‹ Recherches sur le couvent de Romainmotier et ses possessionsChapitre 46 sur 47 · LES LIMITES · texte numérisé non relu

LES LIMITES

Ces différends furent graves et dé longue durée :

En 1576, déjà, le Commissaire Hayor se plaint de ce qu'aux

"' Les procès , sMl en existe , doivent se trouver dans les archives de la Chastellenie qai ont été transportées à Orbe.

4612. 3 S. donnés , à certains pauvres împotens qui açaient les mawai» etprit», —

4613. 2 S. à un homme d Orsens affligé desmauçaia esprits. —

4662. 6 S. à la femme de R. possédée des malins, — (Comptes de la Commune de Romainmotier.) ~ «" NO. 262, p. 434 et 435.

limites des territoires de Jougne et Vallorbes.^on a bâti et coupé des aiiires de haute futaie , ce qui diminue « rétroilcfM du passage où l'on a accoustnmé faire les embusdies en tempe de guerre. > — Les constructions, appartenant à un Franc- Comtois, sont abattues.

Le 18 Avril 1578 , les sujets de Romainmotier, armés de morien» et à^arquebuse», et conduits par leur Châtelain ^*^, se transportent en la montagne de Noirmont, en une place appelée sur l'Echelle , où sont des habitations des sujets du Comté de

Bourgogne; détroussant, maltraitant et Messant plusieurs de ceux-ci. Us ne se retirent qu^après areir placé des panonceaux aux armes de Berne. — Des informations faites par les autorités judiciaires de la province , constatèrent cet attentat avec ses plus petites circonstances, mais il ne Ait pas réparé ^^.

•Puis, en 1583, André Mayor Commissaire, annonce avoir achevé les reconnaissances du village et de la Chastellenie de Yallorbes, excepté de eesBoui^gnons rebeller et usurpateurs qui s'approprient presque toute la montagne du Riso » du côté de rOrbe , au grand détriment des fbrges de Yallorbes. Mayor ajoute, qu'avertis ils n'en tinrent compte. C'est pourquoi ayant obtenu de Berne la permission de lever des gages , et voulant achever ses reconnaissances , il s'était transporté sur les lieux, bien accompagné de gens armés, à cause des menaces; que là, il avait trouvé une homme de Roche-Jean, qui, pour bâtir une grange , avait aba^ttu deux mille arbres de haute futaie. Un autre, après avoir abattu six cents arbres, s'étak emparé de 50 poses ou journées de terre.. Un autre, qui avait battu le «messellier » de Yallorbes, leur répondit furieusement, aigrement, en so mo^ant d'eux; on lui prit dix vaches en gage» etc^

La mésintelligence alla croissante

<<> Ce devait être uoble AhelMa^or d» Romaif0noHtt\

<<* Détails fournis par W. Da Yernois. — AacQiie meDtionn'en esjt faîte diajift les registres da Balliage de Romainmolier , parGe(|u*ily avait des reproches à ^ooourir ) sans doite.

En 1612 , sur les doléances réitérées de ceux d^ Vallorbes et du Lieu ; Berne envoyé des commis qui trouvent qae les Bourguignons se sont grandement anticipés sur les terres de LL. ÊË.., y ayant bâti maisons et cabutes, avec abattis de haute , moyenne et basse futaie , écoreement de bois , etc. Le même jour , ceux du Lieu gagent environ 80 personnes. Puis un certain charbonnier atteste^ par serment, que le Procureur du roi, avec sa eompagnie, l'avait apostroj^é tandis qu'il était en sa cahâto près le village du Lieu; et que tenant un pistolet ahné et amorcé , il jura qu'ii«avait été condamné à payer une amende au roi et qu'il 1^ payerait, ne voulant entendre à aucune parole amiable , ains lui emmena deux chèvres et son arquebuse. — Et les sujets de Yallorbes et du Lieu, exilés qu'ik sont de leurs pâturages et biens communs , prient qu'ils ne soient ainsi molestés par les Bourguignons.

En 1628, les Bourguignons plantent une croix près de la maison de Cusin, dit Charbonnet, avec grand appareil : conduits parles Procureurs fiscaux de Pontarlier et autres^ qu'on disait être de la cour du Parlement de DK^è, au nombre de 400 personnes, hommes, femmes et enfans, assemblés par commandement exprès, de 17 villages ressortissans delà Châtellenie de Roche-Jean ; et avec eux 70 à 80 soldats^ armés de mousquets et arquebuses, dont ils disaient de fréquentes décharges. Et ce, en replantant solennellement une croix, avec toutes leurs coutumes et en. portant certaines reliques. -— Le même jour des bestiaux sont enlevés au Lieu.

