‹ Recherches sur le culte de Bacchus, symbole de la force reproductive de laChapitre 19 sur 36 · Tome II. li · texte numérisé non relu

Tome II. li

aïO THOTU

Il étoit au nombre des divinités sévères à Athènes: ces divinités étoient les dieux infernaux^ les Euménides^ Mercure, Pluton, la terre. ^^^

Dans les monumens élevés en l'honneur des imortSy les colonnes étoient faites souvent avec Fimage de Mercure j souvent aussi on y inscrivoit son nom , et on plaçoit sur les tombeaux des Hennés ou statues tronquées de ce dieu : cet usage étoit très fréquent dans TAttique. On appeloit aussi hermès les pierres carrées que l'on plaçoit sur les tombeaux. Les moribonds riûvoquoient^ et c'est en son honneur qu'on faisoit pour eux les dernières libations. Celui qui étoit livré à la mort, faisoit lui-même ces libations, comme le fit Socrate ^^K Les Grecs ftisoient, après les trente jours de deuil , des sacrifices à Mercure, ^ Daps la théologie de Mercure Ghthonîen, sa qualité prédominante est celle de conducteur des âmes,

^*^ jE*t aiUem Plutonis signum , et MçrcurUet. tdluFi$ ( FaiisaB.). D%^s Var^opage il y avoit ai^trefois des stHtqef c^q c^ dîviwt^, auxquelles on avoit élevé le temple qui ë.^oit près ce tçihuiuj, après le jugement d'Oreste , suivant la tradition populaire, mais plus probablement pour inspirer la terreur aux homicides que l'aréopage avoit à juger (Ulpian., Corn, in Midiam,) : cjç^fui Epiménide qui dédia ce temple. Celui qui avoit offensé ces déesses étoit soumis à toutes les exécrations , et cetfx qui écbappoient à la peine de mort, leur faisoient un sacrifice.

^ Plat, m Phœd,

^^ Phit., Qaœst, grœc, : Existimant enim quemadmo^un terram mortuorum corpora , ita animos excipere Mércurium, — X.es Argiens, aussitôt après le deuil, sacrldoient à Apollon ^ et le trentième jour à Mercure Chtbonien.

ou MERCXIRE. 2il

attribut qui dérive de sa qualité primitive. Le die^i du mouvement devoit être natuï^elleïaetit le lien dès deux mondes^ Fentremôtteur du commerce des araes j c'est lui qui les recevôit lorsqu'elles luî étoient rendues par la mort: cette théologie se troUvoît donc intimement liée à la théorie mystique dur^ mouvement ou des voyages des mneû^ qui étoient sans doute un des grands sujets que Ton ti^ailoit dans les initiations.

La mythologie de Mercure conducteur des âmes die^ les Grecs étoit fondée sur les anciens usages observés par les Egyptiens dan» leurs ftinérailles ; les cérémonies qui furent apportées dans la Grèce et qui ont été consacrées pai* Homèï*e dans ses vers ^^^ , conviennent à tout ce que les Grecs ont dit des enfériK. On faisoit traverser le Nil aux corps morts , on les r^ootettoit à un hottmie qui les rëce^ voit arec un masque à trois têtes serabkbleià à celles

^^ JSeroitm ahimas cjrllenm$ evocat Hermès

In manibusque gerit baculum, qui fulgidus auro est, (Hom., Odyss,) Le poète dit ailleurs :

Oceani veniunt undas , et Leucada rupem , SoUs et ad portas, ...'• ubi somma régnant, IHteriusque adeunt viridantia praia , fréquentant Quœ mânes hominum vitœ simulacra carenium.

Cet océan est lé I4il même , auquel les Egyptiens donnoient ce nom : par les portes du soleil ils eutendoient la ville d*Hëliopolis , et ces plaines heureuses , séjour^ des âmes justes , n'étoient que les beUes campagtes aux environs du lac Achéruna près Memphis.

