‹ Recherches sur le couvent de Romainmotier et ses possessionsChapitre 47 sur 47 · FIN · texte numérisé non relu

FIN

APPENDICB.

L'ABBATE DE OLUlfT

Quelques détails sur l'Ordre auquel appartenait Romainmotier, et sur sa Métropole, ne nous semblent pas déplacés.

Bernon fut le premier Abbé de ce Monastère fondé par Guillaume-le-pieux, Duc d'Aquitaine et Comte d'Auvergne, en 910. La charte de sa fondation est absolument dans le style du testament de la Comtesse Adélaïde de Bourgogne ; on la dirait sortie du même moule. —

Bernon mourant , donna le gouvernement de Cluny à Odon, en 927. Dans sa jeunesse, Odon prenait un grand plaisir à la lecture des classiques, de Virgile surtout. Or, il rêva qu'il voyait un vase de forme antique, admirable ; mais pendant qu'il le considérait, un aspic en sortit et lui fit une dangereuse blessure : Dès lors Odon renonça à la littérature profane. —Odon parvint à réformer certains Monastères , qu'il adjoignit à son

* Les détails qu'on va lire sont puisés dans Touvrage important de M'' Lorain, de Dijon,

autorité abbatiale; Romainmotier , était du nombre. Dès lors ceux-ci n'eurent plus d'Abbés, mais des Prieurs seulement , et il y avait unité de règlement entre toui». C'était une agrégation de Monastères autour d'un seul qui en devenait la Métropole , la tête. ^ Avant Saint-Odon, Cluny obéissait à l'Abbaye de Baume et Gigny en Bourgogne.

Aymard succéda àOdon,

Il s'adjoignit Maîeul pour coadjuteur, et celui-ci gouverna 40 ans, jusqu'en 994. C'était un homme fort instruit. Il adjoignit Payerne à son autorité^ et aussi le fameux Monastère de Lérins.

Devenu vieux,il prit pour coadjnteur 0(li/oii, né d'une famille équestre d'Auvergne. Raoul (Rodolphe III!) , roi de Bourgogne, les Evèques de c Genève, de Lausanne, etc. conjQrmèrent sa nomination. Il gouverna 56 ans (jusqu'en 1049). Il favorisa les études dans tousses Monastères. Par son ordre, le moine Gila6er écrivit l'histoire de son tems> et le moine Sprus celle de St- Maîeul.

Il acquit aussi à son Ordre, le Monastère de St-Victor, à Genève. —

Il institua la fête des morts, oà l'Abbaye de Cluny devait offrir le pain et le vin à toufr les pauvres qui.se présentaient.

Le pouvoir royal était encore faible en France, et la Papauté aspirait seulement à l'indépendance ; mais l'Episcopat était la vraie puissance des* églises provinciales. Or l'Evêque de Maçon, voyant l'immense prospérité de Cluny, réclama jurisdiction sur ses moines. Il porta, en 1025, plainte au Métropolitain de Lyon. Un Concile provincial fut.convoqu/é, qui jugea : que d'après les Conciles de Calcédoine , les moines et Abbés doivent en toute contrée être soumis à l'Evêque du diocèse, et qu!il est défendu à tout autre de faire ordres et consécrations dans le diocèse d'autrui (ce qui avait eu lieu à Cluny , où Odilon avait appelé le titulaire de Vienne.) -- Odilon résista quelque tems.

' Système adopté un siècle plus tard par Citcaiix.

Bxhiba des Bulles formelles tl eiemption , de Papes ; mais en vain ; il fléchit enfin les genoux au milieu du Chapitre de Maçon, et implora le pardon des assistans. — Cluny est donc soumis à Tordinaire.

Hugues, jBls du Comte de Semur et d'Aremberge de Vergy, fut, en 1049, élu Âbbé d'un accord unanime. Il avait 25 ans et gouverna plus de 60 années (jusqu'en 1109).

Il avait réconcilié V Empereur Henri-le-noir avec les moines de Payerne. (?)

