TYPOGRAPHIE DE GH. LAHURE
IMPRIinUB DU SÉNAT KT DK LA COOR DB CASSATION AndMine maison Cnpelet, roe de Tuginrd, •
M t>(;(.o i.iv
Uir."- RECHERCHES
lE COMMERCE, LA FABRICATION ET L'USAGE
Je reprends mon sujet où je Tai quitté.
Sans doute les pavillons étaient fréquemment de soie et Paiiet d\ de drap d'or, au moins dans les romans '; mais tous les faites n'étaient pas de soie. Il y en avait aussi d'estame, ou
Faudestoalz d'or i portent e treis de seie blanc.
TraveU of CAarUmagne, pag. 4, ▼. 86.
Tendu i ot entor tente (de) diyers gmse. Maint payillod de loie de oolor Tcrt et bise.
Li Bornons éPAlixandte^ pag. 46, v. 10.
Devant son trâf , ke lu à or batua.
Fuit l'emperere, o loi et de ses dms.
Extraits dn Roman de Gérard de Fienne, ▼. 3444. {Ver Roman 9on Pierahras^ etc., pag. jxrr, eol. 4 .) Voyes encore t. 3399, pag. XLT, ool. 2.
As près ddes Tremoigne fa molt gnuu li bobanz, Où il orent tandu pavillons et brelianz Et ricbes très de soie à girons et à pans.
La Chanson dfls Saxons y ton. I*S pag. 4 4. Voyes encore pag. 68, 408; et tom. II, pag. 20.
do mot auquetan proposée par M. P. Paris.
2 SUR LE œMMERGE, LA FABRICATION ET LUS AGE
de fils de laine passes, enlaces par mailles les uns dans les
aubresy et il y en avait de coton :
Qui lor Yéist boijois Tenir el assembler, El hâijent et hor par ont Hngon présenté Et bons pailes d'estames et destriers sejomé.
Li Komwu de Pmrûe la Dmckette^ pag. tOO.
Son ave duist uns dsnes à Mimaîe el sablon...
Tout seul en un batel » aine n'i ot aviron , *
Bien chaudet et vestu d'un paiie d*auqueton.
Xa Ckamêim £Amtiocke, cfa. vn, coopl. KVTin; tom. II, «Mg. 180, Itl.
Étymoiogie « Je CFois, écrit en note M. P. Paris, à propos de ce mot,
qu'il faut l'entendre ici : drap de plume de cygne ou d'oie. Auqueton vient à^auqua^ oie. L'auqueton étoit ordinairement d'une éclatante blancheur :
Dieus li envoia un coulon
Assez plus blanc d'un auketon.
Fie de Jesus^Chtist, Ms. [Gloss. med. et in/. JLa/. , ton. I ,
<c On appeloit aussi a£i^£i^to/i , ajoute M. Paris, un vête*
ment de drap qu'on mettoit sur la cuirasse. »
Signification Pour ma part, je crois que le mot auketon de la Vie de
Jësus-Christ désigne un pourpoint piqué que Ton mettait
sous le liaubert et qui était originairement de coton blanc.
Auqiieton II était quelquefois orné d'orfroi ou d'une broderie d'or :
«mé d'orfroi.
Aqui disna Gerars un orio , Tal mil de sa mainada vilh e fnco f De que so ab aufrei Ihi akoto E so de venneilh pâli lor jupio.
Roman d^ Gérard de RostilUn^ M», de la Bibl. nat. n« 7904 '. fol. 3 redo, antépén. Tcn.
Tire employé Mals Ic momcut u'cst pas encore venu de parler des tis-
dansltf même sens j . / i ' r\. • ■» ^ j..i *
que paiie. SUS dc cotou répaudus en Occident pendant le moyen âge,
d'autant que nous n'en avons pas encore ifini avec les étoffes de soie. Nous les avons vues désignées assez communément par le terme vague de pailes; on employait aussi, à ce qu'il parait, tires dans le même sens :
Assez lor done rouge * or et argent cler. Tires et pailes et hennins engolez.
BonuM de Gann le Loherain, Ma. du fonds de Saiut-Gemuiin français, n* 4344, folio .lix. recto, col. 1, v. 3.
Je vous dorroi et or fin et mangon , Tirez de paile de soie et ciglaton.
Roman de Guillaume d'Orange, Ma. n* 6985, fol. 475 recto, col. 3, V. 7.
Tès-toiy lechere, orgueilleus mal resnable, Que rien ne prises mes mars d'or ne mes plates Et mes cendazy mes tirez et mes pailles. Mon cher avoir de quoi je ai grant masse. Que j'ai conquis en Puille et en Galahre Et en Seâle jusqu'au perron Saint-Jaque.
Ihid., fol. 470 recto, col. 2, ▼. 22.
Quens Viviens fu à merveilles larges , Il lor départ les mars d'or et les plates Et les cendax et les tirez de pailes.
Ibid., fol. 477 TCrso, col. 4, v. 4.
Molt ont poi esté à maison , Kant plus valurent de .m. mars
* Êpithète fréquemment attachée à Tor dans nos anciens romaus :
Seignor, ioelle terre elle est tote par illes
Et de bonnes cités menant et replenies
De nuge or et d'argent et de pailes d'Aofrique.
Ckaneon éPAyen la Me d'Avignon, Ms. de la Bibl. nat. n* 7969 «, fol. 4 46 recto, t. 28.
Ha, nobles empereres ! prenei de nostre avoir lloii^or et blanc argent «I bons pailes grqois. , Ibid,^ fol. 4 34 Terso, t. 7.
Sens attribue
an mot tire par
Roquefort.
Étofics de soie mêlée de cotoo.
14 présent de tires, de dras Et de rices vaissiaus d'argent Qu'i li aporte, etc.
RomandeVE*coujljfle,M3.d€VAneaA\,B.-h, fr. in-i", n» 178, fol. 70 recto, col. 4, v. 36. Voyes encore fol. 74 verto , col. 4, T. 48.
J'ouvre le Glossaire de la langue romane^ et j'y lis, tom. II, pag. 626 : « Tircj pour timbre : paquet de pelleteries attachées ensemble. » Nul doute que ce mot n'ait eu le sens signalé par Roquefort, nombre de passages de nos anciens inventaires en témoignent ^ ; mais en examinant les extraits d'anciens romans que nous venons de donner, on reconnaîtra facilement que si quelques-uns peuvent s'accommoder de cette explication, il en est d'autres où tire ne saurait s'appliquer qu'à des pailes^ à des tissus de soie.
Indépendamment des étoffes de ce genre, dans lesquelles on introduisait frauduleusement i^ne certaine quantité de coton, il y en avait où cette matière était franchement déclarée ' :
Sour une kurte -pointe fourée d'auqueton ,
* « Premièrement troys pannes d*et'myne8 à cou-vertoer, dont Tune tient xxviii tires de long et lxxvi bestes de lé, » etc. Invent. de Charles V, Ms. n<* 8356, fol. iij«. XX, n« 3804. Voyez encore n~ 3805-15.