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de Cerbère , on les déposoit ensuite dans des tombeaux : le lieu le plus célèbre pour ces tombeaux étoit les belles campagnes situées aux environs du lac Achérusia près M^mpbis. C'est dans ces plaines heureuses, toutes couvertes de bled et de lotos^ que se faisoient les funérailles de la plupart des Egyptiens ^ elles étoient le séjour des âmes justes. Pour y parvenir, le corps mort traversoit le lac Achérusia siu* une barque, modèle de la barque qui , dans la mythologie des Grecs, transportoit les morts au^-delà du lac Achéron : cette barque , la pièce de monnoie qu'il Êdloit donner au nocher nommé Caron en langue égyptienne, le temple de la ténébreuse Hécate, les portes du Cocyte et du Léthé, posées sur des gonds d'airain, les .portes de la vérité, le simulacre de la justice qui étoit sans tête , toutes ces traditions et toutes les cérémonies funéraires des Grecs paroissent une copie exacte ^es funérailles, telles qu'on les faisoit en Egypte même du temps de Diodore de Sicile. ^«

Mercure avoit les mêmes fonctions chez les Etrusques , où il étoit adoré comme chez les Grecs sous le nom de receveur et dispensateur des âmes ^^ Pythagore le nomme conducteur^ portier chtho^ men ^^\ On lui donnoit encore le surnom de ReduXy parce que les âmes étoient amenées et ramenées par lui,

<*> Dîod. Sic. , lib. I , p. 96. = ^ Gori, Mus. Etrusc, T. II , p. io6, 10^. =^*^ Diogen. Laert.

ou MERCURE. 2 1 3^

La baguette de Mercure lui servoit à cet usage. Les anciens ^9Bx pris plaisir à décrire les vertus de cette baguette de Mercure , avec laquelle non-seulement il conduisoit les âmes aux enfers y mais qui lui servoit encore à évoquer les ombres, à fermer pour jamais les yeux des mortels à la lumière , à appeler le sommeil , et à Féloigner à son gré , à diriger les vents, et à se faire dans les airs un libre passage ^^^ ; les ailes qu'il portoit n'étoient pas tellement le principe de son vol, que sa verge n'y concourut ~ aussi avec une grande puissance. Pluton ordonne à Mercure de toucher Protésilas de sa baguette, aussitôt qu'il sera parvenu au séjour de la lumière, et d'en faire un beau jeune homme tel qu'il étoit en sortant de la chambre nuptiale ^*^ Cette baguette est ^mple sur plusieurs monumens : elle est telle qu'Homère la présente dans l'Odyssée ^^^ , elle est telle que Mercure là portoit avant d'avoir apaisé

.^^ ffac ( f^irga ) ille evocat orco '

Pallentesque alias sub tristia Tartara mittit , Dat somnos, adimitgue, et lumina morte résignât: Illajretus agit ventes, et turbida tranat Nubila. ( Vlrg. Mneid. , lib. IV , v. 24 1 • ).

De tout temps^ la superstition des peuples. mît dai^s la maiu de certaines divinités, et même dans, celle des magiciens > des baguettes à la vertu desquelles ils attribuoient les prétendus prodiges qu'ils lui voyoient opérer. Minerve avoit aussi son bâton avec lequel elle faisoit paraître lés gens ou vieux ou jeunes^ selon l'exigeance des cas. ( Homer., Odjss XI.)

^'^ Lucian., DiaL mort, XXHI. ==:^'^ Homer., Odyss V.

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les deuï serpent qui vinrent s'y attacher ^^^ , c'est^ à-dire, ^vaot que le$ poètes, postérieurs à Homère, ^nt £ait de cette verge d^ M^cure uu caducée^ ipot et fijction que n'a jamais coun^ Homère, et qui a'^toient pas davantage copuus des apcûens Egyptiens au:2iquels ils avoieiit été douués par les Gjrecs depuis les Ptolémées ^\ Sous le nom de caducée, cette verge eut uue foule d'attributs : nous £^vous déjà vu que le caducée étoit l'aittribut de la fécondité, et consé« ^uemment celui des divinités bieufaisantes, les deex serpents mâle et; femelle étant l'enabl^me à^s deux principes de tout^ choses , le principe actif et le principe passif. Qn en fît l'enU:>iéme du temps , idée qu^ dut sa n^i^ss^ioce saAs. doute aux ailés qu^on lui dQuna; on en fit ]e symJUJie de la eoncoorde , à cause 4es deux serpents qni Tenlaçoient i le point où ils se réunissoient s'appeloit namd d'Hercule , leur ^y^nt-corps fo^n^oiji; u»n cercle qui se terminoit par l'union de leurs têtes j leurs queues se réunissoient également en cercle snr le maïiche du caducée , tandis que dea ailes nai^oient de ce manche ^. Les serpents étoient aussi chez les anciens les symboles du temps : le soleil et la lune , dans le cours d'une année, parcourent l'écliplique sur lequel ils sont tantôt séparés, tantôt unis, et déterminent là durée du temps j le caducée en a bientôt été fiait le symbole : le bâton du caducée est deyem* l'équateur

