‹ Recherches sur le climat du SénégalChapitre 8 sur 125 · I. — Température moyenne de l’année · texte numérisé non relu

I. — Température moyenne de l’année

L’importance des moyennes Ihermométriques est rarement bien appréciée; j’ai souvent entendu demander à quoi pouvait servir l’étude des moyennes. Les moyennes, disait-on, sont des nombres qui ne signifient rien; donnez-nous les minima et les niaxima therraométriques d’un lieu, si vous voulez nous donner une idée de sa température. Celle théorie, que j’ai entendu soutenir, même par des personnes fort instruites, peut avoir plusieurs réponses. Nous nous adresserons surtout aux lecteurs étrangers aux études météorologiques.

D’abord, la moyenne de la température d’un lieu n’est pas une fiction, elle existe bien en réalité. C’est même la température à peu près constante à laquelle se mainlient le sol à une certaine profondeur, variant suivant la nature du terrain, ce qui doit, certes, avoir une grande influence sur le climat et sur la puissance de la végétation d’une localité. C’est le degré de température par lequel passe le plus souvent l’atmospbèrp dans son mouvement incessant d’élévation et de baisse. 11 est des considérations plus importantes qui justifieraient l’étude des moyennes, si elle avait besoin de justification. Qu’on nous permette une comparaison qui nous semble convenir à notre sujet.

Le voyageur qui, dans un pays accidenté, monte ou descend péniblement l’escarpement d’un sentier oscillant à chaque instant, dans une direction ou dans l’autre, sait bien que ces caprices apparents de la route ne sont pas l’effet du hasard. 11 sait que la volonté humaine, en traçant ce sentier, avait un but, et il atteindra ce but avant d’avoir pu se rendre compte

température.

de la direction suivie. Mais^ qu'il relève avec soin chacune des directions nombreuses que le chemin lui a fait parcourir et qu’il prenne la moyenne de ces nombreuses oscillations de la route, il saura où elle conduit, aussi bien qu une personne placée sur une hauteur dominante, d’où s’effacent les petites sinuosités, pourrait juger elle-même de la direction de celle route.

Nous ne pouvons, en météorologie, nous placer à la hauteur de la personne qui verrait de loin ce voyageur suivre le sentier; nous calculons péniblement chacune des sinuosités de la roule, et à l’aide des moyennes nous arrivons à connaître la loi suivant laquelle elle a été tracée. Loin de nous égarer, cette méthode nous conduit donc à la découverte des lois naturelles et à la vérité.

Si les phénomènes météorologiques nous paraissent dans un désordre qui nous étonne, c’est un des résultats de notre petitesse qui nous cache derrière la moindre ondulation de terrain l’admirable sphéricité de notre globe. En réalité, rien n’est plus régulier et plus soumis à des lois que les prétendues intempéries de l’atmosphère. Le temps se laisse déjà entrevoir où ces lois seront connues aussi exactement que les autres lois physiques avec lesquelles elles sont intimement liées.

Si l’étude des moyennes est d’une nécessité majeure pour arriver à la connaissance de la marche de la température, celle des oscillations d’un jour à l’autre et même d’une heure à l’autre a aussi son importance. Le corps humain est, en effet, soumis à l'influence de ces oscillations : de là la nécessité de leur étude souvent pleine d’intérêt pour le médecin.

Les pays situés sous les tropiques sont ceux qui possèdent les oscillations les plus faibles, et c’est sans doute la raison pour laquelle la pathologie des pays chauds est infiniment plus simple que celle des climats tempérés. Les grandes endémies coloniales ne sont pas sous l'influence des oscillations thermométriques, mais sous celle des moyennes. On cherchera la cause de ces endémies dans les eaux, dans les marais; mais n’est-ce pas la température moyenne élevée qui

CLlxHAT DE CORÉE.

permet à toutes les causes morbigènes de prendre naissance ?

Les registres météorologiques que nous possédons et dont nous venons de présenter les résumés, nous offrent pour l’appréciation de la température de Corée des données exactes, nombreuses et d’une grande valeur.