* Ces mélanges, fort communs dans l'antiquité, valaient aux étoffes ainsi composées le nom de suhsericm. Voyez la Vie d'Aurélien, par Vopisque , ch. xv, et le Lexique de Facciolati.
Dans les trente Tyrans de l'historien latin, ch. xv, il est fait mention de tuniques à capuchon de demi-soie et couleur d'hyacinthe, et d'une tunique de demisoie, brochée d'or et du poids d'une livre , turùca» paliiolaUu hjracUuhinas subsericas, ttmicam aura ciavatam subsericam tihriUm unam.
Suivant Lampride, Héliogabale fat le premier Romain qui porta des robes toutes de soie; car, avant lui , la soie n'y aurait que pour la moitié : «Primas Romanorum holoserica veste usus fertor, quom jam êuhserica in asu essent. » .£1. Lamprid., ArU. Heliogabalus, cap. xxv.
A fait li rois t»acier le preu Emenidon » Menaement ooyrée de soie et de coton.
Li Romans tPAlixandrCf pag. 488, t. 35.
On voit que nos ancêtres, m^e les plus étrangers à Tindustrie textrine, se rendaient compte néanmoins des élànents qui entraient dans la composition des étoffes, ils les appelaient tramosericse j dramiosjrricss \ quand la trame était de soie et la chaîne de lin ou de coton , et stamesiricse lorsque le contraire avait lieu '. Quant à celles qu un acte des premiers temps de la monarchie française appelle jprarerica , mot par lequel un savant Bénédictin propose de remplacer le pro /èdcUa • du texte , mes recherches ne m*ont rien appris à cet égard, et les éditeurs de du Gange n'en ouvrent pas la bouche.
Nous n'avons point à regretter une pareille omission pour
Étoffes appelées iramo" sericœ , drcunio^ syricœ, stamesi"
Proserica.
Multrta.
' Ce mot, qui manqae dans- le Glossaire de do Cange, nooe est fourni par le testament dont nous allons donner des extraits.
* Voyez le Glossaire de du Gange, an mot Seanusirictu, tom. YI, pag. 353, col. 1 . Le' mot gattesamit qne D. Garpentier cite dans cet article et qni se trouve dans un passage du Roman d'Alexandre, n'a aucun rapport avec l'adjectif latin; c'est le cathasamitum f le eotsamit j que nous ayons déjà vu, tom. I**", pag. 196, not. 1 , et pag. 362, not. i.
* ff . . . coopertoria olosyrica quatuor, unus valet solidos xxx , alîus solîdis xvt , tertîus solîdis xt, quartns solîdis xi.y, duo ex îpsîs auro sunt fidbricati... palla oloserica cum suo omatu ralente solidos xu. Item palla super altariolo sancti Hilarîi linita auro, et margaritis &bricata , valcnte solidos xxx , vdola per ipsius oratorîi parîetes tria oloserico omata, valente solidos yih... Item Telnm in domo Hilarîi dramiatyrico^ yalente solidos xl... Item ad palla super sepnlcro sancto oloserica duo, yaloites solidoauc. Item pallas super sepulcra quinque Achaica exomatas, yalente solidos xy. Item palla proteriea^ yalente solidos n. Item a|ia proserica^ yalente solidum t. > Test, S. Arûdil abb, Atttm.^k, il* régis Sigib. (S. Oreg. Turon, episc. Opéra ommia, éd. D. Th. Auinart, coi. 1313, A.)
Nous n'ayons donné des extraits aussi étendus, de cet acte qu'à cause des lumières qui s'y tpooyent sur le prix et l'emploi des. soieries à l'époqpe mérovingienne. On y voit figuier an moins une nappe d'autel bordée d*or et ornée de perks ; nul doute qu'elle ne fax de soie. On en faisait, cependant,, ansô en lin. Voyez Acta Sanct, ord. S, Betud,, s»c. ii, pag. 498.
Étoffes de loie mélaiigées
6 SUR LE œMMERCE, LA FABRICATION ET L'USAGE
i'étofle appelée nwJieia. Suivant les Bénédictins, ce nom serait une variante de multicia^ que Papias explique par habits éclatants de soie et laine , a ainsi nommés , ajoute-t-il , à cause du moelleux du tissu ^ » Un passage de la biographie d'un évéque du inf siècle, où cette étoffe est qualifiée soierie S nous persuade que la soie y entrait dans une proportion notable.
Quelque instruits que Ton suppose nos aïeux des différents alliages des matières qui entraient dans la composition des étoffes, vraisemblablement ils ignoraient qu'indépendamment des tissus annoncés comme étant seulement à trame ou à chaîne de soie, il y en avait dans lesquels ce mélange, pour être soigneusement dissimulé , n'en existait pas PariOage molus. Sous Ics empereurs, les Phéniciennes effilaient quel-
d<* soieries par r*!l •• ^ ^i •a ê • •
In phênicieDiie«, qucfois dcs soicncs , et après leur avoir donne amsi une \rs ei^i^eun. coutcxturc plus làchc , elles y faisaient entrer du lin , de la laine et d'autres matières. En même temps les brins de soie provenant des étoffes effilées, leur servaient à £Bd>riquer d'autres tissus également formés par un mélange de plusieurs matières *. Si cette fourberie se perpétua jusqu'au moyen
* « Lucid» vestes ex lerico et lana, dieu qaod mnloeuit iWiyiute sua. » Vid. Ghss. med. et Uif. Latin,, tom. IV, pag. 569, col. 2.
* a ... infîiUs sericas qninqae, unam de purpura nigra auro intextam com bestiarum figuris , alteram de samito rubeo , quintam de nudteia stellatam com floribus violarooii » etc. Act. Pontifie, Cenom,^ cap. XLin. {Vetera AnaUcta^ éd. in-IS, tom. III, pag. 374; éd. in-fol., pag. 33i, col. 3.)
* Voyez sur le parfilage des étoffes de soie chez les Romains, THist. nat. de Pline, Hy. VI, ch. xx, et Sénèque, De Bêmeficiis, Uy. VII, ch. ix ; Saumaise, Dr Pallio^ pag. 203, et Hardouin, dans ton commentaire tor le passage de Pline cité plus haut. Voyez enfin le Mémoire de M. Pardessus , tom. XV des Mémoires de rinstitut royal de France. Aoad. des inscript, et belles4ettres, !■* partie, pag. 43 et 14.
âge, on peut croire que ceux qui la pratiquaient s'attachaient à en dérober la connaissance au commerce et au public : de là sans doute le silence de nos anciens auteurs sur ce point.
Un passage de Tun d'eux nous montre que nos ancêtres organsin. savaient également si un tissu était organsiné * ou non :
Elle ot vestu .j. peliçon hermin,
Et par-deseure .j. bliaut d'orgasiny etc.
Li Fablel dou dieu etamtmrs...y publié... par Achille Jnbinal. Paris, Tecbener, 4 83i, in-8% pag. 49, st. 6.
