CHAPITRE V
Identité d^ Horus et d'Jaccfius.
S jf Horus 9 type |de Bacchus lacchus* — Il étoit, comme Bacchus lacchus, l'emblème du monde, produit par l'actiou combinée du principe actif et du principe passif de la nature. — Il étoit en même temps le principe fécondant. Osiris devenoit son propre fils , sbus lé ûom'd'Horus , comme Bacchus Bleushrien derenoit son propre fils "sous le nom d' lacchus.-*^ Horus considéré comme principe fécondant.
Saitt(-Noii, Voyage jHitpre^que de Naples^ T. II, p. ii5.
•l8o lîiCCHUS
§ 3. Horus consîdërë comme emblème de toutes les productions, comme symbole du monde produit par le principe actif et par le principe passif. Harpocrate ^ nouvelle divinité appartenant au r^gne des Ptolémëes , le même qu'Horus.
§ I. Horus type de Bacchus Eleusinien» — Considéré comme . principe fécondant.
• Horus , le type de Bacclius Eleusinien , est Fembléme du inonde produit par Faction combinée du principe actif et du principe passif de la nature j c'est Tordre y le bien y la fécondité qui naît de cette action , c'est le symbole des productions dont il représente la variété et l'abondance. Il est l'!(acchus des mystères ; mais, comme le Bacchus Eleusinien , il est aussi le principe fécondant : Osiris devient alors son propre fils sous le nom d'Horus , ou plutôt Horus est en même temps le père et le fils ^^. C'est le monde qui se reproduit sans cesse : aussi dans quelques parties de l'Egypte la naissance d'Horus étoit exprimée par la renaissance d'OSiris. Sous ce rapport, les Egyptiens regardoient Horus comme le principal auteur de la fécondité de l'Egypte et de la fertilité universelle ^^ ; ils appuyoient le trône de ce dieu sur des figures de lion pour exprimer sa force ^^^ : Horus est souvent représenté tenant en main l'organe de la génération dans une forte érection.
0) cap. loi
Quoniam sibi ipsi pater est etJiUus. = ^ .£lian.'y lib. I , loi • = ^ HorapoU. > Hiero^ph. y lib» I , cap. 1 7.
HORUS. l8l
n étxnt la même divinité que Priape ^^ : Plularque le regarde comme la force divipe qui préside au mouvement du soleil^ et il le représente encore connue cette heureuse température de Fair qui nourrit et conserve tous les êtres. Les Grecs ont vu souvent en lui lei*r divin Apollon, et par conséquent le soleil du solstice dans sa plus grande beauté ^^ : les Egyptiens lui donnoient pour symbole Uépervier qui étoit aussi le symbole d'Osiris et du soleil : plusieurs savans prétendent même qjae le mot Horus est un nom égyptien qui signifie la lumière ^\ Le temple de l'ancienne ville d'Edfou a
^^ Voici le passage de Faatear anonyme , d'après lequel Suidas a donné son article de Priape : Sinudacrum Priapi quem Horum JEgyptii vocanty hwnana forma Jingunt , dextra scep" trum tenens^ propterea quod ab eo, tian siccum iellus , tiim mare sit in lucem productum : lœva vero tenens veretrum suum tintentum , propterea quod semina , qua in terra occultabantur , educai in apertum , ac mardfesta reddat; alœ vero additœ celéritatem motus indicant, Eumdem enim ac soîèm esse arbitrantur ( Suidas. V. Hpiobroç. ). La construction de ce simulacre est très conforme au génie et aux mœurs des Egyptiens. Ils aimoîent à mettre sous le voile de semblables fictions, la force de la féconr dite répandue dans toute la nature , soit qu'ils l'attribuassent au soleil , à la lune , aux astres , à l'air , au Nil et à la terre.
