CHAPITRE IL
ce de la propagation des Mystères dans la - Grèce. |
$ 1. Les Devins ou Mystagogues. — 6 2. Orphée, Eumolpe, fondation des Mystères. — $ 3. Des Orphiques.
Ô I. Les Devins ou Mystagogues.
LUXE des cases de la propagation des mystères d’Eleusis dans toutes les partes de la Grèce, a été sans doute limportance qu’attachoient les Grecs à être initiés à ces mystères, et le besoin d’éviter la fatigue, et les grandes dépenses qu’entrainoit le
voyage d'Athènes. Un grand nombre de contrées ont VomE III. I
Ait
dü aussi recevoir les cérémonies sacrées d’Eleusis par ces mystagogues ou ces devins fameux si vénérés dans la Grèce antique; la divination (a) qui n’est que ridicule dans lés siècles éclairés, étoit et devoit être une science importante dans les premiers temps de la civilisation : lorsque, parmi des peuples voisins de la barbarie , il parotssoit un: de ces hommes remarquables par des connoissances ou des qualités au-dessus de son siècle. l'admiration publique lui décernoit le titre d’ envoyé des dieux, .ses actions étoient considérées comme des imspirations de la divinité. Ces sages sentirent toute la puissance que cette utile erreur leur donnoit sur des hommes grossiers et indociles qu'ils vouloient arracher entiérement à la barbarie, et les moyens qu’elle mettoit à leur disposition pour terminer le grand œuvre de la civilisation ; aussi un voile mystérieux empéchoit les regards de pénétrer leur secret. « De grands » hommes supérieurs à leurs contemporains, dit » Pausanias, se rendoient respectables et obtenoiïent » sur eux un grand empire en leur enseignant les » cérémonies de la religion, en leur persuadant » qu'ils avoient trouvé le secret d’expier les crimes, » de purifier ceux qui les avoient commis, de guérir » les maladies et. d’apaisér la colere des dieux. » Cest ainsi que l’art de la divination enchaînoit les hommes par le triple lien de la santé, de la religion et de l'astrologie Ÿ, choses qui les chosen de
GO) paüsan. , Per medicinam, religioném et astrologiam.—Phn.,
Hist. Nat.
| MYSTÈRES. 3 plus près et qui avoient le plus de pouvoir sur leur imagination. Aussi tout étoit compris dans l'art de la magie, et les magiciens étoient en même temps les héros de la poésie , de la législation, de la religion, de la médecine , de grands capitaines, et de grands astrologues; ils gouvernoient les peuples, ét aprés leur mort ils étoient admis au nombre des dieux. els furent Mélampe, Musée, Chiron, Tirésias, Bacis, Méthapus et tant de grands hommes qui, chez les Grecs, furent révérés, comme magiciens, guerriers, poëtes et médecins; tous établirent de nouvelles cérémonies dans diverses parties de la Grèce, apportèrent dés changemens aux anciennes. C’est peutêtre à ces hommes qu’il faut attribuer plus particulièrement la grande diversité des dieux, des rites, des noms donnés aux divinités grecques : ces anciens devins qui, presque toujours , étoient des ministres des dieux, espéroient acquérir une grande autorité en renouvelant des cérémonies anciennes et en quel-. que ‘sorte oubliées, où en offrant aux yeux des homimés ‘un spectacle extraordinaire ; cependant, pour ne pas effaroucher la superstition, ils présentoient toujours les anciennes divinités, mais ornées d’attributs. nouveaux et avec de nouvelles dénominations , et on ne sauroit douter qu'ils aient beaucoup contribué à propager le culte des divinités éleusiniennes, comme nous l’avons vu de Méthapus qui leur donna un nouveau lustre en Messénie.
ÉT
$ II. Orphée,—Eumolpe.—Fondation des Mystères.
Le plus célèbre de ces mystagogues fut Orphée : les uns ont nié entiérement son existence, les autres lui ont appliqué des faits qui se trouvent a plusieurs siècles de distance, ceux-c1 lui ont prêté les choses les plus au enfin les anciens ont fait à son égard ce qu'ils ont fait à l'égard d’Hercule et. de tous les hommes célebres de ces temps: ils ont donné à Orphée ce qui appartenoit à plusieurs personnages, même de noms différens. Orphée ayant été
regardé comme le fondateur des mystères de Bac-
ARE etla secte quia pris dans la suite son nom ayant eu une trés grande influence sur cette partie de la religion des Grecs, nous devons parler avec quelque étendue de cette partie intéressante de notre sujet.
