‹ Recherches sur le culte de Bacchus, symbole de la force reproductive de laChapitre 12 sur 36 · Tome il i i · texte numérisé non relu

Tome il i i

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cependant Cérès n'eut jamais le caractère de divinité unique et universelle qui fut ^onné dans les temps postérieurs à Isi»;

J VIII. Les Egyptiens^ postérieurement aux Ptolémées^ donnèrent à Isis le caractère de la divinité universelle, — * Surnommée Pélasgiijfue.*-^Elle étùit la déesse de la navigation. — Culte rendu au vaisseau d*Isis, — Malgré la prééminence qu'obtint son culte ^ elle ne/itt/amais adorée seule. -^Le système d^une divinité unique ne fut jamais introduit dans le culte des payens.

Jusqu^au temps, des Ptolémées, Isis avoit été adorée d'abord comme terre fertile, et ensuite comme principe passif. Les prêtres égyptiens im^^us des maximes des nouveaux philosophes grecs ^^^ , donnèrent à Isis le caractère de divinité universelle et réunirent sur elle les attributs d'Osiris et de toutes les autres divinités ^^\ Ce caractère de divinité

^^.Plutarque tirerêtjmologie dumot IsîsaTro toO tsdae, abeundo. Cette e'tymologie a été adoptëe par S. Clément d'Alexandrie ; c'est le caractère que les Anciens donnoient à la divinité' universelle , caractère que Virgile a développé dans ces vers ;

Deum namque ire per omnes Terrasque, tractusque maris, cœhunque profundam, Hine pecudes, armenta, viros, genus omne frrarum Quemque sibi tenues nascentem aroessere vitas. (Virg., Ceofg.,\ïb. ÏV, V. ali.)

Platon tire l'étymologie du mot, ^eoç , deus^ành l^énv , ab enndo , currendo.

^ Simplicius, in Aristotel. Ausculnt., lib. IV, f. i5o.

ïsifi. i63

unique est très bien exprimé dans la fametifie in«scriptiôn de Sais en riionqèur de Neith, la même qu'Isis dont on ayoit fait uns diyinhé masculo-fé^ minine , comme contenant en elle les principea de toute la nature. ^^^

Quce sunt^ quœ erunt ^ quœ fuerunt y ego $um ; tunicam meam nemo reyelavit :fructu$ quem pe^ péri y sol est. ^*^

Evidemment cette inscription ne peut appartenir qu'au règne des Ptolémées, si même elle ne leur est postérieure ; aucun auteur de l'antiquité n'en a fait mention avant Plutarque, du temps duquel la connoissance des hiéroglyphes étoit déjà perdue.

Les Grecs ont célébré les voyages en ^Egypte de Solon , de Py thagore , d'Eudoxe , et de tous leurs philosophes, les instructions qu'ils ont puisées chez les prêtres de ce pays; Platon lui-même parle* beaucoup dans le Timée du voyage qu'il fit en Egypte, de la ville de Sais, de Neith et de ses prêtres: il rapporte une longue conversation de Solon avec eux , et aucun de ces philosophes n'a fait mention

^^^ Uink dicunt esse naturam œ^^i^ ex qud nata sunt omnia^ et per quant omnia existant (Atfaeuagor., in SuppUcatione pfo Christ.). — Gruter( p. 89. ) rapporte cett« inscriptkm trduv^te à Capooe.: Te tibi urue quœ es amnia , dea Isiê^

^^ Je suis tout ce qui est, toui ce qui a été, tout ce qui sera; md mortel ri a encorm percé le vçile qui me couvre. C'69t Prdclus q«n , il celte tuscriptioii rstpçortée par Plutarque , a ajoaté C6Tl«ci : Xe fruUifiie foi engendré est le soleil, ( Protlws, in 2ïm*^ p*4o.)'

ri*

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de celte inscription qui n'a^ du resle^ aucune analogie avec le génie et le style de la théologie égyptienne. L'expression meum péplum iiemo acU hue detexit , tient du style et de Fesprit des Athéniens : cette robe appartient manifestement à la Minerve d'Athènes, que l'on montroit tous les cinq ans à la fête des Panathénées.