Arrivé à parler de la pourpre et de Técarlate, ici com- Pourp^. mence pour nous un grand embarras. La pourpre, telle que la connaissaient nos pères , était-elle de laine ou de soie? Était-ce la même chose que la pourpre des anciens? Ce qu'il y a de sur, c'est que, comme dans l'antiquité, le tissu ainsi Hautpnx désigné était rangé parmi les étoffe^ précieuses au-dessous pendantiemoyen de celles qui présentaient plusieurs couleurs ' : « Se li riches uem, dit un vieux commentateur du psautier, aveit toz jorz eise... en porpres et en samiz, et li poures... atendeit
' Organsin est un terme de mano&cture que TAcadémie décrit ainsi : « Fil de soie très-fin composé de plusieurs brins de soie grége, déjà apprêtés isolément par une première opération qui les tord à droite, et qu'on retord une seconde fois ensemble à gauche sur le moulin à organsiner. >
Je ne suppose pas qu'il faille traduire le mot orgasin des vers cités plus bas par organdi, nom d'une sorte de n^ousseline ou de toile de coton fort claire.
* c Regalis itaque purpura, quia unicolor est, yilipenditur. Pallia yero diversis fiicau nitoribus, ad sublimis lectuli deputantur omatum. s B. Pet. Damian. opusc. XXXI, cap. Ti. Cf. Aiuiquit. Ital. medUœvi^ tom. II, col. 409, D.
Le même écrivain rapporte ailleurs avoir re^u une pièce de Tune de ces étoffes plus recherchées que la pourpre : a Primarius quidam Rodulphus nomine... mihi pallium reverenter obtulit , quod triblathon juxta sui generis specîem nuncupatur. Trium qnippe colorum est, et blathon pallium dicitur : unde triblathon pallium vocatnr, quod trium cemitur esse colorum. » Epist. lib. IV, ep. vn. Ôf. j4nt. It. med, œvi] tom. II, col. 409, C. Il y a donc lieu à rectifier qudque. chose dans ce que nous avons dit ci-dessus, tom. I**, pag. 11.
toz jorz à sa porte fameUleus et moranz de freit, mau plet i aureit * . » Dans /i Romans de Raoul de Cambrai ^
Dame Alaïs n'ot pas le cuer frarin ,
Son fil coucha an .i. chier dcap pomrprin.
Jean de Meung voulant dire que l'amour n'est point uniquement l'apanage de la richesse, s'exprime ainsi :
Les porpres et les buriaus use ; Car ausinc bien sunt amoreces Sous buriaus comme sous bninetes.
U Boman de la Rate, édit. de Uéou, lOA. II, pa^. 46, t. 434fl.
Hooipre saira- Son prëdécesseur, Guillaume de Lorris, nous apprend que l'Orient, d'où l'on tirait, de son temps, la plupart des tissus de prix, nous envoyait aussi de la pourpre ; il en revêt un de ses personnages allégoriques :
Largece ot robe toute fresche D'une porpre sarraxinesche.
Ihid,, tom. l«% pag. 47, n* 4169. Yoyex encore p«g. 43, ▼. 4069.
Pourpre d'Ai- li est juste dc faire observer que par ce mot sarrazinesche on peut entendre également l'Espagne arabe , dont la pourpre est pareillement citée par nos trouvères :
La dame voit Pestor et ot chacun qui crie. . . Et remest ou bliaut de porpre d^Aumarie*.
Chaneon éPAyen la bêle tTAvigmon, Ms. de la Bibl. nat. n« 7989 S fol. 407 verK», y. 3, 7.
* Le Commentaire en roman sur le soutier, fol. 117, ps. Lvn, vers. 12, cité dan.s le glossaire de VHist. de S. Louis^ pag. liv, col. 1 .
* On lit auparavant ce passage, où il est question d*vakpaile vermeil almoravide : Aje tint par la main Blanoeflor la roinne. Elle avoit afnblé ,j. grant mantel henoine : La Toosure est d*aii paile vermeill d* Amoravine , Molt raient grant honor les piètres qni y sont mise.
Fol. 8S recto, t. 46.
L'un des plus anciens , Chrestien de Troyes ^ parlant de Pourpre aieun. trois lits splendides, les décrit en ces termes :
.iij. biaux poiles a voit desus.
Sus .i. avoit .i. couvertour. . .
D'une grant pourpre alexandrine^ etc.
Roman de Perceval, Ms. sappl. fr. n" 430, fol. 4 46 verso, col. 2, V. 4 4. Voyez encore fol. 4 42 recto, col. 2, v. 37.
Marie de France, traçant le portrait de la maîtresse future de Lanval , nous apprend que
Un cier mantel de blanc ermine Ouvert de purpre alissandrine Eut pur le caut sur li geté.
Lai de Lanval, v. 404 . {Poésies de Marie de France, tom. I*% pag. 240.)
S'il faut en croire Lampride, cette épithète, dont je pour- origine rais encore signaler l'emploi dans bien d'autres ouvrages *^on*"*^"" plus anciens, ne venait point à la pourpre du nom d'Alexandrie, mais de celui de l'empereur Alexandre Sévère, qui choisissait avec une grande attention la plus éclatante , soit pour en faire trafic , soit pour son propre usage , ou plutôt pour celui des femmes qui voulaient et pouvaient en porter. a Cette pourpre , ajoute l'historien , se nomme encore aujourd'hui la pourpre alexandrine ; c'est celle que le vulgaire appelle /?r<?6/(p/i/ie *, » etc.
J'ignore dans quelle proportion Lampride dit vrai; mais Erreur
•1 • fi 1 . ^ 19 • • j ^^ Lampride au
il est certam qu il se trompe relativement a l origine de sujet de la pourla pourpre dite alexandrine. Longtemps avant Alexandre Sévère, Plante faisait dire à Ballion, marchand d'escla-
^ i£l. Lamprid.ylib. XXXIX.
10 SUR LE œMMERGE, LA FABRICATION ET L'USAGE
ves , en train de gourmander sa troupe : « Avec mon fouet je vous arrangerai les reins de façon qu*ik seront plus chamarrés de dessins et de couleurs que les tentures de Campanie ou les tapisseries de pourpre d'Alexandrie, toutes parsemées d'animaux *. »
Poan«re bit Quclqucs vers avant ceux que nous citions tout à l'heure, Marie de France parlant des dameiseles , ou suivantes de la dame, dit que
Vestues furent richement...
De dex bliaus de purpre bis,
Leû de Lafmalf y. 67. {Poésies de Marie de Fnmee^ tom. !•% p.g. «0«.)
Plus loin, c'est la maltresse de Lauval elle-même qui porte un manteau de cette étoffe *; son lit en était fait également \
Dans \m autre lai, celui del Désiré y Ggure également une pucelle
Vestue d'une purpre bise.
▼. 4SS. {Laie inédite^ etc., pag. 41.)
significatioD Que faut-il entendre par ce mot bis? Sans doute, une nuance de pourpre plus solide, plus éclatante *, surtout plus recherchée que les autres. Nous voyons en effet, dans un ancien roman , le pourpre bis en compagnie des fourrures, des tissus les plus précieux '. Cependant je ne dois pas dissimuler qu'il existe dans un autre ouvrage de la même
• PUm., Pseudolus, acl. I, »c. n.