D'abord, pour ce qui concerne les mystères d’Eleusis qui nous occupent maintenant, une opimion assez généralement adoptée dans la Grèce, en à fait honneur à Orphée . Ceux qui étudient avec quelqu’attention la série des opinions des anciens et leurs monumens sur l'établissement des mystères d'Eleusis, ne seront sans doute pas assez hardis pour prétendre en déterminer l’époque d’une maniére certaine. Ce seroit une grande témérité que de vou-
® Aristoph., Ran., v. 1064. — Euripid., Rhes., v. 943. — Démosthen., contra Aristogit., Orat. prior.
MYSTÈRES. 5,0 loir préciser des faits et des dates à des époques aussi reculées ; néanmoins, en dégageant ces mystères de toutes idées mystiques qui évidemment appartiennent à des époques postérieures, et en les bornant aux pratiques simples qui appartiennent naturellement aux premiers pas de la civilisation, on ne peut s'empêcher de reconnoître qu'ils se rattachent à l'origine des religions chez les Grecs, au principe de leur civilisation et à l’établissement de leur agriculture. C’est bien à Orphée que la tradition la plus ancienne et la plus générale attribuoit l’origine des institutions religieuses les plus célébres , le témoignage unanime de FPantiquité lioit l’existence d’un personnage de ce nom, aux établissemens qui contribuèrent à tirer la Grèce de la barbarie où elle étoit plongée (b). Les Grecs divisés en uneinfinité de petits peuples, étoient tous indépendans les uns des autres, et 1l étoit très difficile de les amener à un genre de vie moins féroce, par des lois qu’aucune autorité ne pouvoit faire respecter ; Orphée entreprit de le faire par la religion. « Orphée, dit » ÂAristophane Ÿ, nous enseigna les initiations et » à nous abstenir de meurtres. » « Ge fut en effet, dit » Pausanias ® , le but des expiations dont il établit » l'usage (c). » Cependant ce n’est pas en faveur d’Orphée que les plus grandes probabilités pour
Vétablissement des mystères d’Eleusis se réunissent,
1) Aristoph., ÆRan., v. 1032. — } Pausanias , lib. IX, cap. 30.
c’est en faveur d’Eumolpe. Sans doute, comme nous l'avons dit, les documens nous manquent pour cette recherche qui ne seroit nullement frivole, quoiqu'en ait dit M. Ouvaroff, puisque , si l’on parvenojt à fixer l’époque et la succession du culte de chaque divinité, cela conduiroit infailliblement à une histoire dus progres de la civilisation chez les Grecs, et à une connoissance certaine de la mythologie de ce peuple; mais les premiers historiens euxmêmes n’ont pas cru pouvoir lever ce voile. Hérodote garde le plus profond silence sur les commencemens des mystères d’Eleusis. Isocrate est le plus ancien écrivain grec qui ait parlé de linstitution de ces mysteres, mais 1l l’attribue à Cérès ® , etil n’en détermine pas l’époque ; il en est de même de lauteur de l'hymne à Cérès attribué à Homère, de Pausanias qui a copié cet’ auteur ® , du rhéteur Arisüide qui n’a parlé que d’après [socrate. ©
À la vérité, des poëtes et des orateurs contemporains d’Isocrate , ont fait Orphée auteur de ces mystéres. Euripide, dans la tragédie de Rhésus ©, introduit la muse Terpsichore , mére de Rhésus chef des Thraces, qui, au milieu des plaintes touchantes qu’elle exhâle sur la mort de son fils tué par Ulysse et Dioméède, s'adresse a Minerve unique auteur des maux qui font couler ses larmes ; car Ulysse et Diomède n’ont fait qu’exécuter ses ordres.
GW Ysocr., Panegyr. Athen. = @) Pausan., lib. I, cap. 14.— ® Aristid., T.J, p. 257. = Ÿ Euripid., Rhes., v. 940.
