‹ Recherches sur le couvent de Romainmotier et ses possessionsChapitre 2 sur 47 · ÉDITEUR · texte numérisé non relu

ÉDITEUR

notre histoire appréciera avec gratitude l'esprit et la portée à venir, me permit de consulter à domicile , les copies faites jadis des actes relatifs au ci-devant Balliage de Romainmotier. Ainsi j'ai pu extraire de neuf registres in-folio, une multitude d'actes inédits dont plusieurs importans.

M' le baron de Gingins-Lassaraz, toujours zélé pour l'avancement de la science , m'a donné aussi le moyen de faire un extrait du cartulaire de Romainmotier transporté à Fribourg lors de la réforme, et dont une copie a été faite à prix d'or.

D'autres archives m'ont encore été ouvertes avec obligeance : celles de Vallorbes , par exemple » de Bursins , etc.

Je dois enfin beaucoup à un savant érudit que la Société d'histoire de la Suisse romande a le bonheur de compter dans ses rangs. M. Duvernôis, ancien magistrat, metiibi'é dé la société royale d'Archéologie de Franoe, m'a mis en état de parler avec connaissance de causé des pdséëssions dû Prieuré dans la Haute-^Bourgogne.

Quelque ehétif qee puisse paraître le résultat de ces recherches , elles ôbl exigé , on le voit^ un travail assidu de plusieurs années. Je mèttttonnè cièite i^réocctipation forte el proioiigée p6ar meltife ëh relief ce qui fait la valeur de ce Voldm^, la eohsciënce de ehrôniqueur et le sentimtènt natiodàli Je ctrois pouvoir m^engager à fournir les pretlVés diplomatiques de tout ce que j'avance. D'ailiMrs ces documens authentiques (') dont les e;qpres-

(') Un oo deiu seukment m'inspirent une légère défiance.

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serfs, les colons deFAbbaye fuyant ces hordesféroces, et venant chercher un asile dans l'Eglise et le Monastère; puis au milieu de Tanxiété générale, tandis que l'ouragan des montagnes fait peut être gémir les profondes forêts, qui bruissent comme la mer, les^ religieux restent prosternés dans le temple, jusqu'à ce que le» clameurs terribles des Sarrazins au teint bronzé, dont l'œil étincelle autant de fanatisme qute de soif de pillage, ou des barbares Allemands, ou des Madschares à l'origine lointaine, se fassent ouit.

Le Monastère romain subsista quoique désoléjusqu'àl'avènemènt de la dynastie de la Petite-Bourgogne ; alors commença pour lui mie existence toute nouvelle.

Soi^ ancienne autorité était oubliée lorsqwe le roi Rodolphe I" donna à sa soeur Adélaïde, femme de Richard comte d'Autun et marquis de Bourgogne, l'abbaye de Romainmotier pour elle et ses successeurs en 888 *,

Adélaïde, veuve et avancée en âge, la donna irrévocablement à Odilon, abbé de Cluny, pour la rétablir en son ancien état, c'està-dire sous son même noQi et avec le privilège que lui avait conféré le siège de Rome. — Dès lors (929) le Monastère romain fut annexé à Cluny , il devint un de ses membres , après trois siècles à peu près d^existence isolée.

Les efforts d'Adélaïde trouvèrent de fermes appuis dans sa maison.. Le roi Conrad de Bourgogne, fils de Rodolphe II, et sa femme Hathilde, de bienheureuse mémoire, confirmèrent cette donation, et, de concert avec l'Abbé deClunyMaiolus, rendirent à Romainmotier tout à la fois une existence séculière honorable» et une règle monastique.

donec Adeleydis Comitissa .... in priorem^ statam reslituendum Sto Oddôni^ subv.. privilegio romanœ sedis tn perpetuum conti'adidit » CartuL

* Charte datée U Ides de Juia, Indit. 6, an 888. Dunod, comte de B. II. 96. Yoy. ansti MuUer, tf. p. 23i, n. 33. — Et Conservateur suisse. Orhe o» moyen âge.

Saint Odilon^, successeur de Maiolus, travailla beaucoup aussi pour Romainmolier , soit auprès du siège de Rome pour la conservation de son antique privilège, soit en obtenant de princes séculiers des dons et des restitutions dé biens. Souvent il y résidait. Sous lui, le dernier Rodolphien fit de grandes donations à ce monastère , source tout à la fois de sa richesse subséquente et de grands embarras.

Telle est l'esquisse de l'influence de cette dynastie sur le monastère romain; donnons-lui maintenant si possible quelque vie au moyen de détails.

Les couvens en général avaient existé isolés, sans liens , indépendans les uns des autres, jusques à l'époque (dé926à942) où St-Odon réforma son monastère de Gluny et plusieurs autres qui avec l'autorisation du Pape se réunirent en^une^seulè congrégation^. Le Monastère romain contribua à donner ce premier exemple du gouvernement commun d'un ordre monastique: et dans la donation d'Adélaude on surprend en quelque sorte cette nouveauté dans le travail de sa cristallisation. En voici quelques extraits : « Les dispensations de la Providence divine conseillent aux riches de fisdre de leurs biens passagers un usage qui mérite des récompenses permanentes; ce dont la parole divine montre la possibilité , en disant qae les richesses de l'honum sont la rédemption de son âme! (diviiiaeviri redemptio animsB ejus l) Moi donc comtesse Adélaïde , pesant toutes ces choses, et désirant poiirvoir à mon salut, je trouve nécessaire de donner au profit de mon âme quelque peu de mesinens. Or

* Odilon était le fi^ abbé de Cluny. Le premier (ot St. Berno, d6 9i0 à 927. St. OddoD lui succéda jusqu'en 942, puis Aymar, puis St. Maîolus, qui mourut en 994, enfin Odilon ^ui gouvem Tordre jusqu'en i04d. Sar tout ceei voyez le» notes accompagnant l^extraitdB Cartakirede RomaininQiier qui se-troirve dans USchwei%eri»cke GêêeMeklforseher, dritter Band.

^ Guizot, Tableau des prinâpnoxé^éneaieBs xeligiem de b Gaule 4u tif au 40* siècle dans son Cours d'hist..

rien ne me semble plus propre à atteindre ce but que de faire mes amis des pauvres du Seigneur, selon son précepte (ut juxta domini praeceptum amicos mihi faciam pauperes ejus), et de soutenir à mes frais une congrégation monastique, afin que cette bonne œuvre soit de durée et non passagère. Dans cette foi et cette espérance qu'encore que je ne puisse fouler tout aux pieds, j'obtiendrai cependant la récompense des justes en soutenant les contempteurs du monde que je crois justes! ^

« Que tous ceux donc qui vivent dans l'unité de la foi sachent que je transmets à Odon, vénérable abbé de Cluny, et aux frères de cet ordre, le Monastère romain au pays de Yuauld, bâti jadis à l'honneur des princes des Apôtres et que j'avais reçu en don du roi Rodolphe mon frère. Je le remets à Cluny avec toutes ses possessions, afin que les moines s'efforcent de le rétablir en son premier état.

« Ce Monastère sera soumis immédiatement au siège apostolique, comme Cluny , mais ils n'auront tous deux qu'un seul abbé, et après sa mort son successeur ne sera nommé que du consentement conmiun , en respectant la constitution de Saint Benoît; en sorte que si la moindre part de l'une ou l'autre congrégation voulait, mieux inspirée, faire un choix préférable , les autres y donnassent les mains.

« L'abbé pourra transférer les frères d'une maison dans une autre suivant les ressources de chaque localité.

« Et, pour resserrer cette union, il y aura entr'eux tous communauté de service divin, d'aumônes et de bonnes œuvres ; en sorte que nous ayons part à l'efficace de tout office célébré à Cluny, pour Guillaume d'Auvergne, de bonne mémoire ^, ou autre ; et

* Voy. le Cartul ■ -> Quelles profondes ténèbres obscurcissaient alors la lumière de TEvangile ! — Quelle ignorance du texte sacré ! et qui reconnaîtrait dans ces pannes la promesse divine du salut par Christ ! !

' Guillaume le pieux , Duc d'Aquitaine , Comte d'Auvergne, fondateur du Monastère de Cluny en 910, lui avait donné tous ses biens.

qu'ils soient en échange associés à Teflicace de tout ce qui se fera pour nous à Romainmotier.»

Adélaïde fit cette donation non-seulement pour son âme et celles de ses parens, mais encore pour tons les bienfaiteurs du couvent, pour la stabilité de la rdigicnr , et enfin pour tous les catholiques et vivans et morts.

Puis elle stipula que les moines de Romainmotier conserveraient le mode de vie récemment apporté de Cluny » pour l'instruction des moines à venir, sans changer rien à la nourriture, au vêtement , à l'abstinence , au chant sacré, à l'hospitalité ; et sans retrancher quoique ce soit à la charité fraternelle, non plus qu'à la soumission et à l'obéissance*^ monastique.

Enfin désormais cette congrégation ne devait être soumise à aucun pouvoir temporel, pas même à la grandeur royale (nec fastibus regiœ magnitudinis); et au nom du Seigneur, des Saints, et du jour redoutable du jugement, Adélaïde défendit solennellement qu'aucun prince séculier ou ecclésiastique, soit Comte, soit Evêque , soit même souverain Pontife osât porter la main sur les possessions des serviteurs de Dieu pour s'en approprier quelque chose, pour les donner en bénéfice, ou pour établir un prélat sur eux contre leur volonté.

Le testament se terminait par des menaces d'excommunication et des malédictions terribles ** contre ses infracteurs ; voulant aussi qu'une peine de cent livres d'or fût prononcée contr'eux par les Tribunaux civils.

Cet acte de l'an 929 renfermait en germe l'avenir de Romainmotier; il fixa sa position dans le monde, et futcomme le tuteur de cette jeune tige dont nous entreprenons d'examiner le dé-

^^ Monachi vero in ibi consistentes modum conversationis istios quse nunc ad informandum Ulos, quifiituri sunt, de Claniaco transferturita conservent ut etc.

" Voyez des formules toutes pareilles d'excommunication et de malédiction ; — Huiler, Nouv. trad. v. I. p. SSi ; et dans le Conservateur suisse, la Charte de fondation du prieuré dePayerne.

veloppement. Nous pouvons classer déjà notre Couvent. C'est un Monastère incorporé à Tordre de Cluny, soumis à la règle de Saint Benoit , libre , d'après l'institution de la Comtesse , de tout pouvoir temporel, et, d'après la consécration d'Etienne, placé sous la protection particulière de Rome , ainsi que le rappelle son nom.

Qui dira combien d'existences brisées trouvèrent un refuge dans le couvent restauré par Adélaïde? *

Des chartes du roi Rodolphe III de Bourgogne , le dernier de sa race, se présentent.

Dans l'une il rend à Dieu et à St. Pierre du Monastère Romain, et ce pour la guérison de son âme , le village de Ferreyres (villa Ferrieris) et tout son territoire ; de plus un manoir à Moërier (Moriei) , deux à Ornyer (Ornei) , un à Eclépens (Islapadenes) , un à Senarclens (Senerclens) , unàGlans, un et demiàPenthaz (Penta), un à Giez^^, etc. Tout cela dans le comté de Yauld.

La même année autre donation ou reddition, dit la Charte, du roi Rodolphe à Romainmotier ^^, savoir :

* On se représente quelque Seigneur dégoûté du monde quittant la cour de Bourgogne, pour chercher dans le Monastère romain un abri contre la tourmente de ses passions. On se le représente après avoir gravi le flanc de la vallée solitaire, l&issant de quelque rocher, couronné de la verdure des chênes, errer ses regards sur b ville et les tours du Château royal d'Orbe, doré par le soleil à son déclin. Le bruit des fêles, la pompe de la cour, arrivent presque jusqu'à lui ; trop et de trop douloureux souvenirs se réveillent ! Mais cette nature si belle qui l'entoure, cette ridie verdure, ces lacs majestueux, cette ceinture d'Alpes lointaines richement colorées par le soleil , ramènent le calme dans son coeur par leur charme indéfinissable. Bientôt la cloche du monastère se fait entendre, et l'appelle à célébrer l'office du soir.

** Neuf entre Chanvent et Mornens, un à Munnens (Monnaz?), deux •adfonianei lunaticoi» (Fontanezier ?) etc. — On pourrait aussi traduire Mansua, par domaine.

L'acte est daté i3 Kalendas aprilis, de l'an 1044, la 49^ année du roi Rodolphe.

'^ Quasdam res ad Romanum monasterium pertinentes . . . reddimus.

Dans le Comté du YuUy (Yuisliacense) , la chapelle de Saint Léodegard, de Lully^'^, avec cinq manoirs, soit domaines; dans la ville (viUa] Tmellis, autremeut nommée Orbe^^, cinq manoirs; à Agyz (in villa Aziaco) un manoir et demi ; à Bofflens (in villa Boflinges) six manoirs ; et à Yufflens (in villa Wuolflinges) neuf manoirs. — Enfin dans le Comté Equestre (in comitatu Eqnestrio) TEglise consacrée à l'honneur de Saint Martin, dani&Ie village de Bruzinges (Bursins),

Koddphe confiait toutes ces choses à l'administration et à la

** LuUy près Estavayer.

*^ In villa Tavellis quam allô nomineVrbam vocant 5 mansos , 3 de Alboldo, et 2 de Bérigero? La Charte est datée d'Orbe en iOll . — Toutes deux sont dans le Cartulaire. La première existe en original aux archives cantonales. Et il existe de la seconde qui n'a point échappé à M uller (tom. I. p. 290. Nouv. trad.) une copie à Bunins avec quelques variantes : nous y reviendrons.

Essayons de préciser le sens du mot mamus. Lors de l'établissement des Burgunden un partage de terres et d'esclaves eut lieu entre ces nouveaux venus et les anciens habitans, qui dut nécessiter une division du pays entier en domaines, ou parts, de grandeur égale. Chacun d'eux renfermait une certaine étendue de terre, annexée aux bâtimens d'exploitation rurale, et probablement (au moins dans l'origine) ceux-ci étaient habités par les serfs qui fertilisaient la glèbe de leurs sueurs. Ajoutons l'idée de jurisdiction, qu'attachait le moyen âge à toute possession territoriale un peu étendue. On pourrait définir le mansut, un domaine feodcUpur 9ang.

Charlemagne avait donné une signification précise au Mansui qui impliquait le service militaire ; il était de soixante Jourtwux de terres lahouréêif avec des prés, bois et pâturages à proportion. (Voir les CapituL et DuCamge gloss. (Note de M. de Gingins.)

Quant au mot Filla, il se trouve appliqué également à Orbe, ville important)*, du Royaume de la petite Bourgogne , à Cossonay jadis plus considérable que de nos jours, et à de très^petits villages. Son sens originel serait-il voisin de eelui de ritalicn, Villa, et désignerait-il une habitation ou une métairie du Seigneur^ autour de laquelle venaient se ranger les cabanes des serfs, ou des hommes liges? Si celles-ci étaient en petit nombre, villa restait village, dans l'inverse, ville, et bientôt celle-ci se ceignait de murs et devenait hurgum.

seigneurie du monastère romain, lui refusant toutefois le pouvoir de les aliéner.

Ces deux chartes précieuses, comme source de plusieurs pos* sessions du prieuré, indiquent aussi la forme première du nom de plusieurs villages txistans.

Les donations des Rodolphiens, tout en jetant les fondements de la prospérité future de Romainmotier, fbrent aussi pour lui une source d'amertume. En effet notre Prieuré était cerné de toutes parts par les terres de la puissante famille des Grandson, comtes héréditaires du pays, et qui possédaient en fief ou alleu non-seulement la baronnie de Grandson et Sainte-Croix , mais encore les terres de Chamvent, Belmont, Les Clées, la baronnie de Lassaraz, la Vallée de Joux et Montricher même, sans parler de possessions étendues en Bourgogne. Or Lambert, le dernier comte laïque, étant tombé dans la disgrâce du dernier Rodolphien, sa dignité de comte fut donnée à TEvêque de Lausanne, et Romainmotier fut enrichi de ses dépouilles^*. On comprend donc que rhorizon du Monastère fut obscurci de sombres nuages. Aussi les différends avec les dynastes de Grandson, au milieu de phases diverses, n'eurent de terme absolu que la lance de Girard d'Estavayer.

L'orage éclata d'abord à la visite du Pape Léon IX a Romainmotier, en 1049.

