I,B COUVENT
Le nombre des moines n'était pas grand, on n'en trouve jamais plus de 21 , et souvent moins. Il est vrai que plusieurs^ absens momentanément du Prieuré, n'étaient point mentionnés dans les actes.
Us étaient en majorité, mais non tous, d'origine noble ^.
** 139^. Jaques Mayor sons Prîenr et Sacristain, Jaques de Agîe vice Camérier procureur et lieutenant du frère Jean de Dnrescall Camérier , Aymon de la MoHière Doyen , Girard de Cngie grand CeUérier , Jean de Famervac Chantre, Rodolphe de ChallangrinAumosnier,Nycod de Salmon Infirmier, Olivier de Cngie, Jean de Orbe , Pierre de Rossilîon , Anthoine brengard ou Bérenger , Jean de Morges, VulKerme de Mont, Anthoine de Estaneres, BarthéFemi de Yillagoudri, Guillerme Lombard, Jean de Tourmont, Etienne Préotherat, moines (18).
En 1 405 , quelques noms nouveaux, Guillaume de Lucinge, Jaques de Diçone (Gingins), Aymon de Genolye, Jean de Lons-le-Saulnier (de Lugduno Sauneriî), Henry 'de Bothens, etc.
En 1 435 , Jean de Dyvone (Gingins) Doyen , Jaques de Divone Camérier, Claude Conchellin Infirmier , Jean Catellan Chantre , Antoine Bérenger (ou brengar) , Jean de Rances , Jean Rossier , Jean de Sinarclens, Jean de Chesaul, Yullierme Jaillet, et Jean Jornet, religieux (H).
Assez de détails sur l'intérieur du Couvent nous sont parvenus , mais , par malheur pour la mémoire des cénobites , ils sont de l'époque du relâchement.
i 446 , noms nonveaux : de Mars, de Gleresses. — Snr les mars d*ane sorte de chambre haate da temple de Romainmotier on distingne Fécassoii des Gleresses, plusîeats fpis reproduit : sorte d*ex voto peat-étre. -^ Les mots « hic jaeet frater Jorneti, » se lisent sar une pierre tumulaire trouvée parmi des décombres , et placée en saillie par M. Contesse dans la construction qui a remplacé le Couvent.
i 452, quelques nouveaux noms : Pierre Thuner aumosnier, Pierrede Sauvernier Prieur de Corcelles ; Etienne Aymonod Prieur de Cossonay et prébendaire, Louis de J<^ne^ Glande de Livron.
4 457^ Sovernier, (k)ndiillin, Thuner, Jorneti, Jean deDalIiens, Jaques Galle ou de Gallera, Glande de Saint-Tri vier, Jaques de Jogue , Louis Luseti , Pierre Cochet, Guillerme de Murs sacristain (11 moines). Et Aymon Mayor , Louis de Jogne , Glande de Livron, Michel de Granges et Jean de Pierrefleur (de petra (loris) novices ou petits moines (monaculi) : 16 en tout.
En 14S8, 17 nommés. Parmi eux Glande de Greillier doyen, Glande Michaulty Glaude Dorerii (ou Dorier).
En 1478, Pierre de Sauvernier, Glaude de Livron prébendaire Prieur de Beçex , Louis Luiset sous-Prieur , Aymon Mayor doyen , Glaude Michaudi (on Michault) grand Gellérier, Glaude de Ville sacristain, Pierre Goschet aumomîer, Hugonin de Murs chantre , Jean Jorneti , Glaude de Saint-Trivier , Louis de Jogne , Hugonin de Cholex, Jean de Frasse» Aymon Coschet, François Durand, Ake^cius de Caraux (ou Taraux), Pierre Toreneh , Pierre de la Ravoire , George de Livron , Petreman de Terronix , et Nycod Mnsard : 21 en tout et c'çst «ne énumération complète des conventuels.
En 1492 , 14 nommés^ plusieurs des préçédens , et quelques nouveaux ; Anthoiue de Bignyns, Anthoine de Cholex (de CMao), Louis de Bellegarde.
En 1 498 , quelques noms nouveaux, Philibert de Lugrin , Pierre de DuUit, Jean de Livron , Etienne do Saint^Saphorin , Pierre Niçod et Louis Caenderii (19 en tout).
