VII. — Force des vents suivant les saisons
Si nous comparons la force des vents dans les deux saisons, nous trouvons que dans l’année 1860 (à 4 heures du soir) les vents ont été, pendant la saison sèche :
Calmes ou faibles 78 fois.
Modérés ou forts 104 fois.
Dans l’hivernage :
Calmes ou faibles 118 fois.
Modérés ou torts 66 fois.
Les résultats numériques fournis par nos observations sont donc tels que nous devions nous y attendre -, ils expriment la faiblesse relative des brises de l’hivernage. Dans celte saison, les mouvements latéraux de l’air atmosphérique ont, sous l’influence de la chaleur plus grande, une forte tendance à se changer en mouvements ascensionnels verticaux.
CLIMAT DE GORÉE
VIII. — Relations entre les vents et les autres phénomènes météorologiques.
La chaleur est le grand modificateur qui tient sous sa dépendance la plupart des autres phénomènes atmosphériques. Quelles sont les relations qui peuvent être constatées entre les mouvements de la température et la direction des vents?
Le moyen le plus simple pour étudier ces relations consiste à mettre en regard des courbes représentant la marche de la température, les courbes analogues qui indiquent la fréquence des vents suivant leur direction. En nous aidant de ce procédé et en nous reportant aux tableaux qui résument les diverses observations, nous pourrons peut-être arriver à quelques conclusions dignes de fixer l’attention.
La fréquence des vents dominants de NE est, de lïiois en mois, en raison inverse de l’élévation de la température moyenne. Quand la température s’élève, les vents de NE deviennent de moins en moins nombreux; au moment où elle atteint son maximum, les vents de NE sont rares et peu énergiques.
Ce que nous venons de dire s’applique aussi aux vents de N, mais le parallélisme entre la coqrbe de la fréquence de ces vents et celle des températures moyennes est moins bien marquée; ainsi de février à mai, quoique les vents du N augmentent un peu de fréquence, la température s’élève ; après le mois de mai, la fréquence des vents du N diffère peu de celle des vents de NE, et la relation des vents du N avec la température est la même que celle des vents de NE, c’est-àdire que la température s'élève à mesure que ces vents deviennent plus rares. La situation et la forme de la pointe de terre qui constitue le cap Vert peut expliquer en partie l’anomalie que nous venons de signaler. Dans les autres points du Sénégal, les vents du N sont des vents de terre, tandis que la presqu’île du Cap- Vert faisant saillie à l’O du continent afri-
DES VENTS
cain, Jes vénls du N sont pour elle des vents marins ayant longé, il est vrai, la côte africaine ; mais ayant dû éprouver des modifications dans leurs propriétés, si on les compare aux mêmes vents de Tintérieur du pays.
Les vents d’E suivent à peu près la même marche dans leur fréquence mensuelle que les vents de NE, et toute l’année la courbe de la fréquence de ces vents d’E suit une direction diamétralement opposée à celle des températures moyennes.
Ce fait pourrait paraître en contradiction avec celui de la coïncidence fréquente de maxima absolus très-élevés avec les vents de l’E au NE. Mais si ces vents élèvent parfois d’une manière considérable la température dans le milieu de la journée, il ne faut pas oublier que le matin ces vents sont au contraire très-froids et que c’est à eux que sont dus les minima les plus bas observés au Sénégal. Les observations faites à Saint-Louis par M. Héraud, pharmacien professeur (1), le démontrent suffisamment. En résumé, la présence des vents du N à l’E répond à un abaissement tbermométrique moyen qui est en raison de leur fréquence.
Les vents qui soufflent du quart de cercle O coïncident avec les fortes élévations de la température moyenne. Ces vents ne régnent guère que pendant les quatre premiers mois de la saison des hautes températures. Ou peut constater que pendant ces quatre mois la température moyenne ne croît rapidement que dans le courant du premier mois, qu’elle s’élève lentement à son maximum pendant les trois autres mois, de sorte que l’apparition des brises du large coïncide avec l’élévation brusque de la température qui a lieu au mois de juin et que ces brises augmentent de fréquence et deviennent de plus en plus S en passant par le SO à mesure que la température s’élève lentement.
11 y a entre la température et les vents une relation de cause à eflet qui peut donner lieu à une certaine confusion. Ce ne sont pas les vents qui modifient la température j au contraire,
(1) Revue marümc et coloniale, 1861, tome I, p. 611.