La théologie des divinités mascuLo^féminine s'in-^ troduisit à la vérité dans la religion des Grecs, mais seulement après que les théories métaphysiques des Pythagoriciens et des Platoniciens, appuyées sur les dogmes orientaux, se furent établies parmi eux ^*\ Horus ApoUo restreint la qualité fémino-masculine à Vulcain^ et à Neith qui, comme grands artisans du monde , réunissoient en eux les principes , les facultés de toute la nature, soit active , soit passive. Cependant , malgré cette assertion d'Horus ApôUo , son commentateur remarque avec raison , que Neith et Vulcain n'^toient pas les seuls qui fussent doués de cette faculté ^^ : elle appartenoit à la plupart des

^*^ Apulée appelle Isis Deorum dearumque faciès unifomds. — £t son commentateur s' exprima ainsi sur ce passage :^//u?ma/i»- J'este apparet unicum esse deum rerum omnium condiiorem , qui variis deorum dearumque nominibus appelletur , qui et prisci deos omnes masculo Jèminas et utrumque sexum participantes putavèrunt, (¥lond. y Com. in Apui, )

^ Voici le passage d'Horos ApoUo sur ce sujet : Etenim Mgyptiis mundus videtur constUutus esse ex rébus tiim naturœ masculines , tiim Jèmininœ^ MinerwB autem appingunt scarateum , Vulcano vero vulturem , quod ht soli ex diis , apt(d ipsas

ISIS. i65

grands dieux qui avoient le caractère général de la divinité suprême , et auxquels les philosophes grecs avoit fait dans les temps' postérieurs , l'application de leur doctrine sur le principe unique de toutes choses; du reste^ on fait rarement mention de Neith dans les fables égyptiennes , parce que généralement^ elle est comprise sous le nom d'Isis. Neith étoit la grande divinité de Sais, ville importante^ qui fut pendant quelque temps la capitale non-seulement de la préfecture Saïtique^ mais de toute l'Egypte inférieure , et même la résidence de plusieurs rois égyptiens. Les habitans de Sais ainsi que les Phéniciens ^^^ adorèrent Neith , comme les autres Egyptiens adoroient Isis, d'abord comme terre fertile, et erisuite comme divinité génératrice des êtres. Gécrops qui étoit de Sais, porta le culte de la divinité de son pays dans TAttique; jugeant que la culture de Tolivier étoit la seule qui convînt à cette terre ingrate , il n'y en introduisit pas d'autre , et Neith ou Minerve fut adorée comme inventrice de cet arbre qui faisoit la richesse de l'Attique ^^^ Le

ntares sint simul ac femmes ( Hiero^jrph, , lib. I, cap. 12. )» Son savant ëditeur soutient qu'on doit traduire le passage d'Horus ApoUo de cette manière : Hiprimarii sunt interdeos, au lieu de hi soli ex diis,

^*^ Jnlian. , Oral, IV, p. 1 5o.

. ^ Oride donne à Cërès , à Bacchus et à Minerve , le nom à'Agricola{Met.,\ïh. VIII, v. 276.).— Virgile (Georg., lib. I.) met aussi Minerve au rang des divinités agricoles : on ne peut nier que Minerve ne lût la plus ancienne déesse de l'Attique. Ce-

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culte de Neith ou Minerve fut donc établi chez les Athéniens bien avant celui d'Isis , qui n'y fut apporte que sous le règne d'Erechthée. La famine qui désola les Athéniens k cette époque fit introduire parmi eux la culture des plantes céréales^ et c'est alors seulement que le culte d'Osiris et d'Isis déesse de l'agriculture , fut établi dans l'Attique, et qu'on fonda les mystères d'Eleusis {ggg)* Les Grecs faisant des progrès dans la civilisation^ n'adorèrent plus la JSeith ou Minerve égyptienne, comme terre fer^

crops apporta son culte à Athènes et lui dressa ki première statue ;. aussi les Athéuiens la désignoient-ils sous lo nom de la déesse ; mais c'étoit la déesse de Sais , Neith ; c'étoit la fëcon^ dite de la nature , la terre adorée chez les Athéniens , comme présidant à la production des olives , la seule production que Cécrops jugea devoir favoriser dans le terrain ingrat de l'Attîque 9 en faisant venir de l'Egypte les plantes céréales néces* saires k la nourriture de son peuple, usage qui fiit suivi jusqu'à la ^mine d'£rechtbée. C'est depuis cette époque senle*^ ment que Minerve ne fut plus le symbole de la fécondité proprement dite , mais celui de la sagesse universelle , idée qui se rattachoit toujours à la fécondité et à la bienfaisance de la divinité : NcilLuram quœ omnia gignU , sapientiam arbitrantur (Plut.). Suivant Renaudot ( Métnoir* de VAeadém^ des imscript. et belles lettres^ T. II ^ p. 373. ) le mot neith signitioît, dans les hngites orientales , proprement deerni, dàesse. Les Egyptiens donnèrent ce nom à la 4ivinité de Sa'ïs , ainsi que les Grecs appelèrent leur Minerve déesse , cémme étant la divinité par excellence. La Croze ( Tftes. EpisL, Tom. III, p. i55. ) dit que ce mot signifie bi^nÊsiisattte , misericors , attribut constant de la divinité ; suivant Jablonski y il signifie antique , ou plutôt decernens y constituens , ordùians.