En 1821. Théodule de Ride doyen , Mammert Michaudy camérier, Anthoine de Bignyns grand cellérier, Anthoine de Cholex sacristain, Gla^de de Treyto^ rens, infirmier , Pierre de Murs chantre, George de Livrpn , /eau de Gruffie et Louis Coendet (ou Coenderii), cloitrés (9).
Nous verrons plus tard la composition du Couvent à Tépoquc de la réforme.
Un différend, par exemple, s'était e^m^, en 1512, entre le Prieur * Michel de Savoie et le Couvent , au sujet de leurs obligations réciproques ; et une « pronuntiation » de délégués des Diffiniteurs du Chapitre de Cluny dut intervenir d'office, après examen «d'anciennes escriptures et dépositions de vieux prend'hommes.» —Voici la substance de cet acte important*^.
« Le Seigneur de Romainmotier , est attenu de maintenir à ses dépends tous les édiffices du Prioré : et aussi de faire venir Teau au bacchan accoustumé , en la place devant le Couvent. »
Le mobilier de TEglise est à sa charge *^*.
n doit fournir le vin pour les messes, pour laver les autels le jeudi saint et ailleurs , et pour sacrifier, mais non le vinage des reliques *^.
Il doit pourvoir la cuisine du Couvent, des ustensiles nécessaires ^^ ; et de vaisselle d'^étain : assavoir 12 trenchoirs 12 escuelles à oreilles , 12 grands plats souppiers , etc. — Douze était le nombre primitif et sacramentel des moines d'après la règle bénédictine.
* Commcndataire.
'^ M. Chanel, ancien membre du Grand conseil, m'avait commnnîqaé d*abord une traduction en vieut français de cette prononciation. D'après elle ont été faîtes les citations de l'ouvrage de M. J. Olivier sur le Canton deVaud. Mais cette traduction, dont l'auteur est inconnu , est fautive. J'ai toutefois conservé éofiH^iènKlangage autant que possible sans infidélité à l'acte original. Celui-ci repose àm ÀftihtVes cantonales, c'est un vidimus latin de l'an 1522, donné par l'OfScial de Lausanne , sur la demande de provide Claude Gumini -procureur du Couvent de RonâSûmbtier.
'^' Soit livres , vaisseaux , ustensiles , cappes et autres vêlemens nécessaires et doit faire chaque année 4 aulbes, neufves, et le Sacristain 2 et l'Infirmier aussi 2.
*^ Le sacristain doit le fournir.
*^ Comme pots de cuivre, ou de métal , chaudières et chauderons, poêles pendantes et à frire , de grelle, escumoire , couvercles , landriers, broche , pelle, seilles et autres vaisseaux de bois pour porter l'eau et faire les saulces , et autres choses nécessaires ; excepté les lèchefrites et lesétamincs (toiles rares pour passer la purée et faire serviettes) qui sont à la charge du Cuisinier.
Le Seigneur doit fournir au Cuisinier les légumes , c'est-àdire les pois et lentilles, que Ton mange à Tarent et en carême, et aussi les mercredis, vendredis et samedis; principalement quand on jeûne, et qu'on ne trouve raves ni choux *^.
Le Seigneur doit faire cultiver dans le jardin da Couvent, des choux, des pignons, des aulx, des pourreaux, des laictnes, de la sauge , du persil et autres courtillages , ou en faire provision suffisante d'i^illeurs.
I) doit fournir le sel , pour assaisonnement et pour saler les viandes ^^^ ; et de plus tout le vin , le verjus (verjutum) et le vinaigre pour les saulces , et toute la moustarde pour apprêter )es viandes et cuisiner le poisson ^^, même pour faire la gelée aux jours gras, assavoir à Tavent et en la septuagésime *^; et il doit fournir alors au Cuisinier douze poules.
Le Seigneur doit le bois pour la cuisine ; et aussi pour chauffer la chambre commune (stupbam) du Couvent, dès la Toussaint ^u jour de Pâques exclusivement.
Le Seigneur doit tenir un bouteiller ou échanson (pincerna).
*^^ Oa coDStomms^it par ap enTiron 18 coupes de poîs et 6 de lentille; mi, (uivant aa autre acte, 24 coupes de pois et 4 de lentilles.
