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II. — Marche du soleil au Sénégal

L’île de Corée est située dans l’hémisphère nord par 14° 39’ 55" de latitude et par 19° 45' 00'' de longitude ouest de Paris.

Il résulte de cette situation de notre colonie dans les régions tropicales, que le soleil y passe deux fois au zénith dans l’année. Une première fois au printemps, vers le 29 avril, une seconde fois en été, vers le 12 août. Le plus grand éloignement du soleil au nord est de 9° environ au moment du solstice d’été. Son éloignement maximum au sud a lieu en décembre au moment du solstice d'hiver, il est alors de 38°. Il en résulte que les habitations dans cette colonie se trouvent inégalement échauffées suivant la saison ; le soleil les frappe au nord pendant trois mois et demi et au sud pendant le reste de l’année. L’architecte comme l’hygiéniste devra tenir compte de celte particularité dans la construction de nos demeures. Ainsi par exemple ; une maison ayant pour façade une galerie couverte, dans le genre de celles de nos bonnes habitations coloniales, aura celte galerie trop chaude au début de l’hivernage et trop fraîche pendant la saison froide, si elle est exposée au nord. Si, au contraire, elle est exposée au sud, ce sera pendant la seconde moitié de l’iiivernage aux mois d’août et d’octobre que cette galerie deviendra presque inhabitable; de plus, elle sera frappée par le soleil pendant toute la saison sèche. La meilleure disposition pour les galeries qui entourent

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les maisons nous paraît être^ en vue delà protection des appartements, l’est et l’ouest de ces maisons.

La situation du parallèle de Gorée entre les tropiques rend suffisamment compte de la force des rayons du soleil dans celte localité. A midi ces rayons tombent en effet perpendiculairement sur la surface du sol deux fois par an et ne s’éloignent de la normale que de 38® au plus.

Quoique beaucoup moins prononcée que dans nos climats d’Europe, l’inégalité des jours et des nuits influence très-sensiblement la marche de la température. Les plus longs jours ont S7“ au mois de juin, les jours les plus courts sont de il'* 3“ en décembre. Il en résulte que les végétaux jouissent de la lumière solaire environ deux heures de plus en juin qu’en décembre ; ce qui suffirait pour expliquer la différence qui existe au Sénégal dans l’énergie de la végétation à ces deux époques, si d’autres causes ne venaient s’ajouter à celle-ci. On trouvera les principales indications relatives à la marche du soleil par rapport au Sénégal ainsi qu’à la durée des jours aux différents mois de l’année, dans le tableau où nous avons mis en regard la marche du soleil et celle de la température. (V. p. 39.)

III. — Aperçu topographique sur la presqu’île du Cap- Vert. — Nature du sol. — Port et ville de Dakar.

En jetant les yeux sur la carte de la Sénégambie on remarquera que la presqu’île du Cap-Vert a la forme d’un triangle assez régulier dont l’un des angles se confondrait avec le continent en formant un isthme d’une largeur d’un peu plus de trois kilomètres. Les deux autres angles sont situés l’un au sud, l’autre à l’ouest. Le premier est constitué par le cap Manuel, roche basaltique, d’une élévation de 40 mètres ; le second par le récif des Almadies, qui forme l’extrémité la plus occidentale de tout le continent africain. Le cap Vert est situé sur le côté de la presqu’île qui regarde le sud-ouest, très-près de la pointe des Almadies, mais un peu à l’est de

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celte pointe. Deux points culminants appelés les Mamelles le rendent très-remarquable; sur la plus haute de ces deux collines d’une élévation de i 00 mètres on a construit un phare.

La roche des Almadies et le cap Manuel sont également garnis de feux. Ces trois points de repère servent aux navires à reconnaître Dcnlrée de la rade de Corée.

Les côtes du nord et de l’ouest de la presqu’île sont semées d’écueils qui les rendent inaccessibles.

La partie orientale de la presqu’île forme au contraire avec l’île de Corée et la partie sud de la côte d’Afrique une vaste baie qui, divisée en deux par un promontoire, nommé pointe de Bel-Air, forme deux rades dont la plus importante est celle qui est située entre l’île de Corée et Dakar. A l’abri de la pointe de Dakar, promontoire élevé de 14 mètres, se trouve un port, fermé par deux belles jetées. C’est le meilleur port de la côte occidentale d’Afrique, celui qui est le plus favorablement situé pour le ravitaillement des navires.

La presqu’île du Cap-Vert présente pendant l’hivernage un aspect assez verdoyant; pendant le reste de l’année elle n’est couverte que d’une végétation misérable au milieu de laquelle s’élèvent seuls quelques énormes baobabs (î) dépouillés de leurs feuilles.

Les côtes sont plus hautes que l’intérieur du pays, aussi le milieu de la presqu’île se change-t-il pendant l’iiivernage en marécages. Ces eaux ne pouvant se jeter à la mer et retenues à la surface par la nature du sol essentiellement argileux ne disparaissent que lentement et par évaporation.

Dans toute l’étendue de la presqu’île du Cap-Vert comme dans celle de la côte occidentale d’Afrique où s’est fait sentir l’action volcanique qui a soulevé les divers groupes d îles et de récifs qui bordent celte côte, on trouve une pierre ferrugineuse, toujours la même. Cette pierre consiste en un conglomérat formé d'argile calcinée et d’un minerai de fer à l’état de laitier imbibant la masse argileuse. Une analyse faite;

(1) AJansonia digitata.