La position de ce monastère peu s'en faut sur la route directe d'Italie au nord de la Gaule, lui avait déjà valu la visite du Pape Etienne II, et trois siècles plus tard Léon IX, après avoir traversé le mont Jou et St. Maurice , vint, conduit par Hugo, abbé de Cluny , jusqu'à notre couvent pour confirmer son antique autorité^''. Il avait à sa suite, entr'autres, Avinard, arche-

*• Voyc» Mémoires delà soc. !• livraison p. i 55. — Ferreyrei, Moërier, Oroyer, EclepenSj GhamTcnt etc. " Antique àfjk en i049 !

vêque de Lyon, Hugo, métropolitain de Besançon, et Frédéric, Evêque de Genève. Adalbert, primat (princeps) do Château de Grandson» s'y présenta ausâ ayec ses chevaUers; or le Pape était violemment indigné (vioIentM*€ommotns erat) contre lui à cause de ses déprédations, dit le Cartulaire« t

On lui avait en effet présenté un manifeste de griefs nimibreux et cuîsans contre Adalbert, qui, au dire des religieux, voulait l'extermination du Couvent *^. On se plaignait que sans aucune concession ni de l'Abbé deCluny, ni des moines, il s'était emparé d'un rocher entouré d'une épaisse forêt , près de Ferreyres ; qu'il y avait bâti un château fort, d'où il leur avait fait tant de mal chaque jour , qu'ils ne pouvaient l'exprimer. Dévastation dans le village et le moulin voisins, extorsion d'argent, de vin, de bestiaux, et cela non-seulement à Ferreyres, mais encore à Agiez; puis envahissement de possessions à Chamvent, pour lesquelles l'Abbé Hugo *^ réclama auprès de l'Empereur ; mais en dépit de la sentence impériale cette terre fut bientôt envahie de nouveau. Enfin ses affidés n'avaient pas, dans toute l'étendue des possessions du prieuré, laissé la moindre maison, où ils n'eussent pris trois ou quatre gerbes. Et pour comble de maux il appelait ce dégât son bon droit, sa justice^. Le Couvent se plaignait encore que les Grandson lui avaient fait éprouver de grandes pertes dans son village de Bannens et dans ses possessions auprès de Montricher, etc.

A l'ouïe de ces paroles, le pape Léon, en présence d'un clergé et d'un peuple innombrable, célébra d'abord la messe sur l'autel de Saint Pierre ; puis, à la suggestion de l'abbé Hugues, il confirma, à l'ouïe de tous, l'ancienne autorité du lieu, excommunia ses envahisseurs et ses déprédateurs, et, à moins de résipiscence.

*^ Mémoires de la soc. 1* IiyraisoD p. 453. Ratio exlerminii quam intulil AdalbertUB et tui monasterio romanensi.

'* Vidclicet 5 mansi pleni et oondamina centam jugeronim.

'^ Et supsr omnia mala predam istam appellat rectitudittem raam.

les sépara à jaaiak " de la communion de l'Eglise catholique. Et aum, dit le Cartulaire , parce que les faméliques (famelici) ia pays «'attachaient comme des chiens déhontés et enragés à dévorer sans aucune mesure les faibles ressources (substantiolas) des pauvres ecclésiastiques ; le Pape^ à la suggestion de l'abbé, fixa des limites que les déprédateurs ne devaient pas franchir^; savoir : à l'orient le rocher qui est à la descente du bourg d'Orbe (in descensu vici urbensis) ; au midi le pont qui est appelé «papuli» (Pompaples), sur le ruisseau du Nozon (super noisonem fluviolum] ; à l'occident la fontaine voisine du petit village (villula) de Moêrier (Moiriacus) ; au nord enfin le pont des Clées, sur l'Orbe (pons Cletensis super fluvium qui dicitur Urba) ^.

Or ces limites, souvent rappelées depuis, sont devenues celles de la terre de Romainmotier proprement dite ; et la crainte superstitieuse de l'excommunication prononcée par le Pape en favorisa probablement la formation*

Le Prieur de Romainmotier nommé Roclenus, avait reçu le Pape le mieux possible (excellentissime) , mais son labeur ne fut pas sans résultat.

Et il faut bien se garder de mépriser le Pape Léon , dit le Cartulaire, car il a fait des miracles.

Sans doute que cette autorité du Pontife de Rome, fit fléchir lesdynastes de Gra/ndson, car plus d'un demi siècle s'écoula depuis sans qu'un seul témoignage de discordese rencontre. — Au contraire , BOUS trouvons (en 1090 environ) une donation à Saint Pierre de Romainmotierduneserve(ancilIam),nomméeLitburga, avec ses fils et ses filles et touteleur postérité, faite par Lambert

^ Cartul. de Romainmotier^ préface.

** Sabgerente Àbbate qui presenserat termines undique per circuitum quos unquam predatores transgredi non anderent. — Ib.

" Fait l'année où le Pape dédia l'Eglise de Saint-Etienne « in verlice » d» Besançon, le 5 des Kalendes d'Octobre 1049.

de Grandson, Evêque de Lausanne, et son frère Uidric, dulod de leurs frères; donation faite pour Tâme de leurs père et mère , afin que Dieu leur pardonne et à eux-mêmes leurs péchés**.

Les deux puissans voisins vivaient donc en bonne harmonie, mais il était difficile que rien ne vint la troubler , surtout avec l'entrelacement des droits seigneuriaux au moyen âge. Aussi au commencement du douzième siècle , voyons-nous le Prieur de Romainmotier , Lambert, se plaindre aux primats du pays (erga principes provinci3B),Waucher*, et€ono de Grandson, de ce que le seigneur Philippe de Grandson et ses fils Falco, Cono et Waucher lui faisaient de grands maux, soit par violence, soit en provoquant les Prieurs par des plaids (placitis) au sujet de certaines prétentions injustes de droits sur quelques hommes de la terre de Romainmotier ^. Tant fit Lambert, que les primats du pays réunirent à Orbe un conseil d'hommes prudens, clercs et chevaliers, firent venir Guigne, Prieur de Payerne (autre membre de Cluny), et tous condamnèrent les Grandson ; toutefois les moines durent leur donner 8 livres de monnaie. Mais de Tamertume était demeurée au fond du vase, et ne tarda pas à se manifester.

L'office de Comte de Yauld avait, nous l'avons vu, été enlevé aux Grandson, et donné à TEvêque de Lausanne. Or Ebal de Grandson'^ faisait des déprédations nombreuses dans les possessions de Saint Pierre de Romainmotier au sujet de prétentions de droits sur quelques hommes. Un jugement de la cour de Lausanne était intervenu avec envoi de chevaliers comme

"^ Yoyei mémoires delà soe. lÎTr. I., p. 461 et 162.

*** H. BuTernois croit qu*il s'agit de ff^auekerdeStUins,

^* Mémoires de la soc livr. I.p. 164. «Occasionecaitiinpniartfmqaasfacicbaiit de quibusdam hominibus in potestate lictt injiuie' Calumpnia ne peut dans beaucoup de chartes être traduit par calomnie, C*est plutôt une prétention de droit. On trouve Calitmpniabaiqwui juite.

** Voy. Mémoires de la S. livr. I. p. 469 et 470.

otages, suivant îe mode du temps; maisEbal de Grandsonn était, parait*il, pas d'humeur à se soumettre. Alors le Prieur de Ro* mainmotier, Artauld, recourut à un moyen extrême : ilse rendit auprès de l'Empereur '^ Henri , à Strasbourg , et en obtint : d'abord une confirmation de tous les dons de Rodolphe de Bourgogne ou d'autres Rois, Reines, Empereurs et Impératrices en faveur de Romainmotier; puis un rescrit adressé 1^ àFEvêque de Lausanne, Gérard de Faucigny, V k Âmédée III» Comte de Savoie, et à Aimon II, Comte de Genève, pour leur enjoindre de Caire exécuter le jugement d-dessus. Ydci la teneur du dernier : «Attendu que Romainmotier est sous notre protection , nous t'ordonnons par la fidélité que tu nous dois, de défendre en tout ce monastère contre Ebal, qui veut le débouter de ses possessions antiques, et mépriser le jugement prononcé par toi et autres hommes prudens, dans la cour de l'Evêque de Lausanne, etc. »

Ebal« désespérant sans doute de résister à cette ligue formidable, se soumit; et touché (corde compunctns], il donna à St. Pierre , du laud de sa fesmie et de ses fils, le sujet de ses prétentions justes ou injustes. Il posa le donsur l'autel en présence du Prieur Nardum, des moines etC;**.

Romainmotier triomphe donc. Néanmoins comme ce même Ebal fonda à peu près à^ cette époque l'Abbaye du Lac de Joux et la dota richement, on peut sans trop de témérité le soupçonner d'avoir voulu détourner le cours de donations pieuses qui avait son embouchure au Monastère Romain, en lui donnant un concurrent redoutable. Mais si telle fut sa pensée, ses enfans ne la partagèrent pas, car ils ne firent pas moins de dons à Romainmotier qu'à l'Abbaye de Joux, dont ils étaient les Avoués.

Pour suivre la chaîne historique de ces différends nous avons dû omettre bien d'autres faits intercalés ; des dons divers , plusieurs bulles de Papes , des contestations avec le Chapitre de

^' Le y des Calendes de Janvier 112£^. C'est-à-dire le 28. Décembre 1124. ^ Mimoires de la soc. liv. I. p. 171 .

Lausanne , puis la vie remarquable du Prieuré dans la Haute* Bourgogne*. Mais noua sonunes forcés de mettre quelque ordre dans nos réflexions.

* Il était trop difficile de conserter quelque unîtéde récit, ac( milieu de faits si di-« yergens par leur nature. On ne pourrait présenter une vue commune de tons les faits contemporains , sans faire perdre à ceux-ci toute vie^ et toute ilonportance par leur isolement. Us ne pourraient pas plus alors nous donner une idée de la vie et du développement du Monastère Romain que quelques brins de verdure ne nous donneraient IMdée d'un riche paysage. Pour ne pas s'égarer dans ce la*** byrintbe, nous aurons donc besoin d'un fil conducteur et en considérant à pari chaque pièce de cette grande inosaïque^ chaque ordre de.i^its, nous le trouverons, peut-être.

Nous examinerons donc d'aboiJ^d VeosUtence civile , politique et féodale de Romainmotier ; ses jurisdîctions seigneuriales, sa richesse, la eoniiitionde ses sujets,, ses rapports avec la Savoie et avec l*Empire ; puis ensuite nous parlerons de sort txiitenee eeelesta«<t^ru«, nous passerons en revue les bulles des Papes, nntérieur du Couvent , les fondations pieuses etc. Ainsi du moins aurons-nous une idée générale assez exacte de cet antique monnment de la Patrie de Vaud, lorsque! se^ abattu par Toxage du I6i® «ièole qui oçayriin^le sol de 9e9i déhrU^^

KISIfiNCE mm, CmiB ET POLITIQUE DE MttAIliOTiR.

po00nMiomr DAHs i.^ev£cb£i>e iiAmiAiniB.

Parlons d'abord de ses jurisdîctions seigneuriales et passons en revue les diverses provinces de ce petit Empire, en commençant par la plus considérable, la Terre de. Ronmnmoti&r proprement dite.

Sans doute que dans le principe Flodôvée dota son monastère du terrain qui L'entourait. Plus tard les dons de Rodolphe III de Bourgogne** élargirent ce vêtement. Puis vinrent les limites fatales que Léon IX imposa aux envahisseurs au Prieuré'^. Sous l'impression profonde de cette sentence d'Un Pape, au onzième siècle, les limites devinrent un cercle magique, garde par rombre menaçante d(3 Léon IX. On ne peut guère douter qu'elles n'aient contribué à la formation de la Terre de Romainmotier , car à l'époque de cette visite de Léon (1049) et même depuis, le couvent n'était point encore seul à posséder des droits dans les 13 bourgs et villages qui la composaient, savoir : Romainmotier»

*' Un manoir et demi à Agyz, six manoirs à Boffhens..

*^L& rocher à la descente d'Orbe , Pompaples , la fontaine de Moërier et ïe

Eiury", Croy", Lanffrey*', Juriens'*, Premier"', La P^az*^ Vaullyon ^, Vallorbe»'*, Brethonimëres ^, Bofflens *®, Arnay ou les Ârnetz **, et Agyz**.

Voici quelques preuves naïves des moeurs du temps et de cette formation successive de la Terre de Rimuùnmotier.

Beaucoup de débats avaient eu lieu entre Romainmotiér et Wido, du Château de Siccon (en Bourgogne), qui faisait des ré-^ clamatiOBS eu quelque 8<Hte fondées (ealnmpniabatur quasi juste); au monastère, sur quelques ser& de Vaullyon (in valle Leonis) et avait en conséquence enlevé un grand butin dans les pos^ sessions de Romainmotier. Le Prieur et ses prédécesseurs déjà en avaient souvent réclamé la restitution, quoique sans résultat. Enfin ils se rendirent en 1097 à Orbe^ en présence de Burcfaard,.

pont des Glée» sur l'Orbe. -^ La Terre de Romainmotier conserya ces mémea. fimites tout le tems de son existence» c. a.^ d. jusqu'au seizième siècle eiplua. tard encore.

" /nftt'v situé au earrefour de deux chemins.

" F'illagtumde Cntee; plusieurs chemins s*y croisent..

» Land frey, village Toisîn de Romainmotier, aujourd'hui détruis.

'* Jurieruii, TiHage situé sur la pente du Jura.

" Autrefois iVmiiier, nom patois d'un arbre à fruit.

•• PratOy les prés.

" Fauly ral^ if on, nom de plusieurs ruisseaux et tomentS) par îaiitatMn d^ leurs ravages, à peu près comme Drançe de Draco.

»« Fallu urhœ, val de l'Orbe.

'* Y aurait^il quelque rapport à la raee celte ou Bretonne? €e viUiage est trè»ancien d'après la tradition.

*^ Boflflens , se trouve écrit quelquefois folfkns et aurait alors la même élymologîe que Wufflens, ^olflingen pays de loup. Souvent en eflSet le f^ et le B s'échangeaient au moyen âge, Muller en fait la remarque (t. I. p. 259 Note 164) d'après Dncange -^ Cka9anne8''9ur^le'Vtjrron se trouve écrit par &l : Cabcmis supra loz Yeyron. — Toutefoîadans la Charte de Rodolphe» Wufflens et Bofflens. sont bien distingués.

^ Ce mot désignait jadis des armes, et on en exhume beaucoup dans son voisinage où une batûlle parait s'être donnée.

** A^yacum, Azyacum, — On trouve «uuam i^^iam nemoris» ; mais quel sens ?

avoué de ce bourg (adTOcatos ipsius vici), et d'autres chevaliers du voisinage^', et la il fut décidé qu'ils se tairaient tous deux et aussi kngtems Tun que l'autre.

En 1141 Ebal (Eubalus) de Grandsoiiirt son frère Barthélemi, confirmèrent à Romainmotier le don de leur père Ebal , que nous avons vu, y compris des droits sur plusieurs hommes et femmes, qui étaient de la jurisdiction de Romainmotier :

Voulant encore que si quelques^ins par crainte s'étaient, durant tes différends, passés enfiiis de la Terre de Romainmotier, ils pussent y revenir et servir en paix l'Eglise; en un mot ils mirent terme à tous leurs autres différends, présens ou.passés, et reçurent pour le tout quatre livres , du Prieur Wido**. C'est que Grandson et Romainmotier étaient tous deux las de tant de querelles et de débats.

A peu près à la même époque d'autres Grandson, le sire Falco et ses frères, donnèrent à Romainmotier Pieire , surnommé CfievaUer (cognominatus miles], ses quatre fils, ses quatre filles, et leur postérité , et cela pour l'âme de Philippe leur père , qui repose à Romainmotier, et de leur mère et autres parens. Ce don fait d'abord solennellement au Château de Grandson, dans la main de Guido (in manu Guidonis), Prieur de Romainmotier, et de Guigue, Prieur de Payerne, fut confirmé et consommé à Romainmotier en présence du couvent par un caillou placé sur l'autel*^

" Et alioniiD yicinoram miliiwn ^usdem rtgionis -^ Témoins Pierre «I Cono du Château de Goumôetu en 1097.

** Les Grandson exceptent le fief d'Etienne de Fvrreyre (de ferreria) (v. s. la plainte contre Âdalbert)-*- Mais « pacem fecerant delaco de Cassanea » (Chassagne prèsOrbe) v et omnibas aliis qaerimonâs » . Parmi les témoins Louis de Gomoêns, qui pouvait appartenir à la famille existante.

*' Donationem suam per lapidem unum super altare miserunt. Parmi les témoins Cpnopuer monactM, Pierre et Helias de Aziaco. Cono de Grandson, et aussi Jean le tailleur (sartor) de la Kiaison du Prieur (famulns Prioris). Cono fils d'Eubalus vivoit à Lasftrraz , Falcafilsde Philippe vivoit à Grandson, Eubalus et Philippe étpient frères.

Bientôt les dons des Grandson affluèrent.

En 1154, Falea et Cona , représentans des deux firancbes dé G randson et La Sarraz, abandonnèrent àlISglise de Romainmotier tous leurs droits sur dk familles au motns *^.

Puisenll58Barthétemi, fils d'Eubal, partant pourra croisade, (iturus Jerosolymam) mit aussi mr ¥autel dç RonMÎmnotier nri don confirmé le même jour à La Sarraz en présence deGuillérme; prieur de Payerne. Ce don consistait en terres , outre plusieurs, femmes ses sujettes , qui s'étaient unies à des hommes de Saiiit Pierre de Romainmotier , et qu'il donna avec leura fils et leurs, filles ".