• V. 565. {Poésies de Marie de France, tom. !•% ptg. 244.)
» Launfal^ by Th. ChestrCy part Ut , ▼. 283. {Àneient EngUUh metrical Romancées^ vol. I, pag. 182.)
• Voyez ci-deMUS , tom. I" , pag. 1 76 , en note. ' Le Roman de Tristan, tom. I*% pag. 131, y.
Variélé de U pourpre.
DES ÉTOFFES DE SOIE, D'OR ET D'ARGENT. il
époque, un passage ^ qui pourrait autoriser à penser qu'il ne faut pas chercher au mot bis une signification différente du sens actuel de ce mot.
Grise ou non , si la pourpre bise était la plus répandue , comme le ferait croire le grand nombre de passages où il en est question ', il n'y en avait pas moins pour tous les goûts. Albert d'Âix , parlant du butin fait à la prise d'Antiocbe en 1098 y mentionne des pourpres d'espèces et de couleurs dif* férentes '. Ailleurs, dans le récit qu'il nous fait d'une expédition de Baudouin en Arabie, sous l'année 1112, il n'a garde d'oublier la pourpre d'espèce et de travail divers qui se trouvait parmi les dépouilles d'une caravane de marchands iduméens tombée au pouvoir du roi de Jérusalem \
Pour peu que l'on soit curieux de se rendre compte de ce Coaiea»divenes
'^ * * . de la pompre
qu'Albert d'Aix a entendu dire par celte expression diifersi pendant generis et coloris ou operis^ il faut s'adresser aux romans, où
* Al comens del coMelh iotret Don Bm , Afiblet mantel gris àepolfra tm.
Roman de Gérurd de RotsUlcn, Mm, de la Bibl. nat. n* 7991 ^ fol. 78 recto, t. 33.
Dans le Boman de Guillaume <t Orange^ à ce passage :
Vee»-Tous là amont en od larriz Une compaigne à cet pcnoned his ,
rëcriyain du Ms. 6985, qai ayait d'abord écrit grù, Ta efbcé. Voyex fol. 204 recto, col. 31, T. 36.
* Voyez le Jtoman de la FioUtU, pag. 169, not. 2.
' Alb, Aquens, Bist. Hierotol,, lib. IV, cap. xzv. (Getta Dei per Fnmeos, pag. 247, lin. 27.) Cf. lib. II, cap. xyi. (Ibid, , pag. 203, lin. 18.)
4 Lib. XII, cap. vm. (Ibid., pag. 372, lin. 5.)
Voyez, sur ces Iduméens , qui fréquentaient Montpellier au xn* siècle , Titinéraire de Benjamin de Tndèle, an commencement, et Mémoire sur fêtai du commerce intérieur et extérieur de la France , depuis la première croisade Jusqu'au règne de Louis XII... par M. Glicquot de Blerrache, pag. 179, not. 14.
i2 SUR LE œMBŒBCE, LA FABRICATION ET L'USAGE
l'on verra qu'au moyen âge la pourpre n'était pas , comme dans l'antiquité, une couleur générique qui admettait diverses nuances plus ou moins foncées^ suivant le climat sous lequel la coquille dite ostruni avait été recueillie \ mais un tissu précieux, qui acceptait toutes les couleurs : c'est ainsi quon lit pourpre inde dans le Roman dAtis et Prophelias *, dans // Sièges de Tebes • et dans li Romans <tAlixandre * , ix}urpre vermeille dans le Roman d'Eneas *, pourpre sanguine dans la Chanson des Saxons^ et dans le Liewre du roy Charlemaine \ pourpre roée dans le Roman de Guillaume d'Orange • , dans celui (tAnséis de Carthage • et dans celui du Chevalier au Cjgne^^f pourpre dorée dans le Roman de Gode/roi de Bouillon *\ vert pourpre et vert pourpre h or ha-
' A' oyez Totius Latinitat'u Lexicorty auct. J. Facciolati , Eg. Foroellini et Joe. Furlanetto, voc. Ottrum; tom. III. Lipsiae, MDCccxxxix,in-fol.y pag. 270, col. fl. Cf. pag. 557, col. 2, voc. Purpura.
• Mi. de U Bibl. nat. n» 6987, fol. 1Î5 recto, col. 2,\. 14.
' Ibid., fol. 47 recto, col. 4, y. 1. On lit plus loin , fol. 63 veno, col. 4, V. 18:
n ot hiamne «t esca et Unoe Et d'ane porpre oonniuance , D'une inde porpre claTetée , Menaement à or fresée.
• Pag. 373, T. 27.
« M», de la Bibl. nat., fonds de Cangé, n» 27, folio 87 verso, col. 3, v. 35.
• Conpl. Lxix ; tom. I", pag. 115.
' M«. du Mnsée Britannique, Bibl. Reg. 15. E. vi., fol. xxij recto, col. 1, v. 19.
• Ms. de la Bibl. nat. n« 6985, fol. 200 yerso, col. 2, antépénultième vers. On lit dans le récit de la translation des reliques de saint Denis et de ses compagnons, qu'Eudes, frère de Henri I'', avait envoyé une pourpre sanguine, purpuram sanguineam^ pour envdopper les précieux restes du martyr. Voyez Aeta sanct, ord. S. Bened., vmc. v, pag. 113.
• Ms. de la Bibl. nat. n* 7191, fol. 68 recto, col. 2, v. 33.
•• Ms. de la Bibl. nat., suppl. fr. n» 540% fol. 10 recto, col. 1 , v 19. Plus loin , au fol. 31 verso, col. 2, v 32, on trouve un exemple àt pourpre bis. «« Ms suppl. fr. n» 540», fol. 46 recto, col. 2, v. 20.
noire d'or.
tue dans le Roman de Percewil *, vert mantel porprine dans
le fabliau de Gautier dAupais^^ vert porpre croseillée dans
Erec et Enide • , et pourpre noire dans le Chevalier aus
ij espées *. Du manteau de cette couleur étoile d'or devait P?»nyf«
faire un bon effet :
Ses mandaus fu et frés et biaus , D'une pourpre noire estelée ' D'or, et n'estoit mie pelée.
Rotfum de Percevais Ils. soppl. fr. d' 430, fol. \\ verso, col. 3, V. U.
Cette décoration de la pourpre, de quelque couleur qu'elle Fréquent usage
AA / • ^ 9-1 A 11 ^^ <î«^^ décora-
fût, etaity a ce qu u parait, assez commune pendant le moyen tion pendant le
âge ; car, sans parler des chroniques •, il en est souvent fait ™*'^*" *^*
mention dans les romans. Le héros de Tun d'eux voulant
reconnaître la complaisance de ses hôtes, dit :
A ma hosta Na Bella-Pila...
Darai una polpr* enrodida , Ab bellas esteletas d'aur.
Plameticaj Ms. de la Bibl. de Carcassonne, fol. ux verso, t. 6.
■ Ma. de la Bibl. nat., suppl. fr. n*430,fol. 122 recto, col. 1, v.23; et foi. Ml recto» col. i, t. 43.
