CHAPITRE CINQUIÈME
essayé de même 23 fois l'eau du Vieux Portde Marseille, du 1 1 aoùL au 2 novembre, et nous avons eu IG fois le même résultat.
Mais l'épreuve directe est tout à fait insuffisante, et il est indispensable de la compléter par des cultures. Nous avons, à maintes reprises, employé ce procédé pour l'eau du Vieux Port, et nous sommes arrivés quatre fois à des résultats positifs; d'autres fois, ils ont été douteux, des colonies d'autres bactéries à croissance plus rapide ayant liquifié la gélatine trop vite.
M. Koch avait déjà démontré la présence du bacille-virgule dans un tank (étang) de l'Inde, autour duquel s'étaient produits de nombreux cas de choléra {Conferenz sur Eroeterung der Cholerafrage, p. 31).
Pendant l'épidémie de 1884, à la Spezzia^ M. Stassano a trouvé i le bacille de Koch dans deux ruissaux presque stagnants, en faible .. quantité dans le liquide lui-même, mais plus abondant dans la boue.
Comme il est. évident que le bacille-virgule se trouve fréquemment amené dans l'eau; comme il a été mis hors de doute par des observations nombreuses, même antérieures à toute notion sur le rôle pathogénique des microbes que l'eau est au moins un des principaux agents de propagation du choléra, il nous a paru intéressant de faire des expériences directes sur la vitalité de la virgule dans l'eau. Ses liens de parenté avec la classe essentiellement i aquatique des spirilles faisaient prévoir une certaine longévité dans | ce milieu.
Il y fivait un intérêt local pour Marseille à ne pas restreindre ces essais à l'eau douce, mais à les étendre aussi à l'eau de mer, surtout à l'eau saumâtre, qui est celle de nos ports où se déversent de nombreux égoûts.
C'est aussi une eau saumâtre que celle du delta du Gange, où M. Koch a placé la patrie d'origine du bacille-virgule : le Sundavh2in^ (Conferenz, p. 41). C'est une bande de terrain inhabitée, à
VITALITÉ DU BACILLE-VIRGULE. JM
fauue et à llore très riches, qui reçoit les déjections de la nombreuse population agglomérée dans le haut du delta ; elle n'est jamais à sec, les marées l'envahissent en partie, et l'eau douce du Gange et du Brahmapoutra s'y mêle sans cesse à l'eau de mer.
Les expériences ont été faites de la façon suivante : Des raatras eu verre de 1/2 à 1 litre de capacité ont été remplis aux 3/4 au moins avec l'eau filtrée au papier, puis bouchés au coton. On les maintient au bain-marie d'eau bouillante 1 heure 1/2 à 2 heures; on recommence le lendemain, puis encore le surlendemain ; ou bien on les stérilise en les exposant deux ou trois fois pendant une heure au courant de vapeur d'eau bouillante. Avec un tube capillaire à ampoule, on introduit dans cette eau stérilisée et refroidie quelques gouttes d'une culture pure très riche en virgules. Les raatras, rebouchés aussitôt et agités pour répartir les bacilles dans toute la masse, ont été exposés à la température ambiante dans le laboratoire, dont une fenêtre est restée constamment ouverte, sauf quelques heures par jour où le laboratoire était chauffé par deux ou trois becs de gaz (expériences faites en hiver). A des intervalles variables, on prélève quelques gouttes de cette eau avec un capillaire à ampoule, on la mélange à de la g-élatine nutritive liquéfiée et en partie refroidie; puis on coule cette gélatine dans des godets en verre, qui sont ensuite placés à l'étuve.
Tant que le conLage cholérique se maintient vivant dans l'eau, on obtiendra des colonies de bacilles-virgules dans la gélatine ; la réponse fournie par celle-ci est vraie, même dans le cas oii les spores existeraient ou, plus exactement, se formeraient dans les conditions de l'expérience.
Nous avons fait, à plusieurs reprises, l'examen direct de l'eau, et, aussi longtemps qu'elle donnait des colonies, les préparations sur lamelles montraient des vii-gules prenant bien les couleurs d'aniline et ne présentant aucun indice de sporulation.