^^^ On a coustume d'employer en la cuisiae un ialignon par semaine ^ et ep carême un salignon et den^i. Et pour saler la^ chair en été qu'elle ne se corrompe, un salignon par semaine et quelquefois moins, et pour saler la chair de pouroeaa et de bœuf en hyvcr ^ coslf et deniie de sel et quelquefois moins , (suivant un. autre titre 6 costes en tout).
'^ Entouré de plusieurs eaux bien peuplées de truites , le Couvent avait encore dans son domaine 2 viviers, dont un considérable.
^'^^ On prend pour cette gel^ 7 à 8 pots de vin par jouf : et pour cuire les poissons et apprêter les viandes 2 pots de vin ; et pour faire les saulces aux jours solemnels 2 pots de vin ; et aux autres, un demi mirai et du vinaigF& Le Seigneur doit fournir pour les sauces et apprêter les viandes à chaque fois deux micher de pain blanc. — Ici se présente une faute majeure de la traduction sasdite : < ad gelu fàciendum in duobus carni preçiis » signifie dans les deux jour^ grai^ et nullement dans les jours où Von ne mange point ^e cha\r» Q|i mangettt donc aux avents 12 poules, et autant à septuagésiiqe.
portant les clefs du cellier, et assermenté , pour gouverner duement le vin et lepain.
La prébende de vin d'un religieux est d'un mirai à diner et autant à souper, et celle d'un novice d'un mirai par jour. — Le ndral équivalait , ùu peu s'en faut, à deux de nos bouteilles ^^. Le vin doit être mélangé d'un dixième ou d'un douzième d'eau, et quelquefois plus , quelquefois aussi moins selon la force du vin, et d'après Tordonnance du Sous Prieur et des moines*^. — Lebouteiller ne doit tirer le vin du tonneau, ni moins encore le mélanger d'eau , sinon en présence d'un religieux ou d'un novice. Et quand le tonneau est à demi vide , faut ôter la moitié de l'eau taxée. Et quand le tonneau est élevé par derrière , adonc on n'y doibt plus mettre d'eau. Au temps des avents, de carême, quatre-temps et vigiles, quand on acous-^ tume de jeûner, on doibt délivrer le vin pur, et bailler un pot de. vin pour le diner de chaque religieux prestre, et demi pot à un:novice. — Le vendredi saint, cependant, on ne délivre point de vin pmir le dîner qui consiste en pain , eau , et laictues sauvages.
On doit par jour à chaque religieux deux miches à diner, une de pain blanc et une de ménage , et autant à souper. Et es temps qu'on jeûne , deux miches blanches et une de pain de ménage par jour. — Ces miches égalaient au moins nos miches ordinaires **®,
108 Trois miraux , est-il dit dans l'acte , font deux pots mesure (ancienne) de ]%oinainniotier : or un pot de cette ancienne mesure^ fait un pot et demi, mesure actuelle, moins deux verres de cabaret.
*^ Mais aux vendanges où Ton boit du vin nouveau, jusqu'à la Saint-Martin, et aussi aux fêtes solemnelles ou ne le mélange point.
**^ La eoupc de froment pur (4 grands quarterons représentant 5 quarterons vaudois actuels) , devait faire 27 micbes bien cuites dans le four du Seigneur. Et la coupe de grain mélangé pour pain de ménage (orge , seigle et repreyn (?) de pur froment) , devait faire 33 miches. — Or une coupe soit 4 quarterons actuels, font environ 30 à 32 miches de 3 livres chacune.
lies novices et le Cuisinier ont prébende de pain comme les religieux; le SouiUanl, 2 miches de ménage par jour.
Et à chaque mercier qui desployera sa mercerie devant le Couvent, on doit sa prébende de pain et devin; et à chaque verrier comme sus est dict ; et aussi à chaque poissonnier qui portera et mettra en vente son poisson au-dessous du Prieuré. — Articles étranges ! auxquels on peut néanmoins donner une interprétation favorable , en supposant que dans Textrême monotonie de la vie du Cloître , toute apparence de diversion était saisie avec empressement. D'autre part il faut blanchir la mémoire des moines d'une accusation banale dirigée coatr'eux ^^* : c'est qu'un passage souterrain unissait le Cloître i un Couvent de femmes. U n'y a pas la plus faible trace de l'existence de celui-ci.^ Le barbier avait coustume de raser et faire les couronnes aux moines en hiver de 3 en 3 semaines, et depuis Pâques de 15 en 15 jours : lors on lui devait pour sa prébende 1 pot et 1 mirai de vin , 3 miches blanches et 3 de ménage. -* 11 parait que très anciennement les Clunistes se rasaient les uns les autres et s'en acquittaient fort mal : mm erat rasura, dit l'un d'eux, sed potiiis eopcoriatio.