Bientôt éclata la grande lutte du Sacerdoce et de l'Empire. On peut voir, sans doute, dans cette lutte , les dépositaires de l'ancienne civilisation aux prises avec la barbarie , et la victoire, peut ainsi paraître belle. ^ La question n'était pas si simple toutefois : une principauté-temporelle (qui devait, sans contredit, hommage à l'Empereur et à laquelle, pour être conséquent, il eût fallu d'abord renoncer) étant alors annexée à^chaque diocèse. La position de Hugues fut fort délicate durant cette tourmente, lié qu'il était aux deux partis : à l'Empire par des bienfaits, à Hildebrand,qui avait été moine à Cluny,par des^ relations étroites. Il sut se conduire avec assez de bonheur , pour leur rester attaché à tous deux. Il sut même réconcilier l'Empereur avec Grégoire par son crédit auprès de la fameuse Comtesse Ma- Ihilde. *

Sous Hildebrand, le crédit de Cluny était immense , et l'autorité romaine avait grandi : Aussi , en 1063 , dans un Synode tenu à Chàlons, TEvêque de Maçon fut condamné à faire pénitence pour avoir méconnu l'autorité du pape set les immunités de l'Abbaye; 40 ans, à peine, après qu'Odilon avait dû s'humilier.

Nous avons vu les Bulles de Grégoire YII, et celles d'Urbain II

' IF Lorain.

^ Nous trouvons une confirmation de celte rare habileté de l'Abbé Hugues, dans les chartes accordées à Romainmotier, non seulement par des Papes, mais aussi par des Empereurs.

et Pascal II : ces deux derniers étaient aussi des moines de Cluny, envoyés par Hugues à Grégoire VII. Au reste, plus de]40 papes confirmèrent ou accrurent successivement les privilèges ecclésiastiques de ce fameux Monastère. — Hugues était am| à' Anselme ; et Orderic ViUd, l'un des historiens les plus importans de ce siècle, était moine de Cluny.

Quelques paroles de Hugues prouvent que la doctrine de St- Augustin vivait encore. '

Hugues entreprit, en 1089, la colossale Basilique de Cluny : Saint-Pierre de Rome est le seul temple de l'univers qui fût quelque peu plus vaste. — Cette Basilique , d'architecture romane, était précédée d'une sorte de vestibule ou d'avant-nef bâti en 1220 seulement. ®

Pontius de MelgueU, d'une famille d'Auvergne, succède à Hugues. — Il était ami des sciences, mais fort orgueilleux. Il am-

* Moi pécheur Hugues, par la grâce de Dieu, Abbé de Cluny, aussi longtems que Dieu voudra que je fasse pèlerinage dans le vase de terre que je porte , et jusqu'à ce que le suprême pouvoir m*ait délivré de ces ténèbres, et m'ait remplacé par celui qu'il aura préconnu açant les tiècles et ordonné pour le salui de $ee élus ; je veux, etc. — Cart, de Romainmotier,

' Cette Basilique ■ avait plusieurs rapports avec le temple de Romainmotier : Par cet avant-nef, d'abord, dont le but est indiqué, peut-être, par ces mots du Pontifical (ancien) de Cbâlons sur Saône : < Dans quelques Eglises , le prêtre » célèbre la messe sur un autel très rapproché des portes du temple, pour les > péniténs placés devant le portail. »

Audessus du portail de la grande nef, était une suite d'arcades légères supportées par des pilastres. Celle du milieu servait à éclairer une Chapelle de Saint- Michel placée derrière , suspendue dans la grande nef comme les orgues de nos jours, et renfermée en grande partie, sans doute, dans l'intérieur de la muraille massive qui séparait l'avant-nef de la nef principale, mais débordant de six pieds et se terminant en cul-de-lampe dans l'Eglise. Par un double escalier en escargot, caché dans la muraille , on montait à cette Chapelle dont l'autel regardait l'orient. — Quelque chose de très analogue se voit à Romainmotier.

Derrière l'autel matutinal fut placé le tombeau de Hugues, La Basilique était bâtie de l'occident à l'orient, et il fallait descendre de nombreux degrés pour arriver à là nef principale : — Nouveaux rapports avec Romainmotier.

bitionnait le titre à* Abbé des Abbés porté par TÂbbé de Monl- Cassin ; ne pouvant l'obtenir, il se nomma Archi-Abbé. — Le désordre s'introduisit à Quny.Pontius mourut enfin, excommunié à Rome.

