‹ Recherches sur le couvent de Romainmotier et ses possessionsChapitre 9 sur 47 · BANNENS ET SAINTE-COLOMBE · texte numérisé non relu

BANNENS ET SAINTE-COLOMBE

Bannens est au nombre des plus anciennes possessions de notre monastère. — Vers 1001, un chevalier Fredoïnus, se présentant à Orbe devant le Marquis (Marchio) Âdalbert, dans les plaids royaux'^, rend à Romainmotier et à Saint Marcel, martyr de Châlons, des possessions'^ à Banninges (Bannens), où il ne pent faire sa demeure, poursuivi qu'il est de la haine des Ris du Comte Waucher. Il reçoit en échange quatre livres des moines, et, si les circonstances changent, il pourra reprendre, à vie , ces possessions*"*.

En 1008 , sur la demande d'Odilon, Abbé de Cluny, le Roi Rodolphe III etrArchevéque (de Lyon) Borchard, concèdent au monastère romain le service (servicium) de quelques personnes dans son (au monastère) village de Bannens, avec pouvoir d'en disposer en toute propriété et sans contradiction*^.

*** « In mallis sive in causis regalibus • et en présence de beaucoup de nobles. Fait en jain, la huitième année do roi Bodolphe , P«iifttM etani Ptkwr.

— On compte ordinairement les années du règne de Rodolphe depuis Le mois d'Octobre 993; quelques chartes, cependant, les comptent dès 991.

^07 Preçariat — soit en don à l'Eglise avec bcalté d'en jouir sa TÎe darsnt.

— Il devait en cas de retour donner à Romainmotier 5 livres, et après la mort de Fredoïnus, ces possessions devaient revenir au Couvent.

*os i^^ dix-septième année du roi Rodolphe , Anselme, Evêque, et Lambert, cornes , présents — Lambert serait le dernier comte de Yaud, laïque , de la maison de Grandson, office qui allait être transporté à l'Evéque de Lausanne.

*®' « Habeant potestatem de îpsis faciendi quidquid voluerint sine aOo contradicio ». — Donation plus autocratique, peut-^tre, daûs la forme quedins

Ici commeneent les tribulations du fait de ses terribles voisins*.

Vers 1040 , Gaucber (I) , chevalier (miles) **° de Salins , usurpe l'avouerie de Aomainmotier à Bannens , Bretsendens (sainte Colombe) , etc., prétendant y avoir droit par don des Abbés de Cluny Saint Mayeul et Saint Qdilon. Il envahit encore diverses prestations dues à Romainmotier, à Dampierre et dans toute la Chau d'arlie , et se permet plusieurs autres concussions. — Mais les torts de Gaucher étant devenus trop nombreux et insupportables ^^S Odilon fulmina une excommunication redoutable contre lui. — Or le Comte Renaud 1 avait coutume de rendre justice à tout venant, à Besançon, à la fête de Saint-Etienne, premier martyr. Odilon, étant arrivé au pays, voulait s'y rendre lui-même , mai& il tomba malade et envoya deux délégués qui attestèrent par des serments redoutables (Cum sacramento) , que ces prétentions étaient injustes. Lors Gaucher fléchit et fit même des dons au Couvent'^**.

Or durable fut Timpression de Texcommunication du saint Abbé. Elle demeura comme une menace mystérieuse émanée d'en4iaut, et, en quelque sorte, comme un sombre nuage précurseur de la foudre divine.

Aussi une charte, de 1085 environ» apprend à tous les fidèles présens et à venir, que le Comte Raymond engagea, comme cela était juste, le sire Gaucher (II) chevalier de Salins, fils de l'autre Gaucher , à abandonner entièrement ses prétentions sur toutes les terres de St. Pierre et sur les serfs de la Chau d'arlie ; et cela , soit par respect pour la cour de justice

le foad 9 car souvent le service était une manière de lettre de rente, changeant plutôt de main que de valeur.

* Voyez aussi les griefs de Romainmotier contre Adalbert de Grandson, p. 18.

^^ Nous traduisons ici selon Tusage miles par cheçalier^ ce qui donne pourtant une idée peu juste ; la « militia » n'était pas au il" siècle ce qu'elle devint dans les 13® et 14® siècles.

