés rapidement pour un temps qui varie de 1/2 heure à 1 heure ; ils se réveillent et paraissent de nouveau bien portants. S'ils ont reçu préalablement du liquide contaminé précédé d'une injection de 5 centimètres cubes de la solution bicarbonatée à 5 0/0, ils ne tardent pas à tomber malades et à succomber. Dans une expérience 30 cobayes moururent sur 35.
Des expériences de contrôle furent faites avec le bacille incurvé deFinkler et Prier (5 cobayes moururent sur 15), avec celui que Deneke a trouvé dans le vieux fromage (3 cobayes moururent sur 15), avec celui que Miller a retiré d'une dent creuse (quatre cobayes succombèrent sur 21).
En substituant, dans l'expérience de Koch, l'alcool à la teinture d'opium, nous n'avons pas été plus heureux que cet auteur. Les