La température moyenne de Corée est, en degrés du thermomètre centigrade, de 23°, 8.

Celte moyenne résulte de quatre observations faites chaque jour à six heures et dix heures du matin, quatre heures et dix heures du soir, pendant dix années. Elle est le résultat de 14,608 observations. Un diviseur aussi élevé fait disparaître toutes les petites erreurs provenant des négligences dans l’observation, des fautes de chiffres ou de calculs qui auraient pu nous échapper.

Nous nous garderons bien de présenter cette moyenne comme celle de la température du Sénégal, évitant une généralisation qui serait fausse.

Cette température est celle de Gorce, celle de la partie du littoral de la Sénégambie voisine de ce port. C’est celle de la presqu’île du Cap-Vert, du port de Dakar. La température moyenne de l’intérieur du pays est beaucoup plus élevée comme les observations que nous étudierons le démontrent.

Faisons remarquer que cette température de 23°,8 est plus élevée de 1°, 2 que celle indiquée pour l’année 183S pour le Sénégal, dans l’ouvrage de Dutrouleau, sur les maladies des Européens dans les pays chauds. Elle est inférieure de 0»,8 à celle donnée pour Saint-Louis dans le tableau des températures des divers points de la terre par Mahlmann. Elle est supérieure de seulement 0°,6 à la température moyenne que cinq années de très-bonnes observations nous permettent d’assigner à Saint-Louis.

La moyenne que nous avons déterminée donne lieu à une correction importante à faire sur la carte des isothermes. On a fait passer l’isotherme de 25“ entre le 18° et le 19° degré de latitude, au nord de l’embouchure du Sénégal, entre le cap Diane et la ville de Saint-Louis.

TEMPÉRATURE

Cette ligne doit être abaissée considérablement vers l’équateur au moment où elle touche la côte d’Afrique. Corée est située par 40' de latitude nord, c’est-à-dire à 4 ou 5 degrés plus bas que le point assigné pour passage à l'isotherme de 25 degrés ; or, l’isotherme de 24“ devra passer dans le voisinage de Corée et rejeter encore au sud celui de 25“.

En pénétrant dans l’intérieur du continent africain ces lignes devront remonter brusquement vers le nord, laissant au-dessous d’elles les postes de Dagana, de Podor, de Bakel sur le fleuve du Sénégal.

Il se produit pour le continent africain un phénomène inverse de celui qui se présente en Europe.

On sait que les lignes isothermes, en pénétrant dans l’intérieur du continent européen, s’infléchissent vers le sud à mesure qu’elles s’avancent de plus en plus vers l’est. En Afrique, au contraire, la direction de ces lignes suit dans l’hémisphère nord une courbe qui s’élève vers le nord en marchant dajis la direction de l’est.

On peut expliquer cette différence en sens inverse qui existe en Europe et en Afrique entre la température du littoral et celle de l’intérieur.

Les contrées occidentales de l’Europe sont plus chaudes que celles situées à l’orient. L’explication en est donnée par le réchauffement des côtes par les eaux de la mer dont la température est élevée, grâce à la présence du courant d’eau chaude qui traverse l’Océan et vient se diviser sur nos côtes et sur celles d’Angleterre.

A la côte d’Afrique, nous trouvons au contraire le courant polaire de l’Afrique, vaste courant .d’eau froide qui descend le long de la côte occidentale a et vient se réchauffer pour entretenir la circulation universelle de V Océan. » (Maury.)

La vitesse de ce courant au voisinage du cap Vert est de 12 milles en 24 heures, d’après Philippe de Kerhallet. {Considérations générales sur l'océan Atlantique.) La température de ses eaux serait de 4“,5 au-dessous de celle des eaux voisines, d’après le même auteur, a mais elle croît, dit-il, avec

22 CLI3IAT DE CORÉE

rapidité à mesure que les eaux du courant descendent au sud, 1)

Le Gulf-SIream a été comparé par le savant Américain à un vaste calorifère venant, sous la même latitude que celles des terres désolées du nord de l’Amérique, porter la chaleur et la fécondité aux côtes de l’Angleterre et de la France. On peut comparer le courant d^eau froide qui descend le long de la côte d’Afrique à un appareil réfrigérant venant baigner les pays brûlés du continent africain, les enveloppant d’une atmosphère de vapeurs froides et s’emparant de l’excès de la chaleur de ces régions avant d’aller se jeter dans le golfe de Guinée où il doit porter sa température à sa plus haute élévation. V

Remarquons la situation de la presqu’île du Cap-Vert sur laquelle vient frapper ce courant : elle fait saillie à l'ouest de l’Afrique et se trouve être le point du continent le mieux placé pour en sentir l’effet.