Autant jadis les Grandson étaient ennemis acharnés, autant ils se montrent amis maintenant. Peut-être avaient-ils des re^ mords. Le Pape Léon, les limites qull avait fixées, l'autorité du lieu méconnue, agitaient leur conscience, alors surtout qu'ils se-^ disposaient à entreprendre le redoutable voyage d'outre mer, et que pleins d'enthousiasme religieux et guerrier ils prenaient la croix et consacraient leur vaiQante épée è-la défense du- saint sépulcre contre les infidèles^

Les terres des Grandson cernaient de toutes parts celles du couvent, dé là de fréquens mariages entre leurs sujets réciproques , et ces mariages miktes étaient- une épine. Dans nombre de cas en effet, le&enfans, fils et filles, suivaient la-condition de leur mère , et non de leur père*. Ainsi les enfansd'uRihomme sujet de Romainmotier devenaient par leur mère sujets de La Sarraz„ et Ton comprend combien cette introduction d'un pouvoir étranger sur leurs possessions était ài charge aux Prieurs;

'^^ Sur Breton d&Bretonerù par ex : sur jàymonU* cela* (AymoBem pUosum) etc. etc.

**' n donne Marie femme de Gumisius- de Bofflens , son-fils et sa fille par ex : : la feuMne (uxorem)^ de Berard de Bonel) nommée Rassa, ainsi que ses- fils et se* filles, le frère de Rassa-, nommé Martin de Viit (de Envy?) et ses fils et se», filles. — « feminas dominatossoiqueconjunclaeeranthominibos Sti. Pétri. >

*- D'après le principe de droit romain : farUu ventrem sequitur^

de là les dons des Grandson; de là plus tard rinterdiction de ces mariages mi-partis.

Mais le patrimoine de St. Pierre de Romainmotier s'agrandissait à chaque différend. L'astre du prieuré brillait de tout son éclat *',

Voici deux preuves explicites de la formation graduelle de la terre de Romainmotier.

En 1256 Rainauld, dit de Yàlmarcul, donzel, reconnaissant des nombreux bienfaits qu'il a reçus de R. prieur de Romainmotier et de ses moines, leur abandonne tout ce qu'il possède dans le teirîtoire de Agyz (Agyaci) ; et cela en compensation de 100 livres de dommages causés par la réclamation d'une terre*'. La compensation devait au moins équivaloir à cette somme considérable alors. On peut donc voir dans la donation du Seigneur de Yàlmarcul , le couronnement de l'édifice seigneurial de Romainmotier à Âgyz dont la première pieire avait été posée par le roi Rodolphe IH de Bourgogne en 1011 ^.

Autre preuve :

En 1252 Cono, dit de Amay, donzel, fait hommage au prieur de Romainmotier et reçoit en fief de lui tout ce qu'il possédait auparavant par droit héréditaire ou par sa mère dans tout le

^ On trouve un différend entre Witfred prieur et Cono de Grandson au sujet de droits sur quelques personnes habitant I^s^ terres de Romainmotier (au douzième siècle proh.) Le pneur >aocepto consilio « se rendit avec Cono et autres.en grand nombre dans la maison d^Albert de Vilar et là ayant ouï « querimoniam» il donna 4 livres à Cono, qui pour le bien de son âme et de ses antécesseurs , renonça particulièrement (vuerpivit) à six familles y compris soeurs, neveux , et nièces (nepotes et neptas) et à leur postérité, et à tous les autres habitant dans la jurisdiction de Saint Pierre, sauf trois exceptions^

" In recompensationem , malorum qneeidem ecclesis pîuries IntuH, racione calumnls quam habebam contra etc. U s^a^issait d'une terre qui fut jadis du sire Elye et du sire W. frères défunts, chevaliers de Agyz-Avrit 1256. — Cart,

*^ Il avait donné un mansus et demi kX%yz. —(1098) Le Comte Henaud reçut du prieur une mule de grand prix pour une mcix à Agy«^

village elle territoire d^Arnay , et cela pour dix livres à lut payées par le prieur'**. Ciet acte intéressant nous révèle les premiers rapport» du Couvent de Romaînmotier avec la famille à^Arnay • primitivement indépendante et qui se soumit à la; vassalité en échange d^une protection bien nécessaire dans cestemps de troubles <m k liberté sans la force était un ferdeau ^'^ La terre de Romainmotier avait donc atteint ses limites nolti*^ réttes par TadjonctioD du fief d'Arnay. Elle s'étendait depuis^ la région des noires jpux et des pâturages da Jura, jusqu'à celle* des vignes ; ayant pour lisi^e rAM>aye du kc, les Clées , la rivière de l'Orbe, le viUagedePompaples, et la fontaine de Hoêrier : comprenant surtout la vallée étroite et pittoresque dé Romainmotier, dontlesversans couverts d'une végétation vigoureuse , livrent passage à leurs pieds à un faible ruisseau tantôt calme, tantôt se précipitant au travers des rochers en cascades, à demi voilées par le feuillage ; comprenant encore le plateau^ accidenté, couvert de villages , de bois , et de cultures diverses qui sépare cette vallée du Nozon de celle de l'Orbe.

Dans nombre d'endroits les limites étaient marquées par des croix de pierre; touchant souvenir du ciel au milieu des préoccupations terrestres.

Bientôt un compromis important se présente qui nous fait connaître la situation politique et sociale des hommes de Romainmotier. C'est le Plaid général (Placitum générale) de 1266..

** Il fait cet hommage «salva fidelitateduoram dominorum», dont sans doute il tenait des fiefs ailleurs.

Il fait bonunage à Romainmotier p'. «omnia quç habeo jure hereditario seu racione excaturœ matris meae, in tota villa etc. > Il excepte, sa part dou hoschet,, de son franc allen (de libero alodio meo).

'* Une belle ruine de cette indépendance primitive des d'Arnay était Taffranchissement de leurs possessions de la condition mainmortableet presque de toutes diunes et redevance». Exception unique dans toute la terre de Romainmotier*. Cette très-ancienne famille doit exister encore..

En voici la teneur '*.

Que tous présens et à Tenir sachent qu'un grave et coûteux différend ayant existé longtems, entre le Prieur et les religieux d'une part, et leurs hommes de la Terre de Romainmotier de l'autre, au siget de diverses coutumes et redevances prétendues et déniées par ambes parties ^ : après beaucoup de choses pénibles (gravamina) etde dépenses, un compromise l'amiable est intervenu , avec promesse solennelle sur les saints Evangiles, de l'observer à jamais , et de le rappeler dans le plaid général (in placito generali recitentur).

Donc entre la Toussaint et la Saint Martin , le Prieur doit ordonner à ses Mayors "' d'annoncer chacun dans sa paroisse, que le plaid général se tiendra trois jours de suite. Chaque chef de famille ^ est tenu d'y assister , et après cette publication nul ne doit s'éloigner de la Terre assez pour ne pas prêter présence au Plaid général, sauf permission du Prieur, et ce sous peine de 3 sols.

Le premier jour de ce plaid, tousétantassemblésenunmême lieu, les mayors (maiores) de la Terre doivent successivement, à l'ordre du Prieur, appeler tous ceux de leur paroisse par leur nom ^''.

" Ce Plaid ^néral de 1 366 se trouve rapporté plusieurs fois textuellement dans divers actes des Archives de Romainmotier ; il se trouve aussi dans le Cariulairê de Romainmotier

** Un acte du Gartulaire de 1263 parle d*un différend existant entre les religieux et la Terre « super quibusdam deveslituris », dont les religieux se disaient dépouillés. l\ s'agissait de • capones, gerbariam et quartariam et subsidium déoariorum. » — Plusieurs témoins avaient ouï appdler ces réclamations injustes. Le Plaid général de 1266 finit sans doute ce long différend.

** ViUieis mât, nous verrons Toffioe des mayors.

'* Dominus hospicii. ^ D'après Textension de ce mot, on se demande si les femmes assistaient au Plaid? Voyez ci-après.

" Et celui qui serait absent, sauf pour la garde commune, ou qui n'aurait pour excuse la nécessité de la terre , ou qui appelé trois fois ne répondrait pas, payera 3 Sols d'amende.

Puis le Prieur ordonne à quelqu'un de ses officiers (uni de familia) de publier (bampnire) le plaid général ; mais personne ne doit quitter sa place ou parler sans la permission du Prieur, ou exciter quelque querelle , ou tenir des discoiurs qui fassent perdre au Seigneur quelque chose de ses droits ; sous peine de 5 sols d'amende.

Le moment sera mieux choisi que tout autre, pour placiter ou abandonner quelque terre. Et après la publication du Plaid, s'il surgit quelque difficulté touchant les chemins (de dévestiture) ou pâturages communs , personne ne doit innover jusqu'à sa tenue, et jusqu'à ce que le Prieur ait fait ses tournées (viatas), s'il le trouve à propos (pour en juger lui même), sous amende de 5 sols.

Or pour bien connaître les droits du Plaid général, soit ceux du Prieur et de l'Eglise , soit ceux de la terre , le Prieur doit envoyer (mictere) le doyen (decanum) , sa maison (familiam suam) et les Jurés de la terre (Juratos terre) , dont il y a deux par village. Et si ces envoyés (missi) veulent un Conseil supérieur (majus concilium), ils doivent le demander au Prieur, qui le choisira parmi les moines et autres, qui mieux connaissent la coutume du Plaid général.

Maintenant voici la teneur de ce Plaid, non moins remarquable que son organisation.

En premier lieu les hommes de la terre sont hommes libres de l'Eglise de Romainmotier. — Prenons acte de cette absence du servage de la gUbe, au treizième siècle, dans un groupe de douze villages au moins de la Patrie de Faud.Grande sera notre surprise après les donations de familles entières que nous avons vues : c'est que souvent la langue du moyen âge nous est étrangère.^^

Pour avoir la clef des usages qui suivent il faut partir du principe vrai ou faux qui en est la base , c'est que le sol était la propriété du Seigneur. Tout établissement des hommes de

'^ Nous reviendrons sur ce fait important.

la Terre était considéré comme une ferme illimitée , un bail emphytéotique et perpétuel. De fai», le Prieur et les moines pouvaient se croire les vrais propriétaires du pays en se rappelant les privilèges des Papes, le Testament de la Comtesse Adélaïde, la confirmation du roi Conrad, et de son épouse Mathilde, les donations du roi Rodolphe et de bien d'autres encore. D'après la r^le de Saint Benoit, ils avaient même dû contribuer par le ti*avail de leurs mains à changer en domaines fertiles les forêts primitives ; et l'ombre de la religion, seule alors respectée, ea avait protégé l'accroissement. Cet ordre de choses était bien plus légitime que la conquête par la force brutale.

Tout établissement des hommes de la Terre était donc considéré comme une fenne illimitée, mais celle-ci avait une forme féodale et particulière et avait pour conséquence la condition mammoriabk des propriétés qui régnait, peu s'en faut, sur toute la Terre ^^ et en vertu de laquelle le Seigneur entrait en possession de tous les biens meubles et immeubles de celui qui mourait sans héritiers naturels ou légitimes, c'est-à-dire en ligne directe ou indivis ^®. Les Jurés de la terre devaient faire rapport de ces échûtes (exchetas) de la mainmorte. On devait se fier à eux; c'est la coutume , dit le Plaid, et avant ce rapport le Seigneur ne peut entrer en possession de ces biens, au moins pas (saltem) des immeubles.

Ces hommes libres de l'Eglise devaient, s'ils voulaient abandonner la terre, en demander la permission au Prieur; c'est qu'ils pouvaient avoir contracté des obligations , des dettes ; mais lorsqu'il n'en était point ainsi, le Prieur était obligé d'accorder cette permission et faisait conduire le partant avec ses

*' Excepté les terres de VAllod de la noble famille d*Jmay , qui furent toujours franches de cette servitude. Excepté encore Lapraz dont en échange le territoire èuhlaodé au 6^ denier (payait ^k de droit de mutation).

^ Lorsque dans le iù^ siècle , le dernier mayor de Romainmotier mourut , il açait desparens coUcUéraux divis et cependant Berne en yertu de la mainmorte hérita de ses biens, encore qu'il fût de haute noblesse.

biens meubles, unj<mr et wne nuit ; mais les immeubles demeu* raient l'héritage incontesté de l'Eglise.

Un séjour seul hors de la terre pendant un an et un jour consécutifs sans permission , entraînait la confiscation des immeubles.

La loi même visait à une appréciation équitable des motifs de ce départ. Celui qui avait quitté la Terre par pauvreté , ou par suite des vexations de la guerre pouvait toujours et ses héritiers après lui recouvrer ses immeubles. — Celui en revanche qui la quittait par orgueil, enflé par ses richesses et emmenant ses héritiers avec lui , se voyait à jamais avec eux privé de ses biens.

11 était permis d'engager , échanger et vendre, en cas de nécessité , même la totalité de ses biens à un homme de con* dition égale à son pair (pari suo), c'est-à-dire à un homme de la Terre.

Mais eelui ou celle qtd s*uni8sait par mariage à tme personne qui n'était pas de condition libre devait quitter la Terre et perdre ses biens ®*. Cet article curieux était une barrière contre l'envahissement d'une seigneurie étrangère dans le domaine de l'Eglise ; on avait souvenir des différends avec les Grandson.

Le Prieur craignait aussi la formation d'un Etat dans l'Etat, comme le témoigne la défense de faire quelque serment ou alliance ou de jurer bourgeoisie en quelque village , château, cité , ou ville forte ; ou de rechj^rcher le patronage de quelque Seigneur , contre l'intérêt de l'Ëglise, sous peine de quitter la Terre et perdre ses biens à moins de venir à résipiscence dans un terme fixé par le Prieur. — On pourrait voir aussi dans cette défense une précaution contre ces associations offensives et défensives , nommées ghildes, indigènes dans le nord et qui

** Si aliquis velaliquaex hominibas dictœ terrse et potestatîs Romani monasterit contraxerii matrimoniam cum aliquo tel aliqua qui vel qaae non sit liber Tel libéra., a dominio Romanî monasterii débet recederei et bereditas ejasdem excheta débet reportari perjuratos ut supra.

s'élendirent jusques en Gaule. Ces associations, vraies sociétés secrètes du moyen âge, étaient fort redoutées et proscrites sans cesse®*.

On devait des aides ou subsides au Prieur dans quatre cas. 1^ Dans les procès sur sa juridiction. 2^ En cas de destruction des récoltes du Prieuré, pourvu que le dommage n*eût pas atteint les hommes de la terre. 3° Pour achat de quelque terre ou revenu. 4^ Pour faire la réemption de quelque partie du domaine de TEglise engagée par le Prieur, du consentement comr

Le complément de toute cette législation est le droit de replaict, accordé au plus proche parent de celui qui mourait sans héritier (direct, ou indivis), ou abandonnait la terre. — Un acte du 15*^ siècle, explicatif du Plaid général, statue : qu'au dire des anciens , il devait obtenir du Seigneur ces biens, pour un prix inférieur d'un tiers à leur valeur ^. C'était une transition de rétat de ferme perpétuelle à l'état de propriété entière.

Dans une pressante nécessité, les hommes de la terre devaient suivre la chevauchée du Seigneur, pour l'utilité de l'Eglise ; faire

*' Voyez UQ traité sur la ghilde (ou banquet à frais communs) et son influence, dans le discours préliminaire des ReeiUMérùçingient de M. Thierry. — Voici Tartide du PI. gén. : nemo potest facere quamcunque burgensiam , vel juramentum^ aut confederationem alicujns villes, castri, civitatis, vel oppidi, ncc se ponere in salvagardia alicujus princijii, vel domini, aut patrocinium invocare, sine licentia domini, saltem in prejudicium ecclesiœ et contra dominos cjusdem,

etc.

** Tous ces articles étaient au 16® siècle envisagés comme ayant leur source dans la mainmorte. — Cela est dit dans l'acte d'affranchissement de cette servitude accordé par Berne en 1591. « Les affranchissons à perpétuité de la cou- *dition mammortable et aides qui en dépendent, comme procès, tempêtes, •aquisitions, réemptions , sortie de la terre pour aller résider ailleurs et jurer » bourgeoisie. » Mais la mainmorte n'entrainait pas toujours les aides, preuve en

soit Vallorbes.

•* Si même les inuneubles avaient déjà été vendus par le Seigneur , le droit de rej}Jatct existait, en échange du prix d'achat.

faire l'inspection de leurs armes par le Châtelain (de Romainmotier) et lui obéir.

Enfin il était expressément réservé que s'il y avait à innover dans les coutumes susdites , cela se ferait d'vn cwnrmm accord dans le Plmd général. Et par ces derniers mots ce Plaid général (placitum générale), composé de tous les chefs de famille de la Terre, rappelle tout à coup et d*une manière bien inattendue les Landsgememde des petits Cantons.

Ces usages bizarres sans doute n'étaient point cependant le régime du bon plaisir, puisque des deux parts il y avait réserve de droits et moyen légal de changemens^^.

Nous nous tromperions au reste en voyant dans l'acte de 1266 la création du Plaid général ; il n'en fût qu'une modification. — Un acte de 1263 ^ nous révèle un fragment du Plaid général existant alors, où l'on croit entrevoir un indice d'une haute antiquité. Alors cette forme , surannée, aurait dû être changée au 13* siècle, parce qu'elle ne correspondait plus à l'état de bi société.

Nous ne connaissons dès lors jusqu'au 16* siècle qu'une seule modification apportée à ce plaid général ; elle est honorable pour la Terre.