*'^ Hulta erant nimis et portare non poterant. — Carltd,

*is Dans cette même Chau d'arlie; présent, Cuuo de Montfaucon.

du comte , soit à cause de la renonciation dsdte du temps de Saint-Odilon , en présence du Comte Renaud , et dont une vieiUe charte témoigne; soit euûn à cause de l'excommumeaiion prononcée par le saint homme sur lui et ses ancétres'^^.

A peu près à cette époque (1084), le même Gaucher , fils de Gaucher, fils de Humbert, par la grâce de Dieu avoué du bourg de Salins, considérant la grandeur de ses méfaits, et surtout la fréquence des spoliations, faites par ses serfs et en son absence et en sa présence, dans les possessions de St. Pierre à Bannens, abandonne à Romainmotier une chaudière de sel à Salins.

Ses descendants même semblèrent poursuivis encore du sentiment de leurs torts envers le Prieuré***.

Mais tandis que cet ouragan dévastateur semblait se calmer, il se releva plus terrible du côté de la forteresse des redoutables sires de Joux.

Dans un exposé de ses déprédations**^, le Couvent ncmae Amaury (de Joux) d'avoir enlevé : à Bannens , 31 pièces de gros bétail , 4 chevaux et 7 porcs ; à Sainte-Colombe , 7 Hvr. 8 sols en argent^ 16 pièces de gros bétail, 2 muids d'orge , etc. Une pauvre femme ainsi dépouillée tomba à ses pieds implorant sa pitié , mais il la repoussa brutalement du poing. Saisi cependant d'une sorte de remords (in se tamen reversus) , il dit à cette misérable veuve (mulierculse viduse) de lui donner 3 sols , et qu'il lui rendrait son butin. Elle les chercha , les donna ; mais déjà la compassion avait disparu ; elle perdit et son argent et ses dépouilles.

A ChafiTois , Amaury avait donné plusieurs hommes de St

*" Les témoins et confirmatenrs de cette charte furent, sar la demande de Gaacher : Etienne Joret , Roger de Mulneth (Monnet) , Nardnin de Strabone, Gaucher de Châtillon, Falco, fils d'Adalgod deOrandson, etc. — Sait miefonmile d'imprécation.

*'* Noas y retiendrons en parlant de Salins, de Wan, etc.

*'* Cette pièce, découverte par M. Davernois dans les Archives Cantonales, est sans date, mais peut se fixer entre 1057 et 1066.

Pierre en fief à ses guerriers (militîbus), en sorte queTautorité du Prieur sur eux était annulée**®.

Et par ces maux et autres semUables , on ne peut exprimer, disent les moines , combien^ d'hommes nous avons perdus , qui préférant l'exil à ces yiolences , ont fut pour ne plus cevenir.

Enfin , ajoutent-ils , Amaury a fait placer 20 chiens dans notre village de Chaffois, et ravir de la nourriture pour eux et pour ses gens.

CetéchantiUon de la vie du 11' siècle n'est, en vérité, pas séduisant! Mais queUe que fût la brutalité des mœurs, ces dévastations devaient avoir quelque raison plausible. Et en effet une charte du. Cartulaire (de 1057 à 1060) nous révèle^ qu'Amaury (I) de Joux prétendait astreindre les hommes de Romainmotier, de Bannens et Bertsendens (Sainte-Colombe) à. contribuer aux réparations de sa forteresse- de la Cluse ; à le suivre-i la guerre ; siux coupes de bois nécessaires aux chemins publies (sylvae evertendae ad vias) ; ou à payer une taille en échange de ces travaux; le tout à l'instar de ce qui se pratiquait sous ses prédécesseurs Narduin, Warin et Aldric**''.

Enfin, comprenant qu'il avait agi peu sagement (inconsulte.) à l'égard des terres de l'Eglise , et sur les exhortations de Hugues, l'Archevêque de Besançon, et du Comte Guillaun^e, appuyés du Prévôt de Payeme Gaufirid ; il renonça à toutes ses prétentions et promit qu'il ne causerait plus ni tourment n\ dégât **^. Et afin que ce désistement (abrenunciatio) ou déguerpis^emenl; (werpitio) subsistât, Amaury reçut 5 livres

*'* Il avait aassi enlevé à Ghaffois 514- sols, 7 pièces de gros bétail» 11 brebi» (fêtas) et 4 porcs, -r-. Et à Mùtutorerius (sans doute 3fonstortf , Bulle) 60 sols, 44 pièces de gros bétail, 7 mnids d'orge et 3 de fronxent.

