‹ Recherches sur le culte de Bacchus, symbole de la force reproductive de laChapitre 18 sur 36 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Mercure , quatrième personnage des mjstères , • sjmbole de la raison y de l'intelligence et de V activité.

§ I. Mercure considère comme principe du mouvement répandu dans la nature. La féconditë tenant au mouvement universel^ Mercure, comme dieu du mouvement, étoit le principe fécondant. — Il ayoit pour attribut Femblême ^e la force génératrice. — Il étoit mis au nombre des dieux qui dispensent les richesses. — Gomme dieu producteur, il étoit l'amant de Proserpine.

5 2. Mercure considéré comme divinité infernale. — Conducteur des âmes. — Ses attributs comme dieu des enfers. — Origine de cette mythologie.

5 3. Mercure étant le dieu présent partout , les Anciens en avoient fait le gardien des maisons, des portes, du Gymnase, du Forum, des temples, des sépulcres , des chemins, des voyageurs.

^^ TertuK , ApoL\ «ap. 6. — Vàrro , de ling. latin. , lib. IV , p. 17. = <^ Jablonski , Pa/f<^. jEgypt., lib. II, cap. 4> $ 7-

i 4* Le chien lui ëtoit consacré comme (Heti de la vigilance , de la sagacité, de FacUvité et de la fidélité. -— Du chieD Anobis.

5 5. Mercure considéré comme dieu de l'intelligence active. — On place sous son nom ou sous celui de Thoth ^ toutes les sciences et toutes les inventions. — Son histoire se rattache aux premiers pas de la civilisation , et en marque les progrès. — L'Egypte ayant été civilisée par les prêtres et par le système des initiations , tous leurs travaux étoient rois en commun sous le nom de.ThLoih.>7-Delà le nombre incroyable des livres hermétiques. — Signification du mot thoth.

§ 6. Mercure étant inventetu* de tout ce qui tient à la civilisation f les bornes qu'on établit pour distinguer les terres , furent placées tout naturellement sotis la protection de ce dieu. — Les bornes qui sépar oient les peuplés , celles placées sur les limites , sur les chemins ou devant les habitations , furent également mises sous la sauve-garde de Thoth , Mercure ou Hermès. — Forme de ces statues ou hermès.

S 7. Mercure étant le dieu de l'activité , de l'intelligence et de l'abondance, étoit le dieu du commerce. — Il établit les lois du commerce ainsi que les poids et mesures. — Comme dieu du commercé , il fut le dieu du vol , de l'usure et de l'imposture. — Cette extension est due au méprii^ que les Romains avoient pour le commerce et les commerçans. — Chez les Grecs y Mercure étoit le dieu du vol y mais seulement de ceux faits avec adresse. — Il présidoit k la recherche des effets perdus.-:- Il avoit sa part dans les trésors trouvés. — Il présidoit au tirage au sort. — Etant le dieu de tout ce qui est action et mouvement , Mercure présidoit aux jeux gymnastîques.

5 8. Mercure considéré comme dieu de la raison.— Comme tel il est réuni à toutes les divinités , cette érainente qualité devant appartenir à tous les dieux.

$ 9. Mercure avoit le caractère général de la divinité, — Attributs qui lui appartenoi^t sous ce rapport.

ou MERCURE. 3o3

J I. Mercure considéré comme principe du mouvement répandu dans la nature, £a fécondité tenant au mouvement universel , Mercure^ comme dieu du mouvement, étoit h principe /écon" dant de la nature, — // avoU pour attribut V emblème de la force génératrice, — Comme dieu producteur, il étoit l'amant de Proserpine.

On trouve daas tous les mystik^es de Tantiquité ua quatrième personnage qui y joue un rôle très important , c'est Mercure (lit) , le symbole de la raison y de l'intelligenoe et de l'activité. Les nombreux attributs qu'on a donnés à cette divinité > se rattachent à ces trois éminentes qualités et n'en sont que les accessoires.