Les habitans de la Vallée avaient été formés en six bandes^, sous des efaefe ; afin d'aller alternativement s'opposer aux anticipations des Bourguignons, et notamment des gardes de Moutbe. Or , avertis que ceux-ci avaient dessein de courir la montagne en. plus grand nombre qu'à l'ordinaire et armés, le 2 Décembre 1635, ceux du Chenit s'y transportèrent au nombre de 34 , et parvenus à trois quarts de lieue de la frentière , ils trouvèrent deux Bourguignons travaillant à préparer du beift pour des boites. « Esmeus , ils se prirent à fuir , Tun vers le

Cheait« sans dire mot; l'autre vens Bourgogne, çriaiit l^ienfort :i J'ayde. » Ceux du Çheûit se souTenant de l'avertîsseoïent de la yeille, crurent que les gardes de Houthe étaient très voisines, ci deui( d'eutr'eux tirèrent sur le Bourguignon qui fuyait vers Bourgogne. Celui-ci était d^éjà esloigné de 200 pas » maisr de Joyedheur le dernier coup porta et l-abattit mort sur la neige» où il demeura jusqu'au lendemain, — L'autre fuyard arrêté et interrogé répondit : qu'ils ayaieut préparé une: petite hutte «Ouverte d'éeoree et de branches d'arbres, ou ils devaîoit travailler cinq ou six jours. Un^BOurgu^non leur avait dit que la pièce était sienne.— On mit en liberté le détenu, et te lendemain les Bourguignons vinrent en secret prendre le cadavre pour l'ensevelir.

Lesohoseel ne pouvaleort en re^r à ce poiiH. — En Septembre 1634, des ambassadeurs de sa Majesté catholique et de liL. E£). de B^ne, se réunirent au village des Roussies pour nccommoder le différend ; mais sans que rien fût décidé. Puis, en Jfanyier 1635, noble François Mdrescbal, fiscal au siège de Ponlarlier^ et noble Pierre Cafifod > iieutei^nt en la Seigneurie de Jpugne , d'une part ; et noble f^anjjel Morlot> Ballif de Romainmotier, noble Jfean Franç<)is de ixingitis. Seigneur d'Qrnyer, et Sgrége I^ioolas Olivie^r, Cbâtelain de Komainmotier , firmit ^nfin arrangement, non sans peine. Ses deux parts on Voulait feculer 9^ frontières. On se plaignait de gages pris injustement , de vqiei^ de fait, etc.— Du côté de Bourgogne, on alléguait' le coup de mousquet qui avait occis sur la placé un pauvre; homme lai^çant lemme et 5 à 6 petits enfans ^ans ressource. Berne, jbii^n .marrie de ce malheur, répliiqnait , que la iletime ayant ifriér avance'^ avance, avait fait croire à une eùibuscade et au Ranger; et ^plaignait aussi qu'un de ses rèssortissans, envoyé à Mouthe pour réclamer du bétail prié en gage avec violence, avait été chassé à coups d'arquebuse, et blessé de 9 balles qui l'estropièrent et lé rendirent inhabile au travail , lui père de nombreux enfans ; sans parler encore de chalets brûlés, de gens battue, etc. Les députés de Bourgogne disaient à leur tour :que

)*f stropié â*était Im-mêpde attiré ce malheur par sa çondaite malséante et déshoonête. Puis se plaignaient de violences, deremprisonnetnentdé plusieui^s personnes retournant des mai'icbés de- Morgeâ^ etc.

'"^esaiaihàssadeurs ne se pouvant accorder dans leurs deniahées, et sur le point de se quitter; voyant avec regret leur €^péraâice frustrée du fruit qu'ils attendâDrent de cet : aboucheraient; eurent recours aux propriétaires,' eux-mêmes, dèls -sommes barrées, pour lés engager à colntribuer à un àcc^nioéement, en modérant leurs demandes. Ils y parvinrent enfin ; «n ctovenant sajgemént : « qùé dans une affaire invétérée, ou » ily a dés iitfiMtnations toutes contraires prises de part et 9 d'autre^ la plupart des violeiices commises sur les frontières w doivent'^tre attribuées, plutôt: à des- mésintelligences et mal*- Ji'héurd^qu^laniauvaise volonté»'*^*. .

INFLUENCE DE LA REIfORME ET DE LA DOMINATION BERNOISE *.

