APPRÉCIATIOX PHYSIOLOGIQUE DE LA TEMPÉRATURE
variations atmosphériques sur la constitution humaine, est une étude remplie de complications. Des connaissances en physique et en météorologie ne peuvent suffire, des questions de physiologie viennent la compliquer à chaque instant. Pourquoi l’Européen quittant le Sénégal au mois de septembre et qui éprouvait une sensation de fraîcheur très -accusée lorsque, sous Pinfluence d’une pluie, le thermomètre venait à baisser de 2 ou 3“, a-t-il besoin lorsqu’il se trouve en France, dix jours après son départ, pour éprouver une sensation complètement analogue, d’une variation de 8 ou 1 0° ? Comme dans ce prompt voyage sa constitution n’a pu changer, l’état anémique du sujet n’explique pas seul celte sensibilité aux variations faibles du climat de Corée. En France, dans les belles soirées d’été, l’Européen, fatigué de la chaleur du jour, goûte avec plaisir la fraîcheur qui succède au coucher du soleil. Pourquoi au Sénégal n’en est-il pas de même? Un abaissement insignifiant de la température impressionne péniblement le corps fatigué de la chaleur de la journée, et des vêtements relativement chauds deviennent indispensables pour passer la soirée à l’air libre. En considérant l’état hygrométrique de l’air on explique encore bien des sensations que vulgairement on attribue à la chaleur, mais cela ne peut suffire. N’existe-t-il pas un état particulier de l’atmosphère inappréciable à nos instruments, et qui rend pénible la moindre variation dans les hautes températures. Le baromètre étant presque invariable, des modifications de la pression atmosphérique ne peuvent expliquer non plus l’état particulier i et pénible dans lequel se trouve le corps dans certaines journées de l’hivernage. Comme cet état précède surtout les orages, on a supposé que l’électricité jouait un rôle dans i les sensations qu’éprouve le corps dans ces circonstances. Mais chercher dans des phénomènes inconnus ou mal connus l’explication d’autres phénomènes, n’est pas répondre à la question que nous nous sommes posée. C’est un sujet qui a besoin d'être approfondi. Voici ce que nous pouvons dire en résumé :
CLIMAT DE GORÉE
Dans les régions tropicales, sous Tinfliience des températures moyennes constamment élevées, l’Européen acquiert une sensibilité qui lui fait éprouver pour de faibles abaissements de l’échelle thermométrique des sensations analogues à celles que dans les climats tempérés il éprouvait pour des oscillations beaucoup plus considérables. Cette sensibilité n’est qu’en partie sous la dépendance de modifications dans la constitution individuelle. Les variations dans les quantités de vapeurs d’eau contenues dans l’atmosphère des régions chaudes nous paraissent être le phénomène auquel il est le plus facile de rattacher cette sensibilité. Nous croyons avec M. Renou que l’état hygrométrique joue le rôle le [ lus important par rapport à cet état de l’économie.
Avant de terminer notre étude de la chaleur sous le climat de Corée, il est nécessaire de faire remarquer que les observations qui nous ont servi de base ont été faites dans des conditions toutes spéciales. Le thermomètre était placé dans les conditions que l’on choisit d’ordinaire pour faire les observations météorologiques. Le milieu dans lequel vivent le plus communément les Européens peut se trouver semblable à celui du lieu de l’observation; mais souvent il en diffère. Il faudrait pour bien connaître la température à laquelle se trouve soumis le plus ordinairement le corps humain, faire des recherches sur les variations que peuvent apporter à la température telle ou telle exposition du milieu dans lequel il est appelé à vivre. Chercher, par exemple, dans une maison bien conditionnée la température moyenne de thermomètres exposés aux quatre points cardinaux, celle de l’intérieur des chambres, celle d’une cour à l’abri du vent, celle d’un jardin.
La situation d’une maison peut en effet faire varier de 2 ou 3° en plus ou en moins sa température intérieure. Une élévation de terrain abritant cette maison contre les vents dominants, peut considérablement modifier cette température. Ainsi les habitations placées à Corée à l’abri du Castel, sont défavorablement situées pendant Thivernage; leur température est moins fraîche que celle de l’hôpital. A Dakar, dès
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qu’une habitation se trouve placée dans une dépression de terrain, à l’abri des vents, sa température s’élève considérablement.
Mais l’action directe des rayons du soleil modifie considérablement les notions que nous avons données sur les variations de température auxquelles peuvent être soumis les liabilanls. Parmi les nom.breux desiderata que nous aurions à exprimer, celui d’une étude de la température au soleil serait l’un des premiers. Malheureusement rien ne présente plus de difficultés que ce genre d’observations. En prenant pendant quelques jours la température d’un bain de mercure librement exposé au soleil, nous avons trouvé, qu’en évitant les conditions dans lesquelles les rayons solaires se trouvent concentrés par des réflexions, la température de ce bain exposé dans un jardin, à 1 mètre au-dessus du sol, variait entre 30® et 40°, pendant que le thermomètre abrité indiquait 26®. Mais les oscillations étaient extrêmement fréquentes, et ce moyen d’exploration nous a paru ne donner que des résultats sur lesquels nous ne pouvions compter. Nous ne saurions trop recommander l’observation du thermomètrefronde faite au soleil, aux personnes qui voudront compléter ou corriger notre étude.
En général, les Européens habitant nos villes coloniales se tiennent à l’abri des rayons du soleil, et ce n’est que dans quelques cas exceptionnels, à la chasse ou dans les colonnes militaires en marche, que l’on voit survenir de terribles cas d’insolations. Mais ces insolations ne présentent rien de particulier au climat du Sénégal, puisqu’on a vu des accidents analogues se produire au milieu des troupes en marche jusque sous le climat de la Belgique et dernièrement sous celui du nord de la France.
Les personnes habitant Corée peuvent éviter les rayons du soleil ou ne faire sous ses rayons ardents que quelques courses brèves en s abritant sous un parasol. Elles vivent dans des conditions qui ne leur permettent pas de trouver pénible la chaleur du pays; quelques journées de la fin de l’iiivernage
CLIMAT DE GORÉE
font seules exception. Si Ton compare la manière de vivre des Européens au Sénégal à celle des colons de l’Inde, on verra que les nombreux artifices employés par ces derniers pour se préserver de la chaleur sont presque inconnus aux habitants du Sénégal. Il ne faut pas croire cependant que dans ce dernier pays les Européens soient au-dessus de la satisfaction que procure le bien-être et que leur position ne leur permettrait pas de se le procurer, s’ils y trouvaient quelque intérêt. On ne voit dans cette colonie ni ces éventails, ni ces pancas toujours en mouvement dans les habitations de l’Inde. Ce n’est que très-exceptionnellement que ces instruments pourraient être de quelque utilité aux habitants du Sénégal. Le contraste entre ces deux pays est encore plus grand si l’on considère la manière de se vêtir des Européens dans chacune de ces contrées. Les vêtements de toiles blanches si communément en usage dans l’Inde, ne se portent au Sénégal que par exception. Les Européens s’y vêtissent de draps plus ou moins légers et d’étoffes de laine peu épaisses ; les flanelles bleues y sont beaucoup en usage, elles constituent des vêtements parfaitement appropriés à l’hygiène des Européens dans ce pays.