*^' Les sires de Joux, Narduin et Warin, vivaient au dixième siècle^ et Mdric «)ans la première moitié du 11*. — Amaury prétendait de plus avoir le droit df poursuivre les larrons qui se réfugiaient sur les terres du Monastère.

*^s Nihil tortitudinis inkturum ulterius prelibatis hominibus sive terris.

du Comte Guillaume et 5 de Gaufrid (au nom de Romainmotier) **^

Cependant après bien des années (vers 1070 à 1075), la querelle se ranima au sujet de la reconstruction de la Cluse, et Amaury jura qu'un combat judieimre le forcerait seul au silence (nisi probaretur campo). Ayant donc attendu Tarrivée du Prince, les témoins du monastère se disposèrent au combat en champ clos (campus firmatus a testibus nostris). Enfin, après divers débats, le Prieur Etienne, persuadé par ses amis, arrêta cette quereUe en donnant encore 11 sols à Amaury.

Autre témoignage de mœurs].

Amaury '^^^ (III) fils de Landric (II) ayant souvent causé des maux graves dans les possessions de Romainmotier , sa suite fit un jour une irruption violente à Bannens, blessa plusieurs hommes et tua le Prévôt de Tendroit.

Lors, sur TinterpeUation des moines, le comte Rainauld (III) tint un plaida Jougne, et força Amaury à réparation (emendare). Il donna pour Thomme tué une terre aux confins de Bannens^, et quatre arpents (jugeres) aux confins de Chaffois*". *

Quant aux autres différends, si nombreux et de telle nature qu'ils ne pouvaient être réparés entièrement'^^, on décida:

*'' Et le Comte décrète : que si les hommes de ces villages se prenaient de querelle avec ceux d'Amaury , celui-ci ferait plainte (proclamatiooem) ei que bonne justice serait fiaiite, « qualis fieret exempli causa prolato (prebto ?) Hugoni de Siley vel huic Hugoni consimilibus •. Mais que si cette justice était déniée, il se la ferait lui-même. Témoins : Henry et Guy de Ceys, Richard de Montfaucon , Warin d'Usie , Ulric d'Orbe , fF'aucher de Salins , Letalde de Salins, son frère, Hugues, chancelier et chantre de Saint -Etienne (deveoa, en 4067, archevêque de Besançon.)

*'* On peut placer cette charte en 1 109 ou 1 1 10 selon M. Duvernois.

^'^ Nommée ad spinam.

**' Un moine Yivianus lui avait déjà prêté 60 sols sur un pré mis en gages. Et il fit le serment de maintenir ^Jamais ces donations , et d'abandouner toute prétention sur ces terres.

'^^^ Ad integrum emendari non possent.

qu*Âmaury donnerait huit otages (obsides) , qui s'engageraient par serment, à maintenir la paix vis-à-vis de tous les biens de St. Pierre. Et s'il faisait tort pour plus de 20 sols à Aomainmotier, ces otages , à la première réquisition du Couvent» viendraient demeurer à Pont (arlier) sans en sortir , sauf permission du Prieur, jusqu'à ce que tout le mal îjjlX entièrement réparé , ou puni (propitiata) au gré du Prieur ou du patient'^^. Âmaury donna encore sept cautions, chargées de surveiller le tout '^^. — Remarquons dans cet acte l'esprit du gouvernement purement féodal. A défaut de force publique , le comte recourait à la puissance de seigneurs particuliers pour ramener quelque ordre. Tous les débats ne pouvaient être applanis , mais Âmaury devait à l'avenir rester en paix ; sinon ses huit otages , dépendant de lui en tout ou en partie , ne bougeraient de Pont, jusqu'à réparation entière. Et si les otages ou Âmaury faussaient leur foi, les fidéjusseurs pris parmi les seigneurs influents et les parents d'Âmaury, seraient chargés de les ramener au devoir.

' La cause de ces déprédations était toujours la même. Aussi fut-il arrêté (definitum), quant aux choses qu'Âmaury paraissait réclamer d* après une ancienne coutume: qu'il ne troublerait point la paix au sujet de celles dont les hommes de St. Pierre , pourraient, par le témoignage de leurs coparoissiens (convicanos), prouver qu'à tort cette paix serait rompue.