Le Prieur Jean de Seyssel (1393) et le couvent assemblés au son de la cloche, concèdent gracieusement aux hommes de la Terre que les armes de tout genre qu'ils pourront se procurer,

*' Furent présens : le Prieur de YaUcmes; Huldric, doyen de Romainmotier; le sireHumbert Suchetde Festerne, chevalier, alors Châtelain des Clées; le sire Hugo ditGaschet d'Orbe, chevalier; Pierre Rochet. — Ce compromis de 1266 fut accepté par le Prieur Aymon et le Couvent, puis par la Commune de la Terre. (Universitas hominum potestatis predictae.)

'^ Cartul. — Dans le Plaid de 1 266 une phrase plus générale remplace ceUe-ci : • au t si gravatur ecclesia pro causis que tractentur coram domino Papa , aut imperatore, aut rege^ » etc. L'Empereur était rot des Bourguignons, mais ici autre est le roi, autre l'Empereur. S'agirait il des Rodolphiens ? — De plus en 1 263 la Terre doit subside d'argent : « pro liberandis possessionibus si de majorum et familiœ dictœ domus consilio fuerint ohligatœ > en 1266 : c'est « ad redimendum si gageria facta fuerit de Communi consilio », que l'on doit subside.

cuirasses, casques, épieux, gantelets, lances et autres (diploydes ?), seront affranchies de la servitude de ta mainmorte, sans que Ton puisse jamais les prendre en gage ; et cela en vue de Futilité évidente du Prieuré et de toute la Terre, et aussi, dit le Prieur, en considération de l'affection que nos sujets nous ont toujours témoignée , et des sinistres scandales des guerres du château de la Sainte Croix , d'où le sire chevalier Guillaume de Grandson avec ses gens d'armes, vient ravager la Terre et se dispose à continuer ses incursions et ses déprédations aussi violentes qu'injustes. — Ces agresseurs avaient probablement rencontré une résistance victorieuse, qui donna lieu à la demande de la Terre et à la concession du Seigneur.

On peut voir dans Grenus (p. 30) une mention faite de ces déprédateurs du Château de la Sainte Croix. Il semble qu'ils aient occasionné la même année (1393) une expédition militaire de la Patrie de Vaud^''. — Guillaume de Gtandson était proche parent de cet Othon bien connu par son duel avec Girard d'Estavayer (en 1396) , et n'y aurait-il pas quelque connexion entre l'existence de ces déprédateurs et le mauvais vouloir du pays envers Othon ? « M'a été rapporté, » disait celui-ci, « qu'au pays « de Yaud , me tiennent pour ennemi , mais c'est à leur grand « tort , considéré que ni moi ni mes devanciers ne leur fîmes « oncques choses dont eux me dussent tenir pour tel ^. » Othon de Grandson pouvait ne point être complice des déprédations de Guillaume, bien que peut-être le pays établit solidarité entr'eux : il n'en est point accusé par le Prieur de Romainmotier, dont le langage acerbe respire toute l'indignation d'une injure récente,

*7 On paie 24 S. pour le salaire des charpentiers et maçons qui ont été avec le drapeau à Ste. Croix pour y Caire le service pour Nyon ainsi qu'il avait été statué par ceux de Yaud. (Grenus p. 30 et 31 .)

^ On paye 37 S. pour les frais de ceux qui ont étéàMoudon et Rue où toutes les Communautés de Yaud étaient convoquées pour déterminer de combien chaque ville aiderait le Seigneur Girard d'Estavayer dans sa cause contre le Seigneur Othon de Grandson. (Gi*enus p. 3Î.)

et ne saurait se concilier avec aucune réticence et aucun ménagement *®.

Au surplus, il y avait sans nul doute à ces courses dévastatrices une autre cause que le désir du butin. Le mal du moyen âge, la presque nullité de la force publique , engageait chacun à se faire justice à soi-même» mais non sans quelque motif d'irritation . Ces expéditions de Goillaume de Grandson étaient peut-être une recrudescence des anciens différends de cette maison avec le Prieuré. Cette plante trop vigoureuse , portait ombrage aux Grandson et l'inimitié assoupie se réveilla à quelque occasion i nous inconnue. I^'idée de changemens était si antipathique à l'esprit du moyen âge , que les donations de Rodolphe suscitaient encore des orages près de quatre siècles après sa mort.

Les charges soit impositians de la Terre de Romainmotier étaient nombreuses ^^.

Mentionnons d'abord les échûtes de la Mainmorte soit des biens meubles et immeubles de tous ceux qui ne laissaient point d'héritiers en ligne directe ou indivis. Cet impôt modifié par le droit de replaict accordé au plus proche parent, devait cependant être d'un rapport considérable.

Puis les Aides ou assistances éventuelles dues au Prieur en quatre cas '*.

Venaient aussi lesAumôsnessoiil'Autnônerie; c'est-i-dire qu'à la mort d'un chef de famille, ayant charrue, une de ses bêtes de

** MuUer, nouv. édition, t. IV, p. 16, prétend que Guillaume était frère d'Othon , et que sans aucun égard à ses droits , la Savoie saisit tous les biens d'Othon, après sa mort.

^* Un acte du 15™^ siècle servira ici de complément au Plaid général arch. de Romainmotier.

'' On les devait au Prieur : a) en cas de procès sur sa jurisdiction ; 6) en cas de grand dommage des récoltes du prieuré, pourvu que celui-ci n'eût pas atteint les hommes de la Terre ; c) Pour achat de quelque terre ou revenu ; d) Pour faire la réemption de quelque partie du domaine de l'Eglise engagé par le Prieur du consentement commun.

somme revenait de droit au Seigneur. L'héritier indiquait un animal à son choix , le Prieur le faisait estimer par deux preud*liommes (Probihomines), retranchait cinq sols de la taxe et se contentait du surplus. Cette aumône obligatoire des défunts était un impôt considérable , par Textension qui lui était donnée ".

La (iûcine existai t à Romainmotier, cela s'entend. Le blé devait être conduit dans les granges du Seigneur. En cas de nécessité on pouvait moissonner quatre on cinq gerbes , sans attendre le percepteur; on pouvait aussi en cas de pluie charger un char de gerbes , et le décharger en partie pour retourner aux champs ; mais le second char ne devait pas être déchargé sans appeler, selon Tancien usage, le Décimateur ou doyen (decanus) *. La dixme des graines et du légume rapportait deux cents muids. Ou la levait encore sur le vin, les pailles, le chanvre. La dixme de la laine et de tout le bétail naissant appartenait soit au couvent, soit aux Curés '^.

'* Par chef de famille on entendait non seulement père ou mère, mais oncle ou tante, frère ou soeur, bcUc-mcrc même, si elle dirigeait la maison. Chaque conjoint devait ce droit. Si la femme mourait avant son mari celui-ci payait Vaumône pour elle, et plus tard ses héritiers la payaient pour lui. On redoutait Tabus qu'on pouvait faire de cet usage. (Acte de 1493.)

* Le Deeanus, ou Decumanus (Décimateur) existait déjà chez les Romains. Plus tard dans l'Eglise on appeloit decanus celui qui présidait à 9 cénobites. Les frères étaient divisés en décurieê — (note de M. Hiscly.)

^' La dixme des graines était de i gerbe sur onze par toute la Terre sauf Lapras qui devait dixme et terrage (2 gerbes sur 11), ainsi que Yallorbes (2 sur 14)*

La dixme du vin à Âgiez (un 13™®) etàArncx (un 15*°®) était évaluée à ctn^ muids ^Av an. — Celle des pailles à 50 flor. Agiez en était exempt. — Celle du chanvre à 50 brasses (ulnas). La dixme de la Maressaulvaz (?) levée sur un certain coin de terre, rapportait quatre coupes de blé. — Itemutcls avait à Romainmotier douze coupes et la coupe 4 i[uarterons, — Nul ne pouvait serrer blé, chanvre, légumes, ou vin, que la dixme ne fut prise, sous peine de 60 S. par voyage; sauf en cas de pluie (vi.) Le blé devait être amené dans les granges du Seigneur, à Brethonières , Aruex, etc. puis après avoir été battu il devait être

L'impôt appelé gerhe de la moissan, d'un bichet (soit demicoupe) de froment pour chaque homme marié ou veuf, et d'un Mchet d'avoine de chaque femme mariée ou veuve, était un impôt pesant et d'une origine assez bizarre '"^.

Chaque frêste (toit à deux pentes) de la terre payait un bichet de froment pour VAumôsnkr (office du couvent), et autant pour la maréehallerie, c'est-à-dipB pour l'exécution de la Justice.

Item. Chaque maison, dit le Plaid,, doit une fois l'an à l'Eglise un chapon, si elle en a ; sinon on ne peut la gager, à moins qu'il ny aUdfela mdice dans cette absence de volaille. On pourra en exiger le serment.

Citons encore le droit de forage, soit une coupe de vin pour chaque muids vendu au cabaret.

^^ Enfin les vendes des foires et marchés , estimées 20 Sols par an.

11 y avait aussi des corvées.

Chaque charrue devait trois corvées de labourage ou en place dix sols.

Chaque attelage devait encore le chariage de quatre tonneaux de vin du Seigneur, à ses frais, depuis Brussins. A chaque char apportant deux tonneaux, on devait deux pots de vin, afin de ne pas boire au tonneau , et de plus 16 miches de pain de ménage.

amené à Romainmotier et à chaque char étaient dues quatre miches de pain. De même pour le légume.

La dixme de la laine était une obole par agneau. Celle du bétail naissant : 4 déniera pour poulain, 1 denier pour un veau, i obole pour un cabri ; et pour un petit porc, 4 deniers suiyant les uns, 1 denier suitant les autres. — L'infirmier, le Camérier et les Curés les percevaient.

^* Nous y reviendrons.

^* Pour un poulain ou cheval, par ex., 4 deniers, pour chaque cabri, mouton et agneau 1 obole. — Nous ne disons rien- des Clames et bans qu'on ne peut mettre au nombre des impositions. — Les Clames valent 12 deniers, celles des jours de foires et marchés S Sols. Celles des mayors 6 éenfers de Lausanne. Nous ne parlons pas non plus de la mesteiUerie ou garde des terres par la même raison.

On pouvait s'exempter de ce charriage en payant 4 sols par tonneau.

Chaque attelage devait encore le transport des matériaux pour les édifices de l'Eglise et du Seigneur , bien entendu sans dépasser les limites de la terre ^^. Et de plus il devait amener un char de fagots au Prieuré.

Chaque feu , sans attelage , devait une corvée de cognée dans les bois, et aussi une journée de bêche (ligonis) dans les jardins du Seigneur. Puis une journée de faux, ou de faneur, ou (pour les attelages) de transport de foin dans les prés du Seigneur voisins de chaque village".

Enfin il y avait des monopoles.

Les Fours, far ex., étaient bannaux. Chacun sous amende devait se servir de celui de son endroit. C'était un bon revenu^^. Les Moulins étaient placés sous le même régime ^^, ainsi que le Battoir de Romainmotier avec la scie (ressia) et la Foule sous Croy ou chacun devait faire teindre ses étoffes ^.

Ajoutons qu'un fort impôt dit la censé des Clées se payait au Duc de Savoye en échange de sa protection. Chaque frêste (toit à deux pentes) de la Terre lui devait une coupe de froment, deux coupes d'avoine, un chapon et six deniers; cet impôt s'àevoit au moins à 200 florins.

'* A chaque char sont daes quatre miches de pain de ménage pour chaque voyage, et si Ton passe Pierraz ftdly (Petra felix) 6 miches.

'^ Par ex., près de Romainmotier en Prael ; chaque feu de Brethonières devjUt une journée de faux; chaque feu de Romainmotier une de faneur ; enfin chaque attelage d'Envy, Croy et Romainmotier le transport du foiu^ sous l'inspection du mayor, et en échange de la nourriture comme de coutume.

'^ Le four de Romainmotier était amodié iO fiorins; celui de Jnriens , iO florins; de Vaullyon 8 florins; d'Arnex 28 coupes de froment; d'Envy, Premier, Brethonières, Bofflens, une coupe froment par feu, et l'entretien; Agiez 1 coupe par fea ; Croy, 1 bichet par feu.

'* U y en avait 5 en la terre.

*® Elle subsiste encore.

Enfin la plupart des terres, en rapporl. pnyaienl une modique censé seigneurîfdv.

Les corvées ducs au Seigneur, étaient pour la culture du domaine qu'il tenait à ses mains [ad manus suas); soit de prés, jardins, champs, et vignes.d'uneétendue considérable; plusieurs bâtimens y étaient annexes *'.

Le Couvent s'était aussi réservé deux étangs pour le poisson, dont l'un considérable se reconnaît encore^*.

EnBn tous les bois, ou peu s'en faut . qui hérissent les deus versans de la vallée du Nozon au-dessous de Itomainmotier, et leur prolongement sur le plateau "^.

Bien entendu qu'il n'est pas ici question du domaine du Seigneur à Vallorbes qui, tout en faisant partie de la Terre de Itomainmotier avait cependant d'autres usages , ni surtout du revenu d'autres possessions fort étendues des religieux ** ; nous serons donc rassurés sur la crainte de voir le Prieur et les moines manquer du nécessaire.

Uuant à l'appréciation difficile de la pesanteur des impôts de la Terre, il faut se contenter d'un à-peu-près.

Dans une supplication adressée en 1453 par le prieur Jean Louis de Savoie au Duc son Père pour l'exemption d'un subside.

(«pncc qu^in auvric^r peut faut^licr -en ud jour) de prés donnan d'uru partie, TO (lorina an argent et SfitoiipL-a de b\i.

Ia grange de Proêl. — Le CoHombitr, placé au-dessoa^ d'Ei rneore uniï nomme. Lni pigcoDi cmplayaienl par anlS coup L'nll* (da) ou Ib RiilUde Rumuinmoticr, bilimenl du marcli d'Amei svm ses fusséiet iippsrknaiii«s. — Le Pressoir du dli

" Celui d'Arner. L'sutrc était dans un petit vallon , embra deRcimaininotier vis-à-vii de Croy. Un préfoisia s'appeUe en Y compris lea bois de Ford, Faël , grand et petit Cbasn 'GêeLetloiellaBougtris, delà Foute ete., jnsqn'au roeber du Ifi

" Applos, Joli-Qs, WuRlciiS'Ia ville, Veni,,Piiin|>ieiiy, Buisi». Torctens, rie. l'ic. at.

il rappelle les franchises de la Terre et la lourde censé des Clées, puis ajoute qiie d'antre j>art les hommes de Romainmolier ont des charges multipliées et presque insupportables vis-à-vis du Prieuré; et que tant par suite de pestes excessivement Créquentt^s (pestes creberrimas] , qu'à cause des fardeaux quileurincombcnl et aussi parce qu'Us sont en un lieu stérile , ils sont chaque jour annihilés et amoindris de telle sorte qu'il en existe à peine la moitié autant qu'autrefois". Au premier abord cet exposé de l'état de la Terre remplit le cœur d'une compassion douloureuse. Toutefois il accompagne une demande d'exemption de subside, et bien qu'il ne puisse être entièrement imaginaire^, il perd par celte circonstance quelque peu de son poids; souvent en effet on exagère la vérité pour la rendre plus émouvante. Hais sileschargeslqui pesaient sur la terre étaient lourdes, et nouR ne saurions affirmer n'en avoir omis aucune de peu de conséquence ", c'est moins en elles-mêmes que mises en regard de l'état de l'agriculture.

En effet les corvées de labourage, de faux, de cognée, de charrois même du vin , données en échange d'une nourriture abondante ne devaient pas être fort onéreuses : beaucoup de fermes de nos jours ont des conditions pareilles.

■■ Archives du Hoiiiainraolier.

" Etant situes cb pays tort stérile (arlc de 1473). — Vos pauïrps lujftt, I

disent ceux-ci, dans une supiillcatlon i Michel de Savoie, prieur (lin du IS" s.).

LcB pestes et les tempêtes désastreuses de cette époque nous sont connues par d'sDtrn titres ; l> première moillé du I S"' siido fut ealamileaee pour In Terre «le Bornai antotier.

** En 4499. Vne redevance nommée THlgairenumt daùtn tnaidanui Ae k deniers pour quelqnei numagct, do 3 pour d'autres, de n*«i pour qvelqKti-\ms, qui se pajail à la Cèoc du Seïgnpor ; redevance non écrite, mais coniioc de qndquct e«lleetcurs seulcmcnl, récemment ilétuuli : cat modifiée par le coulent ■%

et (imdlHdins les eileuU-s noureUemcnt faites par A}iu. Folleus. — Il y a un 4|

Le droit de vendre vin au cabaret se paie partout ; chaque homme de la terre avait même la faculté d'en vendre, sans payer de forages, un demi-muids de son crû.

De plus la nécessité est mère de Findustrie. La lourde censé des Clées se levait par fréste (par toiture à deux pentes) ; bientôt de nombreux ménages se logèrent à Tombre d'une seule toiture, prolongée sur plusieurs maisons ; ainsi chaque ménage ne dût qu'une petite fraction de l'impôt. En vain les receveurs réclamèrent, croyant les droits du Prince lésés par cette invention. L'usage en prévalut, au point qu'une enquête ayant été faite par Berne en 1589, elle avoua «le dit tribut n'avoir oncques été « payé, ni es Comtes et Ducs de Savoie , n'y à nous dempuys c nôtre heureuse conqueste, par chefs de focage , ains par mai- « sons » **.

