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VIII. — Variations thermométriques

Avant d’entrer dans l’étude des variations thermométriques, il est nécessaire de faire remarquer combien ce que nous dirons de la constance et du peu d’irrégularité de la température de Corée diffère de tout ce qui a été dit jusqu’ici relativement au climat du Sénégal par le plus grand nombre des auteurs.

Il est difficile d’ouvrir un livre, une brochure, une thèse, un rapport médical s’occupant de notre colonie sans trouver

(1) Annuaire de la Société météorologique de France, année I8C2, p. 12G.

CLIMAT DE CORÉE

en première ligne des variations brusques et très-considérables de la température accusées d’être les principales causes des maladies. Mais il est impossible de trouver des indications précises de l’étendue de ces variations.

Tout ce qui a été écrit sur le climat du Sénégal présente le résultat de confusions nombreuses. Le plus souvent le climat du littoral est confondu avec celui de l’intérieur. Viennent ensuite les erreurs résultant de ce que l’on a trop généralisé des observations recueillies sur certains points particuliers. Enfin les erreurs plus graves qui résultent de la confusion des phénomènes observés dans la saison d’hivernage avec ceux qui sont propres à la saison sèche. Souvent en effet on voit attribuer à la mauvaise saison et indiquer comme causes des maladies (jui régnent à cette époque les variations brusques de la température, variations qui ne s’observent dans le fleuve du Sénégal et à Saint-Louis que pendant la saison sèche. 11 fautj au contraire, reconnaître que les maladies endémiques qui constituent dans ce pays la presque totalité des maladies des Européens sont exclusivement soumises à l’influence des moyennes élevées et non aux variations de température.

Lorsque nous avons commencé nos recherches, nous nous attendions à trouver à Corée de ces brusques oscillations thermométriques citées comme propres au climat du Sénégal. L’étude des faits nous a forcé de modifier profondément notre opinion. Les personnes qui se sont formé, comme nous l’avions fait nous-même, une idée fausse sur l’intensité de ces variations, pourraient, en voyant le résultat de nos recherches, accuser l’exactitude des observations que nous avons résumées. Mais que l’on suppose ces observations d"une valeur très- médiocre, ce qui est loin d’être la vérité, comment se fait -il que cinq observateurs se succédant n’aient inscrit en dix années que trois fois une variation diurne atteignant 12 degrés? Comment se fait-il que dans les journaux météorologiques de ces dix années on ne trouve des variations diurnes de 9 ou 10 degrés que très • exceptionnelle-

VARIATIONS DE LA TEMPÉRATURE. SI

ment, dans quelques-unes des saisons sèches, et cela une ou deux fois seulement dans chacune de ces saisons? Dans les divers hivernages, la plus forte variation observée dans l’espace d’un nycthémère n’a atteint que 7 degrés.

Quelle que soit la valeur que l’on attribue aux observations faites à rhôpital de Corée, il faut reconnaître que le climat de celte île doit être classé parmi ceux à température peu variable.

Dans um période de dix années, les températures extrêmes ont été, avons- nous dit, de 14° et de 33°. Ceci annonce déjà qu’il n’y aura pas de ces vicissitudes très-grandes que l’on voit se présenter dans les climats froids et dans les climats tempérés.

Dans l’espace d’une même année le thermomètre n’a jamais oscillé de moins de 14°, 3 ni de plus de 4 7°.

Enfin, si nous cherchons quelles ont été, dans les mêmes mois, les différences entre les plus basses et les plus hautes températures observées, nous trouvons ces différences indiquées dans le tableau suivant :

Oscillations meusnelles du thermomètre pendant dix ans on différences des températures extrêmes

de chaque mois.

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VARIATIONS DE LA TEMPERATURE

La plus faible de ces différences a été de 3% 4 au mois d’août 1861, et la plus forte de 13° en janvier, mars et avril. Les oscillations mensuelles de la saison sèche ont varié entre 6 degrés pour les plus faibles et 1 3 degrés pour les plus fortes. Dans l’bivernage, la différence des températures extrêmes des mêmes mois a varié entre 3°,4 et 10 degrés. Dans les trois mois de cette saison pendant lesquels dominent les pluies, les oscillations mensuelles se sont maintenues entre 3°, 4 et 7°, 8.