tile ou génératrice des êtres, rôle qu'Us dévolu rent exclusivement à Isis ou Gérés ; mais ils adorèrent dans Neitb ou Minerve , cette sagesse ,' cette prudence , cette intelligence éternelle , qui tègle , ordonne^ dispose tout sagement dans le monde, en un mot ils en firent le symbole de la sagesse divine : Minerve étant la source de toute sagesse , les Athéniens mirent les arts sous sa protection , parce qu'ils sont dûs à la sagesse et au génie.

C'est en réujfiissant ces divers élémens que les nouvei^ux prêtres égyptiens firent de Neith ou Isis , la divinité unique , universelle , l'ame, l'intelligence éternelle qui a organisé la matière inerte, qui a tout créé avec cette matière , qui a réglé avec prudence la destination de toutes choses^ qui a ordonné tout avec sagesse , et qui étend sa providence sur tout

Les Egyptiens, pour ne pas confondre leur ancien culte, avec le nouveau qui fut introduit depuis les Ptolémées, reléguèrent d'abord hors des villes tous les cultes qui s'étoient introduits parmi eux ^^K Ils ne purent néanmoins , dans la suite , résister à la séduction de J 'exemple ni à l'autorité de leurs rois. Le séjour de ces princes à Alexandrie fit donner à ces rites mélangés le nom d'Alexandrins j les Pythagoriciens, les Platoniciens, les Stoïciens même répandirent cette doctrine dans la Grèce où elle passa dans les mystères et la théologie»

^*^ Macrob., Salurn, , lib. I , cap. 7.

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Elle se répandit bientôt dans tout l'empire Romain^ et il est impossible de la méconnoître dans les détails qu'Apulée nous a donnés des mystères d'Isis Pélasgique (M/i); Corintlie surtout adopta cette doctrine et les rites Alexandrins : Isis Pélasgique y étoit expressément distinguée d'Isis égyptienne ^^K Le titre de Pélasgique qui à Rome ^^ , fut donné exclusivement à Isis divinité universelle , démontre que son culte y fut apporté de la Grèce et particulièrement de Gorinthe; Corinthe placée au centre de la Grèce, sur le bord des deux mers qui la rendoient florissante par le commerce , devoit naturellement adopter le culte d'Isis qui passoit pour avoir inventé la navigation , dont les imagés * étoient souvent accompagnées d'un vaisseau, et à laquelle on attribupit Pinvention des voiles et la construction du premier navire ^^K L'ancienne Isis étoit aussi considérée comme déesse de la navigation (j/j) y l'invention de tous les arts marchait à la suite de l'établissement de l'agriculture ; on attribua celui de naviguer, comme tous les autres arts, àOsiris et à Isis , mais cet attribut devint plus particulièrc-

^^^ Les Corinthiens avoient consacré deux temples à Isis, ruu an milieu de leur ville ^ l'autre à l'entrée du port : ils lui en avoient encore consacré dans leur citadelle deux , qui étoient très fréquentés, l'un sous le nom d'Isis Egyptienne, Tautre sous le nom d'Isis Pélasgique.