Cette même invention enlevait tout aiguillon au bichet de firoment perçu par l'aumônier et à celui perçu pour la maréchallerie.

Restaient donc les grands Impots de la gerbe de la moisson, appelée aussi censé des mariages, de la dixme, puis la pièce de békdl de l'aumônerie, les échûtes de la Mainmorte , et les o^^t^tainces éventuelles dues au Prieur.

Hais pour envisager la situation de la terre sans préjugé, il ne faut pas oublier que plusieurs charges , fort lourdes de nos jours, n'en atteignaient pas les habitants.

L'impôt militaire, par ex., dont ils étaient exempts ou peu s'en faut.

Us pouvaient aussi sans payer aucun drmi de mutation vendre tous leurs immeubles. Il est vrai que cette faculté étant restreinte à leurs pairs , c'est-à-dire aux hommes de la Terre , c'était une grande entrave pour le commerce.

^ Il y a peu d'années on Toyait encore une semblable frétU , à l'entrée du village de Groy. — Biais plus d'une fois cet expédient joint aux bardeaoz des toitures rendit les incendies terribles, par ex., à Juricus en 4844.

De plus ils avaient un avantage que doit nous faire apprécier la valeur croissante du combuBtible; l'usage de bois nombreux, soit pour affouage, soit pour charronage, soit pour bâtir.

Us avaient encore Tusage de nombreiis. pâturages (Pasquiers), de carrières etc.

Enfin l'acte d'affranchissement de la condition mainmortable des propriétés , accordé à la Terre à la fin du 16* siècle , nous fournit une précieuse donnée sur le revenu de la mainmorte, des aydes qui l'accompagnaient , de Vaum>ônerie^ et du charroi obligatoire des gerbes de dixme , dans les granges du Seigneur. Tous ces impôts, est-il dit, ne rapportaientj^osai^tonf au Seigneur que les lods et ventes au huitième denier qu'on leur substitua^.

Après calcul exact la position des hommes de la Terre ne paraîtrait donc pas triste , avec une agriculture perfecticmnée, mais là était le mal. Tout retentissait de plaintes sur la stérilité du sol, et sur la pauvreté d'un pays, qui est plutôt riche aujourd'hui, grâce aux progrès agricoles ^^.

Les nombreux actes de non-préjudice que renferment les archives de Romainmotier viennent à l'appui de nos calculs.

Faciles étaient nos pères , en général , au sujet des services à rendre à leurs princes. Leur loyauté , leur désintéressement se montraient sans cesse à découvert. Mais ne voulant pas que l'on tirât à conséquence indue, pour l'avenir, leurs l)ons offices ; lorsqu'ils allaient au delà des dreytures , ils avaient soin de demander un acte de non-préjudice, témoignage tout-à la fois de leurs franchises et de leur loyale affection pour le souverain.

^ Pièce de bétail à îa mort du chef de famille.

*® C'est-à dire un droit de- mutation de 'ig.

*' Il y avait cpelquefois des fermiers ou ^amodiateurs des reyenus du Prieuré, qui ne poUTaient causer que des vexations de détail; on craignait cependant leur ignorance des usages de la Terre, comme le témoigne une supplication de la Commune de la Terre , adressée à Michel de Savoie et qui eut bon eflFet. — On ne trouve pas de sous-fermiers ou 80us*amodiateursqui auraient cherché à jouer le rôle de vampires dans la Terre.

Mais si leurs charges habituelles eussent été , comme le dit la supplique, « quasi insupportables » ils ne s*en seraient pas si facilement imposé de nouvelles^'.

Du reste ces charges ne pesaient pas d'une manière uniforme sur tous les habitans de la Terre. Le moyen âge , on le sait, était moins l'époque de l'égalité que du privilège. Et ici se présenteront quelques particularités originales.

Et d'abord le bourg de Romainmotier était distingué en deux parties : a) La Combe» composée des maisons construites au fond de la vallée sur le même plan que l'Eglise et le Cloitre , et habitées par les boryeys proprement dits ; b) Assommotier qui se trouvait au-dessus du moûtier.

Or les habitans de la Combe avaient des franchises dont ceux de Assommotier étaient privés ^.

Deux autres localités en possédaient aussi de nombreuses : VauUyon et Lapraz. La situation froide et stérile du premier les explique. Quant à Lapraz , ses franchises très-considérables étaient balancées par de bien fortes redevances ^.

^^ U y avait aussi quelques imniunités ecclésiastiques.

'' Un grand nombre sont mentionnés; par ex., en 4377 , du Prieur Hy. de Siverier pour assistance des b. de la Terre qui dans un moment pressant allèrent fossoyer les vignes de Brussins. — Eni340, d'Isabelle de Ghâlons, dame deVaud, pour 50 charrois de pierres pour les escaliers du Château de Morges , faits par grâce spéciale depuis Lassaraz. — En 4342, de Louis de Savoie pour don de iOO livres, etc.

*' Us ne payaient pas le bichet de froment de la maréchaussée , ni le chapon à Noël, et n'étaient pas tenus à faire les charrois pour réparations au Château des Clées, soit aux 6 deniers annuels qui les avaient remplacés.

^'^ YauUion était franc de la maréchaussée et du bichet de froment de Taumosnier, des fagots, de la coupe du bois, des corvées de bêche, de la messellerie due en la paroisse de Romainmotier , de la dixme du Chanvre, de l'attente du Décimateur et du charroi de la dixme.

Lapraz aura un article séparé.

^* Les Chapelains étaient exempts de la chaponucric , de la gerbe de la moisson (et pour cause, étant célibataires), des fagots, des corvées de faux, etc.

Enfin et surtout il y avait dans la Terre une classe de fonctionnaires grandement privilégiés qui formaient une aristocratie réellement originale. On les nommait les Francs (Franchi).

Parmi eux se trouvaient d*abord sept Mayors ou ViUici. Us étaient les hommes d'affaires , les lieutenans du Seigneur, chargés de représenter les intérêts de TEglise. Leur office était analogue à celui de nos Juges de Paix et de nos Receveurs tout à la fois. Ils avaient des cours dont la jurisdiction était, il est vrai peu étendue, et ils devaient ouir les causes devant leurs maisons. Ils devaient de plus veiller aux récoltes du Seigneur dans leur voisinage. — Celui de Romainmotier en particulier devait recevoir les sermens des bourgeois et syndics de Romainmotier et des « messeUliers » de la paroisse. Il devait encore le cas échéant remplacer le Châtelain. Enfin il avait la charge de justifier et signer les poids et mesures de toute la Terre. Il semble donc que cette mayorie avait une sorte de prééminence sur les autres^.

Le huitième Franc était le Soutier (Salterius), sorte d'huissier du Châtelain et du Mayor de Romainmotier*''.

Le 9* le Maréchal (marescallus) était le gendarme, la maréchaussée de la Terre**.

** Ceux de Romainmotier (Nicolas de Romainmotier), de Brethonières , de Croy, de Agiez , de Arnex, de Yallorbes , de Lapra. A tenear d'un ancien compromis, ils exerçaient pour le compte du Châtelain des Glées, la jurisdiction sur les étrangers à la Terre, qui la traversaient. Le mayor de Romainmotier devait encore rw^^r ki épouse* et hê conduire (conducere) el cela pour les salaires aeeouiwms. Un mot de Kuenlin explique un peu cet usage. « A chaque noce solennelle on devait remettre an mayor (de BuUe) le premier mets placé devant l'qpouse avec un quarteron de vin ou 3 sols , mais il la conduira » est-il dit.

*' n doit officier pour le Châtelain de Romainmotier sMl le faut , faire les assignations comme nonce du Seigneur , veiller aux récoltes d'un pré, recueillir à la place du mayor de Romainmotier, et comme son subalterne y les corvées dues au Châtelain des Glées.

*^ Il doit obéir au Châtelain de Romainmotier pour amener les malfaiteurs, et Tassister, avec ses envoyés, dans Texécution de la Justice.

Les 10~' et 11"** deux Forestieirs ou gardes forêts^.

Le 12"" le Sommier (sommerius), avait l'office de conduire loz bahu (le coffre , la malle) du Prieur quand il se rendoit au chapitre de Clugny ou ailleurs. — Il devoit garder loz bahu dsois rhôtellerie (in hospitio) et obéir au Seigneur dans le voyage, comme un serviteur (tamquam servus) ^^.

Le 13"' le MarrUier (matercularius) devait porter le vase d'eau bénite devant la procession, soit dans l'intérieur du Cloître, soit à l'extérieur. Il devait aussi pourvoir d'eau pour être bénite, et porter celle-ci aux lieux accoutumés de l'Eglise ^°S à chaque Dimanche et fête solemnelle.

Le 14"' le Portier (Porterius seu Janitor). A cette époque le couvent, l'Eglise, les prisons, etc. étaient entourés de murailles élevées qui en faisaient une petite ville fortifiée dans une plus grande ; une sorte de citadelle monastique. Le Portier d'icelle était là' non-seulement pour la sûreté générale, mais encore pour le bon ordre et la décence *^.

Enfin, ce qui est caractéristique, le 15""* Franc était le Cuisimer (Cocus) du Couvent*^'.

*' Ils doivent conserver les bols du Seigneur , gager ceux qui coupent et emmènent des bois défendus, faire les assignations devant le Châtelain et comme sergens etcliens lui obéir dans Texécution des passemens.

'00 £q voyage il était défrayé de tout.

'^ Il devait encore dans la semaine sainte, pourvoir € de tabussetis (?) quatuor ad tabussandum » le Jeudy saint, au lieu de cloches suivant la coutume.

''^^ Il gardait la porte antérieure et devait la fermer de nuit , de telle façon qu'on ne pût rien sortir ou entrer par la force. C'était, je pense, celle de la tour de l'horloge. La seconde était celle du Battoir où l'on voit encore des vestiges d'un pont levis. La tour carrée qui se remarque auprès de la grange de la torture faisait partie des murs d'enceinte de la maiêon forte, A l'orient étaient des fossés. Triste position militaire dominée de partout.

*^^ Son office est de cuire et de préparer les alimens dans la cuisine du couvent, de soigner les sauces, de faire par lui-même ou autre, boucherie pour le couvent, assisté et servi par le solliard ou serviteur de cuisine, dont l'office était au bon plaisir du Prieur, le tout selon l'ancien usage.

Ces Francs , formaient une vraie classe privilégiée, intermédiaire entre le Couvent et le reste de la Terre ; sorte de chaînon qui les unissait.

En effet, outre certains salaires *^, ils étaient encore francs de toutes clames ; des charriages de vin ^^'^ et du bois de construction (marrin) ; des corvées de charrue , de coupe de bois, et de travail dans les jardins ; des journées de faux et de faneur; des vendes dans les foires et marchés ; de la redevance d'un chapon à Noël ; des impôts de la maréchaussée et du bichet de froment de Taumônier ; ils prétendaient remplacer la pièce de bétail de Taumônerie par 60 sols ; enfin ils étaient exempts de la lourde censé des Clées *^.

Il était dû par chacun pour reprise (pro repreisia ou propter repreisiam] c'est-à-dire quand il y avait mutation de personne dans l'office *^, soixante sols. C'est que ces offices des Francs avaient été inféodés à leurs titulaires, par le Seigneur ; et qu'à chaque mutation de personne , il y avait reprise de ces fiefs d'un singulier genre. Par là on reconnaissait la suzeraineté du couvent, qui redoutait, non sans raison, délaisser s'établir dans la Terre un pouvoir indépendant.

Or au 15* siècle ces offices de Francs se transmettaient par

'^ A chaque forestier 6 setiers (de 32 pots chaque) de vin par an ; au portier 6 setiers ; aux autres 3 setiers. — De plus à chacun 2 pots dans le Cellier du Seigneur, à la Toussaint, à Noël, à Carême prenant. Au marrillier sa prébende de pain et vin quand on fait la procession.

'OB gggf en ^8 de nécessité, alors pour 3 tonneaux, outre 3 pots de vin ou leur doit cinquante miches de pain : ils peuvent s'exempter pour 12 sols. Et ils pouvaient avoir deux charrues attelées, en ne payant que pour une.

^^ Ils étaient francs aussi de la messeillerie qui se payait dans la paroisse de Romaiumotier pour la garde des récoltes.

**' « Debentur pro represia sexagiuta solidi quando videlicet mutatur (officium) < per alienationem vel in personam devenit alienam. > Acte du 15"^^ siècle. Arch. de Romainraotier.

héritage du fève aux fils, et même aux filles, pour ne pas parier d'un degré plus éloigné *^.

Ils pouvaient*^ s'engager, se vendre, et se cumuler. Us pouvaient même se moreeller , ce qui est passablement étrange et devait entraver beaucoup l'accomplissement des charges de l'office.

On trouve encore des exemples de veuves usufruitières des biens de leurs maris , y compris tel ou tel office de franc.

Tous enfin étaient assujettis à la condition mainmortable ^^^.

Et, chose peu en harmonie avec les idées répandues ! les familles nobles résidant en la Terre ^^^, étaient privilégiées

^os AymonPribelli, maréchal au nom desafemme^ fille de Jaq. Jaquinetd'Arnex. Biaise maior forestier ^ au nom de sa femme nièce et héritière de Jean deLanffrejr; elle était sans doute indivise.

'^ Jean Bessonis nommé aussi Pollens et Mayor possédait la mayorie d'Arnex, la franchise du cuisinier, et le droit de réaehept sur la franchise de la maréchiJlerie tenue alors (1'* moitié du 16™' siècle) en gage par deux hommes d'Agiez.

''® Voici les aventures de la succession d'une de ces franchises.

En 4454, les Jurés de la terre rapportent que la moitié de l'office de la Porterie, est échue par mainmorte au Couvent, par la mort du possesseur (Henry Coschet) . Tenue quelque temps sous la main du Seigneur (c'est-à-dire exercée immédiatement par lui ou plutôt ses serviteurs) , cette moitié fut vendue à Aymou Aymonody égrége docteur de l'un et l'autre droit, pour lui, son père, leurs femmes et leurs héritiers ; pour la sonmie de 60 florins. Or en i 'f 62 un débat s'était élevé entre Aymon et la veuve de Nieod Coschet , usufruitière des biens de son défunt mari, et qui demandait que l'office de la Porterie, dont elle avait la moitié, lui fut remis en entier sa vie durant pour certaines raisons — refus d'Aymonod — Arbitrage — sans résultat. En 1474 la dite veuve de son plein gré cède aux religieux cet usufruit de la moitié de la franchise de laPorterie, Aymon Aynionod était déjà défunt en 1467 ; son fils Pierre avait «té reçu en reprise et réintégration de sa franchise moyennant 61 sols, et ce à la requête de la mère de Pierre, de son grand-père etc. Or le Prieur, désirant (en 1474) tant pour le bien de VEglise de Romainmoticr que par dilection pour Pierre, que cette franchise appartint en entier à un seul Franc , plutôt que d*étre diptsee, vend à Pierre la moitié cédée par la veuve, pour 40 florins, outre la cession de quelque terrain.

''' De Pré, par ex., Arnod Donzely Mayor de Romainmoticr, Mayor d'Arnay,

beaucoup moins par suite de leur noblesse que par les offices de Francs qu'elles possédaient : à ces offices tenaient leurs immunités et non à leur noblesse héréditaire. Bien plus, ces offices furent plus d'une fois une source , une occasion d'anoblissement ***.

Les F^rancs étaient donc la vraie aristocratie de fait de la Terre de Romainmotier.

Ces offices se trouvent mentionnés de bonne heure.

Cette famille {f arnica), ces serviteurs (famuli) du Prieur dont il est question souvent dans les anciens actes, n'étaient autres, que les Francs àce qu'il parait. — Sous le Prieur Vitfred, par ex. au 12^ siècle, Bencelin, chevalier de Agiez changeant de demeure à cause des embûches de ses ennemis, vient au couvent habiter au miheu des officiers (inter famulos) et sur le même pied qu'eux **'; et parmiies témoins de l'acte se trouve Richard le euisimer (Cocus). — Dans le commencement du même siècle, on trouve Constantin, of/icier (famulus) , et Turombert, mayor ( Villù eus), témoins d'un autre acte ***, etc.

I^'état de ces offices que nous avons passé en revue est de la seconde moitié du IB""* siècle "'. Tous étaient alors régis par un système unique. Le Couvent les avait façonnés selon ses

Thomasset, d'Arnay etc.; à l'exception des derniers dont les biens étaient franco de la mainmorte et de certaines dixmes, et qai n'occupaient aucune place de franc , je n'ai trouvé d'immunités pour les nobles que celles de quelques corçées,

^** Les nobles Monod ou Àymonod par exemple qui possédaient la Porterie depuis la 2"* moitié du 1 5"® siècle , et s'éteignirent à la fin du 16°** siècle, ne sont qualifiés nobles que depuis cette possession. — De même les mayor de RomainfMtier etc. Les Thomasset étaient qualifiés avant d'avoir acquis la mayorie d'Agyez , dans la 2"® moitié du 15™« siècle ; et les d'Arnay de toute antiquité , Wr franc alleu nous fait peut-être remonter à une époque antérieure à la féodalité même*

''' « Consuetudine aliorum famulorum » Cartul.