Sous le rapport de l'activité , Mercure est regardé comme le principe du mouvement y répandu dans toute la nature; il' est Fimage de la rapidité de l'agent universel et du principe fécondant : il est , dit Macro be , le gémie rapide de l'ame de l'univers. Dan» les fragmens de Sanchoniaton^ c'est Thoth qni donne des ailes à tous les dieux , c'est-à-dire y qui met en action tous les principes divinisés de la nature , et leur communique le mouvement. Il est représenté sur^ les monumens conduisant les chevaux du soleil y parce qu'il est le principe du mouvement de cet astre ^*^ ; il fournit des coursiers à Castor et à Pollux^*^;ilestle grand agent des divinités des mystères ; il est le messager des dieux ^ leur confident^ leur ministre le plus actif (mm/w), leur précur^

^^ Winckelm., Mon, ined., T. II, p. 27.=^ TertulL, de Spectacul, y cap. 5.

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seur; c'est lui qui va communiquer leurs ordres à tous les points de Punivers. Jupiter parle , et aussi rapide que l'éclair, Mercure est aux deux , sur la terre et jusqu'au fond des enfers, toujours en mouvement, jamais stationuaire^ les monumens même attestent que son pied ne doit pas poser un seul instant sur la terre : telle est la statue de Mercure trouvée à Herculanum où les talonnières sont attachées à une rosette qui est placée sous le pied ^*^ , image vraie et sensible du mouvement de ce principe qui 'parcourt la nature, anime toutes ses parties, y circule en sens divers et va porter la vie partout. Ce dieu change aussi de forme à son gré , dit Lucien : il est

^ en effet de l'essence de ce principe de se modifier de mille manières, de varier ses formes et ses effets, suivant que diffèrent entr'elles les diverses molécules de la matière qu'il agite et qu'il développe. Tout est soumis à cet esprit moteur de là nature , il pénètre jusque dans les enfers , c'est-à-dire , dans les entrailles de la terre, il s'y meut secrètement, développe

' en silence les germes^ de tous les êtres , il les évoque et les reproduit au grand jour. C'est par cette <dr^ culation perpétuelle > c'est par cjtte admirable palingénésie , qui tire sans interruption les substances du néant, et leis y replonge pour les en tirer encore , que Mercure entretient un commerce éternel entre la terre et les cieux, entre les principes les plus opposés en apparence.

Comme dieu du mouvement, il étoit le principe

^*^ Winckelmann, Lettres ^ T. II, p. Sy.

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fécondant de la nature : la fécondité tient en effet au mouvement universel , qui forme l'organisation et epère la fécondation des substances par Faction qu'il imprime à la matière ^*^; Mercure étoit le père de Pan , de Priape et de Gupidon ^*\ Les femmes alloient couronner de fleurs ses statues et leur demander la fécondité : on le représentoit comme Bacchus et Osiris avec l'emblème delà force, c'està-dire , avec les parties sexuelles en érection ^'^ , et même à Cylène en Arcadie, il étoit adoré sous la figure d'un membre viril en érection qui étoit debout sur un piédestal ^^K Les anciens unissoient Mercure avenus: Epaphroditès est le surnom que donnoient à Mercure les initiés. Or^ l'homme le moins éclairé neverra-t-il pas, dit à cette occasion Julien ^*^, que les noms de Mercure et deVénus rappellent de toutes parts les principes de la génération ? on les voit sur les monum^QS souvent ensemble et placés à côté

^ Macrob. , Satum» ^'lih. I, cap. 19. = ^ Homer. , Jfymn. in Pan, — Hygîn , FabL XXrV. — Gcer. , de nat, , lib. UI.= ^'^H^rod.jlib.II.