MYSTÈRES. 7 « Ta-ville, lui dit-elle, est sous la protection des » Muses; nous habitons les lieux que tu chéris; » Orphée que les nœuds du sang unissoient à Rhé- » sus, y enseigna les ineffables mystéres , et tu as » causé sa mort et tu en triomphes. Le corps sanglant » de mon fils que je porte entre mes bras, voilà » ma récompense ! » Aristophane attribue aussi à Orphée la fondation des mystères ®. Le témoignage de Démosthènes seroit d’un plus grand poids que celui de ces poëtes, s’il n’étoit pas probable qu'il n’a rappelé ce fait que parce qu'il prétoit à son éloquence ; 1l lui suflisoit que cette tradition füt admise dans la poésie pour qu’il se crût autorisé à en faire usage. La statue en bois d'Orphée que Pon voyoit du temps de Pausanias dans un temple de Gérés éleusinienne à peu de distance du mont Taygète daus la Lacomie, et que l’on disoit étre l'ouvrage des Pélasges, est une de ces traditions vagues si facilement accueillies par cet écrivain. Îl en est de même de cette autre tradition également citée par Pausanias, que le culte de la déesse.Chthonia, Cérès terrestre ou infernale, avoit été apporté aux Lacédémoniens par Orphée; car cette tradition est en opposition avec le fait que les Lacédémoniens tenoient ce culte des Hermionéens. L'autorité des marbres de Paros seroit d’un grand poids dans cette matière ; mais l'endroit où 1l est fait mention des mystères de Cérés est entiérement mutlé , les éditeurs ont inséré le nom
Œ Anistoph., an,
ô | MYSTÈRES. |
d’Eumolpe comme fondateur des mystères de Gérés : ils ont aussi restituéle nom d’Erechthée sous le règne duquel Eumolpe auroit établi ces mystères. Ces restitutions présentent un haut degré de vraisemblance; elles reposent sur la persuasion générale des Grecs et surtout des Athéniens que les mystères d’Eleusis avoient été fondés par le Thrace Eumolpe, et sur le témoignage d’une foule d’écrivains de l’antiquité dont nous ne devons pas nous occuper, mais dont on peut voir les textes rassemblés dans Meursius ®. Ces nombreux témoignages sont confirmés par l’incursion des Thraces dans l’Attique sous le commandement d'Eumolpe ; aucune expédition n’a été aussi célébre chez les anciens que cette incursion et que la guerre faite au roi Erechthée par Eumolpe, apres qu'il se fût emparé d'Eleusis. Gette guerre est même citée par Thucydide, comme un monument de l’état de l’Attique avant Thésée ® : « L’Attique, sous Cécrops et les premiers rois, dit » ce célébre historien, fut toujours habitée par » bourgades qui avoient leurs prytanées et leurs » archontes, les habitans de chaque bourgade n’al- » loïent pas s’assembler en conseil pour délibérer » avec le roi, ils délibéroïent et prenoient conseil
G) Rien n’étoit mieux établi dans Athènes , que le fait qu'Eumolpe avoit été le fondateur et le premier hiérophante des mystères d'Eleusis ; cette tradition étoit aussi ancienne que la ville elle-même.
@ Meursius, T. I, p, 461, 462. — % Thucyd., lib. Il,
cap. 15.
» entr'eux. [l leur arrivoit même quelquefois de lui » faire la guerre: ce fut ainsi que les Eleusiniens la » firent à Erechthée conjointement avec Eumolpe. » Cette guerre se termina par la bataille où les Eleusiniens furent défaits, mais où Erechthée perdit la vie ; il fut convenu que les Eleusiniens soumis pour tout le reste aux Athéniens, célébreroient les mystéres, qu'Eumolpe et ses descendans seroient chargés de tout ce qui concerne le culte des divinités d'Eleusis.
‘La longue succession de la famille portant le nom d’Eumolpe dans les fonctions du sacerdoce (d) d'Eleusis, donne un nouveau degré de vraisemblance à l'opinion qui fait Eumolpe (e) le fondateur des mystères d’'Eleusis. Chez aucune nation, il n’a existé une race qui ait été revétue d’une même dignité pendant un aussi long espace de temps; après la mort de son chef, la famille d’Eumolpe fut divisée en deux branches, les Eumolpides et les Céryces. Elles ont exercé pendant une suite non interrompue d’au moins vingt-huit siécles, le saint ministére d’Éleusis qu'on étoit accoutumé à regarder comme leur héritage ® : les Eumolpides et les Ceryces étoient non-seulement hiérophantes, dadouques et hérauts sacrés ; mais on choisissoit parmi eux, deux “des épimélètes qui, sous la direction de l’archonte ro1, connoissoient de tous les délits et de tous les crimes commis contre la sainteté des divinités d’E-
® Meursius, Eleus. , cap. 19, 14, 15.
