‹ Recherches sur le climat du SénégalChapitre 18 sur 125 · APPRÉCIATION PHYSIOLOGIQUE DE LA TEMPÉRATURE · texte numérisé non relu

APPRÉCIATION PHYSIOLOGIQUE DE LA TEMPÉRATURE

rester inyariable deux journées successives, et cependant l’une des journées sera dite fraîche et 1 autre chaude par le plus grand nombre des individus. Il suffît pour cela qu’à une forte brise succède une journée de calme ou à un temps sec un temps humide et pluvieux.

Au Sénégal une température de 28®, accompagnée d’une bonne brise de nord, pendant la saison sèche, paraît fraîche ; tandis que cette même température est insupportable pendant rhivernage, surtout s’il fait calme. Le corps se couvre vainement alors de sueurs abondantes, les moyens qu’emploie l’économie pour combattre la chaleur sont insuffisants.

La sensation que nous appelons fraîcheur est plutôt, pour le corps, l’appréciation instinctive de la quantité de calorique qui lui est soustraite que celle de la température de l’air ambiant. La fraîcheur que l’on se procure à l’aide de l’éventail, dans un milieu dont la température réelle ne change pas, en est une preuve. II en résulte que c’est principalement l’état hygrométrique de l’air et son état d’agitation ou de calme qui modifient l’appréciation physiologique de la température. Personnellement, je n’ai jamais beaucoup souiîert de la chaleur dans l’intérieur du Sénégal, lorsque dans la saison sèche, à Dagana, le thermomètre se maintenait pendant plusieurs heures entre 32 et 35® ; tandis qu’à la côte de Guinée, une chaleur de 28® presque constante et toujours humide me paraissait extrêmement pénible.

C’est la confusion faite entre les sensations éprouvées et les variations réelles qui a permis de dire qu’il y avait à Gorce, entre le jour et la nuit, de grandes varialions de température. Nous savons qu’en réalité ces variations sont très-faibles. Les auteurs qui accusent le climat de Corée de grandes varialions sont tous des médecins qui ont observé, surtout au point de vue de l’effet produit par les vicissitudes de l’atmosphère sur le corps humain, la confusion entre le climat de Corée et celui de l’intérieur du pays a encore augmenté ces exagérations.

O Une particularité dont il importe de tenir compte, dit

CLIMAT DE CORÉE

Forget (1), ce sont les grandes variations de températures diurnes et nocturnes dans la plupart des régions chaudes, variations qui sont une des causes principales de leur insalubrité. » Cet auteur oublie que, s’appuyant sans doute sur l’observation tliermométrique, il a pris la peine de se réfuter d’avance en disant, quelques pages plus haut et avec juste raison : a Les variations de température sont plus marquées à mesure qu’on s’avance vers le nord. »

L’erreur dans laquelle sont tombés ceux qui ont émis les mêmes idées que Forget provient de ce que, dans les régions chaudes, la plus petite variation produit une sensation très-marquée. On se plaint réellement du froid lorsque, le soir, à Corée, le thermomètre, au moment du coucher du soleil, baisse de 2 à 3°; les Européens se couvrent alors de vêtements épais, comme on le fait dans les fraîches soirées du printemps dans le nord de la France.

Quelques-uns des observateurs, dont nous utilisons les travaux, ont pris soin de noter sur le journal météorologique ces sensations de fraîcheur accusées par tout le monde et dont le thermomètre ne donnait aucune indication. C’est toujours dans la saison sèche et lorsque soufflent les vents de la partie Est que l’on trouve de ces annotations. Ainsi M. Chaze notait ceci pour le mois de décembre 1 858 : « Bien que le thermomètre ne soit pas descendu au-dessous de 20“, le froid paraît intense à cause des vents d’est et de nord-est qui n’ont pas cessé de se faire sentir. » La plus forte oscillation nychtémérale de ce mois n’a atteint, d’après le journal de cet observateur, que 5“ et seulement trois fois. En 1863, M. Morio faisait une remarque analogue pour l’abaissement apparent de la température pendant le mois de février : « Bien que le thermomètre ne soit pas descendu plus bas que 15®, dit-il, la constitution atmosphérique aurait pu faire supposer un abaissement plus considérable. »

L’étude d’un climat, au point de vue de l’influence des

(1) Forget, Médecine navale, volume, page 356.

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