Un moine indiposé était conduit à la chambre des malades, et, outre sa prébende ordinaire , il devait encore recevdr une miche blanche ; et s'il s'était fait saigner , il avait droit à un troisième mirai de vin, comme si la maladie eût été un brevet d'excellent appétit *^'. Cependant le physicien (médecin) on
Aa Marrilier quand il porte Peau bénîlc devant la procession par le ConTcnt aux fêtes solemnelles , aux rogations , à Taseension , en la fête IKea et aux ramaux et quand on sort de la porte du Prieuré , on doit sa prébende c'est à savoir un mirai de vin et une miche blanche. — Et aux deux qui portent h bannière et la croix aux rogations. -* Et au boucher qui tue pour le Gouveot, bœuf, vache , ou pourceau ; mais il n'aura pas double prébende s'il tue 2 ou 3 pourceaux dans un jour. — It, au cousturier lorsque le sacristain fait réparer les vêtemens de l'Eglise. — Et au relieur quand le chantre l'emploie. — IL à chaque religieux de Vordre des mendians et de l'ordre de Ciuny et « Rotulario > quand ils viennent.
*** A Romainmotier même.
^'' Le Seigneur doit fournir la paille pour faire les lits en la chambre des
chirurgien qui Tayait yisité, avait droit à une prébende» non moins que le serviteur d*icelui.
Si un religieux absent par congé du Sous Prieur était de retour avant minuit, on lui devait le souper; et,, sur ce fait, on devait croire k Portier ou le Cuisinier en la maison duquel il devait passer la nuit ^^'.
Venaient encore les coUations.
D'abord celle due par le Seigneur chaque jour, après le Miiper (post cenam) c'est-à-*dire à six heures après midi **'^. Puis celle due chaque jour solemnel , après le dinar (post pnmdium) ^^^. Et ces jours là le vin des prébendes ne doit pas être mêlé d'eau de tout le jour , ni le lendemain à dîner. Et de même à chaque jour solemnel , pour le déjeuner du Couvent avant la grande messe , 5 miches de pain blanc, et 2 pots de tin pur ^^^* -^ Mises en regard des prébendes quotidiennes,
malades ; eomme aussi les religleax peuvent prendre , dans la même grange , de H psjOe pour leurs Kts. -— Le Sous Prieur outre sa prébende ordinaire , a ooastame de prendre un mirai de vin par jour et tout son vin sans eau. — Le Doyen, te Chambellan, Tlnfirmier, ont des serviteurs aux quels on donne prébende comme au Sooillard.
. *^^ (v« a.) Toffice de Portier. — Si quelque religieux sort (avec congé) , du Prieuré après mâtines, on lui doit le diner ; si après vespres, le souper, soit qu'il retourne ou non. Si l'absent rentre avant midi , on lui doit le dîner, si après , le bouteiller lui doit en la cave un morceau de pain et un verre de vin pour le goûter d'icelui.
*** Un pot et demi de vin.
'" Un pot et demi de vin pur, savoir : à la nativité du Seigneur, à l'Epiphanie, à U Purification, à Pasques, à T Ascension, à Pentecoste, Il la fête de l'Eucharistie, à eelies de Saint-Jean Baptiste^ de Saînt<- Pierre et Saint-Paul , de l'Assomption do la Vierge , de la Toussaint, de la Dédicace de l'Eglise ; pareillement tous lea jours que la procession sort du Prieuré excepté les trois jours des rogations. — Le jeudi saint, des petits-pains; un autre jour, des dragées, étaient aussi fournis.
*** « Pro jentamine » outre les jours ci-dessus , sont encore désignés la Circoncision du Seigneur , la Trinité, la nativité de la Vierge , et les deux jours gras fl carnis previis > de l'avent et de septuagésime.
ces collations paraîtront bien peu nécessaires, et prêteront le flanc à l'accusation de chercher tout prétexte de boire.
On consommait journellement un setier de vin dans le Couvent.