^*> ^/^in^okawn, Ckiàin.d^Sioêcby p. 87. =^^ JaWonski, Panth. cBfjc^L, lib.Af, c^p. 1 , $5,=?: ^^l^CKoh., Iib.I,çap. 19.

ou Mercure. ^iS

sur lequel le soleil passe deux fois l'année aux équi« noxes j le ûodud des deux serpents , formé à leur point de rencontre sur le bâton du caducée, est le moment où le soleil et la lune se rencontrent sur l'équateur , dans le point où il est coupé par l'éclipu^ tique* Les a);iteurs de cette allégorie ajoutent même que le cours du soleil et de la lune qui seroit tracé sur une carte ^ressembletoit etacteanent à la figore de chacun des serpents du caducée : le caduoéd devint encore le symbole de l'harmonie céleste «pii règne entre les asta:es , cOBuue il étoit le symbole de la paix. Il fut aussi le Symbole de Téloquence: Mercure ^ dit Jamblique, tient éù main Id symbole de la dialectique ^^^ ; c'est, comme symbole de la concorde et de l'éioqueM^e qU'il appartenoit à Mercure grand négociateur* Mercure, dil Isidore ^*^ y tient une verge qui séparé des serpetits, c'est-à-dire , qui fait disparaître le venin de la discorde ^ car les querelles sont fipaisées par l'éloquence des négociateurs , delà les envoyés de paix ont été appelés caduceatores : Merci^ire lui-même portoit le nom de PrœcOy cacfi4ceé^tof\ Le troijûéme ministre des my^s* tères d'Eleusis s'appeloit Prœco où Hiéroceryoù Mercurii ^^ : ce hérgut sacré répréficiitoit Mei*ctlre

^^ îamhlid. Épîstola ad Vexippunt, — Horace a dit;

Tu pias Icbtis animas reponis

SedibuS , P^trgaque tevem coerces

Aureâ turbam , superis deorum

Gratus et imis, ^^ Servius, ad /Eneid,^ lib. IV, V. ^(\t,^ ^ AadocîJe, issu

2l6 THOTH

dans les mystères; il écartoit les profanes de l'assistance aux mystères, et il accompagnoit les Lampodophores dans leur marche. ^*^

Mercure étant le dieu présent partout, les anciens en ont fait le gardien des maisons ^ des portes , du ^gymnase, du forum, des temples^ des sépulcres, des chemins, et le protecteur des voyageiu*s : il étoit, comme Jupiter, Bacchus, Apollon , Pluton, et tous les grands dieux au nombre^ des dieux Agyaei ^K Dans l'acception commune le mot agjrœus signifie chemin , on faisoit des sacrifices aux dieux Agyœi pour le départ ou pour le retour d'un voyage *^^ i ces sacrifices se faisoient soit par le voyageur luimême, soit par ses amis.- On appeloit Agyatides les autds qui étoient élevés dans les vestibules des maisons en l'honneur des dieux Agyœi Apollon, Bacchus ou Mercure. Ces divinités étoient adorées au-dehors de la maison où elles avoient leurs statues^ comme dieux bienfaisans et repoussant lé mal , Alexicaci et

d'une race illustre , remontoît à Mercure même , et il ëtoît de la famille des hérauts publics. ( Plut., Fie d'Ahdocide, T. XI, p. 85. )

<»> Spon, T, II, p. 283. — Wheler.,'T. II , p. 5i6.