• Pag. 22, V. 4.
» M«. la Valliere n- 78, fol. 131 recto, col. 1, v. 18.
^ Ms. de la Bibl. nat., suppl. fr. n« 180, fol. 4 recto, col. 1, v. 16. Voyez encore ci-dessus, pag. 6, note 2.
' Nous retrouTons un noir étoile dans un autre roman :
Al premier cap denant on nepa de l'almirat , £ fo molt ben armats sna un negt' estelat,
Der Roman von Fierabras^ etc., pag. 4 4 4 , t. 374 5.
Mais s'agit-il ici d'un cheval ou d*un Tétement de dessus? La chose n'est pas claire.
* c Très pallas altaris, duas de purpura rubea, unam de auro drculatam, aliam steliatam. » Chron, Hildesh,, A. D. 1194-1198. (Mon. Genn. hist., éd. Pertz , script, tom. VU, pag. 858, lin. 40.)
i4 SUR LE GOfifMBRCE, LA FATOICATION ET L'USAGE Au feuillet suivant. Fauteur continue ainsi sa narration :
Apres manjar Goillems fes querre Gella polpra que vole offerre A la donna per accmtansa...
Ane a Tebas ni a Tessala Non n'ac tam bella ni tam bona.
Flamenca, M», de U BiU. de CareaMonne, fol. lx veno, ▼. 24.
Pourpre, umit, Plus loiu , c'est Guilldume lui-même qui apparaît revêtu
dnpd*or, ., /it/-iit
semés d'étoiles Q une poupre semée d étoiles d or :
d*or.
E non an gaire demorat Qu'intret Guillem tôt a celât, Et ac una polpra vestkla Ab esleletas d'aur florida...
Gaussas ac d'un vermeil saniit.
Ibid. , fol. cz Teno, t. 6.
Cette dernière étoffe était souvent elle-même ornée d e-
toiles d'or :
. J. biau samit avoit vestu Broudé de fin or qui bon fu ; De Por parmi avoit estoilles, Plus furent cleres que chandoilles.
Roman de Perceval, Ms. sappl. fr. n* 430, fol. 4 50 Tcno, col. <,▼.».
Lors s'est maintenant deschauciez Du lit, qui fu Ions et hauciez. ..
Et fu covert d'un samit jaune D'un covertoir d'or estelé
Le Roman àa Ckepolier de la Charrette. Reimt, 48«9, in-S», pag. 18, T. 49.
Charles V possédait v une chapelle cothîdiane de drap d'or azuré à petites estoilles d'or *. »
* Ms. de la Bibl. nat. n<> 8356, fol. G xvij. recto, n<' IHO.
les Romains.
DES ÉTOFFES DE SOIE, D'OR ET D'ARGENT. i5
Le moyen âge tenait encore ce dessin des temps qui Fa- Antiquité \aient précédé. Dans un vase antique décrit par Winckel- Habit> relevés
if»i\ /i .*., d*étoUei, connus
mann, le vêtement d Alcmene est parsemé de petites étoiles desandens
blanches ; et à ce propos le savant antiquaire fait remarquer
que les habits relevés d'étoiles étaient déjà connus des Grecs
dans les temps les plus reculés. C'était un habit semblable
que portait le héros Sosipolis sur un tableau très-ancien cité
par Pausanias , liv. VI, pag. 517, 1. 8, et Démétrius Polior-
cètes en avait un de même, au rapport d'Athénée, liv. XII,
pag. 335, F\
Chez les Romains, les habits couverts d'étoiles n'étaient Habits pas moins en faveur. Tibère fit son entrée à Rome sur le enu^em cha ' char qui avait servi au triomphe d'Auguste , avec une robe de pourpre et une chlamyde parsemée d'étoiles d'or *.
Quelque temps avant cette époque , il est fait mention d'une robe de pourpre tissue d'or, togapicta^ que revêtit Metellus Pius , dans une fête qui lui fut donnée à l'occasion de son retour dans l'Espagne ultérieure , après un an d'absence '. Nous ne savons si l'usage de cette sorte d'étoffe se perpétua jusque dans le moyen âge; mais il faut certainement voir autre chose dans ce passage , où il est question de vêtements qu'Archambaut de Bourbon destinait, avec des armes, à un tournoi qui devait avoir lieu dans cette ville :
• Histoire de Part de l'antiquité. Ut. III, ch. m, tom. I", pa|^. 204; et liv. IV, ch. V, tom. II, pag. 197. Voyez encore, au sujet des vestes stellatœ, les témoignages réunis par M. Raoul Rochette dans sa Notice sur quelques objets en or, trouvés dans un tombeau de Tancienne Panticapée. [Journal des Savants, janvier 1832, pag. 3, not. 1.)
• C. Sueton. Tranq., Tiier. Nero, cap. xxv.
> Sallust. apud Macrob. , Satum. , lib. II , cap. ix. Cf. Val. Maxim., lib. IX , cap. I, ex. 5.
.y. cens pareilz de vestimenUs Totas de polpras aur batui.., Estan tut près en un alherc.
FUumemeat fol. nu recto, ▼. 10
pomimbUncfar. Maîs je n'ai jamais rencontrë , dans nos anciens écrivains, la pourpre blanche mentionnée par Plutarque dans sa Vie d'Alexandre \ et par Perrault, dans sa traduction de VitruveV La pourpre, dont le nom, comme nous venons de le voir, désignait une étoffe et non mie couleur *, était-elle de laine ou de soie? Sans aucun doute, de cette dernière matière. Sans revenir sur ce que nous avons dit plus haut , nous ferons remarquer la concordance établie dans les gloses d'Isidore de Séville et dans le Catholicon de Jean de Gênes, entre
Matière de U pourpre au moyen ige.
' « "^Oitov fT)ffi xai icopçvpoc 'Ëpiitovtxtjç tOpcOfivai TdXavTaittvTaxi(x^ia tfvpuiiUvT}; |Uv iC itwv d<xa ^ovT«Av Staxomwv , icpocforov Si x6 dtvOoc Ui «ai veapèv f uXarrouav}c. » Plut, y'ita AUs.f cap. lxx.
* Êdit. de M. Dc. lxxxit., in-folio , not. 3 au ch. xin du Uy. VII, pag. 249.
* Cependant Vtidjectït pourpre ^ porprin, que nous avons déjà tu pag. 8, et tom. I**, pag. 207, not. 5, ne peut que désigner une couleur, le cramoisi, j'imagine, dans les passages suivants :
D*un coerrechief frès et nouvel De soie jaune , pourpre et vert , A gentement son chief conrert.
Roman de Percevai ^ Ms. suppl. fr. n* 4ao , fol. 223 recto, col. 4, T. 24.
Grans fu, coverte par le 6n
De finit reont , grant et porprin.
La Légende latine de S. Brandaines... publiée par Achille Jubinal, pag. 130, t. 10.
Quant fait eurent, et doi enfant Portèrent .i. panier tout plaln En leur nef, de fruit porprin sain.
Ibid., pag. 441, V. 40.