CLIMAT DE GOnÉE.
ils sont sous sa dépendance. Ainsi Télévalion de la température du sol africain, au moment où le soleil se trouve depuis un certain temps voisin du zénith, fait appel aux vents du large, et ces vents, loin d’être la cause de l’élévation de la température qui coïncide avec leur arrivée, accourent et combattent cet excès de la température en apportant des masses d’air moins échauffées et les pluies de l’iiivernage.
Si nous cherchons quelles sont les relations existant entre les vents et la pression atmosphérique, nous trouvons que, malgré le peu d'accentuation de la courbe des hauteurs moyennes du baromètre, cette courbe indique cependant une augmentation de la pression au moment de la saison fraîche et une baisse correspondant aux hautes élévations thermométriques. Les vents de N, NE et E régnent donc au moment des plus fortes élévations barométriques, et les vents d’O, NO et SO correspondent à la dépression barométrique de l’hivernage. Ceci est conforme à l’interprétation que nous avons donnée de la cessation des alizés et à leur remplacement à celte époque de l’année par une colonne ascendante faisant appel aux vents frais de la mer.
Lorsque nous nous occuperons de l’état hygrométrique de l’air, nous verrons que les moyennes mensuelles de l’humidité suivent de mois en mois la marche de la température moyenne, s’abaissant et s’élevant avec elle. 11 en résulte que les vents de NE et E ont une fréquence qui est en raison inverse de la saturation de l’air par la vapeur d’eau. Plus ces vents sont rares, plus l’humidité augmente, et plus ils sont fréquents, plus l’humidité moyenne diminue. Ce sont donc des vents secs. Au contraire, les vents de NO, O et SO de la saison d’hivernage ont une fréquence en rapport direct avec l’abondance de la vapeur d’eau contenue dans l’air. Nos observations nous conduisent donc aux résultats auxquels nous devions nous attendre : les brises de NE venant de terre et celles de l’O et du SO venant de l’Océan.
DES VENTS
IX. — Propriétés des différents vents à Gorée et dans la presqu’île du Gap- Vert, particulièrement au point de vue de l’hygiène. — Salubrité variable de différents points de cette région.
Les propriétés des vents sont générales ou locales. Les propriétés générales appartiennent aux vents de tout un hémisphère ou d’une partie considérable du globe; telles sont les propriétés connues de sécheresse des vents de NE, celles d’humidité des vents d’O. Nous n’avons pas à exposer ici des généralités qui se trouvent indiquées dans tous les ouvrages qui s’occupent de la physique du globe.
Les propriétés locales des vents peuvent se subdiviser à l’infîni, suivant que l’on considère une région plus ou moins vaste, une ville on seulement une partie d’une ville ou même l’exposition d’un bâtiment particulier. Elles peuvent être étudiées relativement à la navigation, pour laquelle les notions de fréquence et de force sont les plus importantes. Elles peuvent l’être encore sous d’autres points de vue, notamment dans leurs rapports avec l’hygiène et avec la constitution médicale des régions.
Nous nous bornerons à examiner les propriétés hygiéniques • des vents par rapport à Gorée et à la presqu’île.
Ces vents peuvent se diviser en vents du large et vents de terre. Les premiers ont pour les villes de Gorée et de Dakar des propriétés qui tiennent surtout des qualités générales des brises maritimes. Les propriétés des vents de terre, relativement à CCS deux villes, dépendent de conditions qui sont la conséquence de la situation topographique de ces villes.
La presqu’île du Cap-Vert forme une pointe qui occupe la partie la plus occidentale de toute l’Afrique, et qui, s’avançant dans l’océan Atlantique, doit jouir d’un climat différent de celui de la plus grande partie de la masse continentale.
La situation maritime des localités que nous étudions mo-
CLIMAT DE GORÉE
difie les vents qui y arrivent et leur donne des propriétés particulières ; ainsi, grâce à la situation de la presqu'île, les vents du N sont des vents marins, tandis que dans tout le reste du Sénégal ce sont des vents de terre qui ont passé sur le désert du Sahara. Les vents de NE sont eux-mêmes profondément modifiés et ont perdu en arrivant à Gorée la sécheresse excessive qu’ils possèdent dans l’intérieur du Sénégal. C’est à peine si, une fois ou deux par an, quelques très-fortes brises de NE produisent à Gorée et à Dakar une impression comparable à celle que font éprouver ces mêmes vents à Saint-Louis et dans l’intérieur du pays. Aussi existe-t-il entre le climat de Gorée et celui de Saint-Louis des différences considérables, qui ressortiront de notre étude.
