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CHAPITRE IV

DES PLUIES

I. — Importance de l’étude des pluies. — Influence des pluies sur l’état sanitaire.

La pluie est le phénomène météorologique qui apporte les plus profondes modifications dans le climat d'une localité. Son importance est telle que la pluie a servi de base à la division des saisons sous les tropiques, et c’est à elle que la saison chaude doit son nom d’hivernage.

Les pluies et les inondations fluviales qui en sont la conséquence, sont, au Sénégal, essentiellement propres à l’hivernage; elles y sont le signal du réveil de la puissance végétale en même temps que de celui de l’énergie des miasmes paludéens. Les fièvres intermittentes dominent la pathologie des Européens dans ce pays; elles ont pour cause les miasmes paludéens, dont la nature, si elle est jamais découverte, ne pourra l’être que par l’étude de la vie végétale inférieure. C’est toujours sous l’influence de Lhumidité, de la pluie ou des inondations que se développent les forces febrigènes : le moment où ces forces ont leur plus grande énergie est sous la dépendance des pluies. S’il ne correspond pas par les effets produits avec le moment du maximum des {duies, il le suit toujours; ce n’est pas dans les circonstances qui accompagnent l’extension des endémies qu’il faut en chercher la cause, mais dans celles qui précèdent le moment de leur apparition. Les médecins de nos colonies pourraient confirmer l’exactitude de la proposition de Michel Levy, qui considère les pluies comme indiquant en quelque sorte l’état de la salu-

CLIMAT DE CORÉE

brité d’un pays et sa plus ou moins grande tolérance pour l’espèce humaine.

Dans le haut Sénégal^ les pluies paraissent être très-abondantes, la crue rapide du fleuve aux mois de juillet et d’août en est une preuve. Elles font sentir leur influence sur le reste du pays par l’inondation périodique de tous les terrains qui bordent le fleuve.

Dans la presqu’île du Cap-Vert, où il n’existe pas de cours d’eau, mais dont les bords, plus élevés que l’intérieur, sont formés principalement de roches argileuses difficilement pénétrables, la plus grande partie de l’eau des pluies, ne trouvant pas d’écoulement naturel, séjourne sur le sol qui, à la fin de l’hivernage, se trouve couvert d'un grand nombre de petits marécages.

La situation de Dakar, à l’extrémité méridionale de la presqu’île, met cette ville dans des conditions climatériques identiques à celles de l’île de Corée. Les vents sont les mêmes, la température est la même; une distance de 2,S00 mètres ne peut apporter de grandes modifications dans l’état climatérique de deux points voisins situés à la même hauteur, sur des terrains de même nature, et dont les expositions diffèrent très-peu. Il existe cependant une différence très-grande dans l'état sanitaire de ces deux localités. L’explication en est facile.

L’île de Corée est petite, les habitations y sont entassées et ne laissent aucun terrain vague. Les eaux pluviales y sont attendues avec impatience par une population à l’existence de laquelle elles sont indispensables. Une partie de ces eaux est recueiJlie dans des citernes, le reste s’écoule promptement à la mer en glissant sur la surface du rocher basaltique qui forme le sol de l’île.

Dakar, au contraire, est une ville en voie de formation ; on y voit à peine quelques rues, plutôt indiquées que tracées, et sans ruisseaux profonds. Ces rues sont bordées de terrains, dont une très-faible partie seulement est bâtie. Ces terrains, et les rues elles-mêmes, présentent des dépressions qui, dès les premières pluies, se remplissent d’eau. Le sous-sol argi-

DES PLUIES

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leux ou basaltique n’absorbe cette eau que fort lentement : aussi les foyers dinfection se forment-ils de tous côtés, dès le début de la mauvaise saison. La plus ou moins grande quantité d’eau tombée, le temps plus ou moins long qui s’écoule entre les jours de pluie, font se modifier diversement ces petits marécages, et, par suite, l’état sanitaire de la ville.

Lorsque ces causes toutes locales d’insalubrité auront disparu, Dakar sera, comme file de Corée, l’une des localités les plus salubres de la côte occidentale d’Afrique.

Un autre point intéressant de la presqu’île du Cap-Vert est le village de Hann. A côté de ce village se trouve un petit marigot, plutôt formé par une collection des eaux douces provenant des pluies qu’alimenté par des sources. Ce marigot est desséché aux trois quarts à la fin de la saison sèche, et reprend ses dimensions premières pendant la saison d’hivernage.

Les eaux de ce marais sont presque au même niveau que celles de la mer, elles n’en sont séparées que par des accumulations de sables et d’alluvions qui empêchent l’écoulement naturel des eaux, tout en permettant leur mélange avec l’eau salée aux époques des grandes marées.

Sur les bords de ce marigot est établi un vaste jardin que cultivent les soldats européens des compagnies disciplinaires. 11 n’est pas besoin de dire combien ce séjour est malsain et quelle énorme quantité de malades il fournit à nos infirmeries et à nos hôpitaux. C’est le point de la presqu’île du Cap-Vert où l’on peut le plus facilement reconnaître la liaison qui existe entre l’abondance des pluies et la multiplicité des fièvres qui en sont le résultat, non immédiat, mais consécutif : les fièvres se montrent dans toute leur gravité à la fin de la saison des pluies.

Les observations de la pluie ont été faites à l’hôpital de Corée pendant dix ans, de 1856 à 1865. La pluie tombée était recueillie an moyen d’un pluviomètre de Babinet placé sur une terrasse, à 5 mètres au-dessus du niveau du sol. La situation de cet instrument aurait pu être mieux choisie j la

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CLIMAT DE CORÉE

quanUlé d’eau recueillie a dû être un peu inférieure à celle qu’on aurait recueillie sur le sol, mais d’une quantité sans doute bien peu considérable.

Chaque fois qu’il a plu, on a noté, en millimètres, la hauteur de l'eau tombée le jour, de six heures du matin à six heures du soir, et la nuit, de six heures du soir à six heures du malin. Nous avons été malheureusement obligés de négliger, d’une manière absolue, les observations des années 1836 et 1837. Pendant ces deux années, la hauteur de la pluie paraît n’avoir été compiée qu’en centimètres, et souvent la manière dont elle était notée laissait du doute sur la nature de runité exprimant la hauteur. Désirant rester dans l’examen des faits parfaitement constatés, nous nous sommes donc bornés à faire, par année, le relevé de la quantité d’eau tombée pendant huit ans, de 1858 à 1865.

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