, ^^ Gruter , Inscr. , p. 3i2 , n° 5. = ^^ Hygin, Fab, 277. — Fulgent.9 lib. I, cap. aS. — P^eia Isis rati suspendit. (Gassiod. , Ep. 17.)

ment celui de la nouvelle Isis, ou de l'Isis devenue la divinité universelle : Apulée lui donné le pouvoir de calmer les orages, et de faire échaj[)per les navigateurs aux dangers ^^^ On célébroit en son honneur chez les Grecs et chez les Romains une fête qui tomboit vers la fin de l'hiver ou les ides de mars, époque à laquelle la navigation s'ouvroit : on lui consacroit un vaisseau tout neuf, rudem carinam^ comme prémices de la navigation ^^^ j il n'étoit pas perjnis de se mettre en mer

^*^ Met, , Hb. XI.— £r/V Isis nostra ventorum domina , ut quemcumque nostrum, emUiat vel prohibeat spirare ( Lucian. , DiaL Marin. , T. I , p. 1 99. ). Tel etoit le style de la théologie mystique des Egyptiens : Vulturis specie, quœ Mgypliis synibolum erat Isidis , significant lunam , vim gignendique ventos ha* hère. ( Euseb., Prœ/j.JEv., lib.III, cap. la. )

Les astronomes grecs avoient la même opinion : ils croyoient qu'il dépendoit de la position ou de l'état de la lune , que tel ou tel vent soufflât , qu'il fût plus doux ou plus impétueux. Les Grecs avoient reçu cette opinion des Egyptiens.

^ Le jour qui va suivre cette nuit, dit Isis dans Apulée ( MeUy lib. II. ) m'est de tout/ temps consacré; demain mes prêtres doivent m'oflfrir les prémices de la navigation, en me dédiant un vaisseau tout neuf, et qui n'a point encore servi. Dans le calendrier rustique^ on trouve une fête du mois de mars appelée Isidis navigium ; c'est cette fête qu'Apulée avoit en vue : Certus dies habeiur in festis , in quo Isidis navigium celebratur. Tous les ans y on lançoitun vaisseau chargé de riches dons que les vents lui portoient en présent. Apulée décrit ainsi cette cérémonie > après avoir fait le tableau de la fête et de la pro* cession d'Isis , tableau qui rappelle la description brillante de poésie, faite par Lucrèce ( lib.I. ) de la fête de Vénus, la même divinité qu'Isis î Te , dea, te /ugiunt venti y te nubila cœli^ etc.

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avant cette cérëmonie. Les médailles anciennes noas représentent Isis voguant sur les eaux , tenant une voile qu'elle déploie tantôt pour Tessayer à un mât de vaisseau^ tantôt pour le laisser voguer au gre des vents ; on la représentoit aussi , tenant en main ou un gouvernail ou un vase fait en gondole.

Apulée s^ exprime ainsi : « Après avoir marché quelque temps au milieu des acclamations et des vœux de tout le peuple , on arriva au bord de la mer , oh Ton rangea par terre les images des dieux ^ suivant Tordre accoutumé ; ensuite lé grand-prêtre, par d'augustes prières que sa sainte bouc&e prononçoit , consacra k la déesse un navire artistement construit, où Kon voyoit les merveilleux hiéroglyphes des égyptiens peints de tous

eôtés. Sur la voile blanche de cet heureux vaisseau , étoient

écrits en gros caractères les voiux renouvelés pour recommencer d'heureuses navigations. On dressa le mât ; c'étoit un pin fort grand et fort beau , dont la hune étoit extrêmement ornée..... Le peuple , aussi bien que les prêtres , portèrent li l'envi des corbeilles pleines d'aromates et de choses propres au sacrifice ; ils versèrent aussi dans la mer un mélange fait avec du lait et d'autres matières. Quand le navire fut chargé de toutes les précieuses offrandes , on détacha l'ancre qui le tenoit arrêté , et dans le moment un vent doax et propice l'éloigna du rivage et le poussa en pleine mer. Lorscpi'on l'eut perdu de vue, les prêtres reprirent toutes le^ choses saerées qu'ils avoient mises à terre , et retournèrent au temple avec allégresse dans le même ordre qu'ils étoient venus. Le grand-prêtre y ceux qui portotent les images* des dieux ; et ceux qui étoient initiés dans les sacrés mystères , entrèrent dans le sanctuaire de la déesse, ou l'on remit par ordre tous les dieux; alors celui des prêtres qui étoit le scribe ou le secrétaire , se tenafnt de* bout à la porte , appela .tous les pastophores à l'assemblée : c'est ainsi qu'on nomme cette sainte société. Ensuite, étant