Pierre Maurice de Montboissier , dit le vénérabk, est élu en 1122 et gouverne 35 ans. C'est le plus connu des Abbés de Çliiny, et le point culminant de la gloire de l'Abbaye, dont il fut le premier réformateur. — En ce tems, plus de 2000 Abbayes, Prieurés, Doyennés, étaient assujj&ttie^ au, chef d'ordre ; sans compter plus de 300Egli.9es[, Collège», Monastères^ seulement assûiçi^ — Si maintenant nous qou» rappelons l'étendue des possessions de Romainmotier seul, nous comprendrons^ que VAbbé de Cluny fut vraiment une grande puissance : car sa volonté devait pénétrer par des canaux inkiombrables, au coour de tous les pays dç l'Europe , qu'H tenait comme enlacée d'un immense réseau.

Pierre le vénérable , soutint une grande controverse avec les Juifs. — Il combattit encore les Mabométans , et fit traduire le Coran. Il jugeait de la vérité du Christianisme par cette parole : « soyes toujours prêts à rendre raison de votre foi et de votre espérance » ; comparée à ce mot de Mahomet : « il vaut mieux tuer que disputer, » — Il s'éleva aussi contre Pierre de Brueps, qui condamnait le baptâme des petits enfans ; ne voulait ni Eglises , ni autels , ni adoration et vénération de la croix, ni sacrifice de la messe , ni prières , ni aumônes , ni chants pour les morts. Pierre de Cluny adressa sa réponse aux Evêques d'Arles, de Gap, d'Embrun, etc.

Il fut encore en rapport avec Abailardi et Héloïse^ celui-là mourut pénitent à, Cluny.

CiteauX', plus récentqueCluny,se distinguait^ comme toute institution naissante, par la sévérité de sa discijpline ; aussi Tardeur du caractère de Saint-Bernard l'y jeta. Une controverse avec Cluny s'engagea : Rernard s'y montra fougueux et entraînant, Pierre y mérita, en revanche, son surnom de vénérable, par sa haute raison et sa charité indulgente. — C'était au fond la grande querelle des moines blancs et des moines noirs. — Ecou-

tons Pierre de Cluny lui même : « Qui peut souffrir, dis*tu moine noir, qu'une grande partie du monde soit enlevée à notre ordre antique ; qu'oii préfère les jeunes aux vieux , les blancs aux noirs. — Et toi moine blanc : honneur à nous, penses-tu , qui avons ressuscité un ordre mort ; qui montrons au doigt la froideur des vieux moines. — Et voilà, s'écrie Pierre , la véritable cause qui détruit la charité. — Quelle puérile folie de croire que la diversité des couleurs puisse importer au salut. Je n'y vois pas même un sujet de contestation. Moine blanc, tu as re^ vêtu la cttcuUe et la tunique blanche, pour que le moine noir ne pense point qu'on ne peut être moine que sous la tunique noire. Et toi moine noir, tu as le vieux costume de tes pères » etc. —

Le relâchement reproché était vrai. Pierre fait une curieuse peinture de la sensualité des moines : « On les voir errer de lieu en lieu, <lit-il, et accourir comme les vautours partout où ils aperçoivent la fumée des cuisines ... Us ont recours à des mets délicieux , royaux , exotiques. Le moine rassasié ne peut plus vivre que de chevreuils, de cerfs, de sangliers : il faut des faisans, des perdrix , des tourtej^elles , de peur que le serviteur de Dieu ne meure de faim. » ^ — « Combien , disait-il encore, y a-t-il, de frères qui lisent? combien moins qui écrivent? te plus grand nombre ne dorment-ils pas appuyés contre lès murailles, ou ne perdent-ils pas leur journée ^ans de vaines paroles, ou, ce qui est pire, dans de médisantes ôenversatfons? » Une réforme était donc nécessaire , Pierre y donna tous ses soins , et il put dire avec vérité avant de mouHr : < le Moiiastére de Cluny est célèbre presque dans tout l'univers, jpar sa religion, sa discipline, sa sévérité, l'observance parfaite des rè-

^ Après ces paroles, comment enteedre Tassertion de M' Lorain, que dans le congrégations bénédictines, la chair des quadrupèdes était interdite absolument? — Il y a ici un malentendu, sans aucun doute. — En tout cas, très décidément^ la chair des quadrupèdes ni celle des oiseaux n'étaient interdites à Romainmotier.