•** Parmi ces otages , Lambert da Val de Travers (de Valle Transversa) , et Pierre Cuisinier (cocus) de Usiaco (Usie) , Ricard et Wicard , Benoît de Pont et Lambert , Fulchard et Landric. -^ Six otages furent envoyés (missi sunt) dans ce même plaid. — Deux manquaient , pour lesquels Amaury promit sur sa foi^ au Prieur, d*étre lui même otage avec ses chevalins Etienne et Mo^on, jusqu'à leur envoi 9 ou s'il ne le pouvait, jusqu'à l'envoi de trois autres de sa mûson, au cboix du Couvent.

**' Dalmatius de rupe, Waulcher son oncle, le Seigneur Amédéej I)lQdon> elc. Fait sous le Prieur Lambert (vers ii 09 ou H 10).

Rien de plus usité que les dons à Toccasion de l'entrée au Couvent.

Le Seigneur (dominus) Mainard de Bannens , par exemjde, quand il offrit son fils Ponce à Saint Pierre pour être moine (ad ordinem monachatus), donna, pour le bien de son âme et de ses antécesseurs^ ses possessions à Ste. -Colombe et dans le voisinage , et de plus un serf nommé Pierre et une serve (ancillam).

De même, en 1084, sous le Prieur Etienne et le doyen Salierius, EnuQO de Cbaffois. voulant à cause de grands torts se faire moine, donne à Romainmotier la terre de Saint Marcel près Bannens, et le champ qui est à côté de TEglise , abandonnant tout difTérend juste ou. ipj.uste au sujet de serf3 ; il. £ût don encore d'up non»né Morell.

Une multitude de dons ou de déguerpissemens.vinrent encore confirmer ou accroître les possessions du Couvent à Bannens et Sainte^olombe, plusieurs nxême du fait des sires de Joux^^^ Ainsi sous le Prieur Etienne (vers 1100 environ) , Landrîc du Château de Joux, donne à Romainmotier un^ terre auprès d| Ste.-Colombe, dont Bérenger» fils de Rotbert de Bovonens^i réclamait unie part ; mais enfin , sur l'avertissement du Prieur, il y abandonna toute prétention, pour le bien. de son âme***..

^^ Par exemple : Abandon (werpitio) fait par Landrie, des fils d'Esemburga, après les avoir vexés longtems sous prétexte qu'ils devaient lui appartenir , enfin, reconnaissant que cette conduite était injuste , il les laisse à Dieu et à Saint- Pierre de Romainmotier, sous le Prieur Artaud (1093 à 1096).

Ainsi encore, Landric possesseur du Château de Joux , donne à St. Pierre la terre qu'il avait c in arliaco » au lieu de Ste.-Colombe, contre des anniversaires et des présens , et pose te doa sur l'autel à la vue de toute la congrégation; « Audientibus, Humberto de Bieria , Garino de St®. Yincente , et Rodulpho d« Brucins. » etc.

**^ Aujourd'hui Bonverens. — Témoins Rotbert et Mainard soa frère, Pîerrt clerc, et Rotbert villicus.

*** On trouve aussi des dons à Ste.-Colombe, de Rotbert, chevalier (miles) de Bannens, sous Etienne , et de Pierre, chevalier de Pontarlier, à Bannens.

Aux yeux des idoines, des donations à leur monastère étaient les œuvres les plus méritoires»

Une*** coutume très-sainte, dît le Cartulaire, à prévalu dès les anciens fondateurs (institutoribus) de monastères, c'est cpie chaque noble sans postérité*^^ transmit son héritage à l'Eglise***. Or Pierre, très-noble primat'^'du Château de Ceys, mourant jeune encore etsans enfants, remit, pour le salut de son âme, àRomainmotier.une meix(mansus) à fiannens,ditela meix Thierry ; à savoir le père qui y faisait demeure avec ses fils et ses filles, puis des moulins, un pré, etc, Pierre avait fait ce don librement (ex omni Toluntate), à son lit de mort , en présence de parents*^ et de beaucoup d'autres illustres personnages. Mais un chevalier nonunéNarduin, surnommé /e6f«n*^, qui prétendait la tenir de lui en fief (jure fevi), méprisant cette donation, affligeait les hommes du village (viUa) à Taccoutumée «quasi invasores sut honmris. » Et après des plaintes des fr^es de Romainmotier, répétées plusieurs années ^ il déclara enfin qu'à moins d'un dédommagement convenable (congrue precio) il ne cesserait foint. Thietbert, beau-frère du noble Pierre, tenait le même langage. Enfin on composa. Le Prieur Etienne donna à Narduin six livres d'argent, et trois à Thietbert, pour confirmer la donation *^. Alors Narduin se présentant ,

*^ Mos sanctUsîmiis.