Un grand nombre de villes maritimes et de parts célèbres la choisirent pour leur divinité , Byblos, Ephèse, Nicomédie^ Amastrie, Byzance, Alexan* drie ^ Ptolemaïs ^ Smyrne , etc. ; les navigateurs lui adressoient pendant les tempêtes leurs prières les

monte dans une chaire fort élevée , il lut tout haut des prières poar la prospérité publique et pour le bonheur de la navigation, et il finit en prooonçant en grec , suivant la coutume , que la cérémonie étoit achevée et qu'on pouvoit se retirer ; le peuple répondit en faisant des souhaits pour le bien pu^ic y et chacun s'en retourna , la joie peinte sur le visage , après avoir jeté des rameaux d'olivier , de la verveine , des couronnes de fleurs , devant la statue d'argent de la déesse qu'on avoit posée sur l'autel et lui avoir baisé les pieds* »— Les vaisseaux , et particulièrement les trirèmes chez les Romains , portoient souvent le nom d'Isis , ainsi que des divinités auxquelles ils étoient con* sacrés : on voit dans les monumens anciens, des vaisseaux portant le nom d'Apollon , d'Esculape, de Minerve , de la Fortune , Neptune , Mercure , etc. Les Phrygiens portoient pour insignes sur leurs vaisseaux ^ des lions qui étoient consacrés à la mère des dieux. Le vaisseau d'£née étoit sous la tutelle de ' cette divinité : son image étoit peinte à la pouppe , et il y avoit k la proue des lions pour insigpes :

Mneia pappis Prima tenet , rostro Phrygios suùjuncta /eo/te^. ( Vîrgil. )

Le vaisseau qai porta Ovide dans le Pont , étoit sous la t«t«lle ée Minerve : son image y étoit peinte , et il y avoit k la prôue pour insigne le bouclier d« cette déesse :

Est mihi sitque precor^ Jlaws iutela Minervœ Navis , et a pictd casside nomen habet, ( Ovid. )

17a CÉRÈS

plus ferventes ^^^ , et échappés du naufrage , ils alloient lui en rendre des actions de grâces dans les temples et les orner de leurs v^ux. Ceux qui étôient le plus dévoués à son culte consacroient des vaisseaux en son honneur : Lucien nous a laissé la description d'une de ces sortes de navires mis sous le nom d'Isis. ^^

, Les Egyptiens rendoient même un culte au vaisseau d'Isis ^^\kkk) ; il est vrai qu'Isis étoit adoréesous la forme d'un vaisseau ou d'un vase, moins comme la déesse tatélaire de la navigation que comme déesse universelle et unique. « Un autre, dit Apulée, )) dans la description de la fête disis , portoit dans » son bienheureux sein^ la vénérable ima^e de la w suprême divinité j ce n'étoit ni un oiseau, ni un » animal domestique, ni une bête fauve, ni une » figure humaine, mais c'étoit quelque chose de

^^^ Les monamens anciens nous donnent beaucoup de vaisseaux, avec des inscriptions votives sur leurs voiles. On remarque particulièrement une médaille de l'empereur Julien , où Ton voit une Isis assise avec l'exergue vota publica ( ex Mus. Havercamp, adoroSy lib. VII, cap.*3o. )• On trouve aussi que les Anciens donnoient souvent à leurs vaisseaux le nom d'Isis^ Festum Isidis navîgium ( Lucian. , DiaL deor. , lib. — Pignorius Mensd Isiacd, p. lo. ) ; aussi étoit-elle adorée dans les ports , où on Fappeloit Navisahia. ( Vitruv., lib. I , cap^ 7. )

^ Lucian. y de Nasfig, Il parolt que ces dédicaces étoient d'un usage fort ancien , car Diodore de Sicile nous apprend ( lib. I.) que Sésostrû^ consacra un vaisseau ^ Osiris.

^'^ Isidis navigium Mgyptus colil. ( Fulgent.> Myth, , lib. I , cap. 2.)

» très respectable, c'étoit la marque^ quoique im- » parfaite , d'une religion sublime qu'on doit hon norer par un profond silence. » Cette image étoit un petit vaisseau d'or fort brillant : telle étoit la la représentation d'Isis , de cette divinité universelle qu'Apulée fait ensuite si bien connoître par cette prière qu'il lui adresse.