La consonmiation du pain y était aussi énorme, car elle s'élevait à douze coupes (grande mesure) de froment par semaine , et à peu prés autant de graines mélangées ( orge , seigle, etc.]. Cela est expliqué trop clairement pour qu'il puisse y avoir méprise. La quotité des prébendes devait ainsi dépasser beaucoup la consommation réelle; peut-être afin de permettre aux moines d'exercer l'aumône en leur particulier ^*''. Mais cette nourriture abondante , et cette profusion de vin, n'étaient guères propres à maintenir la vie morale dans le Couvent. Et, sans nous plaire le moins du monde à noircir nos cénobites , nous devons ajouter : que si cette consommation de vin nous parait excessive , elle devait le paraître bien plus encore au commencement du 16' siècle. Il est avéré, en effet»^ que le vin était alors extrêmement cher, parce que la culture des vignes était bien moins répandue, et surtout, incomparablement moins productive que de nos jours ^^^. Le vin était hors de la portée des petites fortunes. C'était donc un vrai scandale public, que ces énormes prébendes. Qu'était devenue l'application de cette parole du grand Apôtre des gentils , qui longtemps ser?it d'étendard aux établissemens monastiques : «je traite rudement mon corps et je le tiens en servitude » ? Qu'était devenu l'esprit de cette règle de Benoit de Nursie si belle dans son austérité ?
Au reste plusieurs détails de ces règlemens portent l'empreinte évidente de la réforme minutieuse de Benoit d'Aniane; et elle se retrouverait sans doute dans bien d'autres Couvents*^'.
''^ En élaît-il de mémepoar le vin ? On peut l'espérer.
'<s Vraisemblablement cette folle consommation de vin absorbait le produit des 70 poses de vignes de Brussins.
''' c Qu'à Noël et à Pâques les moines mangent de la volaille pendant 4 jours, » s'il y en a, sinon qu'ils n'en demandent pas comme leur dû.
Mais ce triste relâchement jusqu'où le faire remonter? Dans la première moitié du 15' siècle les moines ne menaient pas encore si joyeuse vie.En effet, en 1441, le Prieur Jean de Juys, donne aux conventuels la dixme de Lapraz , après mûre délibération , et afin qu'ils puissent vivre plus saintement selon Dieu et la règle de Saint-Benoit, en septuagésime. Et deux ans plus tard, il donne encore 18 florins annuels en augmentation de la pitance quotidienne du Couvent à la même époque : afin^ dit-il, quB prenant plus de nourriture y les moines aient plus de zèU pour le service de Dieu, Assurément ce considérant n'eût pas été avancé par le bon Prieur en regard des prébendes du 16* siècle. U est vrai que l'époque de cette donation était calamiteuse; mais les années de détresse passèrent^ et non pas les donations de Jean de Juys, qui contribuèrent , pour leur part, i la réputation de voracité des moines. On a vu aussi, l'union des revenus du Curé de Romaiiimotier à la Pitance du Couvent.
Un mot encore sur les obligations, soit du Couvent en corps, soit des religieux revêtus de quelque office.
D'abord, le Couvent doit célébrer les offices divins , dans i'Eglise, c'est-à-dire les heures canonicales, à haute voix, dévotement et selon la règle de l'ordre et du lieu.
Puis le Couvent est tenu de célébrer chaque jour trois messes^ pour les fondateurs , les bienfaiteurs et tout l'ordre de Cluny, et ses serviteurs "^.
. « Qa*(m donne séparément à chaque frère sa part de nourriture et de boisson » et ^ufi nul ne donne sur sa part quelque chose à un autre.
« Qu'on n'observe pas pour la saignée ^ certaines époques fixes , mais que » chacun soit saigné selon le besoin ; et qu'on {ut donne alors quelque agrément > particulier en fait de boisson et de nourriture, —
« Qu'ils se rasent une fois tous les 15 jours . . . etc.— Guizot Histoire de la • Ciçilisation en France , leçon 26®. »
^^i^ La Messe de Sainte-Marie, célébrée à sa Chapelle pour les fondateurs, à la sixième heure.
2* La Grande JlfeMC,célébréc sur le grand autel, après tierce, pour tout Vordre et ses bienfaiteurs, el avec diacre , sous diacre et réponse dans le chœur.