*^ Fidèles quique nobiliam filiis carentes. ->- CariuL 1084.

*'' Ut in futaraiii eis sécuriser uti bradèrent.

^' Petras YÎr nobilissimns et seculari honore et progenîtonba& magnîfîcus castri qnod dicitnr Cegioê princeps»

La Camille de Ceyê ou Says^ existe encore.

**> Témoins Wilencefils de Beroard son cousin, el lesCSs de ff^ido de Ceys,

^^ Miles Yocabulo Narduinns, cognomine branus.

*'* Laudavenint donationem, Narduinus et Vivianns filins ejus , Thietbertns et Pontia nxor ejns, Rainaldus Cornes (Gnillaome rAllemand), Willelmas fifius, Walcherins Salinensîs.

posa le don sur l'autel de St. -Pierre à Romainmotier, à la vue des frères*'^.

Cette très-sainte coutume , était fort peu sainte assurément ; l'expression même dénote un cuJte des moines à leur couvent, qui n'était pas de l'esprit de Christ.

La donation de Pierre de Geys fut encore (vers 1130) Tobjet de différends avec Lambert de ChâtiUon (de Castellione) '^^^. Lors, le Prieur Lambert et les moines se réunirent à Besançon, et là, par le conseil d'hommes de bien, Châtillon se désistant de sa réclamation injuste'^^^, finit pour l'amour de Dieu la querelle. 11 demanda même à Humhert de Salins d'être', à cet égard , le protecteur des moines, soit contre lui l4ambert , soil contre d'autres. — Ainsi ces fiers Seigneurs se défiaient quelquefois d'eux-mêmes, et cherchaient des garants, de la durée de leurs impressions religieuses et équitables '^'^.

En 1276 , se présente une transactioa importante entre le Monastère et le Comte de Bourgogne. Alix de Savoie et de Bourgoigne, Comtesse Palatine , prétendait avoir à Bannens et Sainte-Colombe « toutes manières de seignorie et de justice et les gistes (impositions) à sa volunté. Contanz (difi[érend) fut donc avec Romainmoûj^tier. A la fin pour loyauté conserver et l'Eglise tenir en paix, on accorde ainsi: Bannens payera chaque année à la comtesse Alix 25 livres, et Sainte-Colombe six quartiers d'avoine sans plus; saulve qu'à la Comtesse appartiendront entièrement la seignorie et la justice dans les trois cas de meurtre, volet combat en chamnp clos (la bataille dou champ fermé) dans les deux villages , mais Romainmoûstier aura la

*'* Le jour des Kalendes de Mars l'an de rincarnatioa 408^ dans le temps du siège (coactionis) delà ville de Rome par le roi Henry, fils d'Henry.

^'' U réclamait aussi un serf nommé Duranus.

^^ De injuste calumnia resipiscens.

*'' Nous passons beaucoup d'autres donations citées par le Cartulaire (elles sont au nombre de plus de vingt) , nous verrons pourtant la donation des Egliseê plus tard.

moitié de toutes les issues (profits) de cette justice, et des héritages qui pourront échoir***. Et ces deux villages rémanent (restent) de la garde de la Comtesse , qui doit les défendre comme ses autres biens. Saulye à l'Eglise de Romainmotler ses raisons en toutes choses, «à qui nous entendons que ces deux villes soient (dit Alix) saulve ce que nous y retenons» **^.