De même que les points du littoral de France, tels que la Bretagne, sur lesquels vient se diviser le courant du Gulf- Slream présentent un climat beaucoup plus doux que celui de l’intérieur de la France, de même le littoral de la Sénégambie devra être plus rafraîchi que l’intérieur.

Malheureusement pour notre colonie un phénomène vient diminuer l’intensité de ce refroidissement de son atmosphère.

En France, en Angleterre les vents d’ouest dominent et les vapeurs tièdes du courant du golfe sont portées dans l’intérieur du pays. Dans la Sénégambie domine au contraire l’alizé de nord-est qui refoule l'atmosphère plus froide du courant polaire et ne lui permet pas de faire sentir son influence profondément dans les terres. De sorte que, si le réchauffement de l’Angleterre et de la France est favorisé par les vents, il en est tout autrement, au Sénégal, du refroidissement produit par le courant polaire de l’Afrique ; les vents luttant contre la tendance au refroidissement résultant de ce voisinage. Pendant les quatre mois d’hivernage où dominent les vents d’ouest

TEMPÉRATURE

et de sud-ouest, la différence entre la température des côtes et celle de l’intérieur est beaucoup moins sensible que pendant le reste de Tannée.

Sans cette cause de refroidissement par le courant polaire, les côtes auraient sans nul doute la même température que l’intérieur, car aucune force ne viendrait lutter contre Técliauffement produit par le voisinage du désert.

Lorsque nous étudierons les vents, nous verrons que les alizés de nord-est dominent à Gorée pendant huit mois de Tannée, et qu’ils sont suspendus pendant les trois mois de Tété et le premier mois de Tautomne, et remplacés par une mousson de sud-ouest plus ou moins variable, à laquelle le fleuve du Sénégal doit les pluies qui alimentent ses sources. L’inégalité de l’élévation de la température dans l’intérieur du pays et sur le littoral est la cause de cette mousson. Chauffés par le soleil zénithal de Tété, le grand désert et les pleines arides de l’Afrique arrêtent dans leur marche les alizés du nord-est. Ces masses d’air raréOées s’élèvent en colonnes verticales et produisent une baisse de pression qui doit attirer Tair plus frais de TOcéan et déterminer ainsi un vent venant du large, c’est-à-dire du nord-ouest, de l’ouest et du sudouest. Si la direction sud-ouest domine, c’est sans doute par la combinaison de ces vents avec les contre-alizés supérieurs qui doivent, eux aussi, éprouver une modification analogue à celle des alizés de nord-est, c’est-à-dire s’abaisser et devenir inférieurs pendant que ceux-ci deviennent supérieurs. A Gorée, nos observations indiquent une baisse de la pression atmosphérique correspondant à Thivernage.

Ainsi, le contraste qui existe entre la température de l’intérieur des terres et celle du littoral et de la mer cesse par son excès même. Deux régions atmosphériques voisines ne pouvant rester ainsi inégalement échauffées, le rétablissement de l’harmonie naturelle est la cause de Thivernage au Sénégal. Au moment où Thivernage se termine et où les alizés vont reprendre leur direction régulière, tous les points du Sénégal tendent à avoir à peu près la même température moyenne.

CLIMAT DE GORÉE

En ce moment les pays les plus frais se sont réchauffés, tandis que les régions les plus chaudes se sont refroidies à cause de l’abondance des pluies.

Une étude de la température de la mer le long des côtes de la Sénégambie présenterait un grand intérêt; les quelques journaux de bord que nous avons pu nous procurer ne contiennent qu’un petit nombre d’observations de la température de cette partie de l’Océan, nous ne pouvons encore aujourd’hui nous appuyer sur ces observations.