^*^ Pausan., Eliac. II. — Philostrat., in Fit. Apoll. Thy. ^ Kb. VI. — On lit dans le premier livre de rOneirocriticond'Artëmidore ( cap. !17. ) , qu'étant sur le mont Gyllène, il vit une statue de Mercure : NihilaUud quam pudendum naturali quadam nUione -confectum, Tzetzès ( Child. 4. ) dit que le Mercure égyptien devance le Mercure arcadien de deux mille ans. Suivant la tradition des Elëens, Pëlops fut le premier qui érigea un temple' et fit des sacrifices à Mercure dans le Péloponnèse (Pausan., lib. y> cap. I.).

?^ Julien , Discours sur la mère des dieux.

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l'uD de l'autre ^^\ Dans Apulée Vénus ne peut rien sans la présence de Mercure . ^^^ , elle l'appelle son frère : Horace ^> place Mercure parmi les divinités qui forment le cortège de Vénus. La déesse avoit à Halycarnasse un temple^ bâti par Mausole roi de Carie , qui lui étoit commun avec Mercure "^ : Macrobe dit que dans l'harmonie des sphères^ la planète de Vénus et celle de Mercure produisent le même son ^ et confondent leur mode ^ ce qu'il faut moins attiibuer au voisiniage de ces divinités^ comme planètes , qu'à leur puissance allégorique. ^*^

Ck>mme dieu de la fécondité et de l'abondance qui en est la suite, Mercure est réuni avec la Fortune ; il étoit au nombre des dieux qui dispensent les richesses. Ceux qui s'enridiissoient le remercioient par des sacrifices : dans Lucien c'est Mercure qui mène à Timon le dieu Plutus. « S'il se trouve w quelque mortel , dit Orphée ^^^ , dont lé cœur » soit assez intrépide pour entrer dans la riche » caverne où Mercure a caché l'assemblée de tous » les biens, ce mortel après avoir évité les infor- )) tunes, ne s'en retournera chez lui que comblé de » richesses. » Sur quelques antiques , le coq qui accompagne Mercure tient un épi de bbd dans le bec ; les Egyptiens lui faisoient honneur de l'olivier que les Grecs croyoient devoir à Minerve. Dans

<*> Anacr^ou , CW, 4 1 . «: <» Apul. , Met. , Ub. VI. = <^> Hortt., Carmin.^ lib. I, Od. 30.= ^*>Vitruv,, lib. II, eap» 8.=» ^ Macrob., Somm. Scip,, lîb. II , cap. 14.:=: ^' Orph. , in lapid.

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Hésiode , Hécate de concert avec Mercure répaad la fécondité sur les troupeaux ^^^ : il étoit le dieu des bergers et des troupeaux ^^\ il avoit une statue sur la route de Corinthe au Léchée où il étoit accom-* pagné d'un bélier ^^\ Homère le considère comme le dieu qui présidoit aux richesses et aux troupeaux^ lorsqu'il dit : (i Le coup porté par le vaillant Pénélée » accable Ilionée, fils de Phorbas^ possesseur de » nombreux troupeaux, aimé de Mercure plus w qu'aucunTrojen, et par lui comblé de richesses/*^ » C'étoit encore comme dieu producteur que Mercure étoit l'amant de Proserpjine^ cette déesse étant le symbole des semences confiées à la terre, on conçoit son union avec le principe actif et génératif, on conçoit aussi comment Mercure se transforma en béher pour lui plaire, puisque le bélier lui étoit consacré comme pyotecteur des troupeaux et dieu de la fécondité. Zoéga ^'^ pense que cette union de Proserpine et de Mercure , ainsi que la fable rap-

^*^ Hésiod., Theogon.

^^ Mercure étoit appelé Molossos, id est, Ovium Custos et Servator. — JVo'mios , id e^t , Pastoralis ,

Ifac precç , te oro , pingue pecus domino facias»

(Horat., lib. Il, Saîyr. 4, v. f 4. )

^^ PausaDÎas , qui rapporte ce fait , ajoute : Nom Mercurius prœter reliquos deos curare et opibus augere videtur pastores. — - Le scholiaste de Sophocle ( in Philoci, ) dit que les montagnes étoient appelées rnercuriales , p*rce que les troupeaux j paissoient ordinairement.