Les vents de NE sont les vents dominants ; ce sont, avec les vents d’E, les plus secs de tous ceux qui soufflent sur le pays. L’époque pendant laquelle ils régnent avec énergie est celle où la végétation a le moins de puissance; c’est à eux que l’intérieur du Sénégal doit son aridité relative ; cette aridité, tout en étant moins prononcée dans la presqu’île du Cap-Vert, n’en est pas moins sensible. Ces vents occasionnent la chute des feuilles d’un grand nombre d’arbres qui, dans les régions plus méridionales de la côte d’Afrique, conservent toujours leur verdure. H est facile de reconnaître que ce sont eux qui nuisent à la végétation; une simple muraille du côté où ils soufflent suffit pour abriter un jardin et en permettre la cul-ture à toutes les époques de l’année. On peut même voir dans les jardins de Dakar, qui se trouvent abrités de la sorte contre les vents de la saison sèche, des arbrisseaux dont les branches inférieures conservent leur feuillage, tandis que les branches supérieures, non garanties par la muraille, se dessèchent et voient leur croissance paralysée pendant toute celle saison. Le même phénomène ne se présente pas pour les vents soufflant dans les autres directions.
Les vents de NE viennent du désert; malgré leur sécheresse brûlante dans l’après-midi et froide dans la nuit, ces vents ont, dans l’intérieur du pays, la meilleure influence sur l’état
DES VENTS
sanitaire. Ils sont chargés du dessèchement rapide des marais dont la mauvaise saison a augmenté le nombre et l’étendue. En arrivant à la presqu’île du Cap-Vert, ces vents ont perdu une grande partie de leur sécheresse en passant sur les nombreux et vastes marécages du Cayor et du Diander, et en suivant pendant un certain temps le bord de la côle d’Afrique. De plus, ils ne peuvent arriver à Dakar et à Corée qu’en traversant la rade et en passant sur la surface de la mer dans une longueur de 4 milles. Si ce passage à travers la rade diminue encore leur sécheresse, les miasmes qu’ils ont recueillis dans leur trajet doivent aussi y perdre une partie de leurs propriétés malfaisantes. Pour Dakar, c'est un vent qui, frappant perpendiculairement à la rive sur laquelle est bâtie celte ville, ne fait pas sentir la mauvaise influence des marécages du voisinage.
Le vent d’E a les mêmes propriétés que celui de NE. Mais la longueur de la rade qu’il a à traverser atteignant 12 milles, ce vent doit, plus que celui de NE, s’être dépouillé, au contact de cette surface d’eau salée, des miasmes qu’il a pris dans l’intérieur des terres. En résumé, les vents de NE et d’E ne peuvent apporter à Corée et à Dakar que des effluves marématiques d'une provenance assez éloignée étayant perdu une grande partie de leur puissance en traversant la rade.
Les vents du NE et de l’E offrent, en dehors des propriétés nuisibles que peut leur communiquer la présence des marécages dans les pays sur lesquels ils passent, des qualités qui doivent par elles-mêmes avoir une grande influence sur l’état sanitaire. Ces vents appartiennent à la saison sèche et fraîche. A leur sécheresse sont liées les variations de température beaucoup plus prononcées dans cette saison que pendant l’hivernage. Leur fréquence, leur force et leur fraîcheur, dans les soirées, font courir à ceux qui s’exposent à leur influence, le danger de refroidissements brusques. Ces refroidissements ont pour résultat, chez les indigènes, des affections fort communes et souvent graves des voies respiratoires, et, chez les Européens, des maladies des organes abdominaux :
CLIMAT DE CORÉE
diarrhées, dyssenteries el hépatites, maladies dont ces vents peuvent être au moins les causes déterminantes.
Les troupes des compagnies disciplinaires sont casernées sur le promontoire qui forme la pointe de Dakar, dans des baraques mal closes; aussi ont-elles souvent à souffrir de la réfrigération considérable produite sur l’économie par ces vents pendant les nuits des mois de mars, avril et mai. Lorsque mon service m’appelait à donner mes soins à celte partie de la garnison, j’ai souvent constaté que dans ces mois les bronchites étaient très-communes, que des affections plus graves, comme les dyssenteries el les hépatites, étaient surtout déterminées par des réfrigérations dont je viens de faire connaître la cause.
Les propriétés des vents de NE et d’E ne sont pas les mêmes à l’époque où ils soufflent comme brises régulières que lorsqu’ils soufflent irrégulièrement pendant l’hivernage.