^^ Chaque partie du corps ëtoit plus particulièrement consacrée à chaque divinité : les yeux et la tête à Jupiter, la poitrine à Neptune , le front à Minerve , les sourcils à Junon , le dos à Pluton , les pieds à Mercure; Déraocrite dit que c'étoit surtout comme dieu Vialis.

^ Photius,^iR, p. 1142.

ou MERCURE. 2I7

malorum depulsores ^^\ Chez les Athéniens lorsqu'on annonçoit quelque^ faits extraordinaires ou monstrueux , on sacrifioit aux dieux Agysei : on donnoit aussi le nom d'Agyseus aux colonnes élevées sur les chemins en l'honneur des dieux Agyœi , et aux lieux où Ton plaçoit une lumière pour éclairer les chemins (nnn) : Mercure et les autres dieux qui présidoient aux chemins étoient appelés EnàcUi ^> , ils étoient ausisi appelés Semitales ^^^ ; Auguste fixa à deux jours de l'année lès sacrifices qui étoient offerts en publics ces^ dieux ^^^ On dit que ce fut un certain Patroclides qui le premier plaça sur les chemins des statues de Mercure, pour les indiquer aux passans ^^^ : les voyageurs et chaque passant avoient coutume de jeter des pierres au pied de ces statues de Mercure. On a donné diverses raisons de cette coutume, qui toutfes, sont peu satisfaisantes; néanmoins elle est très ancienne dans le paganisme : ces amas ou monceaux de pierres étoient très communs dans la Palestine et la Phénicie, où le supplice de la lapidation étoit en usage. On faisoit de semblables amas sur le corps de ceux qui avoient été .lapidés , et ils n'avoient pas d'autre sépulture que les pierres qui avoient servi à leur siippUce.

^*^ Eustath., Com, in Homer, , Iliad., T. I, p. 5 16.

^ C'est sous le nom diEnodios, gui vlam bonam parât , que Mercure étoit adore dans File de Paros. Diane avoit le surnom à'Enodia ( Gutberletb , de Afyst. Cabin). = ^^ Arnob. := ^^^ Sueton., F'it. AugusL = ^'? Et^m, magn.

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Les proverbes de Salomoa traitent de folie l'action de ceux qui^ par un motif pieux ^ ajoutoient une pierre au monceau de pierres consacrées auquel on donnoit le nom de Mercure. ^^^

Le petase étoit une sorte de bonnet dont se ser-» voient les voyageurs : il étoit en vusage chea^ les Grecs ^ Mercure le portoit en qualité de grand voyageur et de négociateur de la terre, du dei et des enfers ^\ Il portoit aussi la, pœnida simple casaque ou manteau de gros drap ouvert par un des cotés ^ vêtement ordinaire des voyageurs^ et le pedmn qui leur servoit de bâton. ^^

il\i Le chien lui étoà consacré comme dieu de la vigilance ^ de la sagacité j de V activité et de la fidélité, — Du chien Anubis.

Comme dieu de l'activité et de la vigilance , le chien étoit consacré à Mercure : (c Ce fl^est pas le » chien proprement dit qui est honoré sous le nom » de Mercure, dit Plutarque ^^^, ce sont ses qualités, » sa vigilance , sa bonne garde , sa fidélité, son » instinct qui lui fait distinguer l'ami de Tenùemi ,

^'^ Bos autem prœteH^mtes cr^f/ro jactu augefe et iieerpùs Mej^iriales augere ,{ Didyra. , Corn* in Borner. ). ^Iden a coosacrë à ces monumens religieux un chapitre entier , intitulé de Mercurii Acervo. Voir Selden, de Diis Sjrriis^ cap. i5, Sjntag. II.

