CHAPITRE QUATRIÈME
« J'en ai injecté des closes vai-iables clans le duodénum de cinci cobayes. Les doses d'un centinjètre cube sont restées sans effet marqué ; un cobaye a succombé rapidement, en moins d'une heure, à l'injection de 3 à 4'^'^', avec des phénomènes d'algidité extrêmes. La même quantité injectée dans le péritoine a tué un autre cobaye et déterminé des symptômes toxiques identiques. Un à deux centimètres cubes en injection hypodermique ne provoquent que quelques troubles passagers et ne donnent lieu à aucune réaction locale. »
Plus tard, M. Koch apporta aussi des expériences à l'appui de l'hypothèse qu'il avait émise le premier {Deuxième Conférence, p. 8, 4 mai 1885} :
« Ainsi que je vous lai déjà exposé antérieurement, nous ne pouvons comprendre l'action des bacilles du choléra qui ne pénètrent pas dans le sang, qu'en admettant qu'ils produisent des substances toxiques appartenant au groupe des ptomaïnes; ces substances sont résorbées et agissent alors sur l'ensemble de l'organisme. Pour donner à cette conception une base expérimentale, je me suis efforcé de démontrer directement l'existence de ces produits vénéneux des bacilles du choléra ; mais ces recherches n'ont pas encore pleinement réussi. Il en résulte seulement que l'on parvient à obtenir des cultures du bacille-virgule qui possèdent une action toxique intense ; injectées aux animaux sous la peau ou dans la cavité péritonéale, elles provoquent en quelques minutes le même ensemble de symptômes qui ne se manifeste chez les animaux atteints de choléra que un à deux jours après l'infection : faiblesse à forme paralytique des extrémités postérieures, refroidissement de la tête et des jambes, respiration ralentie ; cet état se termine le plus souvent par la mort après quelques heures. »
D'un autre côté, M. Gabriel Pouchet avait réussi à retirer un poison des déjections cholériques (Comptes-rendus de l'Académie des Sciences, 17 novembi-e 1884): « Traitées par épuisement au
PTOMAINE DU CHOLÉRA.
moyen du chloroforme, elles abandonnent à ce dissolvant une substance liquide huileuse, s'oxydant facilement, et douée d'un pouvoir extrêmement toxique. Ce composé est certainement une ptomaïne, et j'en continue actuellement l'étude. L'injection souscutanée d'une trace de ce liquide, pratiquée sur une grenouille, la lue rapidement, avec un ralentissement considérable des mouvements du cœur, et l'on observe, après la mort, une rigidité générale des plus intenses. »
M. Villiers apporta bientôt de son côté des renseignements sur une ptoma'ine de même provenance (Comptes-rendus de l'Académie des Sciences, 12 janvier 1885) ; par la méthode de Stas, il retira des organes de deux cholériques un alcaloïde nettement caractérisé par sa réaction alcaline et ses réactions chimiques; il l'ut trouvé en quantité notable dans l'intestin ; les reins en contenaient des traces bien caractérisées, le foie et le sang du cœur des quantités à peu près nulles. « Cet alcaloïde est liquide ; il possède une saveur âcre et une odeur d'aubépine assez franche. » M. Villiers essaya l'action physiologique sur un cobaye et deux grenouilles ; il nota seulement une variation du nombre des battements du cœur et des mouvements musculaires. Enfin, M. Villiers indiqua plusieurs réactions chimiques sur le.squelles nous reviendrons (iodure de potassium et de mercure, iodure de potassium ioduré, eau bromée,, acide picrique, chlorure d'or, ferricyanure et perclilorure de fer, acide sulfurique).
Quinze jours après, M. Pouchet revient encore sur ce sujet (Comptes-rendus de l'Académie des Sciences, 26 janvier 1885) : « La ptoma'iae est un liquide primitivement incolore, offrant l'odeur des bases pyridiques, s'oxydant à l'air et à la lumière avec une extrême rapidité et se colorant d'abord en rose, puis en brun. » Le chlorhydrate se dissocie facilement et réduit le mélange de ferricyanure de potassium et de chloi-ure ferrique; il réduit aussi les chlorures d'or et de platine. M. Pouchet parle d'une intoxication