10 MYSTÈRES. | leusis ”, Outre les honneurs attachés à ces dignités , les Eumolpides jouissoient à Athenes d’un respect sans bornes et d’un immense pouvoir ®; non-seulement ils appliquoient les lois contre les impies, mais ils interprétoient, ils prenoient part aux affaires les plus importantes de l’État, aux négociations pour la paix, aux décisions sur la guerre, ils se glorifioient des services importans que leur fanulle avoit rendus dans tous les temps a la république. Quelques écrivains ont prétendu que l’établissement des mysteres d'Éleusis devoit être placé à des temps bien plus récens, et 1ls ont conclu du silence d'Homère sur ces mystères, qu'ils n’existoient pas de son temps. Cependant Pausanias assure que Pamphus, poète antérieur à Homère, avoit fait de l’enlévement de Proserpine l’objet de ses chants © ; mais quand on n’admettroit pas cette tradition , la conclusion que l’on tire du silence d'Homére ne seroit pas mieux fondée. On ne peut pas trouver tout dans Homère, 1l n’a pu entrer dans son poëme que ce qui faisit partie de son sujet, et un grand nombre d'institutions dont existence est prouvée, naurolient pas existé si on admettoit cette matiere de raisonner ( f ). On objecte encore qu’on netrouve dans les poëmes d’'Homére aucune trace d'idées métaphysiques : cela est vrai, la théologie d'Homere est antérieure à toutes les combinaisons métaphy-
@ Andocid., de MISE D 220. = @) Lysias. — Andocid., p- 105, 117. = Pausanias, lib, IX, cap. 8#.
MYSTÈRES. | II siques ; Homère présente la simplicité des temps primitifs, mais il ne suit pas de là que les mystéres d’Eleusis ne fussent pas encore établis de son temps. Dans le prinéïpe , les mystères d’Eleusis devoient aussi présenter le caractère des temps primitifs ; 1ls n’ont pris les formes mystiques, et les idées métaphysiques ne s’y sont introduites qu'avec la succession des siècles; elles ne s’y sont développées que lentement, car les institutions religieuses suivent nécessairement une marche analogue au progrés de la civilisation et de l'esprit humain , elles prennent l'empreinte des siècles qu’elles traversent. Or, les idées métaphysiques annoncent toujours une grande maturité de pensées, une profondeur de réflexions dont n’étoient pas capables les premiers habitans de la Grèce , et que ne leur auroient pas présentées les colons , en supposant qu'ils les eussent eues. En réduisant donc les mystères d'Eleusis aux simples cérémonies qui sont dans l'esprit des premiers âges, on doit admettre les témois gages nombreux et authentiques qui s’accordent à reculer l’époque de la fondation des mystères jusqu'aux siècles héroïques ; il y a d'autant moins de doute à élever sur ces nombreux témoignages qu’ils confirment l'opinion que présentent naturellement ces mystères qui, transplantés en Grece et S'y unissant avec un certain nombre de notions locales, n’ont jamais perdu entiérement l’empreinte des idées et des institutions des âges primitifs, et ont rappelé dans tous les
temps l” établissement de l’agriculture et de la législation.
Cest sur une semblable preuve négative que se sont principalement fondés ceux qui ont nié l’existence d’Orphée. Les plus anciens écrivains, Homère et Hésiode ne parlent pas d’Orphée ; donc ils ne l'ont pas connu, donc il n’existoit pas; sans doute on ne peut admettre un seul personnage % sous le nom d'Orphée qui ait été par exemple l’instituteur des mystères, et le compagnon des Argonautes dans leur expédition à Colchos; mais il est conforme aux règles de la saine critique d’admettre, puisque toute l'antiquité nous le présente avec une unanimité désespérante pour les incrédules, un devin, un mystagogue , que les Grecs ont appelé Orphée, fondateur d’un mélange de religions et de superstitions, un Orphée archétype, pour ainsi dire, que la postérité a ensuite chargé de tous ses mensonges, de toutes ses fictions, de toutes ses monstruosités , auquel elle a attribué les faits les plus incohérens, sans distinction de temps et de lieux , tel enfin qu'avec ce fardeau , il est impossible qu’il ait existé. On ne peut dire maintenant sans doute quand, nt enquel lieu a vécu ce premier Orphée, n1 quelle étoit la doctrine qu’il enseignoit, mais ce n’est pas une raison pour nier son existence. Pindare ® appelle
G Les uns ont voulu qu'il y eut cinq Orphées, les autres sept,
Hérodote deux seulement. On a réuni les faits appartenant à tous ces Orphées sur le même personnage. = @ Pind., Pyth. 4.