En 1466 , autre acte plus exphcite. Messire Jean Loys de Savoie, commendataire perpétuel du Prieuré de Romainmotier, réclame sur les habitans de Bannens et Sainte-Colombe haute, moyenne et basse justice**^ ; ses prédécesseurs ayant, de temps imménM>rial, en dans cesviUages Chastellain, Maire, Sergent, Recepveur , Messiers et autres officiers. Le Châtelain , à son dire y a connaissance de toutes causes, sauf les trois cas**^ réservés à Monseigneur de Bourgonigne, à cause de son chastel de Pontallié. Le Prieur ajoutait que ceux de Bannens étaient ses hommes liges; et ceux de Sainte -Colombe ses hommes taillables , qui donnaient sur leurs meix, terres et héritages taillables 13 livres (stephanenses) par an, etc.

Les habitants de Bannens et Sainte-Colombe se prétendaient en revanche « hommes liges , subjectset justizables, en toute

*^ « Si liéritage est éehu, il doit être payé, et de ce prix la dite Eglise doit à leadre la moitié et le héritage lui demoure » .

*** PoBihertiel'Imi «tl daut een% MaBcnte foxe — ayec êeel de la comtesse et de soBcAtar êignor Philippe de SafToie et Borgoigne , Comte Palatin , son mari. CarhU. Arek. CaiU,

Dans l'acte de 1466 , que nons allons voir , il n*est parlé que de 5 livres à Bannens au lieu de 25, et de 6 quartiers avène à Ste. Colombe.

*^ Mère et mixte impère.

*^ La justice sur meurtre , vol , et combat en champ clos , et dans ce cas partage des émoluments (v. s.).

Feu le noMe homme le grant Jaques de Vatrweurt (Yautravers) y au tems qu'il esUit Chaistellain de Pontallié pour Monseigneur de Bourgogne , estait aussi juge et Chaistellain des prédécesseurs de Timpétrant (J. L. de Savoie), à Bannens et Sainte-Colombe.

» jurisdiction, haute, moyenne et basse, mère mixte et impère, » sans moyen (sans intermédiaire) , de Monseigneur de Bour- » gonigne seul, à cause de sa seignorie de Pontaiilié. — Etant » contribuables aux impôts et gectz (contributions) levés par le » Comte sur ses hommes subjects sans moyen. » — Ils ne toulaient reconnaître au Prieur cpi'un Maire avec basse jurisdiction*^. Et ceux de Sainte Colombe n'étaient à leur dire point tmUables, encore qu'ils payassent 13 livres par an «qu'ils ne » croissaient ne décroissaient» .

On recourut à un arbitrage du pays, devant lequel comparut honorable homme et saige Hessire, Jean Chappnis, docttfnr en loi et en décret, pour Messire Jehan Loys de Savoie***; poil des preud'hommes de Bannens et Sainte-Colombe. On donm raison au Prieur, avec réserve des droictures du Prince , et on régularisa toutes les redevances.

Soit à Bannens — l"" Chaque maison séparée où il y a un ménage, quatre émines d'avéne. — â"" La rente appelée sovigne, soit un quart de trois émines d'avéne. — 3"* Chaque feu, trois sols pour la rente appelée plait général, et se aulcun habitant tient plusieurs feuz en communion, non séparés, il ne doit que les dits trois sols. — 4"* Sept florins à Pâques. — S"" Item les corvées de charrue, et sera le Prieur tenu de les soigner raisonnablement (de leur fournir une nourriture convenable). — 6** Le four et le moulin seront bannaux, mais s'ils n'étaiopt maintenus en bon état, on pourrait en rechercher d'autres, etc.

A Sainte-Colombe — l*" 15 livres de taille chaque année. — â"" Puis les corvées de charrue , de faux , de ratel , mais le Seigneur les soignera. — 3"" Les moulin et four seront bannaux comme à Bannens, etc. **•

*** Avec connaissance des amendes de 3 sols sealement, etc.

**' Protonotaîre apostolique, administratear perpétuel de l*Evéchïé àe GenéTe, et commendataire perpétael des Abbayes de Saint-BeUin et de Pnyerne, et è» Prionrés de Nantua et de Romainmotier.

^' A Bannens était un pré de 20 seyturées, appartenant à l'Eglise , où étaiest

iJi9

Le Comte de Bourgogne semble évidemment avoir été suzerain de Bannens et Sainte-Colombe^^. Or la vassalité de Aomainmotier n'était pas du goût de ces preud'hommes , qui avaient fait des sacrifices d'argent inutiles pour être immédiatement soumis à la Bourgogne*^.