^ Le petado de Mer^ape étoit laoitié blanc «1 moitié n«»ir, et on re^ésenloit ce dieu ayant tme partie dorëe el Tàutre wÀre ( Plut., /*, ). = <'^ Mapriette , Pierres gi*a/vée», ^^. = ^^ Fte*., de Jsiii, et Osir.

ou MERCURE. aig

» qui a rendu cet animal , un emblème convenable )) de ce dieu, »

Dans tou^ les lieux où le culte de Mercure étoit en vigueur, cette divinité étoit représentée par rimage vivante du chien Anubis, et le plus souvent eUe étoit représentée avec le corps de Thomme et la téjte du chien ^^K Âjiubis étoit une grande divinité chez les Egyptiens : on le donnoit toujours pour compagnon à Isis et à Osiris ^^^ ; il avoit sa part dans tous les honneurs qu'on leur rendoit ; on portoit son simi|lacre dans les fêtes d'Isis; dana tous les temples consacrés à Isis et à Osiris > il y avoit k sacellum, la chapelle d'Anubis; il étoit le gardien de ces deux grandes divinités; il avoit le sistre à U main ^^^; Isis allant à la recherche d'Osiris étoit accompagné du chien Anubis ; le chien accompagnoit aussi Bacchus, suivant l'auteur du poëme dék Dionysiaques ; dans la pompe isiaque décrite par Ovide ^^\ lo est accompagnée d' Anubis; dans les processions égyptiennes les chiens précédoient tpupjours la pompe ^^\ Le culte du diien en Egypte, remontoit à la plus haute antiquité : c'est ce qui lui donnoit sans doute une sorte de prééminence sur

^*^ Ovid. , Mei^m. , lib. X, v. 69a.--Virg. , Jùieid. , lib. VIII , V. 698, — Athen. , Dei^nos^, lib. VII.= ^^ Per tua sistra precor, per Anubidis ora verendi^ ( Ovid. ^lib. II , A mon* , Eleg. XlîK ). rb ^^ Diod. Sic., \\h. I. =: ^^ Ovid,, Metam.ylih. IX, Fab. i3 , V. 1.9 =: ^^ 1^0{d. sic. , lib. i, — M^ns Lumpr., cs^p, 9, — Spai*tianus, in Pe^cçriio, cap. 6.r^/v» CaracMa^ cap.^.

aaO THOTH

les autres animaux sacrés ^*^ ; il avoit ses temples particuliers connus sous le nom d'Anubeia ou sanctuaires d'Anubis ^\ Les Egyptiens avoient établi des fêtes solennelles en son honneur , ils lui avoient élevé des villes et consacré des préfectures , la ville et la préfecture de Cynopolis par exemple ^^ , où on nourrissoit religieusement^ un chien qu'on disoit être Anubis ^^^ , comme à Memphis on nourrissoit le bœuf Apis qu'on disoit être Osiris j la ville et la préfecture de Cynopolis avoient pris de là leur nom : les anciennes médailles de cette ville qui nous ont été conservées , portent Fempreinte de cet animal symbolique ^^\ Il étoit spécialement honoré chez les Hermopolitains (odd) qui tiroient leur nom d'Hermès ou Mercure ^®^ ; quoiqu'il fût afiecté à un nome particulier, Anubis étant uni à îsis et Osiris , divinités communes à tous les Egyptiens, étoit du petit nombre des animaux sacrés dont le culte étoit général en Egypte : ces animaux étoient parmi les quadrupèdes , le chien , le bœuf et le chat ^'^K Dans les ruines du fameux labyrintlie et de tous les temples de TEgypte, on trouve souvent des statues d'Anubis ^^^ : Hérodote

^^ Plut., de Isid. , p. 368.=x ^ Lucian. ,m Tbxar.=i^^^ Strab., Geogr, , lib. XVII, p. 8 12. — Ptolem. , Geogr, , lib. IV, cap. 5. = ^*^ Steph., dû Urb, V. Cynopolis, — déni. K\exdiiïAr,,ProirepL p. 25.-— Strab., ibid.-=:^^ Vaillant, Médaillès^, p. 206.=^*^ Strab. , lib. XIII , p. 812.= ^^ Strab», iWc/.— Javenal., Satyr. XV, v. 8. =^^^ Of/pida iota canem venèrantur. ( Juv^nal. , Satyr. XY, v.8»)