La choie est moins claire pour le passage suivant :
lÀ premiers pnlea des enfans Estoit en yestiniens tons blans ;
DES ÉTOFFES DE SOIE, D'OR ET D'ARGENT. il
bornbj'cinare et purpuram facere^ bombjcinatores et pur puram facientes^y et nous invoquerons le témoignage du moine qui a écrit , à la fin du x" siècle , la vie de saint Adalbert , évéque de Prague et martyr. Dans une anecdote qu'il raconte sur la charité du saint prélat , il parle d'un coussin de soie dont il désigne Tenveloppe d'abord par le mot sericum^ puis par celui àe purpura^^ de manière à montrer clairement que l'un était synonyme de l'autre. Dans le Roman de Garin de Monglane^ le jongleur Rogier dit à ce chevalier :
Sire , ceste pucele que vos ai devisce. . . D'une porpre de soie par lîus bien bordée Ot cote et mantel , molt fu bien atornée.
Ms. de U Bibl. nat., fonds de la Valliere n* 478, fol. 8 verso, col. 4, ▼. 46 et 80.
On lit dans le Roman d Aye ^Avignon :
A je et Ganor se siéent sor .j. riche tapis A fin or et à pierres y à oyseillons petis. . . . A la table dame Aye servi Gnyon ses fiz, En la porpre de soie ovrée à flor de lis.
Bis. n* 7989 S fol. 4 52 Terso, v. 26.
Dans la Chronique des ducs de Normandie , de Benoit ,
Li aotres eurent roges jacins ,
Li tiers romatiques porprint.
Ibid., pag. 4 39, T. 26.
Peut-être aussi disait-on ^u^^r^ .*
Pristrent son bon coltel qni raleit une cit... Et un molt riche drap d*nn ^nt purpré samit.
Lehen des H. Thomas von CanUrhury^ pag. 462, t. 21.
Nous croyons en effet qu'on doit traduire ainsi le mot latin purpureusy que Ton trouve si souvent accolé à sametum : a Item capa Galfridy de Lncy decani, de saroeto purpureo, » etc. The History of St, PauTs Cathedral, pag. 31 6, col. 1.
Voyez encore ci-dessus, tom. !•', pag. 272, not. 3.
■ doss. med, et inf. Latin, ^ tom. I, pag. 720, col. 2.
* Fit, S, Adalb, , etc. , n* 13. (Acta sanetor, ord. S, JSened,, sec. v, pag. 82(4.) II. 3
ProTOUDce de la pourpre âu moyen Age.
L*ii8age
de la pourpre
cootinae chez
noQs au XV*
siècle.
18 SUR LE œMMERCE, LA FABRICATION ET L'USAGE HasUng, tendant un piège aux habitants de Luna en Toscane^ dit à ses gens :
D'une chère purpre vermeille
Me cuverez en une bière.
Tom. K, pag. 61, ▼. 1633.
Wace, qui a travaillé sur le même canevas que Benoit, dit
du même Hasting :
D*un drap de seie fu covert, Corne se mort fu[st] U covert.
Le Roman de lUm, tmn. I*', p:ig. 8i, ▼. 645.
Cependant, comme il faut tout dire, il existe aussi des passages d'où Ton pourrait conclure que la soie et la pourpre faisaient deux *-; mais quelque parti que l'on en veuille tirer pour combattre notre opinion , ils ne sauraient^ ce me semble, prévaloir contre ceux dont nous venons de Tétayer.
Comme les autres soieries, la pourpre nous fut longtemps fournie par les mêmes producteurs , surtout par les Grecs , qui paraissent avoir été plus particulièrement en possession du secret de la teinture de ce nom*. Après eux, ce furent les Vénitiens, dont les pourpres étaient encore citées au commencement du xiv' siècle '.
Au xv^, cette étoffe était toujours en usage sous le même
* a ... deinde statutt (S. Stephanus 43" archiepisc. Bituricens.) ne antistes sacerdosTe uUus serico, purpura, cocco... uterctur, pneterquam in sacrontm ministerio. » Historia patriarcharttm ^ arehiepueoporam Biturieensium, etc., cap. xliii. (Noi^œ Biblîothecœ manuscript, Ubrorum Tom, II, pag. 64.) — « ... e toalhas, e cortiuas, e toalhons, de céda o de polpra o de tela, » etc. Stat. de la confr. des argent, de Montpellier, mai 1293. {Bist, de la commune de Montp., tom. III, pag. 485.)
■ Voyez ci-deftsns, tom. I", pag. 8-12 et 64. Non-seulement du Cange, au GloAsaire duquel j'ai renvoyé, pag. 9, not. 2, mais également Bochart a disserté sur le mot blatttt, par lequel on désignait anciennement la pourpre. Voyez iTiVrotoic*, sivedeÂnim. S. Script., pars pott,,ed. Johann. Leusden, lib. IV, cap. xxi, col. 6i6.
' a Item duas casulas purpurarum operis Venecise « Inventaire des reliques , des
IVombreoses
Tiriétcs de œlte
étoffe.
nom ; nous voyons en effet dans une circonstance rapportée par Jean de Troyes, Louis XI a vestu d'une robe de pourpre ^ » à Texemple de son grand-père , Charles VI , que le Religieux de Saint-Denys nous montre dans une fête revêtu d'un magnifique habit de pourpre et d'or, dont le précieux tissu était rehaussé par mille pierreries et par une grande quantité de perles semées avec profusion *.
Un autre chroniqueur contemporain nous apprend que le ÉcaïUte. même Louis XI , après la mort de son père j en 1461 , s'habilla de la même étoffe , suivant la coutume de France , « pour que si tost comme le roi est mort, son fils plus pro. chain se vest de pourpre, et se nomme roy*, n tandis qu'un
omemeniâ et des livres de tégiâe de Saimi^Amans de Modez^ 13 juillet IS13. (Bibliothèque nationale, collect. Doat, tom. CXXXII, fol. 122 Terso.)
On lit dans le compte de Geoffroi de Fleuri cet article, qui fe rapporte peut-être à de la pourpre, en tout on en partie : c Pour 30 dims de Venise, bailliez à Rains. . . pour donner ans églises , 55 s. pour pièce , Talent 8 1. 10 s. » ( Comptes de t argenterie^ etc., pag. 65.)
On employait aussi purpureila dans le même sens que purpura : c Unam planetam depurpureOa, » etc. Charta ann. 1197, apud Ughell., Itaiia sacra, tom. VII (Rome, MDcux, in-foL), col. 1275, A.
' Le Livre des faits advenus au temps du roy Louis XI; édit. du Panthéon lit léraircy pag. 265, coi. 2.
* Chronique du Religieux de Saint-DenySy Ut. XII, ch. th, ann. 1391 ; édit. de M. BeDaguet, tom. I*', pag. 740.