« Oh ! sainte et perpétuelle conservatrice du )) genre humain, qui , toujours attentive à répandre w libéralement vos bienfaits sur les hommes , faites » voir une tendi^esse de mère à ceux qui sont tombés » dans le malheur j il ne- se passe pas un seul jour » ni même un seul instant que vous n'exerciez vos » bontés, que vous ne fassiez voir aux mortels » des effets de votre protection , tant sur la mer que » sur la teri-e, et qu'après avoir écarté les orages » dont cette vie est agitée , vous ne leur tendiez

» une main secourable Les dieux du ciel et des

» enfers vous révèrent ; vous réglez le mouvement » des cieux, vous illuminez le soleil, gouvernez » tout l'univers, les enfers vous sont soumis, Içs » étoiles suivent vos volontés, vous faites la -joie de » toutes les divinités , Vous réglez l'ordre des sai- » sons , les élémens vous obéissent , c'est par votre » ordre que les vents agitent les airs , que les nuages » s'épaississent , que les semences développent leur » germe et que ce npiéme germe vient en maturité. » Les oiseaux de l'air , les bétes ^uvages des mon- » tagnes , les monstres qui nagent dans la mer ,

174 CERBS

>v les serpents cachés dans la terre^ votis adorent en

» tremblant »

Nous avons déjà dit que le symbole du vaisseau appartenoit à l'ancien culte d'Isis chez les Egyptiens; dans le mois d'athyr ou d'août, on célébroit dans toute l'Egypte la fête des bateaux en l'honneur d'Isis : cette fête étoit célèbre surtout à Bubaste. Le vaisseau sacré de Minerve qu'on faisoit paroître avec tant d'appareil à la fête des grandes Pana-^ thénées , n'étoit qu'une représentation du navire sacré d'Isis. Les femmes appelées hydriaphores avoient des cruches d'eau à la main aux processions des Panathénées , comme les prêtres égyptiens portoient des vases d'eau aux processions Isiaques. Ainsi , bien que le culte d'Isis eût subi de grands changemens dans des temps postérieurs, on y avoit conservé les anciens usages auxquels les Egyptiens ont toujours été très attachés i la table isiaque qui appartient aux temps postérieurs de l'Egypte, en est la preuve. Suivant l'opinion la plus générale et la plus vraisemblable, cette table fabriquée en Egypte a été apportée en Italie lorsque les Romains admirent le culte d'Isis , c'est-àdire , vers la fin de la république , et ce transport ' a eu pouîT objet de fixer les cérémonies religieuses qu'on vouloit pratiquer , et de prévenir leur altération. Isis est la divinité principale et l'objet dominant de ce précieux resté de l'antiquité , Osiris et Horus n'y jouent qu'un rôle secondaire ; évidem-

ment Isis y est la divinité universelle , et on lui a donné dans cette table un grand nombre d'attributs ^ui appartenoient exclusivement à Osiris dans l'ancien culte égyptien. Cependant Osiris et Horus y ont été conservés , parce qu'ils appartenoient à l'ancienne religion : il y a plus , toutes les actions renfermées dans les deux dernières divisions de la table isiaque^ sont composées par des groupes de trois figures } cette division a été suivie par rapport aux trois grands objets de l'adoration des Egyptiens^ Osiris, Isis^ et Horus- La différence que l'on remarque entre les espaces qu'occupe Isis , çt les ornemens dont elle est accompagnée, et ceux qui appartiennent à Osiris et à Horus ^ ne peut être relative qu'à l'opinion de supériorité que les Egyptiens des temps modernes attachoient à Isis sur Osiris et Horus.

Du temps d'Hérodote , et jusqu'au temps des Ptolemées où U religion des Egyptiens n'avoit pas encore été altérée , Osiris et Isis étoient adorés par tous les habitans du Nil avec des honneurs égaux ^^\ Ils étoient supérieurs à^tous les autres dieux ; mais dans des temps récens les Egyptiens donnèrent incontestablement la supériorité à Isis sur Osiris: elle eut des temples dans toute l'Egypte. Le culte d'Osiris devint de jour en jour moins solennel , ses temples moins nombreux furent moins fréquentés par

**^ Hi dei mundam uniperswn gubernare siatuerunt , nuirientes et augentes omnia, Horumque naiutn deorum confert ad gèneraiionem omnium.

les Egyptiens qui se plaisoient à rendre à Isis un culte comme à une divinité unique. ^'^

Frëret soupçonne ^^ que dans la doctrine là plus secrète des mystères d'EUeusis^ on donnoit aux Epoptes , ceux des initiés pour lesquels il n'y avoit rien de caché ^ la même idée de Cérès que celle qu'on avoit d'kis en Egypte , où elle étoit la divinité souveraine de Tunivers sensible , Osiris et Horus lui en ayant abandonné le soin y pour se retirer dans le monde des intelligences ^\ Le commun des initiés n'étoit pas admis à ce secret ^ parce qu'il ne pouvoit pas s'accorder avec le système commun des Grecs.