ou MERCUAE. aai

nous décrit le deuil des Egyptiens lorsque le chien sacré venoit à mourir, et le soin que Ton prenoit des funérailles des chiens dans chaque maison ^^K On entreprit des guerres de ville à ville pour venger un outrage fait au chien, et Plutarque dit que les Cynopolitains de son temps, firent la guerre aux Oxyrinchites, parce qu'ils avoient tué et mangé un chien ^^^ On juroit par le nom du chien, et c'étoit un des sermens les plus sacrés : lorsque Socratte juroit par le chien, c'étoit, dit Porphyre, pat Mercure qu'il juroit ^K La Sicile nourrissoit des chiens sacrés en l'honneur d'un dieu appelé Adranus ou Adrès , nom que les Arabes donnoient à Mercure. Anabis présidoit à l'étoile de la canicule nommée Sirius par les Grecs à cause de son éclat j cette étoile étant le précurseur du débordement du Nil, elle fut présidée parle chien Anubis, emblème de l'assiduité vigilante et de la fidélité. ^^^

Le chien étoit encore le symbole de Mercure à cause de sa sagacité et de son intelligence. ^^^

<*> Herod., lib. Il, cap. 66 , 67. = ^ Plut., de Isid. et Osir. = ^'^ Porphyr., de AbstineriUd^ .lib. III.

^*^ CéUe planète fut attribuée à Mercure, parce qu'elle se ment avec une extrême vitesse, mo^ue celer Cjrllenius. (Lucan., lib. I^ V. 66^ ) Celèrent vocal ob id^ quod novem diebus ociore ampitu permeet suum orbem quant sol ( Corn, in Lucan.^ no 662.)

^ Idéb canino capite pingitur (Mercurius), quia nihil est cane sagacius. ( Servius, ad jEneid. , lib. VIII, v. 698. )

21a THOTH

$ y. Mercure considéré comme dieu de tiniêUigenûe acHve. -^ On plaça sous son nom ou sous celui de Tkoth toutes les sciences et toutes les inventions. — Son histoire se rattache aux premiers pas de la civilisation , et en marque les progrès, — - V Egypte ayant été civilisée par les prêtres et par le système des initiations , tous leurs travaux étoient mis en commun sous le nom de Ifioth.^^Signi/ication du mot thotb.

Suivant lies Platoniciens^ les développemens du génie et de Tesprit doivent être l'ouvrage du principe universel, qui produit et meut dans la matière les parties plus déliées qui constituent Tintelligence: sans ce grand agent, sans cet esprit principe et moteur, les hommes languiroient dans Finertiej mais dès qu'il donne l'impulsion aux molécules organiques, Fhomme prend le caractère qui le distingue , il s'élève aux connoissances intellectuelles. Julien se levoit au milieu de la nuit et sâcrifioit secrètement à Mercure que la théologie pàyenne disoit être l'intelligence active, celle qui imprimoit le mouvement aux pensées ^^^ ; mais ces idées métaphysiques ne peuvent appartenir qu'à une époque très avancée delà civilisation, et on ne peut attribuer aux reUgioUs primitives ni à Fenfmee des peuples, la création de Mercure symbole' ^e Factivité, de FintelHgence et de la raison, qu^ donna aux'hommes tout ce qui peut resserrer et embellir à

^*^ Amm. Marcel., lib. II, cap. 5. Mundi velocior sensus, motum mentium suscitans.

ou MEACURE. 2^3

la fois les liens de la société , les lettres , récriture , les sciences, les arts*, le commerce, la navigation, tout e€^ qui tient à Tordre , à la discipline , aux lois. Ces utiles découvertes ne se firent que lentement et par degrés: l'homme dit Virgile, apprit à l'école du besoin, à tirer le bled du sein de la terre, et à faire jailli? l'étincelle cachée dans les veines du caillou 5 il ouvrit le flanc de la terre avec le fer , quand le chêne manquoit de gland et l'arboiser de fruit , quand Dodone lui refusoit Tan*ttqi» nourriture. Ce fiit alors que les fleuves commencèrent à sentir sur' leurs ondes le poids de^ l'aune artistement creusé , que le pilote compta les étoiles et leur donna des noms : dès lors le fer retentit sur l'enclume , la lime aiguisa les dents de la scie j tous les arts naissent à leur tour, rien ne ^ résiste au travail opiniâtre et à Wndastrie pressée par le J^esoin. ^^^