MYSTÈRES. 13 cet Orphée, si justement célèbre, dit-11, l'enfant d Apollon, le père de la lyre et du chant. Si du temps de Pindare , Orphée n'eut pas été un personnage, dont l’existence fût, pour ainsi dire, consacrée, ce poète n’auroit jamais eu la pensée de le créer, il ne l’auroit pas appelé le père du chant, et Onomacrite qui passe pour l’auteur des-hymnes d’Orphée, et qui vivoit peu de temps avant Pindare n’auroit jamais donné ses hymnes sous ce nom, s’il n’eüt été célébre dans toute la Grèce ; ce n’est pas subitement que de pareilles fables acquiérent de l'autorité. Sa célébrité chez les Athéniens remplissoit tous les esprits , lorsqu'Euripide leur présentoit Orphée sur la scène comme l’auteur des mystères Ÿ , qu'il leur parloit de ses miracles et de lexcellence de ses phépies ® ; les mêmes réflexions se présentent lorsqu’on lit ‘+ Aristophane tous les passages relatifs à Orphée. Socrate( dans son apologie par Platon) dit qu'il se réjouit de converser dans les enfers avec Orphée, Musée, Hésiode et Homére. © .
Dans l’Alceste d'Euripide ® le chœur s'exprime ainsi: « Vainement chercheroit-on dans les écrits de » Thrace dictéspar le touchant Orphée, un préservatif » qui pût garantir les mortels des coups du destin. »
« Que personne, dit Platon dans le huitième livre » des lois, ne s’avise de chanter aucune composi- » ton de musique , qui nait eu l'approbation des
® Euripid., Med., 543. — Iphig. in Aulid. — ® Euripid., Rhes. v.943.= ® LE — Euripid., Alcest., v. GET
» gardiens des lois, quand même elle seroit plus » SAT que les hymnes de Thamyris, et ne » les hymnes d’'Orphée. »
- 11 y avoit donc du temps d'Ebripide et de Platon des écrits qui portoient le nom d’Orphée, sont-ce ceux que nous avons? Onomacrite vivoit du temps des Pisistratides et de Xerxés, conséquemment avant Euripide et Platon.
Pausanias après avoir rapporté l’histoire d’Orphée telle à peu près qu’on la trouve dans tous les mythologues , ajoute : Ge sont autant de fictions à travers desquelles je crois démêler qu’Orphée fut un grand poète, fort supérieur à tous ceux qui avoient existé avant lui, ét qu'il se rendit respectable en enseienant aux hommes les cérémonies de la reli-
sion, et en leur persuadant qu’il avoit trouvé le
Sbesét d’expier les crimes, de purifier ceux qui les avoient commis ; de guérir ‘dde maladies et PRER la colère des dieux. ©?
Hérodote parle d’Orphée comme d’un personnage réel.
Saint Justin © Pappelle primus doctorum deorum , et Origène ® lui-même ne nie pas existence d’Orphée ; il doute seulement de l'authenticité de ses ouvrages ®, Plmlochore dans son Arte vaticinandi ,
@ Hérod., lib. VI, cap. 7. = ® Pausan. be IX , cap. = G Saint Justin, Erhortatio ad Gentes de Mona ehle. 1044 = ® Origen.,, contr. Cels., lib. VIT, p. 367 , 368.
® Origen., contrà Cels. On peut voir sur les ouvrages d” Le: phée, Gyraldus , T. IT, p. 76. — On veut, dit Cicéron (de Nat.
| MYSTÈRES. 19 le mettoit au rang des devins ®, Démosthéne, Diodore de Sicile, Plutarque et Théodoret, d'aprés eux, le regardoient comme l’auteur des Bacchanales, des Panathénées et même des Thesmophories, ( la Grèce devoit les Thesmophories aux filles de Danaüs © ), et comme ayant converti le culte d'Isis et d’Osrris en celui de Gérés et de Bacchus.