La 3% dite la messe matutinale, était célébrée potir les bienfaitenrs défauts, les sujets, etc., sur l'autel matutinal, placé derrière le grand autel. — Or à un autel de même nom et de même emplacement , s'était maintenu à Cluny l'antique usage de la communion sous les deux espèces : les assistans du prêtre qui officiait,prenaîentla communion du vin avec un chalumeau d'or dont l'extrémité plongeait au fond du calice. Peut-être en était il de même à Romainmotier.
Le Cmrreat est tenu encore de dire plusieurs autres messes chaque jour, fondées par des Seigneurs du lieu, et autres: sott au grand autel , ou dans la chapelle de Saint-Grégoire , ou ailleurs ; selon la forme des fondations ^'^
Si quelque moine est en faute dans les heures et les messes prédites, il doit être corrigé par le Sous Prieur qui exerce dans le temple la charge du Seigneur. Il doit assister à toutes les heures et messes ordinaires pour corriger défauts et délinquans. Il doit de plus exhorter les moines à observer tous les instituts de leur règle, et à vivre religieusement. A lui apparti^aneni encore la correction dans le chapitre, et le jugement des causes civiles entre les conventuels ; comme aussi de donner licence i ceux qui veulent s'absenter.
Le Doyen, doit avoir un serviteur et un cheval , pour chevaucher^ aux frais du Seigneur, et remplir son mandat partout ou il voudra l'envoyer.
Le Camérier, ou Chambellan, doit les vêtemens claustraux aux religieux, c'est-à-dire à chaque moine prêtre 70 sols, à la Saint-Michel. Mais aux novices qui n'ont pas encore célébré (la messe) seulement 48 sols. Les moines revêtus de quelque office *^^ sont exceptés aussi bien que les bénéficiers des
3^ La messe dite matuiinale (matutînalis).
*^^ Et elles sont célébrées par le Coavent « gradatum > (?) selon Fasage.
'*' Tels que le Camérier^ le Doyen, le Sacristain, l'Aumosnier, le grand Cellérier et l'Infirmier. En revanche le Chantre^ le Maître des novices et le Soos Prieur perçoivent leurs vêtemens quoique ofilciers ; mais si ce deruer esl
Prieurés de Bevex ou de Corcelles , etc., s*il en est dans le Couvent. Hais les novices qui sont dans les écoles (in scholis] hors du Monastère, ne sont point privés de cette distribution. — On sait que le vêtement des moines de Romainmotier et de Cluny était noir , comme il Tétait en général dans les Couvens les plus anciens ; tandis que le vêtement des moines d'origine plus récente, des Cisterciens , des Prémontrés , par exemple^ était Manc. En considération du climat ils pouvaient porter Fhiverdes robes fourrées de mouton, des bottines de feutre pour la nuit, etc.
Le Grand CelUrier doit pourvoir le Couvent de fromages, d'oBufs, d'amandes, et de certaines autres victuailles ^''.
Le Sacristain , a les clefs de TËglise et la garde des choses sacrées. Il doit soigner (tractare) , tous les vases , vêtemens (indumenta) , et livres de TËglise ; conserver reliques et reli* quaires ; acheter les cierges et autres choses nécessaires à roffîoe divin ; allumer selon la coutume et nourrir d'huile les lampes de l'Eglise, de la Chapelle Sainte-Marie et du dortoir: celle-ci devait briller toute la nuit ^^ — ; nettoyer les aubes, mappes, mantilles, corporals ; avoir soin des cappes^ chasubles, tuniques, étoles, conserver les livres du chœur et relier les missels; fournir, en hiver > a chaque religieux une chandelle suffisante pour la journée, c'est-à-dire de quinze à la livre; mais une chandelle suffit à deux religieux pour les repas **\
p«ttrfii de q«elq«ie bénéfice ^ il perçoit la moitié de sa garde-robe senlement h cause de son office. Quant au Solliard et au Porftrr, on doit à chacun 28 sob pcar ses vêtemens.
"' • Reconnues plus en détail entre les mains du commissaire PoIIeni. » -— Je n'ai pas retrouvé cette reconnaissance qui doit exister aux Archives Cantonales.
"* Cela était de rigueur à Cluny, et sans doute dans les provinces.
*^* Au Cuisinier on doit chaque dimanche , lundi, mardi et jeudi , une ehandelle avec laquelle on délivre les viandes sur le buffet (super buffeto) et le reste (des chandelles, je pense)demeui*e[au Cuisinier. — Au solliard chaque jour une chandelle. — Pour boire h collation , dans |e Couvent , deux chandelles par jour.