De même que les vents du Sahara, connus sous le nom de Siroco, sont secs sur les cotes d’Andalousie et du rovaume de Murcie et perdent en se chargeant d’humidité leurs propriétés physiologiques, pour devenir en Italie et en Corse le Siroco humide et débilitant de ces pays'; de même, à Gorée, le vent du désert, V Harmatan, a perdu une grande partie de sa sécheresse, sans toutefois que la vapeur d’eau dont il s’est chargé en traversant les terres humides de la rive gauche du Sénégal suffise pour lui faire perdre complètement sa sécheresse. Cependant, dans rhivernage, la sécheresse des vents de NE est considérablement diminuée, et ces vents ne produisent plus d’une manière aussi prononcée les sensations de fraîcheur ou de chaleur qui accompagnaient leur présence dans la saison sèche. Dans l’hivernage, leur intensité et leur durée étant diminuées comme leur sécheresse, ils perdent une grande partie de leur propriété favorable à l’assainissement du pays.
Les vents du N viennent de la mer; ils doivent être trèssalubres pour la côte de la presqu’île regardant cette partie de l’horizon, mais cette côte est à peine habitée. Pour arriver à Dakar le vent du N parcourt toute la presqu’île dans son
DES VENTS
plus grand diamètre, sur une longueur de 7 milles. Il passe sur les marais de Hann et sur les nombreuses mares d’eau de rinlérieur de la presqu’île, en sorte que ce vent, salubre en arrivant à la presqu’île, se charge, avant de pénétrer dans la ville de Dakar, du mauvais air des marécages qui l’environnent.
Corée est située beaucoup plus favorablement que Dakar relativement au vent du N. Pour arriver à cette petite île le vent du N n’a qu’à traverser l’isthme de 3 milles de largeur, qui joint la presqu’île à la terre ferme; or, ce point n’est pas marécageux; des dunes de sable forment la plus grande partie de son étendue; de plus, ce vent doit parcourir ensuite la rade sur une longueur d’environ 4 milles. Ainsi les villes de Corée et de Dakar, quoique très-voisines l’une de l’autre, se trouvent dans des conditions très-différentes au point de vue de l’hygiène lorsque domine le vent de N.
Le vent de NO vient du large; il est humide et frais; mais, traversant la péninsule dans un de ses grands diamètres, il passe sur des marigots qui se trouvent à 1, 2 et 3 milles de Dakar. Une autre cause rend ce vent nuisible à l’état sanitaire de cette ville, c’est la présence au NO de Dakar d’un grand village indigène dont le désordre et la malpropreté sont une menace permanente d’infection. L’assainissement ou le déplacement de cette agglomération doit être considéré comme de première nécessité.
Pour Corée, les vents du NO ont les mêmes propriétés que les vents du N. Cependant il faut remarquer qu’ils ont à parcourir sur la surface du sol une distance plus grande que ces vents, et, sur mer, dans la rade, une plus faible longueur.
Les vents d’O et de SO viennent de l’Océan. Ils placent Corée sous le vent de l’extrémité méridionale de la presqulle. Celte partie de la côte est constituée par un sol rocailleux, couvert d’une très-pauvre végétation et complètement dépourvu de marécages, de sorte que ces vents sont favorables à l’état sanitaire de l’île.
Les vents du S et du SE sont rares cl ne soufflent jamais
CLIMAT DE CORÉE
d’une manière soutenue. Les vents de S qui ont été notés dans nos observations venaient d’ailleurs plus souvent du SSO que directement du S. Ces vents ont la même propriété que ceux de SO, si ce n’est qu’ils proviennent directement de la mer pour nie de Corée et n’ont traversé pour arriver à Dakar qu’environ un kilomètre de terrains très-rocailleux.
La rareté des vents du S est sans doute la cause pour laquelle on a placé au S de Dakar, dans la baie appelée l’anse Bernard, l’abattoir et le lieu où doivent être versées toutes les immondices provenant de la ville. C’est seulement dans cette partie de la côte que devraient être autorisés à se fixer les établissements, tels que les pêcheries et les fabriques d’huile de poisson. Le choix de cette partie de la côte pour ces établissements présenterait encore l’avantage du rejet à la mer des matières en décomposition dans un point d’où elles ne peuvent être portées par le mouvement des flots, dans la rade et dans le port.
D’après ce que nous venons de dire des propriétés hygiéniques des différents vents, il se trouve que les brises les plus salubres, celles du large, sont celles qui heureusement dominent dans la mauvaise saison. Les marais des environs de Dakar placent celte ville dans des conditions plus défavorables que Corée.
Les brises de l’O n’ont malheureusement pas dans l’hivernage la persistance des vents réguliers de la saison sèche. Les vents de NE sont encore assez fréquents; ils accumulent parfois dans la baie formée par la pointe de Dakar et les digues qui ferment le port, des détritus dont la putréfaction répand dans la ville, par les temps calmes, une odeur iusuppor table, surtout au moment de la marée basse.