Au milieu de la Thrace, dit Pomponius Mela , s'élèvent les monts Hémus, Rhodope et Orbelus, qui sont célébres par les orgies et les cérémonies de Bacchus , qu'Orphée le premier y introduisit © : certes, dit Meziriac, Orphée naquit et mourut en Thrace, comme je a le prouver ni mille exemples. 6
Suivant PU à de Sicile, Orphée que la nature avoit doué d’un génie extraordinaire pour la poësie et la musique, et qui le premier enseigna aux Grecs les mystères et.les initiations, avoit été disciple de ces Dactyles © qui passèrent dans la Samothrace , et qui étonnérent les habitans de cette île par leur science dans la divination, par leurs prestiges leurs enchantemens , leur rites sacrés et leurs mys-
Deor., Kb. I, 6 38.), que les vers qui passent sous le nom d’Orphée, soient d’un pythagoricien nommé Cercops.
Œ Athen., Kb. XIV. — ® Yarmor. Oxon., Epoch. IX, p. 160.— ® Theod., Therapeut. — ® Pomp. Mela, lib. IT, Caps, = G) Comment. Sur les Epires d’'Ovide, T. I, p. 168,
® Orphée fut le disciple des Dactyles , dit Pausanias (lib. III, $ 14—TLib. IT, 6 30.) , et il puisa dans leur commerce de nouvelles idées religieuses. Il alla se faire initier aux mystères d’Isis
tères ; dans toutes les occasions où Diodore de Sicile parle d’Orphée, il le présente comme un homme célèbre par la beauté de ses vers , et par sa profondeur dans toutes les matières de religion ©, I] le met au nombre de ces Grecs célébres qui vinrent en Egypte s’instruire des lois et des mœurs de cette nation ; 1l le donne comme l’auteur de la fable de l'enfer dont les sépultures égyptiennes lui donnérent l’idée , ainsi que de la fable des Titans et de l’introduction dans les mystères du rit de Bacchus déchiré par eux %, comme le fondateur des mystères établis en Thrace chez les Ciconiens © ; il dit qu'il ajouta une corde à la lyre et qu’il apporta divers changemens dans les orgies de Bacchus.
Plusieurs nations prétendoient avoir le tombeau d’Orphée: il étoit à Dium près du mont Piérie , il étoit encore à peu de distance de Libethra ancienne ville sur Le mont Olympe, où l’on voyoit une statue d’Orphée faite de bois de cyprès ©. Suidas dit qu'il étoit de cette ville; Strabon veut qu’Orphée demeurât à Pimplia ©. Il avoit à Lesbos , son tom-
en Egypte, où il acquit des connoissances supérieures sur les initiations , les expiations , les funérailles, et d’autres points du culte religieux, qu’il communiqua aux Grecs. Il institua les mystères et le culte d'Hécate chez les Eginètes , celui de Gérès à Sparte. | |
@ Diod. Sic. , lib. V,$63.— ® Diod, Sic., lib. , p. 15,16, 26,27 ,80, 105,107. = Ibid, lib: Né p. 79. = & Ibid. , 677-—= © Plut., Pit. Alex., cap. 19. = Strab., lib. VIT, p. 330.
beau dans le lieu où étoit le temple de Bacchus, et sa lyre fut suspendue dans le temple d kbollon LE Pausanias, après avoir rapporté la tradition sur la destruction de Libethra qui avoit été prédite par V’oracle, lorsque les os d’Orphée seroient mis à découvert, ajoute : « Quant à ses hymnes, ceux qui -» ont étudié les poètes, n’ignorent pas qu’ils sont » courts et en petit nombre. Les Lycomédes les » chantent par cœur en célébrant leurs mystères : » du côté de l'élégance, ils n’ont que lè second » rang, ceux d’Homére leur sont supérieurs ; mais » la religion a adopté les hymnes d’Orphée et n’a » pas fait le même honneur à ceux d’'Homére. ® » Les symboles et les expressions énigmatiques qui sont inséparables des mystères, étoient conservés dans les poésies d'Orphée ; lesquelles étoient em ployées dans les cérémonies religieuses ; on en donnoit explication aux initiés. ® pots passoit pour l’auteur du serment Feat table qu’on exigeoit des initiés, pour s'assurer qu’ils garderoient le secret qui leur étoit imposé. © Suivant Platon, Orphée avoit établi le dogme que ceux qui auroient bien vécu en cette vie, recevroient pour récompense de leur vertu, des plaisirs perpétuels dans l’autre monde, en quoi il le blâme d’avoir proposé la volupté.pour but aux actions vertueuses Ÿ ; le même Platon observe , dans le Prota-
® Lucian, — % Pausanias, lib. XI, cap. 30. — © Clem.
Alex. , Strom., p.673 ,674.—% Firmicus, Astrolog. , Gb. VIT. =? Plut., Parall, de Cimon et de Lucullus.