Quelques pages auparaTant, le même historien racontant le couronnement d'Isabeau de EsiTière, en 1389, circonstance où les bourgeois de Paris parurent Têtus de Tcrt et les officiers de la cour habillés de rose (Ut. X, cb. Tn; tom. I^, pag. 612 ), dit que les dames et les demoiselles Pétaient de pcmrpre et de siglaton broché d*or : « Matrone cum Tirginibus in Testimentis purpureis, cicladibus auro textis... peromate, que liciis telis ad fenestras oloserica et tapeda preciosa suspendebant. > {^Ihid.) RetrouTant dans un autre endroit Pexpression eicladiSus et olosericis auro textis^ M. Bellaguet la traduit par lo^ magnifique tout en soie Brodée d'or.yoyezUr, YI, ch. t, ann. 1385; tom. I**, pag. 358.
' Chroniques iTEnguerran de Monstrelet , édit. de M. Dcm., tom. III, fol. 87 recto.
troisième historien dit que Louis XI y a sou avénemeut au trône, « fut vestu d'une robe d'escarlate vermeille , comme il appartient à un roy successeur d'un autre ^ » Une pareille épithète à la suite à'escarlate , sans parler de l'espèce de sy« nonymie qui semble établie ici entre ce mot et celui de pourpre y suffit déjà pour nous faire soupçonner que le premier de ces mots désignait ^ comme le second, une étoffe et non une couleur : ce qui est parfaitement vrai pour toutes les époques du moyen âge. Ainsi, on lit escarlate pourprée dans V Histoire de Cliarles VII ^ par Jean Chartier', escarlaie blanche dans le Roman des Ai^entures de Fregus ' et dans l'inventaire des biens de la reine Clémence de Hongrie \ escarlate i^rmeille dans le Roman du Chevalier aus ij espées ', dans celui du Chevalier au lion *, dans le Lai de Graelent ^ dans les Chroniques de Froissart*, dans les comptes de Tar-
* Chron, de Matthieu dé Coiutjr, ch. cxxt ; éd. du Panth, lia., pag. 230, col. i. «... un roy de France, dit la vicomtesae de Fumes, ne porte jamais noir en
deuil, quand seroit de son perc ; mais son deuil est d'estre habillé tout en rouge, » etc. Voyez /es Honneurs de la cour, k la suite des Mémoires surTancienne chevtderie, édit de M. DCG. Lix., tom. II, pag. 254. Au reste, comme on a déjà pu le remarquer ci-dessus, tom. I«% pag. 131, et 354, not. 4, le rouge était anciennement Tune des couleurs du deuil. Dans une miniature du Ms. de la Bibl. nat. n* 7189, qui est de la fin du XIV* siècle , Hélène est en deuil rouge pour Paris , comme pour Hector Andromaque. Voy. fol. 156 recto.
• Éd. de D. Godefroy, pag. 181 , ann. 4449. Voyez encore pag. 446, lesChron. de Monstrelet, tom. II, fol. 22 recto, et le Cerem. fr., tom. I*', pag. 659, 663.
' Pag. 214, T. 13. Voyez aussi \epetit Thalam. de Montpell., pag. 378, ann. 1367.
* Pag. 42, n« 3U7; tom. II des Mélanges de Clérembaut, à la Bibliothèque nationale.
» Ms. de la Bibl. nat., supi»l. fr. n» 180, fol. i rerso, col. 2, ▼. 43, et fol. 25 recto, col. i, t. 28.
« The Mabinogion, etc., part îst, pag. 156, col. 2.
' V. 598. {Poésies de Marie de France, tom. I*', pag. 530.)
• Li?. I*», part. II, cb. ccLxxm; édit. du Panth. litt.^ tom. I", pag. 227, col i .
genterie'y dans Tinventaire de Charles Y* et dans celui de Richard PicqUe*; escarlate sanguin ou sanguine, dans la Mort de Garin le Loherain ^, dans les comptes et dans les inventaires ci-dessus •, où je trouve encore de Tescarlate rosée *, morée', violette', brune* et paonnace^^ sorte déjà nommée dans deux romans du cycle breton '^ Dans un autre , qui
• Pag. 20, 53, 55, 82, 86, 88, 100, 154, etc.
• Ms. 8356, n- 3473, 3480. 3482, 3522, 3817, 3823. ' Édit. des Bibliophiles de Reims^ pag. 29.
• Pag. 11, T. 202.
" Comptes de targenteiie^ etc. , pag. 85, 149. — Ms. 8356, n«* 3468, 3478, 3481 , 3520. — Invent, après le décès de Richard Pic^fue, pag. 28.
• Comptes de targent,, pag. 24, 28, 30, 84. — Ms. 8356, n^ 3467, 3474, 3479, 3807, 3809, 3820, 3824.
' Comptes detargent., pag. 40. — Ms. 8356, n<>* 3469, 3810. — Invent, de R. Picque, pag. 29.
• Comptes de l'argent. ^ pag. 28, 30, 31. —Ms. 8356, n« 3470.
• Ms. 8356, fol. uj". verso, n- 3522.
■® Confies de targent., pag. 84, 87.
" Pais m'afobla .i. oort mantel
Ver, d'esquallate jyeonoctf.
Le Chevalier au Lion, dans The Mabinogiony part Ut, pag. 437, col. i.
D^une escarlate paonnace Li fist .1. mantel aporier.
Bpman de Percevais Bis. soppl (r. n* 430, fol. 252 Teno, col. 2 , T. 31 .
Ailleurs, c*est à laqoeue d'un cheval qae Ton donne cette épithète : Le costes a bançiiu et faure le crrpon , La oene paonnace , faite par derison , etc.
lÀ Romans tP Alexandre, pag. 4 1 , v. 7.
Que doit-on entendre par ce mot? Du Ginge ( Gloss, med. et inf. Latin., ton. Y, pag. 152, col. 3) y voit Téquivalent àe pavonatilisj que lai fournit Anastase le fiibliochécaire , et traduit ce dernier terme par pannus in paponum eaudarum speciem variegttttu, en quoi il se trompe doublement : en effet paponatile, comme il le conjecture plus loin, est, dans la Vie d'Etienne VI, une épithète de velitm,tt indique les paons représentés sur TétofTe ; c'est pavonatius qui , dans la basse latinité , correspondait à notre paonnace et an paonazso ttpapcnazso des Italiens, chez lesquels cet mots signifient violai, J ajoateraî que notre adjectif est le premier en date , et
S2 SUR LE œMMERCE, LA FABRICATION ET LUS AGE
appartient à la même catégorie, c'est un mantel père d*escarlate'; Benoit de Samte-More représente un chevalier et
Tient non de paon^ mais de peone, qui, duu nos anciens aotears, désigne la pÎToine {pœonia ojficinalù, Lim.), encore nommée pionne dans certaines provinces :
Si peçoie sa lance com on nin de peone.
Li Romams ^TAlûfÊtubm, pag. SO, ▼. SI.
Voyez Liste des noms popuiaires Jesplanies de PAube.,. par S. des Etangs. (Mé^ moires de la Société d^ agriculture.., du département de tJuhe, n** 91 et 92, troisième et quatrième trimestres de Tannée iS44. Troyes, Booqnor, in-8*, pag. 241 .] On disait aussi pyonnier :
Jà eusse le corps foible et tendre , Se Toloit mon ooer partoot cstre , Et espedalment cil estre Ou a foison de rioUeri , De roses et de pyoniers , Me plaisoient pins en regwt Que nulle riens , etc.
