‹ Recherches sur le culte de Bacchus, symbole de la force reproductive de la nature, considéré sous ses rapports généraux dans les mystères d'Éleusis, et sous ses rapports particuliers dans les Dionysiaques et les TriétériquesChapitre 4 sur 41 · Tome II · texte numérisé non relu

Tome II

Milet sur l’origine du monde et la nature des choses, ses principes sur l’eau , sur la force de la nature, sa théogonie, sa hiérarchie céleste, 6ntun tel rapport FT philosophie orphique, qu’on les én croiroit une simple interprétation ; 1l en est de même de beaucoup de points de la doctrine d’Anaximandre, tels que l'ame du monde , la force de la natee les principes d’Anaxagore et des autres philosophes grecs ont tous quelque ressemblance avec les principes orphiques. Le poëte Eschyle étoit lui-même un de ces Pythagoriciens orphiques , 1l étoit trés attaché au culte de Bacchus, 1l se prétendoit 1 inspiré par lui; Eschyle n’étoit pas initié aux mystères d’'Eleusis, et cependant il fut accusé d’en avoir révélé le secret. Il n’échappa à la mort dont 1l étoit menacé qu’en prouvant qu'il n’étoit pas initié ; 11 ne connoissoit donc une partie du secret des mystères que comme orphique, d’où il faut conclure que la doctrine de cette secte y avoit été admise.

Platon lui-même, comme le prouvent HP imee et quelques autres de ses dialogues, s’il métoit pas Orphique, s’éloignoit du moins fort peu de l’opinion des orphiques qui ne se contentoient pas de parler du Dieu suprême ou de l’intelligence, principe de tous les êtres, d’une manière sublime, mais qui donnoient pour fondement à leur théologie, que ce Dieu suprême tout brillant d’une lumière inaccessible aux intelligences inférieures, étoit invisible pour elles dans le temps même qu'il les éclairoit : nous

autres hommes, qui composons le dernier ordre des intellisences , nous ne pouvons nous adresser qu'aux divinités des classes inférieures ; pour nous en faire écouter ; il faut nous être rendus favorables les divers ordres de génies, de démons, de héros, qui sont placés entr’elles et nous, et qui forment une espèce de chaîne, avec laquelle nous pouvons, pour ainsi dire, attirer les dieux supérieurs et les forcer de s'approcher de nous, parce que nous ne pouvons nous élever jusqu’à eux. Cest ainsi que les nouveaux Platoniciens ou les Orphiques justifioient non-seulement le polythéisme , mais encore toutes “es pratiques superstitieuses de la religion populaire, ladoration des idoles et même la vertu‘des formules magiques qu'on croyoit capables d’effrayer les génies et de les contraindre d’obéir.

‘Avec de telles opinions, la secte’ des Orphiques ne “pouvoit pas manquer de tomber promptement dans les éxcès les plus vils et le plus profond mépris: c’est'ce qui arriva dés le temps de Platon, qui les. dépeint comme des charlatans, obsédant les maïsons

des riches , et leur persuadant que s'ils ont commis quelque faute , ‘elle peut être expiée par des sacrifices et desenchantemens, par des fêtes et des Jeux, en vertu du pouvoir que les dieux ont donné aux ministres de la religion ; que s'ils ont um ennémi auquel'ils veulent nuire, ils le peuvent à peu de:frais,

qu'ils ont certains secrets pour lier le pouvoir dieux et en disposer à leur gré. Quant aux rites des sacrifices, ajoute Platon ; les Orphiques produisent

36 MYSTÈRES. | une foule de livres qu'ils prétendent composés par Musée ct par Orphée; ce n’étoient pas seulement des particuliers qui ajoutoient foi à leurs promesses , c’étoit souvent des villes entières et des républiques qu'ils séduisoient: ils appeloient telètes les sacrifices institués pour délivrer des maux de l’autre vie, et ils prétendoient que ceux qui négligeoient de sacrifier , devoient s'attendre aux plus pue tourmens AA les enfers. ;

Théophraste parle des mystères. des Orphéotelètes ® , dans le caractère du superstitieux : à la fin de A ipie mois, dit-il, il est fort exact à visiter les orphéoteletes pour se faire. initier dans leurs mystères, 1l y mène sa femme, ou si elle s’en excuse par d’autres soins, il y fait conduire ses enfans par une nourrice. Le rôle d’initiateur à ces mystères qui n’étoient autres que ceux de Bacchus, étoit regardé comme infâme; Démosthéne comparant son illustration avec la bassesse d’Eschyle %, lui dit: Vous faisiez le métier d’initiateur. Parvenu à l'adolescence, vous aidiez votre mère dans ses opérations mystiques ; vous lui lisiez les formules lorsqu’elie initioit; pendant la nuit vous couvriez les candidats d’une peau de faon, vous leur versiez du vin, les arrosiez d’eau lustrale, les frottiez de son et d’argile, et les faisant lever aussitôt après l’expiation, vous leur ordonniez de dire, j’ai fui le mal

% plat., Republic., lib. IL. = ® Théophrast., Caract. XVII. = ® Démosth., Orat. in corona.

el j'ai trouvé le bien. Vous vous vantiez de hurler mieux que personne... pendant le jour vous conduisiez par les rues ces belles compagnies d’initiés nouveaux, couronnés tous de fenouil et de peuplier, vous serriez des serpents joufflus dans vos mains, les élevant sur votre tête et criant de toutes vos forces, evoë saboë, vous dansiez à l’air de ces paroles hyes attes, attès hyès ; les vicilles femmes vous honoroient du nom de chef, de conducteur, de portevan et d’autres semblables ; elles vous régaloient de tourtes et de gâteaux, digne fruit de vos peines.

Le même mépris a accompagné les Orphiques dans leur longue existence. Comment , dit Strabon, ne pas traiter de charlatanisme les pratiques de certans cultes; celles surtout qui s’emploient dans les Orphiques Ÿ ? Dans les derniers temps les Orphiques n’étoient plus que des superstütieux ridicules ou de méprisables charlatans. |

® Strab., lib. X, p. 474.

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