gles monastiques. Voilà bien la vigne véritable, qui s'enlaçant au Christ par ses pampres verts , et soigneusement émondée par la main paternelle du jardinier divin , produira beaucoup de fruit. »

Avec Pierre le vénérable finit l'époque héroïque de Cluny. Après avoir été le grand foyer de la vie monastique , il se vit dépassé, ombragé par d'autres branches sorties du même tronc : par les chevaleries religieuses, d'abord, Citeaux, les Chartreux: retours successifs à la sévérité primitive.— Puis, encore, par les Ordres mendians : sorte de protestation élevée contre les richesses des vieux Monastèi*es. — Enfin deux géans, grandissaient toujours , menaçant , non seulement le pouvoir mais l'indépendance même de Cluny : la papauté et la royauté.

Avec l'importance que nous connaissons à Cluny, nous ne serons pas surpris de voir parmi ses Abbés aux 12* et 13* siècles: Hugues de Blois, fils d'Etienne, roi d'Angleterre «* Etienne de Boulogne — Rodolphe de Sully — Guillaume d'Angleterre.

Thibaud de Vermandois, * Hugues de Clermont -^ Hugues d'Anjou , à qui, en 1202, Raymond Comte de Toulouse,

fit hommage — Guillaume d'Alsace — Gerold de Flandre — Rolland de Hainault, etc.

On comprend que le triple vœu de chasteté « de pauvreté et d'obéissance , fut en danger aa milieu de tous ces enfans de princes souverains. Le désordre était, en effet, si grand, en 1232, que Grégoire IX proposa de prendre les règlemens de l'Ordre de Citeaux pour réformer celui de Cluny.

Viennent encore : Hugues et Aymard de Courtenay , fils de l'Empereur de Constantinople.

* Que nous avons yu.

Guillaume de France , petit fils de Philippe Auguste ; sou9 lequel Innocent IV et Saint-Louis, séjournèrent à Cluny (1245), avec une multitude de prélats et de Seigneurs , sans que les moines eussent besoin de déranger leurs habitudes, tant l'Âbbaye^ était vaste.

PuiSi deux Yves de Vergy,

Puis, Bertrand de Colombiers, de noblesse bourguignonne^ (mais qui ne paraît pas avoir appartenu à la famille yaudoise)^ fut élu en 1295. Il termina par un compromis, un différend avec TAbbaye de Baume,au Comté de Bourgogne, qui ne voulait pas reconnaître Tautorité de Cluny. Ilmourut,en 1308, sentant la nécessité d'une réforme.

Le nombre primitif et sacramentel des moines, d'après 1» règle bénédictine, était de douze , mais il s'accrut bientôt immensément à Cluny, enrichi par les dons innombrables de la dévotion : Sans parler du nombre immense des Monastères liés au chef-d'ordre. — D'autre part l'Abbé électif, était revêtu, à vie, d'un pouvoir dictatorial. — Mais il n'était pas possible que^ tous les pouvoirs jusqu'au cœur desquels il pénétrait; et par une innombrable milice et par des droits temporels infinis ; il n'était pas possible, disons-nous, que l'Ëpiscopat, et la féodalité,' et la royauté, et la papauté ne s'élevassent contre cette dictature viagère^®. A l'intérieur aussi et en dépit du vœu d'obéissance,eU& était menacée par la résistance dés moines, et par la profonde diversité de Monastères situés en tous climats. — Entre des mains faibles cette dictature devait périr. — Impossible d'ailleurs à l'activité d'Abbés vieillissans, de suffire par des voyages, à maintenir l'ordre dans 2000 Monastères d'Europe et d'Asie. L'Abbé fut donc forcé de convoquer des Chapitres généraux, comme moyen de gouvernement. — Les chefs des divers Monàs-*

^ Il était parent de GuiUaame de France, dit W Lorain.

