CHAPITRE SIXIÈME
De l'exposé des chapitres précédents, il ressort pour nous que le bacille-virgule est le contage du choléra. Les preuves en sont:
1° La présence constante et exclusive du microbe dans l'intestin des cholériques pendant les premiers jours de la maladie (Chap. I) ;
2° La localisation dans l'intestin seulement avec ses annexes immédiates : les glandes intestinales et les voies biliaires (Chap. II) ;
3° L'analogie entre les symptômes du choléra et ceux obtenus par l'inoculation intestinale des matières cholériques ou des cultures pures de bacille-virgule (Chap. III) ;
4» La similitude d'action physiologique de l'alcaloïde trouvé dans les cultures pures du bacille et dans les organes des cholériques (Chap. IV) ;
5° Le mode de vitalité de ce microbe qui concorde avec tout ce que l'on savait déjà, avant sa découverte, sur la manière d'être du contag-e cholérique (Chap. V).
Nous voulons dans ce chapitre étudier, à la lumière de Tanatomie et de la physiologie pathologiques, quelques points de fait et de doctrine capables de jeter quelque jour sur le mode d'action du bacille-virgule cholérigène.
La porte 6!entrèe du microbe est la partie supérieure du tube digestif. Nul doute ne peut subsister à ce sujet.
Il faut, pour lui faire franchir l'estomac, des conditions particulières ; car on a vu (Chap. V) que le bacille-virgule est tué rapidement par le suc gastrique.
D'après nos expériences, les circonstances favorables à la contamination nous paraissent être :
1" Le jeûne avant l'ingestion. Nous avons vu l'estomac des cobayes présenter, après un jeûne prolongé, une réaction neutre à sa surface ;
2° L'état liquide de la matière ingérée ; car, à l'état solide, elle séjournera dans l'estomac et s'imprégnera de suc gastrique ;
3° L'absence, dans le liquide ingéré, d'éléments nutritifs capables d'inciter la sécrétion du suc gastrique ;
4° Le jeûne après l'ingestion : l'eau bue immédiatement avant ou avec le repas s'imprègne naturellement de suc gastrique. (Nous n'entendons pas parler de ce jeûne consécutif prolongé nécessaire au cobaye à cause du rôle très particulier que paraît jouer le cœcum dans cet animal) ;
5° La quantité de liquide ingéré qui devra être assez grande pour ne pas être résorbée entièrement dans l'estomac ( Veau bue sans mélange et en. quantité, en dehors des repas, constituera donc le meilleur véhicule pour le contage cholérique) ;
6° Le trouble chronique ou accidentel (excès de table) des fonctions gastriques qui permettra à des matières contaminées solides d'arriver dans l'intestin non imprégnées de suc gastrique.
Enfin il est possible que la réceptivité de l'homme pour le choléra ne soit point absolue et que des individus très bien portants puissent supporter impunément des bacilles-virgules dans leur intestin.
Il n'est point étonnant que les expérimentateurs qui ont ingéré les matières cholériques à l'état solide (pilules, M. Bochefontaine) ou môme en culture dans le bouillon (Klein), n'aient pas eu le choléra. Il y a lieu bien plutôt de tenir compte de ce fait rapporté par Macnamara et cité par Koch (2°" Conférence, p. 9) :
Des déjections cholériques parvinrent, par le fait d'un hasard sur lequel l'auteur ne s'est pas expliqué, dans une eau qui resta