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à Corée, en 1874, par M. Venlurini, pliarmacien de la marine, a permis de constater dans un échantillon de cette roche les substances suivantes :

Acide sulfurique.

Acide phosphorique.

Acide silicique ,

Sequioxyde de fer et d’alumine.

On n’a trouvé aucune trace de zinc ni de manganèse, aucune trace de chaux ni de magnésie.

L’analyse quantitative faite avec précision a donné:

9B',20 pour 100 d’alumine.

376’’,94 pour 100 de fer pur.

Cette pierre est d’une couleur sombre, terreuse et rougeâtre, elle durcit rapidement à l’air, devient même fort dure et inattaquable, par les agents atmosphériques. Au moment de son extraction elle est, au contraire, tendre et presque friable. Elle est criblée dans toute sa masse de trous d’une forme irrégulière. Elle sert à la construction des maisons européennes.

Cette roche forme des bancs affleurant la surface du sol, ou à peine recouverts par des alluvions modernes et des terrains détritiques; ces bancs ont une épaisseur de 2 à 3 mètres et se trouvent généralement superposés à des couches très-épaisses d’argile compacte et de formation ancienne. On peut facilement se rendre compte de cette disposition dans les carrières de Dakar d’où ont été extraits les blocs nécessaires à la construction des digues (|ui ferment le port.

Dans certaines paities de la côte, la densité de cette roche est plus considérable, sa structure est moins caverneuse, elle affecte une apparence cristalline. Ainsi, auprès des basaltes du cap Manuel, la pierre est tout à fait compacte, très-dense, elle contient une plus forte proportion de scories ferrugineuses et de matières vitrifiées.

Le reste du sous-sol de Dakar est constitué par une argile compacte schistoïde, communément appelée terre de Corée,

plus OU moins entrecoupée de couches ou de noyaux de celle roche. A la surface, la terre végétale est très-légère et ordinairement sablonneuse. Non loin du bord de la mer, souvent à une élévation assez notable, se trouvent des coquilles accumulées par bancs au milieu des couches argileuses et des alluvions modernes. Sur le rivage, entre les roches, le sable est grossier, dans les autres parties de la presqu’île, il est excessivement fin. A Rufisque on trouve du calcaire argileux; près de Joal on trouve ce même calcaire argileux légèrement ferrugineux.

Les sables soulevés par les vents forment, dans quelques points de la côte, des dunes très-mobiles et très-envahissantes. Ces dunes suivent dans leur mouvement une marche qui indique la direction des vents dominants. L’endroit où elles sont le plus élevées est au niveau d’un étranglement de terrain qui forme à l’extrémité sud de la presqu’île une sorte de nouvelle presqu’île constituée par le cap Manuel et la pointe de Dakar; leur hauteur atteint jusqu’à 14 mètres.

La crête de ces lames de sable indique assez d’où soufflent les vents les plus fréquents. Ces dunes sont poussées lentement du NE au SO. Elles Jouent un rôle particulier qu’il me paraît intéressant de faire remarquer.

Jetés sur un sol qui n’est constitué, comme nous venons de l’indiquer, que par de l’argile mélangée de roches, ces sables, lors de la saison des pluies, retiennent les eaux douces qui ne peuvent que difficilement pénétrer le sous-sol. Ils laissent filtrer lentement les eaux pluviales. Aussi existe-t-il sous ces dunes une nappe d’eau assez considérable pour suffire jusqu’à présent à la consommation d’une ville en voie de formation.

Cette petite étendue de terre n’offre aucun ruisseau, le centre de la presqu’île seul est marécageux, aussi la ville de Dakar n’aurait que la mauvaise eau de ses puits sans le voisinage des dunes. Elles lui servent de réservoirs d’eau.

Le port de Dakar, situé à l’extrémité sud-est de la presqu’île,

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esl un port précieux pour les navires qui peuvent y faire leur charbon dans d’excellentes conditions.

La ville de ce nom n’existe encore que sur les plans, à peine possède-t-elle une douzaine de maisons.

La plus grande partie de la population européenne et la garnison habitent des baraques en bois et en briques, ou des maisons mal construites dispersées sur un vaste terrain. Le sol n’étant ni couvert de constructions, ni cultivé, laisse se former de tous côtés des petites flaques d’eau qui mettent Dakar pendant Uhivernage dans des conditions hygiéniques déplorables.

Les causes toutes locales de son insalubrité actuelle disparaîtront dès que la population européenne y affluant, y produira cette modification des constitutions médicales qu’apporte toujours une population nombreuse. Le pays s'assainira alors rapidement par la construction des maisons, la disparition des terrains vagues et le drainage qui en sera la conséquence forcée. Sans doute des efforts doivent être tentés pour assainir le pays, et ils n’ont pas besoin d’être considérables; mais le temps et les intérêts individuels, en se multipliant, amèneront la ville de Dakar à être, ce qu’elle sera, une ville presque aussi saine que la petite île de Gorée et l’un des meilleurs séjours de la côte occidentale d’Afrique.

L’emplacement de la ville future se compose d’un vaste plateau élevé de 19 mètres au-dessus du niveau de la mer, d’un étage inférieur situé à 14 mètres, et enfin d’une partie inclinée jusqu’au niveau des quais qui sont à 2”,60 au-dessus du niveau moyen des marées.

Cette pente est très-favorable à l’assainissement du pays, de plus elle regarde le nord, ce qui placera une partie de la ville dans de bonnes conditions de fraîcheur, tout en la laissant largement exposée aux vents qui régnent pendant ks deux tiers de l’année.

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