*** Donation de Landric du Château de Joux. — Cartul.

*** Archives de Romainmotier.

vues ; mais il n'en avait pas toujours été ainsi, et cesfra&chises reçurent successivement diverses modifications. ,• *'

Voici, par exemple, un acte de 1226.

Humbertabbé du Lac (de Joux) et Jean seigneur de Prangms, font savoir, que les religieux de Romainmotier ont rendu a Pierre fils de Perrotin , bourgeois de Lausanne , le châzement (casamentum) de Pierre, chevalier de Romainmotier, ayeul maternel de Perrotin, etbisayeul (proavus) de Pierre. Or Perrotin faisant hommage au Prieur sera tenu de desservir ce châzement, jusques à ce que son fils soit parvenu en âge de discrétion. Et telle est la coutume de Romainmotier que nul ne peut tenir un châze^ ment de TEglise à moins de résider dans les terres de celle-ci, et de n'avoir aucun autre Seigneur que le Prieur. Or celui qui en est pourvu ( « casatus istius casamènti » ) est tenu de venir chaque jour prendre les ordres du HHeur et de les exécor ter fidèlement. Si plus tard Pierre ne voulait pas ratifier b démarche de Perrotin son père, qui, sans réclamation» Ta offert pourhomme libre à Dieu et à St. Pierre, devant le grand autel de Romainmotier , ils n'auraient ni l'un ni l'autre aucun droit sur cechâzement^^^. —Qui reconnaîtrait dans ce châzement la mayorie de Romainmotier , et pourtant , on peut croire qu'il en fat l'origine.

Un siècle plus tard (en 1356) nous trouvons un débat entre le prieur ÂrthaudÂlamand et le couvent d'une part, et Guillerme, mayor de Romainmotier. Le Prieur prétendait qu'après la mort de son père celui-ci était tenu de repladter à miséricorde l'office de la mayorie et ses héritiers après lui; et que de plus Guillerme

*** Coiatui vassal, appartenant à la famille , à la maison d*un Suzerain. Catameniuim, ChoMement, ce qui compose le fief en terres , droits et autres po»sessions (note de M'. D'.) Le titre de cet acte en écriture du iH'^* siède est « Vhomaige de Perrotin de Romainmôstier » . — Archlv. de Laus. — Cartul.

Casatm est traduit par Muller , une fols , attenant du Clergé, (à Genève) nouT. trad. t. I. p. 357 ; une fois habitant de lawntrée (en Yallals) p. 359. 360. — Ces deux sens ne suffisent point à la charte ci-dessus.

était teAu à Taumône d'une pièce de bétail , comme les autres hommes de la Terre de Romainmotier. Guillerme s'en défendait. Un arbitrage ^" lui donna tort.

Partout les possesseurs de fiefs, grands ou petits, tendaient à Taffranchissement de leurs obligations envers le Suzerain ; mais ainsi ne l'entendaient pas les religieux , qui sans doute avaient souffert de ces velléités d'indépendance.

Une autre querelle avait éclaté déjà souslepèredeGuillerme, mayor. Le Prieur soutenait : a) qu'il devait charrier dans ses granges les dixmes et quintes ^^^ de ses bleds, comme les autres hommes de la terre , et le mayor prétendait en être franc ; b) qu'il ne* devait rien percevoir sur les biens meubles des délinquans, tandis que le mayor prétendait y avoir la meilleure part ; e) enfin celui-ci réclamait le droit de marquer (signare) et sceller (sigillare) Iftli mesures du blé et du vin dans la Terre, et quelque part des bans encourus à ce sujet. — Un arbitrage termina ce débat ^^*. La faculté de sceller les mesures lui fut confirmée , mais en signe qu'il la tenait du Seigneur (recognitionis), il dut payer 3 sols annuels au doyen ^^. — Toujours la

^*' Htmri de StVtner, aumôsnier du Prieuré , et Thomas Mestral de Lassaraz déckkiit que Théritier de GuiUerme qui, après sa mort, voudra tenir Toffioe ds mayorie , devra le replaciter du Prieur , et payera pour le replaict 60 sols. De plus il payera Vattmèên» du défuni comme les autres, seidemeni ses tkwaux et caçiUle$ en seront exempts.

4M Ce qui ne peut se rapporter qu'à Laprai.

44f 1^8 arbitres étaient : noble Seigneur Humbert Alamand^ de bonne mémoire, sire d'Aubonne , Aymon des Monts Prieur de Corcelles et le Seigneur Pierre de Gumëons, chevalier. Voici l'arbitrage. — Le mayor est franc du charriage des dixmes , sauf le cas ou les religieux n'admodieraient ou vendraient pas les ^itar- Us (?) soit dixmes des blés de la Terre de Romainmotier. St^ Il n*a à retirer des biens des délinquans que S s. Lausan. et â de ces quatre ustensiles, savoir : houe (ligonis), quoquependum , hache (securis) et trâyn ferri. — 3** Il doit prendre les délinquans, les amener à la maison des religieux et les transmettre à leur

nonce.

*«o II ne devait signer sans émolument que les mesures des religieux ; il ne

même crainte d'un pouvoir indépendant. — Et sous p^e de perdre sa niayorie (sub pena villicationis) il devait êtie fidtie aux religieux dans l'exercice de son office.

Autre vestige du travail d'assimilation de ces offices de Francs.

En 1277 les religieux donnent en possession héréditaire à deux frères, Pierre et Willelm , la maréchallerie (mareschaciain nostram) à condition de bien remplir les offices des ^mareaeaUu et de s'acquitter fidèlement de l'exercice de la Justice. Et en cas de replaict "* le Prieur ne pourra exiger plus de 10 livres, et les deux frères payeront annuellement 40 sols de censé. — Dix livres de replaict , 40 sols de censé , révèlent ud office considérable.

Puis, de 1315 à 1322, quatre chefs de famille dits maréchah (onmaréchauz), enfans et héritiers de Pierre et Willelm, vendent successivement à leurs bénins Seigneurs , et du consenteHumt de leurs enfans [neuf nommés), leurs droits sur cette mar^cAo/lerie, pour la somme fort élevée de cent et huit livres, — C'est que la maréchallerie avait alors encore des droits étendus sur Ums les villages de la Terre^*^, y compris des redevances de bled, et autres "' , et que probablement le Prieur Willerme de Montri*

pouvait réformer une mesure lautive sans le nonce des religieux, et percerait 6 deniers dans les bans de 3 sols encourus par ce fait.

*** Il y a lieu de croire qu'il s'agit de mutation de personne, même de pire à fils y dans l'exercice de l'office. — Le fils du mayor devait aussi replaeitare ad misericordiam l'office de son père (v. s.)

'*' Jus in marescallia seu in appendenciis et çillis totius terre. Àrch. Cani.

^'' En 1344, Jean, fils de Pierre dict Maréchauz, donne en gage au Prieur son droit en la Maréchauci de la Terre de Romainmotier pour la somme de 7 liv. 6 sols; et les religieux percevront, durant cette engagère, tout le bled, les reçenui et autrei ehosee, qui sont du ressort de cette maréchauci (in bladis^ fructibus sire aliis rébus mihi competeutibus, etc.) Mais l'office fut dégagé, car sa veuve et ses enfans furent au nombre des vendeurs ci-dessus. — Archiçet Cantonalei. Cop. A'/n0 138eM46.

cher racheta à cette époque le bichet de froment que devait chaque [reste pour la maréchaussée.

L'exercice de ces franchises était quelquefois onéreux. — En 1443, par ex., la veuve d'Anthoine de Mont vend une possession pour payer une dette de son mari , contractée envers Jean de Juysj^rieur, à cause de son office de la franchise de la foresterie.

Plusieurs de ces noms d'oiBcjte devinrent des noms de famille, maréchal <m maréchaiw , par ex., mayor, maruglier (maFFilHer).

Ne dédaignons pas ces détails, futiles en apparence , sur une partie originale des usages de Romainmotier. « On ne voit bien que ee qu'on voit de très-près » *^.

Les offices des Francs nous conduisent à parler de Vorganisafion judiciaire de la Terre de Romainmotier.

Lesmayors, nous le savons, avaient des cours. Ils entendaient les causes devant leurs maisons, mais ne pouvaient donner sur les immeubles qu'un premier avis (forte.... prima dicta) et ne pouvaient juger les causes de biens meubles que jusqu'à la valeur de 40 sols, renvoyant les autres au Châtelain de Romainmotier. Leurs tribunaux n'étaient donc guéres que des Tribunaux de police*^*^. De leur sentence il y avait appel a la cour du Châtelaiç, de celui-ci au Juge des appels, et du Juge des appels au Seigneur qui décidait en dernier ressort , même les plus grandes causes,

On usait à Romainmotier de la coutume de Moudon, sauf les points locaux réservés.

Un acte remarquable "^ de 1489 rappelle comme un fait

*^ M, Sainte-Beuve. — Plusieurs de ces minimes détails nous seront utiles plus tard.

''* Reconnaissance de 4499. Us devaient tenir leurs cours en leurs mayories le samedi au matin (acte de 4411 ci dessous).

*^ C'est une requête adressée par la commune de toute la Terre de Aoinatnmotier au vicaire du Prieur, pour redressement d'abus.

établi de temps immémorial, que le Prieur rend la justice à ses sujets dans deux tribunaux *^'', l'un séculier, ayant pour chef aoD Châtelain^ V^nireecclésiastique^ ayant pour chef son ReprésemUÈnt (vices gerentem) ***.

*S9 Voici des réglemens pour la cour civile ; c'est le frère (Prieur) Jean de Seyssel, de bonne mémoire, qui parle (en 1|{I1)* < Conmie ainsi soit qu'au jour du Dimanche, tous fidèles direstiens soient teaus de se reposer de tout labeur , et acccHBplîr le service divin de toute leur puissance , et que dansnostre Terre deRomainmotier, la cour civile s'est tenue dès longtemps ce jour^là , ce qui selon la loi de Dieu ne devait être biL Voulant pourvoir de remède à ce que tel abus ne tourne an préjudice de nos âmes et à la perpétuelle damnation d'icelles, comme aussi de nos sujets : Ayant appelé les gouverneur» «t syndies de Romainmotier au nom de la commune , el nos prend hommes chacun pour soi et au nom de sa commune, «vom statué :

. « La prédite cour devoir se tenir chaque • sambadi • après nones ^^, au son de la grande cloche, à l'accoustumée.

« Le coup de poing doibt valoir seulement trois sols et les autres coups autant que les autres jours de la semaine. —Il semble qu'un coup de poing donné le samedi était puni auparavaiit d'une amende de 60 sols^^*.

« Un par lier sera tenu de conseiller chaque partie plaidant en cour pour quatre deniers par jour , et s'il ne la veut conseiller.

**'^ In duobus feris.

*** L'office de Châtekiin n'était point héréditaire comme celui de mayor.

^^ Archives de Rdmainmotier ; deux doubles de l'acte , un français et an latin.

"^ C'est-à-dire à une heure de l'après midi. H,

'^' Peut-être on voulait diminuer par là les querelles trop fréquentes. Le samedi était le jour du marché.

pendant quarante jours il ne pourra en conseiller aucune ^'^ autre. — On dirait d'un avocat consultant.

«Item, duconsenfementdes preudhommes, ordonnons qu'après le son de la grande cloche pour tenir la cour , tous ceux de la Terre doként quitter leur labeur et faire feste *^, et férier le jour duHimanche fidellement, et qui fera au contraire, tout ce qu'il aura besogné devra être brûlé cfevMI (l'église,

«Et oomlespreud^hommes voulons les choses susdites êtreainsi faites, comme salutaires à nos âmes et tendantes à la gloire de Dieu, etc. •

Détails curieux , aon-seulement conune vestiges d'anciennes moeurs, mais aussi comme témoignage de la situation politique des hommes de la Terre. Un système représentatif des Etats *^ y existait; toute modification aux usages établis devait être cùnsentie par les preudhornmes au noni de leurs villages ; en confirmation sans doute de l'article du Plaid général qui ordonnait que tout changement se fit d'un commun accord. Seulement l'article du Plaid rappelle plutôt l'action d'une landsgemeinde, et l'acte actuel une représentation de la Terre; il pouvait y avoir combinaison des deux systèmes.

Voici une de ces cours en action **** :

Un bois était en litige ; les communes de Bofflens et de Brethonières en réclamaient toutes deux la possession. Plusieurs honmies de celle-ci avaient été gagés ou d'une hache , ou d'une pièce de vêtement, etc. On nomme enfin des arbitres, qui, ne se

''• Sous Berne encore , le Parlier était un juré membre du corps de la Justice, qui portait la parole pour une des parties, (note de M. Correyon de Martines.)

'" Comme si Ton avait voulu que tous pussent Msister au\ cours de Justice.

^ *■* On trouve des preud'hommes employés à vérifier les limites de la Terre en 4499 , et aussi faisant la reconnaissance des usages et des droits du Prieuré et s'engageant au nom de tous et pour leurs héritiers. (Ibid.)

*" Archives de Bofflens. — L'acte est de 1393, encore sous Jean de Seysscl.

croyant pas assez habiles sans doute , en nomment d'autres, avec mission de terminer le différend cùmme devant une cmr. Ces derniers prononcent d'un commun accord que si trois honimes de Bofflens, qu'ils désignaient, les plus honnêtes et les plusdéyôts sans doute, voulaient jurer sur l'hostie et les saintes reliques que le bois appartenait à Bofflens, cela devait suffire. Aussitôt les hommes désignés s'écrient qu'ils y consentent de tout leur coeur (lubenter). h\i^ï dit, ainsi fait, solemnellement et au jour fixé. Et après le sernient, ayant epcore les genoux en terre , ils posèrent à la connaissance des preudhommes assistant en la cour, si ce qu'ils avaient fait était suffisant, se disant prêts à faire plus encore ; et l'affirmative ayant été reconnue , une lettre judiciaire en gain de cause leur fut accordée.

Bien entendu qu'au moins dans la cour civile , l'ofSce du Châtelain, son chef, se bornoit à recueillir la sentence des preud'- I^ommes assistant en la cour ; et que ceuxrci , vrais juges, n'étaient point nonimés par le Seigneur, à ce qu'il parait.

Pe plus, constamment on avait autrefois la sagesse de recourir à un arbitrage pour terminer les différends. C'était la marche habituelle des affaires. Voici les formes de l'un de ces arbitrages, il s'agissait de l'usufruit d'un office de Franc par une veuve (v.s. ) . Les arbitres choisis en 1462^^^ devaient, en cas de dissentiment, nommer un surarbitre (unum médium). Et on leur donne tout pouvoir de prononcer, cependant après inûre délibération avec les habiks de la patrie *''. Promettant de se soumettre à leur sentence prononcée « amore , odio , vel propria voluntate. » Et les arbitres acceptent ce fardeau ^ tant par dilection pour les

*^ Etienne Aynu>nod prieur ck Coroelles près Neucbàtel, nobles, Jean de Seyssel, Jean Gaudi Châtelain de Romainmotier, Jean de Romainmotier, et Jean lloulard, clerc et bourgeois d'Orbe.

''^ « Maturo et diligenti consilio cum peritls et sagacibus paltriae et loci habito prius ».

parties que pour bien de paix et promettent de prononcer (à jour fixe) à l'heure du boire , ou du repas (hora potationis seu prandii), ou de remettre le différend au surarbître. Le Prieur fait apposer à son tour le sceau de la cour devant les portes du prieuré dç RomammQUer,

UPRAZ.

Bien qu'appartenant à la Terre de Romainmotier , Lapraz mérite une mention particuHére.

D'abord il faisait partie d'une paroisse étrangère (Cuarnens) *^^. Néanmoins la dixme de Lapraz appartenait, aux trois quarts au moins, soit à l'Infirmier, soit à la Pitance du Couvent ^^^.

De plus, le terrage, autre impôt en nature, se levait avec la dixme sur une grande partie des terres de Lapraz , ce qui équivalait, pour ce$ terres là^ à la double dixme {% gerbes sur onze) ***».

De plus le village et son territoire n'étaient point soumis à la mainmorte, mais laudes au denier six, et ce en vertu d'une transaction pleine de preud'hommie avec le Prieur Jean de Juys ***.

*^ Et payait la dixine da béfail naissant an cvré de ert endroit.

'" '/g environ à l'Infirmier ; '1^ à la Pitance du CoBvent par don de Jaquet de Ençy; le reste appartenait partie à l'Abbaye de Joux, partie aux héritiers de Pierre de Mont, (fin do 45™® siècle. Domaine de Lapraz dans les archives de Romainmotier;)

**• Requête du 16® siècle. — Arch. Canton.

^'^ Au 45® siècle. — En voici le préambule : Que la postérité n'ignore pas qn'un débat s' étant élevé sur ce que le Prieur voulait avoir un hommage lige de chaque homme de Lapraz aux conditions d'une certaine reconnaissance. Tandis

Tout ce qui peut jeter du jour sur l'état des classes non privilégiées, au moyen âge, est précieux. — Essayons donc d'apprécier la situation sociale des hommes liges de Lapraz.