On peut dire que la réforme prît racine dans l'ancien Prieuré de Romainmotîer comme en un terrain favorable.

Nous ne tirerons point cette conclusion de la prédilection que l'on paraissait avoir pour le clergé protestant , et qui ne souffrait que des exceptions rares "^ ; ni des collectes en faveuy

^" Dans le mse, fiicoie il n'est dit mot du Bourguignon occis etc.

* Deux faits très distincts , sans doute , mais occasionnellement liés pour la Patrie de Vaud.

*^* En 1643 , par ex. on donne la bourgeoisie au ministre de Romainmotîer, en lui faisant cadeau de la moitié du prix, à cause de »a charge, et pour bonne

des religionnaires persécutés , en 1627 ; pour le Palatinat, en 1657 ; pour les pauvres d'AUemagnae-quisont de la religion, en 1638 ; pour la Bohême , en 1635 : collectes dont on pourrait attribuer l'initiative au prince, aussi bien que dansTadnnssion 4e quelques familles françaises fuyant la persécution. On pourra si Ton veut aussi ne voir qu'un sentiment de convenance dans le refus d'assister à un Conseil général , fo veUI» de la Satnt0-(7ène.— Mais voici une manifestation éclatante de fidélité à la réforme. H s'agit de la réponse faite^ en 1590, aux proposi" tiens de paix de la Savoie c . . . Dieu a planté et soutenu jusqu'ici notre religion et la bénit et favorise miraculeusement , . . . tellement que venir à reculer serait ingratitude trop grande .... Aucune crainte de perte de nos hiens m de nos vies, ne nous pourra faire trouver expédient de faire en tant ni peu brèche à la religion et conscience ,. etc.t Noble et pieux langage en présence de grands dangers ^". — En 1653, encore , les franchises de la Terre de Romainmotier sont menacées : le Ballif a refusé « Rassemblée des Communes du Ballivage. Alors des démarches sont résolues pour la conservation de ses droictures ; mais cette résolution n'est prise en Conseil qu'après avoir invoqué la divine assistance.

Un autre document curieux fera comprendre que , sévère réformatrice des mœurs, Berne ait pu encourager les Abbayes et sociétés militaires, qui de nos jours marchent escortées souvent de tant d'abus. — C'est une confirmation de règlemens faits par les arquebusiers de Romainmotier ewa-mêmes^

considération. — - Je passe un grand nombre de faits analognes , cadeaux etc. On répondait aux yisites d'Eglise que les ministre» ne prêchaient que la pure parole de Dieu.-- En 1663, cependant, il y eut plainte sur de mauvais procédés ; rinculpé envoya en échange à la Classe une missive intitulée : ExPrait du Registre de la vérité; avec cette épigraphe: çeritas odium parit Hdmnrw afteneus etc.

'<7 Voyez les documens rassemblés par M', de Grenus.

L'acte est de 1596***. Nous TAcIvoyer etc. , bénignement annuants à la requête de nos chers et féaux sujets les arquebusiers de notre Tille de Romainmotier, pour plusieurs bonnes considérations , avons non seulement confirmé leurs ordonnances ains laissé leur Roy annuel en même franchise que les autres de Moudon, Yverdon et Morges; et c'est pour le terme que bon nous semblera.

Voici ces règlemens : D*abord, que tous et ung chacun des confrères de la dite Abbaye,att sur toute chose en recommandation l'honneur et la gloire de Dieu, et de ses princes.

Item, le roi annuel pourra par TaTis des confrères élire un Recteur ou Abbé» qui aura la maniance des affaires **^. La com-

**^ Je n'en ai yu qa'un vldlmus de 4 770 , signé Chanel. — -

''' Le roi aura la première voix dans les délibérations et l'Abbé la seconde.-^ Décédant l'an des confrères , tous les autres sont tenus d'aller à son ensevelissement ; son fils aîné lui succédera s'il est arquebusier , ou à défaut de fils son frère, en payant un quarteron de yin. — Qui orra mal parler des confrères oa de la confrairie , sera tenu le rapporter au Recteur qui le devra révéler à tous, et ne le faisant sera démis.-- Qui tirera sans balle payera 3 S^— En outre eeux qui tireront au roi, de la confrérie, ou «mf en.êtrey seront tenus au boête des prix, ja çoit qu'ils ne tiroyent que le dit jour. — On fera yaloir l'argent en mar^ chandises ou prêt honnête y entre les confrères; nul ne devant emprunter plus d'une somme, pour avoir tant meilleur moyen la rendre, à terme ; de plus donnera bonne caution. Celui qui ne payera au terme fixé sera démis de la confrérie et non pourtant exempt du debt. — Le rapport d'un secret de la compagnie sera puni d'amende arbitraire. — Les différends dans les affaires de U confrérie seront appointés par elle et le renitent condamné à i Sols.