Plus on se rapproche du centre de l’hivernage, c’est-à-dire de la mauvaise saison et des températures moyennes élevées, plus les oscillations deviennent faibles, ce qui nous paraît d’une importance considérable au point de vue médical. Il ne faut pas oublier qu’il s’agit ici des oscillations réelles de la colonne thermométrique, non pas des variations des moyennes, mais de la différence qui existe entre la plus basse et la plus haute température de chaque mois.

Pour bien comprendre la valeur de ces oscillations de la température, il est indispensable de nous faire une idée précise de ce qu’il faut entendre par oscillations faibles ou fortes.

Cherchons quelques points de comparaison dans les climats des autres parties du globe. Suivons la division des climats adoptée par M. Jules Rochard (1) et voyons quelle est, dans les diverses zones climatériques tracées par cet auteur, l’étendue des oscillations.

Dans la zone des climats polaires, sous une latitude de 57°, en Russie, dans le gouvernement de Perm, à Nijné-Taguilsk, se trouve un bourg situé sur le versant oriental de l’Oural, au bord de la rivière de Taguil, à une élévation de 190 mètres. Des observations météorologiques ont été faites pendant vingtsix ans sur ce point par un ingénieur français, M. Léon Weyer, et par M. Nicolas Alexieff(2). La plus basse température observée a été de — 46°, 9 centigrades en janvier 1847; la plus

(1) Nouveau dictionnaire de médecine pratique, t.\Ul. Climat.

(2) Annuaire de la Société météorologique de France, année 18C7, t. XV.

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haute s’est élevée en juillet 1841 à 38°, 1. Le thermomètre a donc oscillé de 85° entre ces deux températures extrêmes. Dans l’année 1864, le thermomètre s’est abaissé en janvier à — 41°, 3; il s’élevait six mois après à +32°, 5. La température a donc varié de 73°, 8 dans l’espace de ces six mois. Les variations annuelles ont dépassé plusieurs fois cette dernière quantité dans quelques-unes des années précédentes. Les différences entre les températures extrêmes des mômes mois ont souvent dépassé 43°, elles ont même atteint 50°. Les oscillations diurnes sont considérables sous ce climat, la movenne thermomélrique diurne peut varier d’un jour à l’autre de 24°, comme nous en trouvons un exemple en 1863, du 19 au 20 janvier.

Dans la zone des climats tempérés, à Paris (Montsouris), le 9 décembre 1871, la température descendit à — 23°,4 (1). Sept mois après, le 22 juillet 1872, le thermomètre montait à 34°,4. Les habitants de Paris eurent donc à supporter une variation de température qui atteignit 57°, 8.

A Genève (2), le thermomètre est descendu le 1°'' décembre 1854 à — 14°,1, il montait le 30 juin suivant à 28°, 5; ce qui donne une oscillation de 42°, 6 pour l'année 1855. L’année suivante, l’oscillation fut de — 13°,0 à +33°, 4, c’est-à-dire de 46°, 4. Le 15 janvier 4838, le thermomètre descendait à — 25°,3; il s’était élevé le 30 juillet 1827 à 36», 2 (Renou). La différence est de 61°, 5.

Dans la zone des climats chauds, en Italie, la chaleur atteint parfois 33° à Nice; à Naples, en juillet 1841, elle atteignit 37°,7 (Schow). Or il s’observe des gelées dans ce pays.

Sous la zone équatoriale, les oscillations thermoraétriques se limitent généralement entre 18 et 34°.

Exactement sous l’équateur, au Gabon, a vingt mois d’ob-

(1) Ce môme jour, M. Renou constatait au thermomètre-frondo, à Aubervilliers — 24“,6, et à Montargis le thermomètre descendait à —27°, 5.

(2) Annuaire de la Société météorologique de France, t. VllI. Observations de M. Plantamour.