Un mot sur ce moulin de Bannens.— En 1096, Bichard fils de. Lambert de Pont (arlier), pour son salut et celui de ses antécesseurs , abandonne toutes les réclamations qu'il faisait aux moines, et leur donne un moulin, à Bannens , qu'il tenait en gage, et ce, contre une redevance à vie. — Le tout fait en présence du sire Bnrcard de Goumoêns (le vidame), et des témoins Otton de Ghavomay, Teymerus d'Orbe, Beroard de Âgyz, etc.

Or, en 1416, Jean de Seyssel, Prieur , et ses religieux associent, pour une moitié indivise , Jean Duc de Bourgogne et ses successeurs à la propriété d'un moulin qu'ils projettent de reconstruire à Bannens sur la rivière du Drugeon , sur l'emplacement d'une précédente usine actuellement détruite , ou ailleurs; à l'efiet de percevoir en commun et de partager les profits de ce moulin ; à condition que le Prince obligera ses hommes de Bouloz , Chafibis* et de Granges , à y moudre , ce qu'ils feront eux mêmes pour leurs sujets de Bannens et Sainte- Colombe. La jurisdiction et les amendes dans ce moulin sont

does eeseonrées de faux, etc. l\ était à cette époque (1466) tenu en fief par nobles Jelian Chevalet et Jehan Goudan.

Les deux parties jurèrent sur TEvangile d'observer fidèlement cette transaction.

*^^ Le Bailli d*Aval , au Comté de Bourgogne, rappelle que barre avait été mise sur les revenus des reli^eux de Romainmotier à Bannens et Ste.-Colombe, el cela pour deffavlt de fied non faxcty mais 91M cette main est leçée, — 26 août 1407. Une copie de Tacte de 1276 accompagne celte déclaration.

^^ Jean Loys de Savoie dit « quelque contribution qu'ils aient faite de leurs » voluntés au deceu de Vimpétrant ne luy doibt préjudicier. »

* Est-ce qu*à cette époque le Couvent avait perdu ses possessions en ces villages ? — Charte communiquée par M. Duvernois.

réservées au monstère , qui sera maintenu dans la jouissance de tous ses droits antiques en ces deux vUlages.

Romainmotier avait un Maire à Bannens ^. En 1405^^, dans la cour (in aula) de l'habitation du Prieur Jean de Seyssel, GuiUerme dit Meyrez'^^^ de Bannens » lui fait honunage lige à genoux, tenant ses mains entre celles du Prieur, avec intervention du baiser de paix, et cela pour la Mayorie (villicatura) , et des biens à Bannens ^^^. — 11 s'acquittera fidèlement et à ses dépends de son office ^^. -- De plus , le prenUer^né de GuiUerme, et de ses héritiers, possédera toujours la Mayorie de Bannens et l'exercera à ses frais, — Enfin il ne peut faire bourgeoisie , ni rechercher la garde de quelque Seigneur, château , cité ou bonne ville que ce soit sans le consentement du Prieur , sauf l'antique garde de Pontarlier (Pontis alie) . — Puis le Prieur donne à GuiUerme l'investiture du tout'""^, par la trai^smission d'un roseau selon l'usage ^^. Et GuiUerme promet par serment d'être obéissant et fidèle, comme le doit un homme Qge et un bon vassal à son Seigneur, etc.

^' Le Prieur disait (en 1466) que d'ancienneté il avait appartenu k set prédécesseurs « de taillier et eschantillier toutes mesures de blez et vin, armoyer de leurs armes » . C'était l'office du Maire ou Mayor.

*"<^ Le 6 juin, l'an i I du Pontificat de Benoit XIIL

*** Meyre, Maire, Mayor, Meyer, ' ^

*'* Une maison de pierre avec le cheseau , 45 *f% journaux de terre, 40 seyturées de pré, grange , 42 deniers de censé ; le tout pour 25 sols pa^rdiks annuellement aux religieux.

*B8 Percevant cependant pour sa peine et son droit 18 deniers sieph : dans les amendes de trois sols, et trois sols dans les amendes excédant cette somme.

^'^'^ De la mayorie et des possessions susdites sauf, toutefois, le dnitde fief.