^ Diod. Sic», lib. !• — Macrob. , Satum. lib. I. cap. ai.— JEUaLUéyde Naiur. animal. ; lib. X, cap. i4* — Plut., de Is, et Osir, Herod., lib. I , cap» 144» i^^*
^ Jablonski ne trouve dans la langue égyptienne , rien qui puisse fonder cette étymologie ; Saumaise dit que le mot Horus signifie dans cette langue dominus. Il paroit certain que ce nom signifie roi , et le mot Métoro rhgne : Horus est le roi de la
l82 lACCHtJS
laquelle les Grecs avoient donne le nom d^Apollonopolis étoit consacrée à Horus ^^ : Apollon avoit tuë Python, comme Horus étoit le vainqueur de Typhon. Lorsqu^amvé au plus haut de sa course, le soleil répand le plus de lumière et de chaleur, et manifeste sa puissance en faisait sortir le Nil de son lit , alors toutes les influences malfaisantes sont détruites , et Typhon emblème de la stérilité et de la contagion est anéanti , l'Egypte renaît , les campagnes sont inondées par les eaux salutaires et productrices du Nil, et ces bienfaits sont Touvrage* d'Horus, ^>
Ce caractère d'Horus est attesté par une foule de monumens égyptiens. J'en citerai quelques-uns , que je tirerai du grand et important ouvrage de la description d'Egypte : parmi les différents sujets sculptés sous la galerie qui regarde le nord-est du temple de Medynet Abou en Egypte, on remarque un Horus emblème de la fécondité. Il a les jambes collées Tune contre l'autre j sa coiffure est une mitre composée de deux lames arrondies; il est enveloppé d'une tunique collante, au travers de laquelle passe le signe de la virilité. Devant lui est un personnage remarquable par le grand bonnet dont sa tête est surmontée : il a le corps penché en
nature. Tablonsld trouve dans la langue égyptienne une étjmologie du mot horus , qui est en parfaite harmonie avec la nature de ce dieu^ causa facultatis acfivœ.
^*^ Euseb. , Prœp. Ev. , lib. III, cap, ii. = ^ Description d^Egjrpt, , Antiquités y P- ^y*
ttonvi;. i83
avant , et il est dans Faction de labourer la terre ^ avec un instrument qu'il tient par le petit côté. Cet instrument^ qui n'est autre que la houe^ est employé dans toutes les soèoes d'agriculture sculptées oa peintes en Egypte ^^; dans un autre endroit de la galerie du temple de Medynet Abou^ on voit i^n homme qui semble embrasser les parties de la.géné^ ration d'Horus. ^'^
Dans la première diambre du palais de Medynet Abou où les Français ont pénétré depuis la galerie du tond y sur la surface latérale à droite^ on voit la grande divinité de Tliébes^ Horus en érection; il est précédé d'une femme tenant à la main le so^tre à fleur de lotos et la croix à anse. En avant ^sont des végétaux et des fleurs: un sphynx à tête de fenmie et à corps de lion qui tient un vase surmonté d^un disque^ couronne toute cette offrande. ^^
Les auteurs de la description de Thèbes ont donné le détail de la pompe religieuse et militaire dont la peinture est conservée dans le mur du fond de la
^^ Ce même instrument employé à tracer des sillons , qui av«c de légères modifications représente la charrue égyptienne, est très souvent dans les mains des divinités ,. tant l'agriculture étoit eu honneur chez les Egyptiens. Une petite idole recueillie par les Français dans les tombeaux des rois ^ porte y outre la boue qu'elle a dans chacune de ses mains , une poche à bretelle suspendue par des cordons^ pareille à celle que tient dans les scènes d'agriculture représentées k Elitfaya , celui qui jette ia semence dans les sillons.
. ^ Detcript. d'Egypte^ jintiq, , p. 27. = ^^ Ibid., p. 45.