^*> Homer. , Iliad., Cant. XIV, ▼. 5oo. « ^ Zoega, de usu ^ et origin. Obeliscor,

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portée par Cicéron et le scholiaste de Lycophron ^^^ , ont rapport au déclin de la lune pour Proserpine , et pour Mercure à Tétoile qui portoit son nom , et que les anciens faisoient toujours compagnon de la lune ^\ Ce qui rend cette conjecture très vraisemblable^ c'est que Tétoile de Mercure, la même queTétoileSirius, ëtoit le précurseur et le ministre des crues du Nil, et -que son lever donnoit des présages sur la fécondité de l'année ; les anciens lui avoient accordé la faculté génératrice.

{ II. Mercure considéré comme divinité des enfers .^^Conducteur des ornes. — Ses attributs comme dieu des enfers. — Origine de cette mythologie.

Mercure amant de Proserpine, divinité ithyphallique, emblème du mouvement universel et du principe fécondant, devoit être une divinité chthonienne : chastes dieux chthoniens, dit Eschyle dans

^' C'est 4 la vue de Proserpine y que Mercure en naissant sentit des désirs : Cujus obscenius excitata natura traditur^ quod aspectuProserpinœ commotus sU^Cicer,, de Nat, deor.^ lib. III.). Voici le passage de Tzetzès {ad Ljrcopkr. Alexandr.^ v. 698.) : Bruno et Obrimo Proserpina est , indè dicta ^ quod Mercurio , qui in venatu eam comprimere aggressus est , cum ira infrenudt tve^ptfUQffaTO , quofactum ut cœpto desisteret. Cette îahle est la même que celle rapportée par Cicéron.

^ Mercurius in luna positus mm illa circumfertur ( Plut.). On voit quelquefois Mercure avec le croissant de la lune et une étoile sur la tète , et cinq autres étoiles autour : Mercure ainsi environné représente la planète qui porte son nom.

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les Perses y toi terre ^ toi Mercure^ et toi roi des enfers , renvoyez cette ame à la lumière. Aussi Orphée lui donnert-il le nom de Bacchus dans cet hymne ^^^ : « Toi qui parcours le chemin qui » conduit au Cocyte et à Tempire de la mort , toi » qui fais descendre les âmes des mortels dans les » profondeurs infernales de la terre , Hermès Bac- » chus y toi qui visites le palais sacre de Prosérpine ; » dieu du sommeil, tu assoupis tous les mortels » avec, ta baguette sacrée, et tu réveilles ceux qui » sont endormis 5 c'est à toi que Prosérpine a confié » le soin de servir de guide aux âmes des mortels, » lorsqu'au jour du trépas elles descendent dans » leur demeure dernière , illustre Mercure, accorde » aux initiés la fin heureuse de leurs travaux. »

Ce Mercure conducteur des âmes, cet agetor, superum commeator ac inferum ^^ , avoit sa statue dans le temple d'Eleusis. Homère le représente une verge à la main ^^^ , conduisant les âmes dans les enfers^ et il paroit, dans les tableaux égyptiens, exerçant ses fonctions sous la figure du Cynocéphale.

^^ OrpHëe, Hjrmn, S^. — Quia Bacchus et Mercùrius unus idemque est. Le schbliaste d'Aristopliane dit , d'après Thëopompe^ que la fête des chytres ëtoit célébrée en Thonncur de Mercure Ghtliomeu , cette même fête qu'Aristophane lui-même et son scboliaste ( in Manis. ) disent avoir été consacrée à Bacchus.

<^> Apul. , Met. , lib. XL = ^> Homer. , Odjss.y lib. XXIV— yirgil. , jEneid, , lib. IV.

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