*^ Nous ne serions pas étonné que les Monastères fondateurs, en quelque sorte, de Cluny c'est-à-dire ceux qui formèrent le premier noyau de Tordre (Roniuinmotier en était), eussent conservé une sorte de prééminence sur les autres.

téres s Tenaient à Quny , délibérer sur les mesures à prendre dans l'intérêt de la corporation entière » approuver les aliénations» débattre les condamnations, soumettre les comptes, etc. Ainsi l'autorité centrale se répandait dans les ramifications. L'Abbé était le chef et le lien de l'ordre. Il choisissait les chefs inférieurs (Prieurs) : dans les Monastères > même, où les chefs étaient demeurés électifs, ils devaient être confirmés par l'Abbe de Cluny^^. Us lui juraient, en entrant en fonctions, obéissance filiale. Ils devaient, sous des peines sévères , assister tous les ans au Chapitre général de Cluny^'. Et, pour quêtes liens du centre à la circonférence ne vinssent pas à se relâcher, aucun fonctionnaire, même inférieur, des Couvents divers, ne pouvait se dispenser de venir passer quelque temps au cbef-lieu dans la première année de sa nomination ^'.

Les Chapitres naquirent donc de la nature des choses. — ^ L'Abbé Hugues , avait dit : que l'Abbé ait toujours auprès de lui 12 sages frères dont il prendra les avis. Mais ce conseil. l'AJbbé était libre, d'abord , de l'écouter ou non. Bientôt les Chapitres devinrent forcés , périodiques , dominateurs. Le moyen, en effet, pour l'Abbé de froisser, sans s'eitposer, l'avis de la majorité de ces puissances secondaires ? Cette transforma» tion de l'autocratie de l'Abbé en aristocratie » était donc immanquable. La supériorité légale des Chapitres sur les Abbés, éclata au IS** siècle, et fut sanctionnée» entr'autres, par Innocent III, Grégoire IX, et Nicolas lY. — Alexandre III, déjà, avait défendu à l'Abbé d'aliéner les possessions du Monastère sans le consentement du Chapitre.

L'énergie dictatoriale de l'Abbé étant ainsi retenue par un frein , le Chapitre général régnait , lors même qu'il n'était pas assemblé , en choisissant des Définiieurs qui, se distribuant le^

^' U en était ainsi, ero}ons-Dou8, à Romain motier. ** Voyez p. 46, l'office du Sommier.

'' Il semble difficile que ce règlement ne souffrît pas de fréquentes excep^ tions.

provincea diverses, examinaient la situation de l'Ordre dans; l'intervalle des Chapitres généraux , et leur rendaient compte ensuite eux-mêmes» ou les visiteurs par eux choisis ^'^. Ils poussaient leur droit de rem(mtrance et de contrôle jusqu'à TAbbé lui-même : De là, sans doute , ces fréquentes abdications des Abbés , devant un jaloux examen.

Chose remarquable ! la Métropole parait avoir seule choisi le souverain ! Cette élection pouvait se faire : — 1® Par scrutin. — 2^ Par inspiration, c'est-à-dire par acclamation unanime. — S^Par compromis , c'est-à-dire par élection indirecte et à plusieurs, degrés.

Quant aux moines ;

La flagellation en plein chapitre était quelquefois infligée aux coupables. — Si le condamné se révoltaît, les autres moines se jetaient sur lui et l'entraînaient dans une affreuse prison, où il n'y avait ni porte , ni fenêtre et où il fallait descendre avec une échelle ".

Une surveillance continuelle était exercée dans le Couvent par des Gircateurs.

Le Vendredi-Saint, à l'ouïe de cette parole : ils ont partagé mes vêtemens ; les moines s'arrachaient entr'eux des tumqiiie& disposées autour de l'autel.

On dit, encore, que lorsqu'un frère mourait, chaque moine devait coudre un point du suaire.

Dès le 11' siècle il y avait à Cluny, des frères lais, ou convers, que leur ignorance réservait aux travaux corporels; et des hommes libres qui, sous le nom i'Oblats , se dévouaient an service du Monastère : sorte de serfs de dévotion , mais qui gardaient le célibat.

On ne pouvait accepter la profession monastique d'un enfant,

*'^ On se rappelle Michel de Barre, et Maxime de Brael çititateurs délégués par les deffiniteurs du Chapitre de Cluny, dans la fameuse prononciation de 1512 sur Tintérieur du Couvent de Romainmotier.