l84 lACCHUS
galerie latérale Nord du pérystile du palais de Me* dynet Abou. Le cortège est en marche pour se rendre au temple delà grande divinité de.Thèbes, d'Horus^ dieu de l'abondance et emblème du soleil (jui vivifie et reproduit : quatre personnages viennent à la rencontre du triomphateur^ pour le recevoir et l'introduire dans le temple jusqu'au heu mystérieux ou repose la châsse dans laquelle est placée l'image de la divinité; elle y est représentée sous la figure d'un homme dont le membre viril est en érection. Divers attributs la caractérisent : ellp porte au-dessus.de sa main un fléau , et derrière elle sont des tiges de lotos; en avant estime espèce ,d'autel où est un vase enveloppé de verdure et surmonté d'un bouquet de tiges de lotos avec la fleur. Sur un autre autel sont disposées diverses productions de la nature 9 des arbres sont figurés en masse sur les cotés de l'autel ^ et sont retenus par un bandeau demi-circulîdre. Le sacrifice achevé, la marche continue, mais alors la statue de la divinité fait partie du cortège, quatre prêtres portent dans une caisse des arbres dont on a seulement fîgiiré la masse, et qui se trouvent probablement représentés ici, parce qu'ils sont les plus beaux résultats de la végétation ; c'est un des attributs qui indiquent l'influence puissante de la divinité sûr tout ce qui végète. Les auteurs décrivent ensuite la pompe qui accompagne la statue du dieu : elle est portée sur un brancard par vingtquatre prêtres , elle est entourée de toute la pompe des cérémonies j une des deux petites figures qui
HORUS. l85
sont aux pieds de la divinité^ aecroupie sur ses talons^ lui fait Toffrande de deux vases où sont contenues les prémices de Tinondation. Des prêtres portent des étendards formés de la figure d'Isis et des têtes des animaux sacrés, tels que l'épervier , le bœuf, le chacal; d'autres portent des vases j une autre scène de cette procession triomphale semble avoir trait à Tagriculture ^^\S. Clément d'Alexandrie nous a transmis une description curieuse d'une de ces processions qui appartenoient au culte extérieur des Egyptiens : elle a une grande analogie avec celle qui forme le tableau donné par les membres de la commissiou d'Egypte. ^^^
Dans plusieurs basHfeliefs du petit temple ou Typhonium de Denderah, Horus est représenté dans toute sa force avec'des marques non équivoques de virilité. Sa barbe rassemblée en une seule mèche pointue «> tombe de son menton jusque sur sa poitrine: c'est sous cette forme qu'on l'a adoré àThèbes, où on l'a représenté en mille endroits sur les murs du palais et des temples. Les sculptures qui ornent le temple d'Hermonthis , ont beaucoup d'analogie avec celles du petit temple de Denderah : elles se rapportent à tous lesfaitis naturels que les Egyptiens, dans leur mythologie ingénieuse, ont peints aux yeux, sous les personnages allégoriques d'Ôsiris, Isis, Horus et Typhon, la production des germes,
<*^ Descript.de Thèbes, ArUiq. d'Egypte, p. 46.= ^ S, ,Clem. Alex., iS^rom.^lib. VI, p. 635. ^
i86 ikccKve
leur fécondation par' l'action bienfaisante et toujours croissante du soleil ^ par les inondations périodiques du Nil^ la stérilité produite par les vents brûlans du midi^ et par les envahissemens des sables de la mer ou du désert^ sur le sol cultiTable. ^
Dans le même temple ou Typfaonium de Dend^afa^ on y oit sur une architrave un ornement composé d'éperviers dont les ailes sont déployées , et qui enveloppent deux figures typhoniennes^ placées de chaque côté d'Horus assis sur une fleur de lotos. C'est le triomphe d'Horus sur Typhon , c'est Ven^ blême du soleil victorieux de toutes les influenees malignes qui y durant une saison de l'année , assiègent le climat d'Egypte. ^>
Horus est souvent armé d'une massue pour coib* battre l'hippopotame emblème de Typhon. A Edtfou ou i^llonopoUs^ il y avoit pour symbole un homme à tête d'épervier, armé d'un épieu et poursuivant Typhon représenté sous la forme d'un hippopotame. ^>
Dans cette image d'Horus on reconnott Hercule que, pour une foule de raisons, les Egyptiens disoient être la même divinité qu'Osiris ou Horus ; ils adoroient en lui la force des dieux et la puissance s<^aire. Ils le regardoient comme le modérateur du temps et comme le compagnon inséparable du soleil,
^^^ Descript. de benderah, Antiq. d'EgypUy p. i4- = ^ -'^• p. jo-^=;=: ^ £useb.> Prcep^ Ep,, lib. HI, cap. i2. -^ DeêCnpt. de VEgypt., Edfou, Antiq,,p. 34.