Ils n'étaient pas mainmortables pour leurs propriétés. — Hsne payaient donc pas au Prieur les échûteskééîimi d'héritier direct ou indivis. Le plus proche parent héritait alors ab intestat et sans qu'il y eut besoin de replaict *'^'.

Ils avaient la libre disposition de leurs biens; ils pouvaient même , semble-t-il, déshériter absolument leurs enfans, car il n'y a aucune réserve de légitime ***.

Lapraz n'était pas astreint à ne vendre et engager ses biens qu'à ses pairs, hommes de la Terre ***. — Grande facilité et de très-grand prix pour le commerce.

On se demande si dansle reste de la Terre, un père ne pouvait de son vivant morceller son bien, pour doter ses enfans, puisque

que les Pread'hommes niaient cette obligation, sous ombre qn*ils ne descendaient pas des hommes qui PaTaient faite, et n'étaient ni leurs héritiers, ni possessevrs de leurs biens, etc. Enfin comprenant qu'il n'est pas à propos qu'il y ait différend entre le Seigneur et les sujets , une médiation rétablit la concorde , en la forme suivante. Que sincère dilection demeure à toujours , comme il est convenaUe (utdecet) entre le sujet et le Seigneur ; ensocte que nous Prieur nous traitions nos hommes comme probes et loyaux sujets. Et nous preud'hommes nous considérions notre sire comme notre très-cher et amé Seigneur, etc.

Il y a de nos jours plus d'égalité, mais moins de loyauté dans les actes.

Des deux parts on abandonne toute réclamation de frais. — Et le prieur renonce à tous les lods qui pouvaient lui être dus à Lapraz jusqu'à l'accord, etc.

'^ Concedimuft quod unus possit succedere alteri ab intestato ratione proximitatis.

'^ Concedimus quod dicti homines de Prata possint donare et legare de bonis suis cuicumque voluerint , sub eà tamen condltione quod sint astricti per eorum recognitiones.

*^^ Ratione mantu mortue, nul ne peut vendre ou engager qu'à son pair, et le partant doit demander la permission du Prieur, ou subir ccbùte de ses immeubles. — Reconnais, gén. de 4499.

cela est réservé pour Lapraz **'^. — Au moins, dans le reste de ^a Terre, les familles devaient avoir intérêt à rester groupées autour de leurs chefs, aumodepatriarchalet sans se détronquer; et cela, soit pour les héritages, soit parce que les indivis payaient moins d'impôts , la plupart se levant par feus, par chefs de maison.

Les hommes de Lapraz ne dévoient pas au Prieur les aydes aux quatre cas (v. s.].

Ils avaient en somme plus de libertés, mais aussi plusdlmpots, malgré leurs franchises*^, que le reste de la Terre, car les b)ds au denier 8 rapportaient plus que la mainmorte , les aumôsnes, et les charrois.de dixme (v. s.), et Laprax payait les lods au denier six, les aumôsnes et la double dixme : mais le commerce et Tindustrie étaient moins entravés cbe^eux.

<^> Conœdimus . . . quod contemplalione matrimoniorum liberonim suoram . . . possini eisdem . . . assignare in dotem. et poriionem, de eorum possessione dum maritentur infra domiuium Romanimonasterii.

Le Prieur n'avait plus aucun droit, (non habeamus tequelam personalem etc.) sur celui de ces hommes qui sortait de la jurisdiction de Romainmotier, ni sur ses descendants. — Voici un article obscur « nos (probi. hom. deP.)submictimus quod nobis recedentibus cum tota familia UQstra de toco de Lapva , pro nobtt redeundohonai nostra sint comtssa prioratui. » Faut-il Mteprofumbiêredeundo pour u'y pas revenir , et traduire comista par confisqués , ou bien traduire que t'en allant pour reçenir leurs biens seraient confiés au prieuré. On ne pourrait traduire confisqués dans ce 2' cas ^ pour ne pas faire leur condition pire que celle dei mainmortables. Les terres incultes appauvrissaient le prieuré.

'** Lapraz était exempt 4 ®J)e la ^er6e de la moÎMon, impôt pesant d'une demicoupe de froment pour tout homme marié ou veuf ^ et de demi coupe d'avoine de toute femme mariée ou veuve. 2^ Des trois corvées de labourage soit iO sols, e«)mme aussi de la corvée d'amener les fagots dus par attelage ; et semblablemeut des corvées de cognée et de bèch» pour ceux n'ayant charrue. 3^ Du bichet de froment dû pour Vaumotnitrf et de celui dû pour la maréchauêsée par chaque fregU. Enfin Lapraz n'était pas tenu à attendra le Décimateur pour serrer ses récoltes^ ni au charroi des graines de la dixme dans les granges du Seigneur.

VALLORBES.

La vallée de Romainmotier est séparée par un plateau de la vallée plus large, plusprofonde etnonmoinspittoresquederOrbe. — En remontant celle-ci. , on arrive à une enceinte étroite de montagnes élevées, coi TOrbe, entourée de sapins et de verdure, sort de terre en bouillonnant. ^^ On compare involontairement cette source à la célèbre fontaine de Vaucluse. A part la magie des souvenirs, la source de l'Orbe est plus pittoresque et plus giacieusel» de cette grâce un peu sévère, il est vrai, des paysages de montagne. Il faut toute la vie et la splendeur de l'azur d'un ciel méridional, pour voiler l'aridité qui entoure la fontaine de Pétrarque , vrai symbole de ce mot de Madame de Staël «la gloire n'est qu'un deuil éclatant du bonheur! »

Au-dessus de la source, la mystérieuse grotte aux fées, séjour apparemment des génies de la montagne et des eaux, prolonge ses voûtes tour-à-tour étroites et majestueuses et ses stalactites aux formes bizarres, jusqu'à des profondeurs, ou nul ne s'aventure volontiers.

L'Orbe coule d'abord avec calme , parfois confondue avec la verdure qui l'entoure, parfois contrastant avec elle parle reflet brillant de ses ondes : mais bientôtlesmontagnes se rapprochent et les flots tourmentés par les rochers se précipitent en imposante cascade, couronnée de chênes séculaires ! Le mugissement de ses ondes , incessamment renouvelées et brisées en écume plonge l'âme dans une iuefiTable rêverie, en réveillant en elle le sentiment de l'infini. Sa beauté n'est égalée que par bien peu de ces cascades fameuses , qui voient se succéder des flots de touristes , mais elle est peu connue. Au reste la nationalité et la moralité des habitans de la vallée de l'Orbe ne pourraient que souffrir de la perte de son obscurité.

Au centre de ces merveilles la piété du moyen âge plaça un Prieuré; dont la fondation est inconnue jusqu'ici.

Il existoit au 43* siècle **', ayant pour supérieur celui de Romainmotier. U semble que déjà en 1219, des terres kCoUambier (sur Morges), avaient été accensées par lui à l'Abbaye de Joux.

En 1271 , le Prieur de Vallorbes , Willerme, acheta pour 27 livres, une vigne à la Côte, à Délais (Dullit ?) — Et Jean, sire de Prangins, qui prétendait à la suzeraineté , consentit à cette vente en apposant son sceau.

En 1308, le Prieur de Vallorbes eut avec ses gens un différend sur le charriage de son vin. — Le supérieur fit alors une enquête, <iui constata l'obligation de ceux-ci d'amener le vin du Prieur, à ses frais toutefois et non aux leurs. — La répugnance des sujets à amener le vin, depuis la Côte à Vallorbes, se comprend : on se représente à cette époque les routes détestables et peu sûres. Mais on respectait les biehs des couvons, et l'on avait soin sans doute d'en mettre les panonceaux en évidence dans les convois.

n parait toutefois que ce prieuré était bien pauvre, car en 1321 Radulphe humble, sous prieur de Romainmotier ^'^^, et tout le couvent du lieu , ainsi que les Prieurs du lay damp Waultier, de Revey, et de Corcelles, placés sous la sujétion immédiate du monastère romain , envoyent à Reymond, Abbé de Cluny , l'expression de leur obéissance dévouée jusqu'à la mort ^'^^, en lui représentant qu'il n'y a pas de ressources suffisantes pour entretenir le Prieur et le moine , qui résident quelquefois (aliquociens) dans le prieuré de Vallorbes , ainsi que le curé

''^^ £d 1459, dans une balle du Pape Innocent II, la chapelle de Vallorbes est mentionnée, mais non le prieuré.

*^ Subprior — Ruchat, (abrégé d*Hi$t, eccles,) s'est trompé en le nommant Prieur, Le Prieur était ff^illerme de Moniricher,

*•• Devotam usque ad mortem. — Le Prieur de Vallorbes était alors Jaques de Dizy; avant lui vivait le Prieur Willerme dit Charpil, et antérieurement encore ^'illerme de Brussins,

(qui a sa mense avec eux) ; et que d'ailleurs l'existence de ce prieuré n'est point nécessaire ; et ils supplient sa paternité '^ d'unir celui-ci à la mense de Romainmotier , croyant en conscience cette union nécessaire. Ils font transmettre à cet effet à l'Abbé de Cluny , l'inventaire de la pauvreté de cette maison par son Camérier d'Allemanie et de Lotoringie. (Lorraine)*".

Voici la réponse : Reymond, par la miséricorde divine humble ministre de l'Eglise de Cluny , salue en celui qui est le vrai salut de tous*^*. Désirant éviter les dépenses aux maisons de son ordre, et ayant , soit par la supplication précédente» soit par beaucoup d'autres personnes dignes de foi , acquis la certitude de l'insuffisance des ressources de la maison religieuse de Yallorbes , il l'annexe à celle de Romainmotier. Voulant que le Prieur de celle-ci la gouverne avec tous ses droits et ses possessions, comme incorporée à sa mense. — Il sera d'ailleurs pourvu convenablement à l'avenir du Prieur (de Vallorbes), et aussi à l'exercice du culte divin et des autres bonnes oeuvres, en cette localité.

*^ Patemitas — en pourvoyant le prieur du dit lieu, de quelque bénéfice ou en le rappelant spontanément au Gloitre .

*^^ jàlamaniœ et Lotorengiœ, sous son sceau et celui du couvent. — L'acte se termine par ces paroles. « Bien soit à votre paternité dans le Seigneur Jésus- « Christ qui vous garde et vous conserve. » — Fait à Bomainmotier le lendemain de la fête des SSts. Pierre et Paul, 1321. — Arch. Cant. Nous lisons dans Muller Liv. I Gh. II p. 220 et note. « Louis roi des Francs orientaux, et Charles le « Chauve, roi de France, qu'U nomme Carlingie^ se partagèrent l'héritage de « Lothaire, roi de Lorraine. Bien des pays ont été nommés d'après d'anciennes < familles souveraines etc. > — C'est que tout fait trace dans la jeunesse des sociétés, la mémoire est plus docile que dans leur âge mûr. — Les événemens se succèdent aujourd'hui presque sans laisser de trace. Il n'y a point eu de Napoléonie, pas même pour la grande armée !

^** Salutemin eo qui est omnium vera salus, etc. Donné à Avignon, YI Kalendas de février 1321 . — Archiçes Canton.

C'est donc seulement depuis 1321 que le prieuré de Yallorbes cessa d'esister , et que Yallorbes fit partie de la Terre de itomainmotier proprement dite.

Il y avait cependant dissemblance de condition et d'usages.

Yallorbes ne payait que peu de censés sur son territoire» mais en revanche ses habitans devaient au Seigneur la Taille à miséricorde à cause de leurs possessions ^^^. — Celle-ci était attachée, remarquons-le, non aux personnes, mais aux terres. C'était une servitude territoriale et non personnelle. La condition taillable à miséricorde n'était pas le servage de la glèbe*, sans toutefois être une condition décidémentlibre.

Nous trouverons ses racines dans la domination romaine *^.

La population agricole « sous les Romains , était en général composée de Colons d'origine libre, quoique cette liberté fut restreinte dans des bornes assez étroites, sous le patronage des grands propriétaires du sol. — Les colons payaient à ceux-ci une rente sur les terres, un cens qui était invariablement fixé. Us payaient ensuite à l'Empereur une capitation variable , qui alla sans cesse croissant avec les besoins de l'Empire. Yinrent les Burgunden , qui partagèrent le sol avec les propriétaires romains. Mais tandis que chez les Romains la propriété et la souveraineté étaient distinctes , la souveraineté n'appartenant qu'à l'Empereur, depuis l'invasion, la souveraineté se morcella, devint locale et se fondit avec la propriété du sol. Dès lors la censé, ou le revenu foncier, et la taille ou capitation variable, se trouvèrent dus à la même personne. —Changement peu avantageux, sans doute, pour les contribuables.

'" Groue Alkmand, Arck, de VaXlùrhw. — Les censés dues sur le territoire de Yallorbes ne montaient qu'à cinq livres.

* Il n'y a pas à douter, par ex., que les hommes de Yallorbes n'eussent la liberté UtjoU de changer de Seigneur en abandonnant leurs immeubles ; liberté refusée à on serf,

'M Voyez Guizot, Cours d'histoire, etc.

Le Prieur de Vallorbes et plus tard celui de Romainmotier pouvaient ne pas abuser du droit féodal de capitation variable, soit de taille à miséricorde , mais encore était-il pénible de ne devoir cette équité qu'au bon plaisir du Seigneur. Ainsi pensèrent les hommes de Vallorbes*

En effet, en 1403, Jean de Seyssel, Prieur^ et son couvât, rassemblés en chapitre au son de la cloche ; ouïe la requête des hommes de Vallorbes*^*, en vue de leur utilité et amsi de celle du prieuré, les affranchissent entièrement et irrévocablement, après mûre délibération, de toute servitude taillable; mais avec stipulation expresse qu'eux et leurs héritiers resteront hommes liges , et leurs possessions assujetties à la condition mainmortable , selon la coutume de la Terre de Romainmotier; et que pour le tout ils donnèrent 40 francs de bon or d'entrée ^ 20 livres de redevance annuelle *^^.

Us payèrent bien, on le voit, ce passage de l'hommage taiUable à l'hommage lige, et cette liberté civile plus entière ^^''. Aussi y attachaient-ils un grand prix.

Ecoutons en effet Claude Michaudi vicaire de Romainmotier pour François de Savoie (en 1488). «Les cultivateurs et babitans de Vallorbes ^^^ nous ont exposé, que Jean de Seyssel avait accordé à leurs prédécesseurs le bienfait (beneficium) de l'af-

^^^ Il y en a 22 nommés, et parmi eux pen de noms actuels.

''* « Pro 40 franchis boni auri » et ... ils payeront les 20 livres en même temps que les autres censés dues avant la confection de cet acte, non moins que les corvées, charriages, etc. — iO Décembre i403; sceaux des religieux et de la cour de Romainmotier. — Arch, Cant.

^^'' Dantes . . . dictis ... et successoribus . . . plenam potestatem et mandatum spéciale agendi, petendi, deffendendi, pacisci, contrahendi et omniaalia et singula faciendi • . . quœhomo ligius sui juris effectus agere, contrahere, petere, deJSendere et exeroere potest et débet.

'*8 2 syndics du village et delà communauté, et 12 autres, de Velley, Jaillet, Palliard, Glardon, Bastard, Gl. deFranquefortferrier (ferrerius); Amey, autrement Beccelin ; George, Bagnon, Grobet etc., autrement ùvaxA, — Arch, Cnnt,

firatichissemeiit (malltiAiisftianiÀ) dtt j<mg «t de la servitude de la taille à miséricorde ^ suivant uti acte qtt'ilë nous donnèrent à lire le tenant dam lêwt-s ntèinèi Et ^arce <}tte cet acte enlevé de Vallorbes avec d'autres par les 90tMfâ^l^(geni9 d'armes)» a été traité d'une manière peu contenable (inhoiieste), ils craignent peiïT l'aTenir un setfiblable âiûistf ^, isinon pire enébré ; soit par dégâts d'ennemis*^ ou autres événemèns funestes et trop IM^efts ; soit parce qu'appelés à faire usage en divers lieux de cet instrument, il peut être déchiré» se perdre, Ou devenir caduc, et famtile par un maniement trop fréquent ; d'autant que l'écriture commence à en être endommagée (mais non dans un Mdroit Suspect), par vétusté, ou à la suite de traitemens peu bienséans. Ils supplient donc qu'il en soit fait un vûitmtt^ ayant toute l'autorité du titre même *^.

Quelle impression profonde les dévastations de la guerre de Bourgogne avaient laissée dans la Patrie de Yaud !

La position de 7^1011)0$ était depuis l'affranchissement de 1405^*» à peu près celle du reste de la Terre deRomainmotier.

*** Ne propter hostium tnsullus et alios sînistros eventtfs çiMt/^ttfriiiitttfi eonUn" ffêre soient . . . per ninrfam «ooiréètîtfneBi maxime eum de e6dem fidem (accre dÎTersis îd locis forent necessarii, etc.

