CHAPITRE TROISIÈME
soude en solution aqueuse à 5 °/. injectée à la dose de 5 centimètres cubes. Cette dose a été trouvée suffisante pour neutraliser le suc gastrique pendant plusieurs heures, sans incommoder les cobayes. Elle ne s'est pas trouvée suffisante à elle seule pour rendre l'inoculation fructueuse.
Tel a été le résultat entre nos mains, tel il a été entre les mains de M. Koch et de tous.
Nons avons recherché quelle est l'influence du bicarbonate de soude sur la i-éaction des liquides digestifs et voici nos expériences :
Exp. Six cobayes qui ont jeûné de la veille, reçoivent, par la sonde, chacun -5 centimètres cubes de la solution à cinq pour cent de bicarbonate de soude par cent grammes de poids (soit 10 à SO"'"*), on les laisse manger ensuite k leur faim. Aucun de ces animaux n'a été incommodé ni immédiatement, ni plus tard. Au lendemain on en sacrifie un qui se trouve avoir les voies digestives gorgées d'aliments. L'estomac a un contenu très acide, l'intestin grêle alcalin, puis neutre dans la portion inférieure ; dans le cœcum, les matières redeviennent acides et le demeurent jusqu'à l'anus. L'urine est alcaline.
Un septième cobaye a reçu en môme temps la môme quantité de bicarbonate de soude, après un jeûne de 24 heures également. Après un nouveau jeûne de 24 heures, on trouve à l'examen les voies digestives vides et la réaction alcaline sur toute leur longueur, l'estomac y compris ; dans le rectum seulement la matière devient acide.
Il résulte de ces examens :
1° Que le bicarbonate de soude, même en dose beaucoup plus forte que celle indiquée par M.' Koch, n'a d'effet durable qu'à la condition de faire jeûner l'animal ;
2° Que la dose de 5 centigrammes par 100 grammes de poids est absolument inoffensive ;
3° Que l'urine des cobayes ainsi traités est devenue alcaline ;
4° Que le contenu du cœcum peut être rendu alcalin.
Ce dernier fait est de grande importance, car le cœcum du cobaye est un diverticule aussi volumineux que l'estomac; les
EXPÉRIENCES D'INOCULATION
malières y sont liquides et en sortent à l'état presque solide, c'est donc qu'il y a dans lecœcuin une résorption active. Il est d'après cela possible que le rcMe du cœcum dans le choléra du cobaye soit considérable et celui de l'intestin grêle relativement faible. Une expérience de M. Koch établissant rextrôme rapidité de la circulation dans cette portion de l'intestin, peut être interprétée dans le même sens (Voir ci-après au paragraphe consacré à l'action de l'opium].
3° Jeûne avant et après U inoculation, alimentation. — Nous venons de voir que l'action du bicarbonate de soude est plus durable lorsque l'animal jeûne.
Le jeûne seul fait disparaître l'acidité de l'estomac et du cœcum ; c'est ce. que prouve l'expérience suivante :
Exp. On fait jeûner deux cobayes. Le premier est sacrifié après 24 heures. On trouve l'estomac acide, l'intestin grêle neutre ou légèrement alcalin, le cœcum neutre, le colon et le rectum acides. L'urine est acide.
Le second est sacrifié après 48 heures ; estomac, intestin grêle, cœcum, alcalins. Le colon est à réaction neutre, le rectum acide. Urine acide.
On voit, après un jeûne de 48 heures, le tube digestif tout entier à l'exception du rectum, présenter une réaction alcaline ou neutre ; l'urine, en revanche, contrairement à ce qui a eu lieu dans les expériences précédentes, demeure acide.
Ce qui précède établit l'influence favorable sur le développement du bacille-virgule du jeûne préalable. Les expériences du chapitre précédent ont démontré la nécessité d'un jeûne consécutif, puisque la présence des aliments est capable de ramener Tacidité, même après injection d'une forte dose de bicarbonate de soude.
Les cobayes nourris d'herbe fraîche nous ont paru présenter en général une réceptivité moindre; aussi les mettions-nous quelques .lours avant l'expérience au son ou au blé.