Un fait tend pourtant à démontrer que les eaux de la mer, dans la région qui nous occupe, viennent des régions froides : l’abondance du poisson tout le long de la côte est extrême. La pêche est la principale industrie des indigènes de la presqu’île du Ca|)-Vert. D’immenses bancs de morues, de thons et de harengs viennent faire tête dans les baies que forme cette presqu’île. Ces poissons ont toutes les qualités des poissons des eaux froides, leur chair est excellente. Si l’industrie européenne n’en a pas encore tiré parti, cela ne tient pas à l’ignorance des richesses qui pourraient être produites par la pêche organisée en grand darvs le pays, mais à la difficulté de la conservation du poisson. Il y a peu de différence entre la morue du Sénégal et celle de Terre-Neuve. Il y aurait là matière à des recherches fort curieuses pour le naturaliste.

D’où viennent ces poissons? Ne démontrent-ils pas par leur goût, par leurs formes, la présence de ce courant d’eau froide descendant du nord déjà signalé par les marins?

11 n’est pas sans intérêt de chercher de combien les moyennes annuelles de nos dix années d’observations s’écartent de la moyenne générale déterminée.

Les moyennes annuelles ne diffèrent de la température de l’année moyenne que de 0°,S environ, en moins pour Us années 1837 et 1863, en plus pour 1839 et 1863. Les autres moyennes annuelles ne diffèrent de celle de l’année moyenne que de 0°,1, à 0°,3.

11 y a entre la moyenne de 1837 et celles des années 1839 et 1863 une différence de l degré. Cette différence est consi-

TEMPÉRATURE

dérable. A quoi devons-nous TaUribuer ? La température de 1857 aurait pu être abaissée légèrement par les grandes pluies de cette année; mais la moyenne de rhivernage de 1857 est à un dixième près la même que celle de rhivernage de 1861, année de pluies très-peu abondantes. {Voir tableau des pluies.) D’ailleurs la température de la saison sèche de 1867 est inférieure de près de 1 degré à celle de cette saison dans l’année moyenne. C’est donc surtout sur le commencement de l’année qu’aurait porté l’abaissement de la température. Je crois qu’il faut attribuer cette infériorité de la moyenne de 1 857 à quelque erreur d’observation.

Comme la différence entre la moyenne annuelle la plus faible 23“j2 et la moyenne la plus forte 24%2, n’est que de un degré, on peut croire que, s’il y a une erreur sur la moyenne que nous avons trouvée pour notre série de dix années, cette erreur ne doit pas être supérieure à 0°,1 .

La moyenne conclue des observations thermométriques faites à six heures du matin et une heure du soir, donne pour moyenne générale des dix années : 24°,0, c’est-à-dire une élévation de 0°,2 sur la moyenne véritable.

La correction à faire aux moyennes annuelles obtenues par la méthode de deux observations quotidiennes serait donc de 0“,2.

En appliquant cette correction aux moyennes de nos dix années obtenues par cette seconde méthode, nous trouvons qu'elle n’est exacte que deux fois et donne pour les autres années des approximations d’un ou deux dixièmes, ce qui est encore beaucoup trop fort. En retranchant des moyennes de deux observations 0°,22, on s’approcherait davantage de la vérité. Mais les observations ayant été faites fort souvent en chiffres ronds de degrés, nous ne croyons pas pouvoir pousser aussi loin l'approximation de la correctiori nécessaire pour les observateurs qui se serviront de celte méthode dans l’avenir.

La moyenne trouvée par la méthode des demi-sommes des minima et des maxima se place exactement entre celle conclue

CLIMAT DE CORÉE

de deux observations quotidiennes et celle conclue de quatre

observations.

Devons-nous en déduire que l’observation si facile des thermomètres à maxima et à minima peut suffire pour déterminer avec une approximation convenable la moyenne de la température au Sénégal ?