'M i^ur demande fut accordée cela s'entend : « Nous donc annuans • . . » premièrement avons reçu de la main de leurs sindics le dit instrument, nous » l'avons ouvert, palpé, nous avons vu qu'il était signé de la main de Nycod de » Yaleres et muni des sceaux de Jean de Seyssel et de son couvent, comme aussi • de la cour commune de Romainmotier, en cire verte, et nous l'avons fait tran- > scrire en forme de vidimus lui donnant toute foi. > La guerre aussi leur avait enlevé la limitation de la nutyorie, au de leurt biens commune,

*^ Ils tenaient toutes leurs » possessions de ipsius ecclesise allodio, et antiqua proprietatc», et elles étoient soumises ala condition mainmortable. — Ils pouvaient les vendre et échangier aux hommes de la Terre de Romainmotier seulement. — Ils ne pouvoient s'unir par mariage à quelque personne qui ne fut pas de condition libre , ni jurer bourgeoisie ou faire quelque alliance au détriment du Prieur, ni quitter la Terre par orgueil, ou sans en demander permission au Seigneur. —

Mais, chose insolite et bizarre, ily avoiià VaUorbes un Mayor et 4in Mesiral; etdelacour du Mayor on interjetait appel à la cour du Mestral de VaUorbes ^^\ et de celle-ci seulement à la cour du Châtelain à Romainmotier.

Quant aux impôts. — Auciuie meaticm n'est faite pour Val* lorbes des aides ^u assistances é?entuelles dues au Prieur &k quatre cas ; elles paraissent avoir été remplacées par les m^gt livres annuelles dont il a été question et qui» d'abord, seuleiMiil réparties entre tous par les preud'hommes, furent ensuite^ d'un commun consentement, attachées aux diverses terres suivant leur étendue.

Celles-ci devaient encore une censé vseigneuriale peu considérable *®'.

De plus, ladixmedes graines, légumes et chanvre qui s'élevait annuellement à environ dix-huit muids mesm^e de Romainmotier. — Or le tiers de la dixme de la paroisse de Jougne y était compris dès longtemps, car, en 1321 d^à, le curé de Jougne avait confirmé cette possession au Prieur de VaUorbes, Jaquesde Disy^^.

Le ferrage, autre impôt en nature, se levait sur une partie des terres arables.

Venaient encore les aumôsnes et les vendes ^^^.

Chez leux existait aussi le droit de parenté pour le replaict des héritages. — Enfin on usoit à YaDorbes comme dans le reste de la Terre , de la Coutome de Mondon. — (Sur tous ces points voyez plus haut le Plaid général de RonunnmoHer.)

*^ Les clames du Bfestral de VaUorbes valaient douze deniers.

*<s En 4397. Environ 5 livres de censés pour tout le territoire. — Gronê Àllanumd,

«^ Ce curé Jean « de villa dei » chanoine < montis Jovis » ^le St. Bernard) , fait cette confirmation étant pleinement informé que les religieux de Tordre deChiny ont reçu du Saint Si^ le privilège de percevoir à l'avenir les dixmes qu'ils ont jusqu'ici (hactenus) perçues. (?) Àreh, Cant.

'*' Pour les aumôsnes et les vendes , ainsi que p<mr la moisson et la dixme du bétail naissant dont il sera parle, voyez (e Plaid général de Romainmotier,

Puis les corvées, de charme, de faux et de râteau dans le domaine du Seigneur à Vallorbes***.

De plus le charriage du vin (y. s.) ou en échange 3 sols, dûs par tout possesseur d'un cheval.

« Et le charroy dès Vallorbes à Romainmotier en temps de » vendanges, ou devant, quand ils en sont requis , des cercles, » toBoeaux et seilles » , qui sans doute se fabriquaient déjà à VafiiHrbes.

Le Seigneur possédait encore le moulin bannal, amodié à la commune de Vallorbes, pour une coupe d'orge par feu.

Et le Four bannal qu'il avait remis au curé au lieu de sa mmse (loco mensœ suae), qu'il avait jadis avec le Prieur, alors qa'il vivait en société ecclésiastique avec lui et le moine de Vallorbes.

Le Curé percevait encore la dixme du bétail naissant et la moisson.

Nul que le Seigneur ne devait tendre des filets dans la rivière, mais les habitants de Vallorbes pouvaient y pêcher à la ligne (eum tinea et trobla) ; et le curé y avait, d'après la coutume,

mnansam*'

Aucune mention n'est faite de droits de chasse, pas plus à Vallorbes qu'à Romainmotier ! !

Dans le domaine du Seigneur à Vallorbes étaient compris : le cheseau de la maison de l'ancien Prieuré, qui n'existait plus dqà au 16""' siècle ^^''.— Une maison quarrée, dont les locataires

*** Dechaqae charrue entière , un» eorçèe au prinlems, ou en échange 3 sols 6demers. —

Ea échange des corvées de faux et de râteau, chaque homme marié et faisant Ira payait 3 sols par an, et chaque feu de veuf ou veuve 48 deniers. — D'ordinaire plusieurs ménages viçcdent réunif, mais ne payaient pas pour cela plut de 3 sols, entre eux tous.

**^ « A côté et au-dessous de l'Eglise paroissiale là ou était aulrefoi» la maison du prieuré >, est il dit en 4530.

La maison carrée se louait chaque année environ k florins.

n'étaient assiyettis ni aux censés du moulin, ni à celles du four, etc. — Des prés *®®. — Quelques terres arables "* et bois* — Enfin la Ferrière *'^

On ne semait guères à Yallorbes que de l'orge et de Tav^inetf et peu ou point de froment. — Et même la culture des céréate n'était pas la principale agriculture, mais bien les prés"^* A la yérité, le système d'agriculture ne les rendait pas aussi profitables que de nos jours. Chaque maison, peu s'en faut, avait jardin «I clè$el (verger) contigus.

Le Terrage qui se levait sur la moitié à peu près des terr^ d^ labour fut , en 1487, remplacé par une censé en argent à la suite d'une transaction remarquable. Des délégués "* du Prieur commandataire de Romainmotier» François de Savoie, se rett« dirent à Yallorbes, et après en avoir placé les preud'hommei sous le poids du serment, ils en reçurent une désignation générale des terres astreintes au Terrage en même temps qu'à te dixme^ et sur lesquelles on levait en conséquence deux gert^es sur quatorze ^^. Or, voyant de leurs yeux, que la plus grande partie demeuraient incultes à cause de cette servitude, et bien avisés de l'avantage de l'Eglise, les délégués, sur la requétit des preud'hommes, usèrent de leurs pleins-pouvoirs pour remettre ces terres à la dixme simple, et remplacer le Terrage par 9 deniers annuels pour chaque pose ^^^.

^*^ 32 falcatas amodiées 14 florins.

**• i i poses.

^'^ Amodiée à Maître Etienne dez Franquefort, autrement Matthey, «Teo 5 falcatas de pré et 9 poses de terres contîgues pour 20 florins par an, en 1530,

'^* i 68 poses arables, 504 falcattu^ c'est-à-dire 504 fois Tespace qu'un homme peut faucher en un jonr^ de prés (possessions particulières et non comnmn^c).

^^* Frères Claude de Livron> Prieur de Besex et Yaultravers, Glande Michaudi grand cellérier de Romainmotier et Prieur duLaydamp Wanthier, et Pierre Ghablet notaire et bourgeois de Romainmotier.

'*' De quatuordecim arcomis duos aroomos.

*^* Il y eut 40 S. à peu prés , pour 80 poses environ, soumises jadis au

On préférait une censé en argent, peut-élr» réduite, et pesant sur la masse de ses ressources, à un impôt en nature qui, attaché à iiD terrain déterminé^ décourageait Fagricolteuf en absorbant le Êniit de son trafail»

' ' n e^rt remarquaUe quts les mandataires furent nottimés par le Prieur,, sur ta supplication des prêudTiamfneS de là Terre de R&mmmnoiier ; il semble (pi'il y ait eu une initiative de celle-ci, prenant en main la cause de Vallorbes»

Peut-être que les terrains soumis à cette sorte de double dixme ne furent laissés en friche que lorsque Textension de la culture ayant fait baisser le prix des céréales» le revenu en àeiïiai trop chétif; alors seulement on chercha un remède. — n serait curieux de connaître la source de cet impôt local si pesant!

Autre particulsurité. Les baUtans de Vallorbes ataient un droit général de défrichement dans toute l'étendue de leur territoire, sous ombre des vingt livres qui avaient succédé à la UiUe à merci, et des censés sus indiquées» et sans qu'on pût aucunement accroître leurs charges.

Or,, est il dit*^^, « suivant une coustume de toute ancienneté,

> nul ne doibt extirper sur les commungs, que ce ne soit par

> le consentement de la communaulté, car le village est en lieu » eitroict, enclos entre roches et montagnes, et si quelcung y » avoit puissance d'extirper sur les commungs, les pacquiers se » perdroyent , que leur seroit gros préjudice, veu que le nour^ » rissage du bestaU est le meilleur de leurs biens, et bien a esté

lemfe. — Ce changement iait d*abord pour 2& ans, pouTWl pénister , avec Tagrément desdeax parties.

Le mandat fut donné aux commis le 2 Janvier 4487 , et l'acte signé le 30 Jnîn 1488. Celui-ci est un parchemin des Archives deYallorbes eotéA,n<>2,^ assez effacé, mais non de manière à jeter du doute sur sa teneur»

«» Au 16* siècle.

» regardé , de bailler liberté à la commune de tenir main

" » sur ce » *'*.

L'industrie qui de nos jours fi^it fleurir Vallorbes y existe depuis longtemps. — Le premier qui édifia la Perrière (ferre-, riam] près de Vallorbes fut Dom Gauf^ed , Prieur de Romai»* motier*^^ à la fin du 13' siècle. Le même Gaufred avait bit établir une scie à Vallorbes » et donna sur son produit 20 S. annuels au Couvent *'•.

Dès lors nous ne trouvons rien qui ait trait à cette industrie» jusqu'à Michel de Savoie, au commencement du 16* siècle, qui accensa une forge, sous redevance annuelle de dix sols^^.

Puis en 1528, Claude d'Estavayer, Prieur, considérant qu'une forge du prieuré est dégradée et fort incommode, et qu'il est ' mieux de la relever que de la laisser tomber en ruine complète; abbergeet accense irrévocablement, en solide emphitéose, à Pierre Valloton autrement nommé Develley ^^, ses débris et le cours d'eau nécessaire à son jeu; et de plus la localité *^^ et l'eau nécessaires pour bâtir une usine à fondre et forger le fer*^, et pour établir un atelier de fabrique de faux et autres instrumens.

''* « Or, quand ee n'esl préjudiciable^ la oommuuaulté lâsche pour moyennant récompense^ avec lectres portant itfatn/tnanef, qui est bien nable » . — Manuscrit de yallorhes coté A,n^ i,

''' jérch. Cant.^ Prononciation de Michel de Savoie.

En i 530 , la Ferrière faisait partie encore du domaine du Seigneur, et était amodiée pour âO florins (v. s.).

<7S En i 285, Cartul, « 20 S. super raisiam (une raisse) que nous avons faite à Vallorbes ». — En i 530, la commune tenait du Seigneur « roênam» , sous censé annuelle de 18 deniers.

<7* A Michel et Glande Grobêt. — Elle était située au Chatdlard prié de la Jognynax,

<w Lieu dit au Fiçier,

"' An-dessous du pont de FOrbe.

'^' Ad fondendum et forgiendum ferrum.

Item, Dans Fun des deux endroits à son choix , il pourra* construire' à nouveau un martinet^*, une meule éraiguiser, des roues (rotas], et des soufflets (follas), autant qu'il sera néces* ssnre, sans^ préjudicier à autrui. — Pour cet ab&ergonent Pierre lâdiolon devra 9 florins annuels, et la fabrication de 5 quintaux: éb Itt bon*^, d'entrée. Et si l'àbbergement acquérait une valeur considérdhte, nous (Prieur) en faisons présent au censier, pour beaucoup de réels et agréables services.

n est difficile de ne pas voir dans cet aN^gement l'origme* d^ TradUstrie de Valforbes. — Claud&d'Estavay w était meilleur écoiMHniste que guide spirituel.

Or c'est bien l'industrie qui a fait fleurir Vallorbes, car unrecensement de la population de la Terre de Romainmotier fait ODrl529^ etque rien ne doitnousfaire soupçonner d'inexactitude,, nf indique que dottse/èti^àVallorbes, qui compte aujourd'hui prè&; da 1500 babitans ^^^

MOÉRYER,

4loitf lo nom latin (moiriacus) nous fait peut-être toucher à^ tinvasion des Sarrazins, était contigu à la Terre de Romain-> motier proprement dite.

**s Baptorium ad Rabats

*^ Pour faire c laudaria » qui devront être faits par le oensiér à ses frai», à Tordre du Prieur, deux de suite et le 3® après la constnictioii d&ses forges.

<M 1529. Computtts degieto pro expensis factis contra illos de Ifeldnno petenteslerrœpro quolibet foeo H! S% etc., sun* in Romainmotier 3* f6ci,Croy tSf^ foei, Bofflens i 2 foci, Arnex 20 foci, Agie i 9 foci, Brethonières i 6 foci, Premyer lOfoci, Fallorhesii foci, VauUion 20 foci, Jurions 26 foei, Envy4foci, Lapra 6 foci. — Papyrus cimmvmtatifi — It est vrai que phuieurt ménages viçoiént nums, et neformaient ^-un feu ou une frêste (v. s.).

Vorigipe i^ po^çosions du Prieuiré dun» ca village, est san^ 4emte b; doDOtioa dTtift numotr {ou àim^àw) par Eoâulpt#„,

^ 44^(5, qv^^ti^Q^Qfs de foçage,«uplM](pt4/V69t^ ^

p9]f$^att lu ci^D«e cle3 Çiée9< ,ffj|^'

Romaîoiootier y possédait dci pJi^s (à la fin du l^S'^ siàdlej^i^''^ kg 01»$ Atcitf«i2i^ 4€i toute la dUme d^s ))lé9>, légiuDttik ^ chanvres , qui s'a]9io4^ienjt orduidircimeat f(m dix vsm^ taoitiii |ix>i^ej»t„ WMitié ^VQijtt^."^.

Us av^t ^^ m^j^ de Mo^ryer, cjbargé d'y pm^evqjyr 1^9 revenus du Seigneur. Ilétait, vu la v^isiiiag^, compté aui^cimbl^ de# jfirima* d^ b TJeçre^^ ^ partagoaiit Iqws privilc^^e^.

ORBE SOIT TAVELLIS.

Rodolphe III avoit en 1011, donné à Romainmotier cinqm^ (ou manoirs) à Orbe**'.

Ce fut le noyau de possessions plus étendues, car un abandon ou plutôt un déguerpissement (werpitio) du bourg d'Orbe^ ea faveur du Couvent de Romainmotier, par te Comte dé Bourgogne, Renaud fils de Ymllenne le jeune, eut lieu sur la demande et avec l'approbation (laudante et rogante) , de Borcard Vidame ou Avoué du Couvent***.

'^' Dix vmài^ m%, i20 coupe» de quatre quarUvons cbarane. "^ Les H^ restant ae partageaid^Q^ e^tre le baron de I^assaraz , les d^ YiUar^ ei Nyoolaa.dp RowainiQolikr.

^^"^ i de aQ>Ql4p et. % del^evigeii» (?)

^^^ M énoirea de la Soc. I p. 1 58. — Nous devons au tact «rudit de M. Duvernois le $ens historique de cette charte importaiite. — Le Vidame (vice

Cette restitution (werpitio) de possessions usurpées peut se raj>porter à 1098, époque ou le Comte partit , avec son frère rarchevêque Hugues, pour Terre sainte, ou Fattendoît la mort.

Renaud donne en même tems l'usage de la forêt royale, pour le chauffage des pauvres, en VhojdUU d'Orbe, qui appartenait à Romainmotier *^^.

Ce titre renferme un anneau de cette chaîne de souvenirs qfoA lient le présent au temps jtdîa • cior Bleasife Boreaird» le Vidame, appartenait à la famille de Goumoëns,

h^ aort de œa posseariang de Ronwiimfcolter n'eat pas eoeoiu. Qfifaablatqu'eQ i29&, Ortoa^artenait en e«lier auxMontfailooa nom la suzefaûiteté da QtuBle Pabtin de Bourgagm» ^^,

J|iu»Roina»»motîer y eoQsinrva tout au mmB& un domaine nkSe^ fœ Pierre de Girafiuiriadi adieta» aivés^la réforme, au baa ptiida iS.OÛOflerkia^''.

<|iimBWft)>^t 9» génénl rawoé ittférmitf 1a liettteaaiit d'un S&foemt mcIc-^ 0fi$Hqm, -^ D*apré9 la teaevr éot celte charte et d'autrqs il est oatorct de iSMsîd^r Borcard coraoïQ Yidano da. Cooirent ^ plntot que du Comte (loc. cit. p. 11^9 } note 3). Sa famille nous est révélée dans une de celles-ci. — Non» rénendrons sur cette Yidamîe.

'^ Le Comte reçut do prieur Etienne une mule de grand prix pour unemeik Ik Mgjtj et au sujet de charmes, dont ses affidés (ministri) s'emparoient indnement à MMtm et Agyz^ pouv le lîibeurage dea terres du bourg de Tavel.

*^ Mémeûses de lasoc^ I^. p.. 3M.

4H Cmtimu4i(w,de h de tfoDer, ^ M , Yi^iemia , (Mae Xilp. SO.

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