£xtr. de VEspinette amoureuse de Froissart, à la Miite de ses Chroniques, ëdit. dn Panik. litt., tom. Itl, pag. 481 , col. I . La floiir de lys est belle , et la penelle.. . Et li pluisonr aiment moult l'anquelie , Le pyonier^ le mngnet , la soussie.
Ballade du même. {Ihid., pag. 509, col. S.)
Maintenant on comprend que la Téritable étymologie de peonace s'étant perdue, on ait fait incliner la forme de cet adjectif yers paon, payoy pavone, d*où l'on le croyait ▼enu.
* Le Roman du Chevalier de la Cftarrette, Reims, 1849, in-S**, pag. 48, t. 33.
Dans la suite du poème , le trouTère nous représente Tamie de Lancelot, Genièvre, en une moU hlanche chemise, et il ajoute :
N*ot sus bliaut ne cote mise , Mes .i. coït mental ot desus D'escarlate et de cisamus.
Ibid.y pag. 423, T. 4 9.
Le dsamns n'était pas, comme on pourrait le croire , une étoffe précieuse c'éuit une fourrure estimée an moyen Age : Une cbappe si s'ainbla De oendal et de cesimus.
Boman de Percevais Ms. snppl. fr. n* 430, fol. 140 Tfrso, col. I , v. 42.
.J. rouTertoir trertont d^ocfroia Foanré dedenz de eisamus,
Tbid.y fol. 174 rscto, col. «, ▼. U.
Voyez le Gloss. de du Gange, aux mots Cisimas et Cisinus; tom. II, pag. 366.
D£S ÉTOFFES DE SOIE, D'OR ET D'ARGENT. â3
un duc de Normandie affublés « d'un mantel d'escarlate gris ' ; » dans le récit de la transIatioD de saint Julien , en 1254, figurent des dames en habits d'écarlate verte '; enfin dans V Histoire de Foulques Fitz-Warin , on voit six vilains se vêtir <( de un escarlet vert^^ » étoffe nommée trois siècles plus tard par Clément Marot, qui composa certainement avant 1 540 son Dialogue de deux amoureux, qu'il faut lire pour peu que Ton soit curieux de se rendre compte de la toilette d'une jolie femme au xvx* siècle.
Frappé de la difficulté d'expliquer ces diverses dénomi- conjecture nations, le Grand d'Aussy disait : « Pour moi, sans vouloir d»Aûâ.y wUtiTe-
, , , ment à TécarUte
entreprendre ici des discussions qui sont fort au-dessus de «* » i. pouipre. mes connoissances, je proposerai une conjecture ; c'est que, pendant longtemps , l'écarlate et la pourpre ne s'étant employées , à cause de leur cherté , que pour la teinture des draps les plus fins, on donna, par la suite, le nom de pourpre et d'écarlate, non à la couleur, mais à l'étoffe elle-même, quelle que fût sa couleur \ » Un peu plus loin , le même écrivain ajoute : « Cependant , lorsqu'une étoffe fut véritablement teinte en écarlate , il y eut encore , pour cette couleur même , différentes nuances. C'est ce que prouve un règlement fait pour les teinturiers de Paris, en 1669, et dans lequel il leur est ordonné d'employer la cochenille , pour V écarlate cramoisie j et pour les autres^ comme pourpre^
• Cfironique des Ducs de Normandie^ tom. I*», pag. 35i, v. 7699; tom. II, pag. 131,v. 19i97.
• Gesta pontif, Cenoman, in urée degent.^ cap. xtïY. [Fêtera Analecta, ,tà . in-fol., pag. 352, col. i.)
» Pag. 70, lig. 3
• Note 3 au Lai de LanTa). (fabliaux ou contes, édit. de Renouard, tom. I*', pag. i80.)
24 sua LE GOMMERCE, LA FABRICATION ET L'USAGE
amaranie^ etc., mais de n* employer que la pare graine dé»
carlate de Languedoc ou de Provence^ y pour les écarlaies an^^
Écariatr cienncSy dites de France et des Gobelins *. n Déjà renommées
au XVI* siècle, ces écarlates paraissent avoir supplanté, au
' Un curieux passage de Germais de Tilbury, auquel nous avons déjà reoToyë, tom. I*', pag. 106, not. 2, nous apprend que, chez nous, c*était dans le royaume d'Arles qu'on recueillait la graine de kermès ; on remployait surtout à Montpellier, où cette teinture avait pris de grands déreloppements. Voyez V Histoire de la commune de Montpellier^ par A. Germain, tom. I*% pag. 118, 119, 203. On sait qu^il s'était établi de bonne beure, dans cette ville, d^in^xirtantes aannfactores de draps de laine. Voyez tom. II, pag. 127.
Du temps de Pline, les pays où Ton recueillait la meilleure cochenille, éuient la Galatie, l'Afrique, la Pisidie et la Cilicie; la pire venait de Sardaigne. Voyez THistoire naturelle, liv. XVI, ch. xn, sans oublier Dioscoride, liv. IV, ch. xLvni.
* Not. 3 au Lai de Lanval. (Fabliaux ou contes ^ tom. I*% pag. 181 .)
On sait que oe nom de Gobelins vient de celui d*nn teinturier célèbre, qui y éuit établi dès le temps de François I*'. Rabelais, rapportant, liv. Il, ch. xjm, une espièglerie de Panurge, lui attribue c cellny ruisseau qui de présent passe à Saînct- Victor, auquel Guobelin tainct Tescarlatte; s et Ronsard, dans une ode k Gaspar d'Auvergne, dit :
Les moiuons je ne quiers pas...
Ny 1« riche aoroustrement D'une laine qui dément Sa teinture naturelle , Es poislc» du Gobelin S'yTrant d*iui rouge Tenin Pour se desgoiser plu belle.
Liv. m, od. XXI.
Une chose à remarquer, c'est que les premiers drapiers qui s'éublirent à Paris, au commencement du xrv* siècle, demeuraient dans le même quartier, près de Saint-Marcel. On l'apprend des lettres de bourgeoisie que Philippe le Long leur accorda en janvier 1316, et qui sont conçues en ces termes :
« Philippus, etc., notum facimus... quod nos, attendentes quod Bartholomeus Careitam, Jacquinus Careitam, cjus fratrem, Jacobus Faira et Colinus Usumberdis de Florencia, apud Sanctum Marcellum prope Parisios morantes, et ibidem draperiam fieri faciunt et operari, in regno uostro Francie, tanquam burgenses et incole dicti regni, diucius morati et convenati fuerint, nostrisque predecessoribus Francie regibus in eorum exercitibus et eomm agendis, tanquam burgenses regni predicti absque exceptione aliqua, s etc. Ms. de U Bibl. nat., coll. Brienne , tom. V, pag. 121.
moins chez nous, celle de FloreDce, qui était encore en vogue à cette époque *.
Au XIII* siècle y on employait beaucoup la teinture en Ancienneté graine % et Ton en faisait grand cas : de là les fréquentes d'écarUte.