Ne poudrant donner une époque unique à l'invention de ces utiles découvertes, puisque ce n'est que «uccessiv^nent qu'elles développèrent et perfectionnèrent les faculté^ physiques et morales de l'homme, on créa une divinité symbolique , le dieu de l'intrfKgence, Tholh ou Mercure, sous le jtom duquel on plaça tout" ce qui avoit été inventé: ce dieu fiit mis au rang des grands dieux, et chargé d'un nombre

^^^ Titm rmrim mmré ariest : laboi^ omnia vick

Improbus et dmri» ur^ns in rébus Egestas. ( Georg. , lîb. I, 1 /.^- \

de fonctions diverses, d'autant plus considérable que le domaine de l'intelligence est plus étendu. Homère appelle ce dieu Eurjrounios , pour exprimer les secours et les bienfaits dont les hommes lui sont redevables ^^^ j son histoire se rattache aux premiers pas de la civilisation et en marque les progrès. Osiris et Isis, ou Bacchuset Gérés ayant commencé la civilisation des hommes, en leur donnant l'agriculture , c'est toujours avec ces divinités des mystères que se trouve Mercure ; elles l'honorèrent, parce qu'elles le trouvèrent doué d'un talent extrstordinaire pour tout ce qui tendoit à' l'amélioration de la condition humaine. U forma le premier un langage exact et réglé, il donna leurs noms aux choses, il inventa les premiers caractères ^^ , il régla l'harmonie des mots et des phrases , il ordonna le culte des dieux et les cérémonies des sacrifices, il mit en ordre toute la science sur les choses divines ^^^ , il inventa la médecine ; la chronique d'Alexandrie le présente comme ayant découvert le premier les métaux ^*\ Les

*** Homer. , lUad.-^Ifymn, in Merc.

^ Aaticlides , dans Pline, fait honneur à. Menés de l'invention de l'écriture/ et Manetbon dit que le roi Atothis, successeur de Menés , avoit écrit >plusieurs ouvrages. Il est possible que cette découverte > trouvée sous le régne de Menés, n*ait été perfectionnée que sous son successeur.

^^ Martial reconnoit dans Mercure le génie de la piété : Et pius ulrcas erat, ( Martial. , lib. IX , Epigr, 35. )

^^^ La Cbronique l'appelle aureum Mercurium, La connois-

ou MERCURE. 2^5

Egyptiens lui rapportoient comme à leur véritable auteur les lois qui les régissoient ^*^ ; parmi les livres de Mercure confiés à la garde des prêtres et dont ils faisoient Fob jet de leurs études , il y avoit les livres des Lois ^^K Platon qui appelle Mercure ouvrier admirable, père des lettres, dit que lou lui-même l'envoya sur la terre , pour donner aux hommes des lois qui les liassent par un amour mutuel ^^ : le surnom de Nomios, qui étoit donné à Mercure étoit relatif aux iois et à la justice ^*\ Il enseigna aux hommes toutes les sciences mathéma- . tiques , les nombres , les mesures , Tarpentage et la géométrie ^^^ , sciences qui avoicnj une si grande importance en Egypte (jppp)y que parmi les membres de Tordre sacerdotal il y en avoit un qui étoit spécialement chargé de conserver le système des^niesures, et qu'il falloit posséder la connoissancc de la géométrie pour remplir les fonctions d'Hiérogrammate Qf^^)- H donna les premiers principes de Tas-

sance des métaux cl^ez les Egyptiens , et le nom de Mercure donne k celui de ces métaux qui est de la plus grande ressource dans la chimie , ont persuadé à quelques explicateùrs de fables, que la mythologie entière avoit pour objet la chimie et la découverte de la pierre phîlosophale , la transmutation des métaux en or.

^^ Cicer., de JVaturd deor, , lib. III, cap. 2j. — Lactaut., lib. I, cap. 6. = ^ Clem. Alex. , ^rom., lib. VI, p. 634- — iElian. , Hist. Far., lib. XIV, cap. 34.— Diod. Sic. , lib. I. = *^ Plat. , Protag. Phileh. = <*> Vossius , de Theolog. GenU lib. VIIÏ , p. 753. = ^^ Auliclides ( Diogen. Laert. , lib. VIII, se%. Xï. ) attribue l'invention de la géométrie au roi iVtœris.

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