*'" Per traditionem unius ealami , ut moris est. — (Faudrait-il traduire calamm par une plume?) — Témoins Wauthier, bastard de Neuchâtel, Pierre de Mollion, Jean, Mayor de Romainmotier, ieanPerriea, donzel, et plusieurs autm dignes de foi.

BULLE (BULLO, MONSTORE, THUREV),

Vers 1075, Frédéric, par la grâce de Dieu, évêque de Genève^ réfléchissant à la fragilité de rhomme^et recherchant le bien de son âme et de ses antécesseurs , donne, par la main de son aTOué Algod, son alleu à Monstoris (Bulle) , soit habitations (casis) et cheseaux (casalibus) , prés , champs , forêts , arbres fruitiers et autres, cours d'eaux et aussi serfs et serves ; il le donne à Tautel de St. -Pierre de Romainmotier , et aux moines qui 7 servent assidûment Dieu et St. -Pierre. De telle façon que tous conservent son souvenir durant sa vie, et après sa mort célèbrent son anniversaire comme celui d'un de leurs frères***.

Puis Frédéric prie et invite de la part du Rai h Comte Guillaume, de garder et conserver à Romainmotier cette donation faite de son aUeu (alaudi), et qui sans doute était considérable.

It'Evêque. Frédéric avait accompagné, en 1049, le Pape Léon IXy dans sa visite à Romainmotier *^''.

Autre donation.

*** Pais TÎtennént desejLCOinmunications. — Fatf à Crenep e, Van VJ du tègne d'Henry h jeune (joniore, c'est Henry IV). Ce qui porte à 1073. — Une difficulté se rencontre. Lévrier (Chronologie historique des Comtes de Genevois) fixe la mort de l'Evéque Frédéric au huit des Kalendes de septembre 1063 ou 1064 après avoir siégé 37 ans. U fait succéder à Frédéric hotard^ mort vers 1070, puis Crut, qui gouverna 50 ans.

*'^ Ainsi que 1* Archevêque de Lyon et celui de Besançon. — Pourquoi VEçéque de Lautanne n'assistait il pas à cette ^site faite dans son diocèse ?

frère contre trois sols annuels de censé***. — La quotité de la censé pouvait ne pas répondre à l'importance de la terre , car l'intention du Prieur était d'accomplir une mesure d'équité.

Les possessions de Romainmotier à Chaffois étaient assez étendues pour que les religieux pussent appeler ce village notre '^^^,

Bien d'autres dons au Monastère romain se rencontrent dans la Chau d'arlie.

Vers 1014. — L'Abbé Odilon et les frères donnèrent à vie à Àrembert, à sa femme Facema et à leur fils ScUieriuSy une meix (mdnsus) au confins de Pont (arlier) lieu dit Frorcens , sous ceiïse de 10 sols durant 2 années^ et de 5 durant les 2 suivantes» avec trois repas honorables (très receptis honorabiles] aux frères***.

Il y avait probablement une idée de fraternité, de commumon dans ces sortes de repas.

Vers 1024. Don à Romainmotier de huit journaux de terre arable, in comitatu Ar/ta**^ pour le salut de plusieurs.

Vers 1065. Aldo donne à Romainmotier tout son alleu kAr&e^ parce qu'ayant été longtemps malade à Romainmotier, il a été soigné par les frères***.

^^^fait le -17 des Kalendes de Novembre l'a(n de rincarnation 4f08, à la dédicace de l'Eglise (de Sainte-Colombe), sous Hugo Abbé de Cluny et Hugues lY Archevêque de Besançon. CartuL

t65 « {q villam nostram Cafteiacum immisit SO Canes » €lamatione$de Amal*' drico (▼. s.).

^^ Arch» Conf. communiquée par M. Duvernois. — Fait à Romaiumottef) le jeudi des nones de mai la 20' année du roi Rodolphe.

^*' La 30' année de Rodolphe*

**' Sous le Prieur Humhert et U doyen Saltertus.

Eu 1111 , Âmaury, fils de Landric de Joux , son frère Louis et sa mère donnent, pour l'âme de leur père,^ un pré à Ârlie, au lieu nommé Belmont (Bellusmons), que les moines tenaient en gage,, dès le temps de Landric, pour 55 sols prêtés par le moine Vivian. Us cèdent le surplus à Saint-^Pierre en renonçant à d'autres querelles *^^.

WAUT, CHANTEGRUE, DAMPIERRE, ET LA

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