A Corée, où les variations sont très-faibles, cette méthode donnerait, je crois, la température avec une exactitude assez grande. Il n'en serait pas de même à Saint-Louis, d’après M. Heraud (1). Sous l’influence des vents d’est on constate souvent deux points extrêmes dans l’échelle tliermométrique ; ils* correspondent l’un et l’autre à des périodes de peu de durée et leur combinaison donne par conséquent une moyenne peu rigoureuse; elle peut en effet s’écarter de 2 degrés en-dessus ou en-dessous de la moyenne diurne véritable. Dans les observations que nous avons faites à Saint-Louis nous avons constaté les mêmes faits, notamment en février 1874.

Les diverses méthodes employées nous donnant des chiffres qui coïncident presque, nous pouvons en conclure que les observateurs qui voudront déterminer la température moyenne des divers points du Sénégal, pourront suivre les règles générales établies par les météorologistes pour les climats tempérés. En se bornant à prendre les observations si faciles des thermomètres à maxima et à minima, ils auront des moyennes exactes à une fraction de degré près. En prenant deux fois par jour la température du thermomètre ordinaire à six heures du matin et à une heure du soir, ils obtiendront une moyenne trop élevée d’environ 0°,2. Cette dernière méthode est la meilleure, elle est facile à suivre, elle est la plus en harmonie avec les usages et les habitudes de la vie coloniale. Il est de la plus grande facilité de noter en effet régulièrement la température, le matin à six heures au moment du lever, le soir à une heure au moment du repos général, de la cessation des courses

(1) Jlevue TnaTitimc et coloniale, 1861, 1 vol., p. 511. Observations météorologiques faites au Sénégal pendant l’année 1860.

TEMPÉRATURE

et des affaires, à l’heure de la sieste. C’est le moment où si fréquemment une chaleur pénible invite les personnes les plus indifférentes à jeter un coup d’œil sur le thermomètre.

On peut comparer à la série qui fait le sujet de notre élude, la première série de dix ans d’observations faites à Corée. Presque toutes les moyennes annuelles de 1841 à 1860 sont beaucoup trop élevées et la moyenne générale dépasse de plus d’un demi-degré la moyenne que nous adoptons. Voici les moyennes annuelles résultant de celte première série (toutes ces observations ont été rapportées au thermomètre centigrade) :

Les moyennes mensuelles conclues de ces dix

années don-

nent une année moyenne différente de celle que déterminées, en voici le tableau :

nous avons

Décembre.

Juin

Janvier . .

Juillet

Février . .

Août

Mars. . . .

Septembre. . . .

Avril . . .

Octobre

Mai . . . .

Novembre. . . .

La moyenne annuelle déduite de ces dix années est 24°,4.

Elle est trop élevée de 0°,6 seulement. Ceci montre que tout en négligeant ces observations il ne faut pas les considérer comme absolument mauvaises. Nous donnons ces derniers renseignements non-seulement parce qu’ils peuventêtre utiles, mais encore par esprit de Justice envers ceux de nos collègues qui les premiers ont entrepris l’étude du climat du Sénégal, et dont les travaux n’ont laissé que des documents presque complètement ignorés.

CLIMAT DE CORÉE

H- — Températures moyennes des saisons.

A Corée, le printemps possède, à très-peu près, la même température que Thiver, les températures de l’été et de l’autoir.ne diffèrent encore moins Fune de Fautre, et les saisons se groupent deux à deux d'une manière fort naturelle pour constituer deux périodes annuelles de six mois chacune :

Hiver'

Printemps . . .

' Saison fraîche et sèche. . .

Été

Automne. . . .

Saison chaude et humide.

Cette division très-simple est la seule qui soit importante pour le Sénégal. Nous établirons plus tard comment ces deux saisons sont parfaitement caractérisées par les autres phénomènes atmosphériques.

Il y a en effet deux climats qui composent celui du Sénégal, et ces deux climats ont des lignes de démarcations, tellement bien tracées, qu’ils font du littoral de celte contrée, pendant six mois, un pays jouissant de tous les avantages des contrées à température douce et agréable, et pendant Fautre moitié de l’année, un des pays les plus malsains et les plus dangereux à habiter pour l’Européen.