Un acte de 1 594 pour Yallorbes est presque identique.

Nous l'Advoyer et Conseil etc. de la part des nobles et honorables, nos chers et féaux subjects les arquebusiers de Yallorbes , nous ont été présentées lois et ordonnances qu'il avoyent dressées pour bon respect .... Nous les avons^ comme à raison et équité consonantes, confirmées. — Ung chascung d'eux aye sur toutes choses en recommandation, rhonnettr gloire et serçice de Dteu,et de ses princes et supérieurs. — It, Sur la première dimanche du mois de May, s'assembleront pour tirer à l'arquebuse et adviser aux affaires de la compagnie ; et celui qui tirera le plus près de la broche aura l'honneur d'être roy ; aucpiel

paignie convoquée par l*Abbé , chacun est tenu d'y venir avec son épée en bon ordre.

Quiconque blasphémera, jurera ou dépitera le nom de Dieu, en assemblée ou au tirage, payera 3. sols.

Celui qui se remplira de vin et de viande, en dite compagnie» plus que nature ne peut porter , sera tenu à 12 sols de bamp , outre la punition du magistrat.

Quiconque sera convaincu de larcins, ou se laissera appeler méchant homme, sans s'en faire purger, sera déjetté de la dite compagnie.

Item, qui rompra un verre en la dite compagnie, payera un pot de vin et le vefre.

Finalement, on donnera tous les ans aux pauvres , pour ThonneurdeDieu, selon le moyen et pouvoir qui sera donné de Dieu à la confraîrie.

De tels actes donnent une haute idée de la moralité de l'époque.

Chose curieuse, à la fin du 16' siècle le nombre des auberges ou pintes , était plus grand qu'aujourd'hui. — U y avait, il est vrai, dans les Consistoires, un moyen d'entraver lesabtiâ de ces vendagés multipliés ; et la grande cherté du vin concourait au même résultat ^^ : ausisi l'état d^aùbérgiste était fort honoré,.

toos debyrbnt porter honneur et révérence. *- Jt. Qoioonqiie viendra à blasphémer le nom de Dieo en manière que ce soit, estant la compagnie assemblée... ser^ puni arbitrayrement ; assavoir : quand il jurera par Dieu , 3 Sols ; blasphétaer les testes et chairs de nostre Seigneur, 6 Sols; despiter Dieu et dîablier, 6 Sols , appliquables au profit de la compagnie etc. etc.

Puis sur la requête d'honorable et prudent Pierre Tallotton, Chastelain , au nom des Arquebusiers, Berne accorde, pour le Roy, même immunité de toutes tailles, lods, péages et contributions, concernant ses faicts propres, et no^ ceux d'autruy, qu'aux autres villes du pays de Vaud ; Tan 1599.

**^ En 1S85, il y avait à Ilomainmotier 4 hostes ayant hôtellerie. — - En 1591 défense est faite de vendre le vin du pays plus de i5 S. et celui de Boui^ogne plus de 16 S. 6 d. le pot. — En 1536 , un char de vin, 2Si fl. — Or, en 1613, uu chêne fut vendu 3 florins ! Rappelons-nous la grande valeur de l'argent alors.

exercé à Romainmotier par les familles qui tenaient le hàfit bout "*, et quelquefois par des ministres "*v

Enfin, on était si zélé protestant à Romainmotier que Ton redoutait, non pas seulement le papisme, mais son 5mbre. ^- En voici la preuve (1663) **^ : — « Ordonné que à cause des abus qui se commettent par les serviteurs et jeunes gens de la ville , en plantant de grandes perches de sapin devant les maisons , au mois de mai ; ce qui tourne à grand dommage, tant aux bois bannaux , qu'en fatiguant les chevaux pour les aller quérir de nuit, voire en soustraisant les enfansde maison ; et même en considération de ce que cela ressmt la papauté; i> on les défend sous amende de 5 florins.