*^ N*est ce point là Tusage de cet affreux cachot découvert à Romainmotier dans la tour de St-George ?

avant Tâge de 20 ans ; et nul ne derenait prêtre avant 25 oic 30 ans.

Les règlemens les plus attentifs veillaient à îa conservatioa* des biens monastiques. — Mais le droit civil , redoutant l'extrême agglomération de ces propriétés ». décréta tout moine inhabile à succéder par fiction légale de mort civile. — L'Abbé. Henry de Fautrières , auteur d'une réforme et qui succéda à Bertrand de Colombiers, sanctionna les (^am^ier^ préposés par les Définiteurs du Chapitre général à la garde de chaque pro^ vince *^^ et les Procureur g nommés par les Camériers.

On n'admettait àCluny, ni boiteux, ni borgnes^ ni bossus,, ni bâtards.

Les moines errans , enfin , ou Gyrovagues , s'ils n'étaient porteurs d'une perftission de l'un des Prieurs de Cluny, étaient arrêtés , reconduits à leur Monastère , et punis : Ces feuilles de route étaient de vrais passe-ports.

On comprend qtfau 14" siècle , entre Crjécy , Poitiers , la Jaquerie , les Universités , les Papes captifs à Avignon et l'autorité royale croissant sans cesse , Cluny ne pouvait occupée une grande place.

Les Papes, depuis Avignon, exerçaient une influence prépondérante sur les élections des Abbés, sur celles de Raymond de Bonne, et de Pierre de Chastelux, par exemple ", sous lequel la justice abbatiale fut confirmée nominalement par les rois , mais annulée de fait, en la soumettant à l'appel royal : — Il est vrai que Y Abbé devint conseiller d'honneur au Parlement de Paris, et membre de la Cour des Pairs^

Les Papes firent aussi nommer Jnques de Damas^Cosan.

Vint ensuite le Grand Schisme qui fut pour le Couvent un moment de répit,, et donna lieu à un léger retour d'énergie et même d'ascétisme.

" Camériers de proçince, non de Couvent. Voyez p. 62, leCamérier d'Al^ lemanie et de Lorraine, et pag. 184.

" Voyez p. 64 et 62, puis ii9.

Mais après Jean de Bourbon , 46'' Abbé, éla en 1457, le pouvoir royal domina les élections : Louis XII fît nommer Jaques d'Amboise, à qui succéda, en 1510, Geoffroy d'Amboise. — Puis, en 1529 , le roi fit parvenir TAbbaye de Cluny aux Guise , en commende décidée. — Pillée dans les guerres de religion , cette Abbaye resta néanmoins dans la maison de Lorraine jusqu'à Richelieu, qui s'en fit nommer Abbé en 1627.

Le Prince de Conti, lui succéda.

Puis, Mazarin,

Puis, le Cardinal Renaud d'Esté.

Puis, en 1683, elle passa aux La-Tour-d' Auvergne.

Auxquels succédèrent, en 1747 , les La-Rochefoucaud , qui la possédèrent jusqu'à la révolution.

Alors tout fut détruit. — Et, chose à jamais regrettable pour les arts ! Cette magnifique Basilique bâtie par Saint-Hugues, aussi étendue, peu s'en faut., que Saint-Pierre de Rome et de l'architecture aujourd'hui la plus rare ; cette Basilique , disons» nous, fut adjugée à l'enchère à la révolution pour la somme de 100,000 livres , et démolie pierre à pierre ! ! Elle n'existe plus !

If.

JUITIQUITE8:

Un territoire plat , assez vaste , entouré d^ane couronne de collines, se trouve, aux confins de trois coiçmunes de l'iancienne Terre de Romainmotier , Croy, Amay et BofiFlens. — Deux de ces monticules, au moins, renferment d'anciens tomheaux. Sur le relief de Tun d'eux, nommé Yillar dans d'anciens actes ^^, on a découvert plusieurs rangées longitudinales de tombes très-simples en pierres brutes, se faisant suite les unes aux autres et figurant des sillons. — Partout, dans le voisinage, de nombreux ossements ont été découverts, placés d'une manière irrégulière : ici un squelette isolé , ailleurs un certain nombre réunis. Sous les racines d'un vieux noyer, un squelette d'homme a été trouvé à côté du squelette d'un très-^rand cheval. — Les cadavres paraissent avoir été ensevelis au lieu de leur chute ; et quelque nombreux que soient ceux connus déjà , tout porte à croire qu'un nombre non moins grand reste à découvrir encore. — Auprès d'un filet d'eau , un combat très-vif parait s'être engagé, d'après de nombreuses dépouilles d'hommes et de chevaux ^^. Bref la bataille parait avoir été importante.