Le Sacristain doit encore au Seigneur 200 livres de suif et 50 livres de cire pour son luminaire , et il supporte diverses autres charges.
L'Infirmier donne , lui - même , ou par son domestique, les soins nécessaires aux malades , dans l'infirmerie , et fait venir le médecin aux frais du Seigneur » qui doit toujours avoir un cheval dans ce but.
Le Chantre , doit faire relier les livres du chœur, disposer les offices des solemnités*'^, entonner et conduire le chant, etc.
Le Maître des Novices , doit instruire ceux qui résident à Romainmotier, tant en musique qu'en Grammaire.
Il y avait aussi un office de la Pitance , soit de l'entretien dx Couvent.
Et enfin l'Aumosnier qui était tenu de donner chaque jour, après le diner , à la porte du Prieuré, au son de la cloche, demi-miche , au plus , de pain de ménage à chaque pauvre ^. Mais il n'est ici question que des mendians habitués ; et il y avait plusieurs dons généraux annuels. Le jour de Vigiles de la Saint-Martin d'hiver, parexempjie, on donnait un demi -pot de vin à qui voulait : ce qui par fois employait 12 setiers , et par fois aussi plus de seize setiers. Deux autres dons , l'un le jour dé carême prenant ou mardi gras , l'autre le jeudi saint, employaient environ huit muids d'orge et six coupes de seigle ou froment. Le même jour de jeudi saint on donnait dans le Cloître à tout mâle (omni masculo) qui se présentait, 2 deniers, ce qui employait ordinairement 6 florins. Enfin le jour de carême prenant (mardi gras) des laïques, on donnait, à la porte du Prieuré, une pièce de chair du poids d'une livre à tout venant, ce qui fut remplacé plus tard par une pièce dé monnaie (unum fortem) : la dépense totale s'élevait à 10 florins. — Il est assez reconnu, du reste,que cette méthode de faire l'aumône
*'• Le Couvent doit relier et maintenir relies les missels des Chapelles convenluelles, et les autres Chapelains chacun son missel.
**' El il doit 24 sols au Barbier pour son salaire accoutumé, et double prébende à la Pitance du Couvent le lendemain dclaTou-istint, etc.
à jour et heure fixes» grandement en faveur dans les Couvens, ^tait souvent un oreiller de sécurité pour la paresse et l'imprévoyance. — L'Aumonier recueillait aussi pour les pauvres, tout reste de moins d'une demi-miche , dans trois dîners généraux que le Prieur devait faire chaque année au Couvent , à ses serviteurs , et aussi aux Chapelains , Curés , prêtres , clercs , gentilshommes , officiers, et à tous les Francs de la Terre. Dîners qui employaient environ 4 muids de froment et six setiers de vin "*.
Des offices passés en revue, ceux du Chantre, du Maître des novices, du Pitancier et même du Sous Prieur, étaient au bon plaisir du Prieur, et leurs titulaires révocables , mais non les autres **^.
Des chambres séparées étaient « baillées » aux officiers du Cloître » et ils étaient « attenus de les maintenir à leurs dépends » *^.
Ils avaient aussi des pensions particulières. — C'était déjà un affaiblissement de la première sévérité de la règle , sur l'abdication de la propriété.
Au Doyen par exemple , on donnait 4 muids d'avoine à Noël, avec le foin nécessaire à son cheval. -~ Au Camérier , aussi le
'^Smt 499 qaarterons , et 492 pots de vin. Ils se donnaient, le 42 janvier, jour de la dédicace de l'Eglise , le jeudi saint ^ et à k fête de Saint-Pierre et Saint-Panl \e pennestième de juin.
*^ De même parmi les offices domestiques , deux étaient au bon plaisir du Prieur, le serviteur de cuisine ou Souillard et le Barbier, deux autres étaient des franchises héréditaires , ceux du Cuisinier et du Marrilier, Pour ces derniers, et aussi pour l'office du Portier , voyez plus haut ce que nous avons dit des francs de la Terre de Romainmotier, — Le SoUiard ou serviteur de cuisine devait apporter Feau , allumer et entretenir le feu , nettoyer les vases , balayer (scobare) la cuisine et le réfectoire (scupham) ; amener les animaux de la Terre au Couvent pour faire boucherie , chaufferie fourneau du réfectoire (scupha), obéir au Cuisinier, etc.