Quant à la domination bernoise, gàrix^ns nous Â'enjugeT avec les idées du 19" siècle , mais bien par comparaison avec son entourage dans les 16* et 17* siècles: En user autrement serait vouloir juger d'une plante du nord, d'après les habitudes de la végétation des tropiques. — Si l'on se rappelle que la seconde moitiédul6% et le 17* siècle furent, partout, l'époque de là concentration de l'autorité , en France , en Espagne , etc. ; que les peuples semblaient alors courir au devant de l'autorité absolue, croyant y trouver un refuge contre les factions et les troubles du moyen âge; et que, sans nul doute, cet esprit général ne s'arrêta point aux limites de la Suisse : on jugera toute cette période de la domination Bernoise plus équitablement. — Berne laissait ses sujets armés.ElIe abolit, à la fin du 16" siècle, les restes de la taille et de la mainmorte qui subsistèrent en France jusqu'à la révolution. Elle abolit même, de fait, tout

'*' Les nobles : Monod, Mayor, etc.

'** c On ira (1669) avprès d^ Diacre (Mîmsire à Yaullyon) le prier de se déporter de plus onltre vendre yin en fournissant de nappe, pain et TÎandc^ pour nous éviter procédé (procès) avec Thostede la maisoq de ville, veu qu'il a déjà (lui Diacre) vendu ce que la loy et la pratique autorise. » — Aujourd'hui quelque chose de pareil se voit encore en Valais et ailleurs.

"' Registre du Conseil de Rom'.

privilège de la noblesse héréditaire *^ avec le droit de cappe ou de franc-fief.— Que Ton compare Tadministration de grands pays voisins à celle de Berne à cette époque, et celle-ci brillera véritablement : ainsi pensait Montesquieu lorsqu'il en fit un éloge si remarquable *'^.

Cette administration si vantée , avait cependant un point vulnérable, un germe de maladie mortelle : sa frayeur de tout symptôme de vie politique chez les sujets; et le cercle toujours plus étroit, tracé par elle à l'entour des privilèges. Il ne pouvait pas ne pas y avoir explosion tôt ou tard , à la suite de cette compression désespérée de l'esprit du siècle : C'était , on Ta dit, une pyramide en équilibre sur sa pointe.— Mais, en d^ors de la sphère politique , la domination Bernoise fut un bien matériel, par une diminution de charges sensible; et surtout moral, par l'introduction de la réforme.

La Patrie de Vaud avait fait preuve d'amour de la liberté, d'intelligence, de loyauté , de courage ; on pouvait désirer chez elle moins de laisser-aller, plus de décision. Bientôt un flot de religionnaires fugitifs arriva de France dans sa nouvelle patrie. Or, comme le caractère français possède avec excès ce qui, dans

*^ Lea non qualifiés devaient auparavant payer ce droit de cappe poar posséder des seigneuries ; mais depuis, un noble n'avait à cet égard aucun avantage; et celui qui n'était pas qualifié noble n'avait pas plus de difficulté que l'autre à acheter et posséder seignetariet ou haronnies, — Que les familles nobles aient blâmé cette mesure, dans le tems, nous le comprenons ; mais pourquoi n'en pas tenir compte à Berne, avec l'esprit du jour ?

**^ c II y a bien de la différence entre les lois .... qui font qu'un peuple se » rend maitre des autres et celles qui maintiennent sa puissance lorsqu'il l'a ac- » quise.

> Il y a à présent dans le monde une république que presque personne necou'

> niût, et qui, dans le secret et le silence, augmente ses forces chaque jour. U

> est certain que , si elle parvient jamais à l'état de grandeur où sa sagesse la » destine, elle changera nécessairement ses lois ; et ce ne sera point l'ouvrage du » législateur, mais celui de b corruption même. > — Coûtes de la grandeur et de la décadence des Romainsy cA. IX,

le nôtre , est en proportion trop faible ; et que la physionomie morale d'une race se reconnaît même an trayers de générations nombreuses *^ ; il semble que la Providence ait ainsi youlu compléter le caractère Taudois. Cela ne pourrait-il paraître riche d'avenir?

Berne, d'autre part, a contribué sans s'en douter à Tunité actuelle du pays , en détruisant la vie propre et originale des anciens corps politiques qui se le partageaient : de TEvêché de Lausanne , du Comté de Gruyère , du Prieuré de Romainmotier, etc. Sous son administration active et forte, nul symptôme de vie publique ne pouvait se faire jour; le pays pouvait sous ce rapport être comparé à une larve, dont les circonstances politiques brisèrent l'enveloppe , et le Canton de Vaud put déployer ses nouvelles et brillantes ailes.

''* Cette inflaeace est sî réelle, que telle localité où le nombre de ces familles réfugiées est plus considérable qu'ailleurs , se distingue par un je ne sais quoi français, même dans l'accent.^

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