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servations, dit M. Ricard (l), ne m’ont jamais fait surprendre un écart de plus de 10“ de la matinée la plus froide de Tannée, à Taprès-midi la plus chaude +32®. »

Nous pouvons comparer à ces oscillations du thermomètre dans les diverses zones climatériques celles que présente la température de Corée.

L’oscillation annuelle n’étant jamais supérieure à‘ 17“ ni inférieure à 14“,5, on peut juger que, relativement aux variations que Ton observe dans les régions extratropicales, elle est très-faible. Elle se rapproche de Toscillation de la température dans les contrées situées exactement sous Téquateur.

La plus forte oscillation des moyennes mensuelles a lieu à Corée entre mai et juin; elle est en moyenne de 3“,7, tandis qu’à Paris (2) la plus forte oscillation des moyennes de deux mois consécutifs s’élève à -4“, 7, et cette oscillation dépasse cinq fois 3“,5 dans Tannée, tandis qu'à Corée elle n’atteint que deux fois 3“,5 et reste pour les autres mois inférieure à 2“.

La considération des températures extrêmes nous donne, plus exactement que celle des moyennes, une idée du peu de variabilité de la température dans l’espace de chaque mois. Les oscillations mensuelles ont atteint en dix ans 13“ deux fois, 12“ deux fois; elles n’ont dépassé 10“ que vingt-neuf fois.

Une différence de 13“ entre la plus basse et la plus haute température du mois est certainement sensible, mais dans les climats tempérés ces différences dépassent toujours de beaucoup 13°. Ainsi, à Genève, la plus faible oscillation mensuelle de Tannée météorologique 1866 a eu lieu en août; elle a été de 17“,9, tandis que la plus forte oscillation a atteint 27°, 1 au mois de décembre qui commence cette année météorologique. On pourrait trouver de nombreux points de comparaisons dans le climat de la Franee. Si nous cherchons,

(1) Ricard, Hygiène des entreprises à la partie intertropicale de la côte occidentale d’Afrique. Paris, 1855.

(2) Voir Résumé des observations de température faites à l’Observatoire de Paris pendant cinquante ans (181G-18CG), par Renou. — Annuaire de la Société météorologique de 18G7, p. 2G9.

par exemple, à comparer les variations mensuelles de la température à Corée avec celles qui ont eu lieu dans la même année en France sous un climat marin extrêmement doux, celui de Brest (1), nous serons frappés de la faiblesse des variations de la température sur le littoral du Sénégal. Le tableau suivant met ces faits en évidence :

Oscillations mensuelles de la température

Ou différences des températures extrêmes de chaque mois pendant Vannée

météorologique 1859.

Décembre. . .

A Brest (France).

A Corée (Sénégal).

Janvier

Février

Mars

Avril

Mai

Juin

Juillet

Août

Septembre. . .

Octobre. . . . ,

Novembre. . .

La faiblesse relative des oscillations mensuelles de l’hivernage est très-remarquable, elles n’ont jamais été plus fortes que 7°, 8 pour le centre de l’hivernage, et se sont abaissées jusqu’à n’être que de 3°, 4 au mois d'août (1861). Que l’on compare cette faible oscillation à celle observée dans le même mois à Brest et l’on sera forcé de reconnaître combien peu sont considérables les oscillations de la température à Corée. Dans 3a saison chaude elles descendent aussi bas que sous l’équateur, ce n’est que pendant la saison fraîche (ju’elles

(1) Voir les observations faites à Brest, en 1859, parM. Belleville, lieutenant de vaisseau, directeur de l’Observatoire. {Annuaire de la Société météorologique, tome Vill.)

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prennent une valeur qui est toujours très-inférieure à celles des variations que les Européens sont habitués à éprouver.

Ce sont surtout les oscillalions diurnes qui ont été signalées comme excessives au Sénégal. Plus tard nous étudierons la valeur de ces oscillalions à Saint-Louis et dans l’intérieur du pays. Nous devons nous borner pour le moment à examiner celles de Corée. Le tableau suivant permettra d’avoir une idée de rétendue de ces oscillations : pour simplifier la lecture de ce tableau, nous avons supprimé les dates des observations.

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CLIMAT DE CORÉE

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