Le tableau suivant indique les moyennes saisonnières pendant dix années météorologiques, chaque année débutant par le mois de décembre de l’année civile précédente:

Tcmporalnre moyenne des saisons pendant dix années météorolog^iqnes

TEMPEIIATURE

CLIMAT DE CORÉE

Les moyennes particulières de chaque saison, pendant dix années, ne se sont écartées des moyennes générales que de fractions dépassant rarement un demi-degré. La fixité que nous avons reconnue dans les températures annuelles existe donc aussi pour les moyennes de chacune des deux saisons.

La différence entre la température de la saison chaude et celle de la saison fraîche est de 6®,4. Cette oscillation est trèsfaible surtout si nous la comparons à celle qui existe, dans les climats tempérés, entre les moyennes estivale et hivernale. Cette différence est pour Paris, d’après Mahlraann, de 14°,8.

Les oscillations de la température sont donc, d’une saison à l’autre, beaucoup plus faibles que dans les climats de la France moyenne. Indépendamment de l’élévation générale de la température, cela rend compte de la différence beaucoup moins prononcée qu’en Europe, existant entre les forces de la végétation pendant chacune des saisons. 11 y a pourtant au moment de la saison fraîche un arrêt, sinon complet du moins très-sensible, de la vie végétale d’un grand nombre d’espèces. Mais la température n’est pas seule en cause dans cette question.

A mesure que l’on descend vers l’équateur, la différence entre les moyennes saisonnières va en diminuant; sur le littoral du Sénégal cette différence, toute faible qu’elle est, est encore assez sensible. Un fait particulier peut donner une idée de la valeur de cette différence. Pour faire parvenir à maturité le fruit du bananier, il faut une température saisonnière de 24®. 11 en résulte que pendant la saison fraîche dont la température est de 20°,6, les bananiers ne donnent pas de bons fruits dans la presqu’île du Cap-Vert, tandis que, pendant la saison chaude, ces fruits parviennent à parfaite maturité. En se rapprochant de l’équateur on voit le bananier produire des fruits toute Fannée. Ainsi sur certains points de la côte de Guinée, la banane forme avec l’huile de palme la base de l’alimentation des indigènes qui la récoltent en toute saison. Au poste du Grand-Bassam (Côte-d’Or), la

TEMPÉHATURE.

lempéra.tur6 moyenne des divers mois oscille entre 25“j9 et 30°, 1, d’après notre collègue Forné (1).

Il est peu de régions où Tannée se divise d'une manière aussi tranchée qu’au Sénégal. Dans le cours de cette étude nous reviendrons à chaque instant sur cette division fondamentale. On verra qu’il n’existe aucune saison intermédiaire correspondant au printemps ou à l’automne des pays tempérés ni aux petites saisons de transition qui, sous l’équateur, séparent les deux saisons principales et qui sont en relation avec les deux passages du soleil au zénith du lieu. En étudiant la marche de la température au Sénégal, on peut, même à Corée, trouver des traces de ces petites saisons de transition, mais elles passent inaperçues, à cause du rapprochement des deux passages du soleil au zénith sous cette latitude.

Disons, dès à présent, que la saison fraîche se trouve être eu même temps la saison sèche, la bonne saison au point de vue sanitaire des Européens, la saison des maladies sporadiques. Pour les indigènes elle est au contraire celle de la plus grande mortalité.

La saison chaude ou hivernage est la saison humide, celle au milieu de laquelle surviennent les pluies. C’est pour les Européens la mauvaise saison, celle qui est pénible à supporter et pendant laquelle se développent les causes morbigènes dont les effets se font sentir avec un retard dont on oublie généralement de tenir compte, mais qui a cependant été signalé depuis longtemps par Lind.

En faisant débuter la saison sèche au l®"" décembre, nous avons été contraints par la division que nous ne pouvions pas abandonner de Tannée en douze mois. C’est plutôt dans la seconde quinzaine de novembre qu'avec le mois de décembre que débute la saison fraîche.

(1) Contribution à la géographie médicale, thèse, Montpellier, 1870.

CLIMAT DE CORÉE

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