*^ Celle du Doyen était auprès du cimetière ; celle du Camérier près du chapitre ; celles du grand Gellérier et du Sacristain près du dortoir , celles de l'Aumônier et de l'Infirmier près de la cuisine^ etc.
foin p<yor son cheval. -^ A TAutiioSftièr 4mùids et 4 <;è«pèède froment à Noël, et un bichet de !entfllèà à Hvrer dto* le Clettne lejeudisamt.—Att Sacristain S^cottpésdefromentpoiiï' fairelefc hosties e*c., etc. *^
Pttis certains irevenns.
Le €rand ^tUèrier avait, parè^cèmple, les môuinis de la Tettè de Romammotier , le 'domaine àe Sâint^Pièrre a Eci^unéens , le Prieuré dti Lày datap Waulthief, -en Bourgogne, etè.
L'Aumosnier , avait un four dans le bourg de RomainmfOti^ à se faisait le {yain des aumosnes. Mais par sa position il meua- «çait dlttcendie, soH ie Prieuré soft lé bourg ; et étant deiveno, d'aifleurs , trop onéreux par suite d'nne excessive mortalité ; l'Aumônier^ sur la demande réitérée des habitansde Roïnainttio*' ti^r, abandonna son droit au Priciur Jean de Juys, eto i441, %o«s certaines oonditions***.^Le feiehétdeTroment AeraàHaône, et la moitié de la gerbe de la moisson lui appartenaient Misi.
L'infvtmier avs^ie four de Lapraz, eftc.
Puisque fions aVoni^ nornmé leis hosties , voici ^^Hst quelle^ précautions on les faisait à Cluny, et sans doute aussi -à Ro^Iéb' motier. On ^*y travaiilaît qu'avant dîner, ^vec le tiaeiUeur from^M^ iham pf^n à grâiïi, puis lave et mis éatts nnêafè consacré à cet usage. — Un frère d*une pureté éprouvée le portait au moulin, dont il lavait les meules, avant de les ieôtt'vrir tout entières avec beaucoup fie précaution. Le frère alors se revêtait d*une aube et d'unamict qui lui cachait la tête et le visage à rexception des yeux, puis il moulait le blé. Deux prêtres et deux diacres vêtus de même , pétrissaient la pâte dans l'eau
'*' A riofirmier 1 niuids froment. — Au chantre 2 muids fronnent. — Aa maître des novices S muids froment , et 2 avoine. — Au solliard 3 coupes froment, 47 coupes d'orge, 7 coapes de seigle et 3 coupes de pois pour son salaire , tant de servir dans la cuisine que de chauffer le réfectoire (scupham) en hiver.
*'' Le Prieur est tenu : I® de faire et maintenir un autre four, où Taumôsnier devra faire cuire ie pain nécessaire pour donner l'aumosne dans le Prieuré selon Tusage. 2® de payer par an 24 sols à Fauraôsnier.
froide afin quelle fût plus blanche , et formaient les hosties. Un novice tenait les fers gravés où on devait les cuire : le feu, préparé de bois sec, devait jeter une pétillante flamme; et pendant ce travail on chantait ardemment des psaumes.
Les Novices , étaient pris fort jeunes : de là cet enfant moine (puer monachus) cité dans un acte du 11^ siècle: de là vient encore que le Maître des Novices est appelé Maître des enfans (magister puerorum) (en 1390) , et les novices de petits moines en formation ou encore dans le moule ^^, Ce moule se trouvait pour eux, nous l'avons vu, non-seulement dans le Couvent, mais dans des écoles extérieurs. — Il y avait défense absolue de rien exiger pour la réception d'un frère , dans l'ordre de Cluny : un don volontaire pouvait seul être accepté *^. Souvent à Romainmotier, un nouveau religieux payait « pour son entrée» le dîner du Couvent : alors le Prieur ne délivrait ni pain ni dn.
Le Couvent était consulté en toute affaire par les Prieurs, t^omme la rè^è èe Saint-Benoit hw en faisait une obligation. Alors Prieui^iettnoîûes sfe tàsseïnblaîent en chapitre au son de la cloche « à la manière accoustumée , » et les décisions de ce Conseil étaient, un dire iks actes, prises après mure délibération.
- *•* Vqgref : Abbaye de Ckiny çw M. Lorain.