C’est surtout sur place, autour des maisons, dans l’intérieur même des cours et des jardins, que se développe la malaria, cause prédominante des maladies dans ce pays. Des constructions mal faites, à peine élevées au-dessus d’un sol humide, placent, dans l’hivernage, les habitants de Dakar dans une atmosphère qui donne naissance à de nombreuses fièvres in-
DES VENTS
termiltenles, à de graves fièvres rémittentes et pernicieuses trop souvent funestes aux Européens. Nous laissons de côté les autres causes morbides, telles que les abus alcooliques, qui viennent trop souvent donner au poison un champ tout disposé pour lui permettre de produire son effet.
La supériorité de l’état sanitaire de file de Corée n’est pas seulement due à sa situation. Elle est due aussi à la nature exclusivement basaltique du sol de celle île et au bénéfice que tire toujours un lieu d’une habitation ancienne par une population très-dense, et dont les générations successives se sont efforcées d’assainir le terrain sur lequel elles ont vécu.
Il nous reste à examiner la situation sanitaire de quelques autres points de la presqu’île dans lesquels les Européens ont fondé des établissements. Le village de Hann, où est situé le jardin des compagnies disciplinaires, n’est autre chose qu’un terrain cultivé au milieu d’un vaste marécage. Pour un lieu aussi antihygiénique et qui eût pu être mieux choisi, il est inutile de chercher si tel ou tel vent peut apporter un air plus ou moins favorable. Les seuls vents de NE et d’E améliorent légèrement l’état sanitaire de Hann quand ils soufflent avec énergie, mais en toutes saisons ce point fournit un grand nombre de fièvres graves ou pernicieuses; ce jardin devrait être abandonné par les troupes et ne pas servir de but de promenade aux habitants de Corée.
Une mesure des plus favorables à la diminution des épidémies de fièvre jaune, lorsqu’elles s’abattent sur le pays, consiste à disperser les rassemblements de troupes et à les faire camper dans la presqu’île. La points de Bel-Air a déjà servi à l’un de ces campements. Ce lieu est très-sain au moment où soufflent les brises de NE, mais on devra l’éviter dans les mois où règne le vent de NO, qui porte à ce point Pair provenant des marécages voisins. Or, dans l’hivernage, moment des épidémies de fièvre jaune, ces vents de NO sont très-fréquents.
Le point de la presqu’île qui nous paraît le plus favorable pour faire camper les troupes, en temps d’épidémie, est le plateau qui domine le cap Manuel, à l’extrémité S de la pres-
CLIMAT DE CORÉE
qu’île, point sur lequel à été établi le Lazaret de la quarantaine. La nature basaltique du sol de ce plateau, son éloignement de tout marécage, sa situation à rexlrémilé d’une pointe s’avançant dans la mer font de ce lieu, croyons-nous, le point le plus convenable pour un campement. L’intensité et la fraîcheur des vents qui soufflent sur ce plateau, assez élevé, nécessiteraient toutefois de bons abris pour les hommes sains, et n’en feraient qu’un lieu de convalescence peu convenable pour des hommes très -anémiés ou relevant de maladies graves.
Un camp serait parfaitement exposé dans le voisinage du phare des Mamellrs, mais seulement dans la mauvaise saison, alors que dominent les vents du large. Les brises de NE et d E porteraient, dans la saisen fraîche, à ce point tous les miasmes des marigots de la presqu’île; il est vrai que la situation élevée d’environ 100 mètres de ces coteaux serait favorable au moindre danger d’infection marérnalique.
Il nous reste à indiquer dans quel point de la rade un navire devrait choisir son mouillage pour se placer dans les meilleures conditions hygiéniques possibles. Après ce que nous avons dit des propriétés des diflérents vents, il suffira de jeter un coup d’œil sur la carte de la presqu’île du Cap-Vert et de la rade de Corée pour reconnaître que le meilleur mouillage à conseiller à un navire qui doit faire un séjour assez long dans ces parages est celui qui se trouve au NE de l’île, en face du point de débarquement. C'est là qu’avant la construction du port de Dakar, tous les navires venaient jeter l’ancre. Au point de vue nautique ce mouillage est excellent, et le moment où il convient pour mettre les navires dans des conditions avantageuses relativement aux coups de vent des tornades est aussi celui pendant lequel les [irécaulions hygiéniques sont les plus importantes à prendre pour les équipages.