'' Aujourd'hui Riondau.

Avec les squelettes, plusieurs lames épaisses, larges et courtes «nt été sorties de terre ; puis des boucles de buffleterie en cuivre; et beaucoup de plaques de ceinturon , la plupart en fer rongé par la rouille , avec vestiges d'arabesques soit damasquinures d*or et d'argent. Deux en cuivre sont beaucoup mieux conservées : L'une semble offrir une inscription en langage inconnu ; l'autre , des hommes et des griffons , en adoration devant une sorte de croix. On a trouvé aussi une espèce de châsse en cuivre, à compartimens remplis de petites pierres colorées , et avec entourage de petits clous d'argent : c'était un ornement sans doute. Une croix d'or avec pierres de couleur enchâssées, rappelle, par sa place sur la poitrine d'un squelette , les ordres de chevalerie.Et la trouvaille d'une monnaie romaine, portant, d'un côté , un quadrige , et sur le revers, les lettres saturn en exergue d'une tête de soldat, est venue compliquer la question^. Quoiqu'il en soit, ces débris, les lames et plaques de ceinturon surtout , paraissent appartenir au même peuple , que ceux recueillis en grande abondance auprès deCheseaux'^.

D'autres médailles romaines ont été découvertes dans les environs de Romainmotier ; et même des instrumens qui paraissent avoir appartenu au culte des Druides ''.

*^ Il y a telle localité où l'on n'a trouvé que des ossemens de chevaux, en JR»mans par exemple, autre étymologie latine.

^ Plusieurs de ces objets ont été déposés au Musée Cantonal.

** par M' Troyon : Description des Tombeaux de Bel-Air,

** On voyait, il y a quelques années, près d'Envy, une immense pierre en forme de section de cylindre, où Ton découvrit, dans une excavation du pié, plusieurs ustensiles : une sorte de hache entr'autres, d'une forme fréquente chez les Gaulois, et qui probablement avait égorgé des victimes humaines 1 !

Malheureusement le possesseur n'en connaissait pas le prix : ces ustensiles furent dénaturés, et la pierre brisée.

VAIT CUEOLOCUQOB.

Dans les registres du Conseil de Romainmotier , de l'année 1671 (1 avril), on lit les mots suivans qui mériteraient d'être éclaircis pour l'histoire physique de notre sol : « Ordonné en » aumosne à ceux de Novalle rièi^e Grandson , ou environ deux » cents poses de leur confin et vignoble se sont enfoncées, 6 9 florins, » etc.

ARBITRAIRE D'UN BALLIF.

Le Conseil d'Yverdon expose (en 1576) : que LL. EE. ayant dempuis r heureuse conques te de leur pays de Vaud , confirmé à leurs sujets , nmnnans (demeurant) , et babitans en icelui, plusieurs anciennes libertés ; par soin paternel il leur aurait plu adresser lettres expresses au Banderet et Conseil d'Yverdon , pour que, sans respect de personne, ils dussent révéler toutes innovations de leurs Ballifs , afin qu'ordre y fût mis. Or pendant la tenue de leur moderne Ballif , la plupart de leurs libertés ne sont nullement observées, à leur grande perte et appauvrissement de plusieurs gens de bien. — Puis viennent les plaintes. La plupart portent sur actes arbitraires pécuniers et augmentation indue d'émoUumens, etc. — Citons la dernière comme exemple ; Yverdon avait le pouvoir d'accorder la bourgeoisie à volonté ; laquelle notable franchise, dit le diplôme, a été par vos EE. observée jusqu'à présent. Le Ballif veut rançonner les bourgeois reçusdepuis 10 à 12 ans,et défend, dans le même but d'en recevoir de nouveaux sans son commandement. Là-dessus , assemblée des Communes du balliage , et supplication de suspendre jusqu'au résultat d'une requête à

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