Une ode attribuée à Orphée présente l'idée que l'on se formoit de cette divinité dans ce système ^^. « Oh! nature mère féconde de l'univers, déesse » vénérable , souveraine toute puissante à qui rien » ne résiste , impérissable , immortelle qui dirigez )) le monde , et brillez d'une vive splendeur , reine » universelle qui dominez toutes, les puissances et » qu'adorent tous les hommes, être sans fin qui » existiez avant que rien ne fût , divinité antique 'et

^^^ Isis dicitur quasi sola dea. Hoc enim JËgyptiis placet. ( Ancien Scholiaste de Virgile, George, lib. I|I , v. i55.) = ^ Frëret, T. XVII, p. 3 10.

^^ C'est ainsi que dans la religion des Indiens , Brabma ayant produit le monde, eut besoin d*un long repos après cette labplieuse opération. Il ne se mêla plus des affaires des hommes , dont il abandonna le soin à Vichnou ( Mon. de VIndostan , T. I, p. i^S.)* = ^*^ Orph., hymn. 9.

» révérée qui avez produit les ténèbres , les astres , » la lumière , et qui parcourez légèrement et d'un » pas silencieux tout ce vaste univers , guide pur » et révéré des immortels , terme sans fin , puis- M sance commune à tous les êtres et qui n'a rien » de commun avec eux ^puissance née de vous- » méme^ sans commencement et douée d'une force » impérissable^ déesse universelle, illustre souve- » raine qui dirigez tout y qui donnez à tout la vie » et l'abondance, qui répandez partout la joie, » et distribuez la justice , qui accordez aux grâces » le don de persuader et régnez dans le ciel , » sur la terre et sur l'onde, juge redoutable au » méchant et favorable au juste, déesse pré- » voyante , déesse féconde , guide et souveraine » du monde, vous qui amenez les mortels foibles D et cbancelans jusqu'à Vâge de la force , vous êtes » à la fois le père et la mère de tous les êtres j » c'est vous qui leur donnez la vie et qui les nour-' » rissez, divinité heureuse et bienfaisante, mère » de tout ce qui est, vous qui avez tout formé,, tout » produit, puissance redoutable qui imprimez à » tout un mouvement rapide e^ faites suivre à l'u- » nivers une marche régulière et éternelle , vous » qui placée sur un trône , recevez de brillans hon- » neurs et dictez vos lois , vous qui dominez sur » tout et foulez aux pieds la tête des monarques , » divinité que rien n'épouvante , qui triomphez de » tous les obstacles , ' souveraine immortelle de nos )) destinées, qui répandez partout des flammes TomeU. 12

1^8 CÉRÈS ïsis.

» éclatantes, ^ie étetndle, providence impéris- I) safble j tout ce qui esiste est à vous , car <^est » vous qui avei tout fait naître* Je vous en conn jure, apportez-moi avec les heure» fortunées, la » paix , Ja santé et Fabondance, »

Isis a toujours conservé ce caractère dans toust les pays où son^ culte a été porté depuis Pépoque où elle fat adorée comme divinité univet-s^îe, et elle en avoit tous les attributs j on lui donna des ailes comme à Osiris, Faccipiter lui fut consacré ^^. On plaça entre ses deux cornes Foefuf symbolique et rœil bumain à côté de sa tête ^>, on lui mit à la main le fouet et le fléau qui étoient enEgypte l'équivalent du foudre que ks Grées leur ont substitua Elle fut représentée assise sur le scarabée j dans la table Isiaque elle a la main gauche ét^dufe et élevée en signe de protection, elle soutient de la droite un sceptre. Daûs tous les monumônd^ pos-^ térieurs aux Ptolémées ^ ^Me est toujours en première Hgne même avec Omrk, et cVst à«Uè qu^on adresse plus particulièrcaàênt des oÔrandes} cepen-dant comme nous Favons dit, quelque prééminence qu^ait eue dans les derniers ^em^ps le culte d'I^s , ce système d'une divinité unique n'a pas été complètement introduit dans le culte religieux dont Osiris et Horus n'ont jamais cessé de faire partie. Dans aucun temps Isis n'a été adorée senl^, les

fewroB> Jf/iti^. EXfd.^ T, II, p. i5g. :

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