Tome III
98 BACCHTTS
Gonsacrëes à Bacchus. — Dn Théâtre. — > Les acteurs ëtoîent aassi consacrés 4 Bacclnis><«^l>e rodemn.
j II. Importance que le$ Athéniens attacboient à la fête des Dionysiaques; lois et réglemens sur robservatiou de cette fête. Les distributions d'argent se faisoient au tbëâtre pendant les Dionysiaques.
g 12. Baccbus Melpoménus.
{ I. Les Dionysiaques étaient divisées en grandes et «« petites Dionysiaques.*-^ époque de la célébration des petites D ionysiaques appelées Anihestéries ou Lénéennes* —^ Le Lenaeum lieu clos ok étoit héUi le temple de Bacchus Limnœus, — Ety^ n/lologie du mot Leuâeum.
J'aï annonce au commencement ûe cet article, qtte j*avois adopté l'opinion de Meursius , de M. de Sainte-Croix et de plusieurs autres savans , qui n'admettent que deux dionysiaques à Athènes t
10 Les petites dionysiaques^ appelées Anthestéries ou Lénéennes, qui se célébroient tous les ans pendant* le mois aûthestérion ou lénéon ;
29 Les grandes dionysiaques^ qui se célébroient au mois de posidéon y tous les trois ans.
Thucydide a fixé d'une manière certaine l'époque des lénéennes : il nous apprend que dans les temps antérieurs à Thésée , la ville d'Adiènes ne consistoit que dans ce qui fait aujourd'hui la citadelle , et tout au plus dans les bâtimens qui en sont les plus voisins du côté du sud , et il en donne pour preuve non-seulement les temples des divinités qui étoient dans. l'Acropole 9 mais il fait observer que c'étoit sur^ tout vers cette partie de la ville, en-d^hots de la dta-
DIOlfYSÎtTS. 99
délie, que s'âevoient les temples de Jupiter Olympien, d'Apollon Pythien, de la terr«, et celui de Bacchus limnseus, ce dieu en Thonneur de qui se célèbrent, dit-il, les anciennes Bacchanales le dixième jour du mois anihestérion. "^
Démosthène donne la même date à cette solennité, n raconte que lorsque Thésée eut réuni les citoyens dans un même lieu , et que la ville d'Athènes se fut peuplée, on choisissoit toujours un roi pour les sacrifices^ entre les personnes les plus recommandables. Il fut statué par une loi que l'épouse du roi des sacrifices seroit citoyenne, qu'elle n'auroit eu de commerce avec aucun autre homme, qu'il l'auroit épousée vierge , pour qu'elle fît au nom de la ville les sacrifices , suivant les anciens rites , et qu'elle s'acquittât avec piété du culte religieux, sans y rien retrancher et sans rien innover. On grava cette loi sur une colonne de pierre qu'on 'plaça dans le temple de Bacchus au Marais, Limnoe^ auprès de l'autel : cette colonne subsistoit encore du temps de Démosthène , avec une inscription en caractères attiques, c'est-àdire, en caractères anciens (car suivant Harpocnn tion, les caractères ioniens qui composoient les vingt-quatre lettres, et qui furent depuis en usage, n'ont été inventés que fort tard ) ; ces caractères éloient presque effacés, mais le peuple avoit laissé subsister ce monument sacré de son respect pour le dieu. Démosthène observe que l'on avoit placé la colonne dans le plus ancien temple de Bacchus Lim-
**> Thucyd. , lib. II , cap. i5.
lOO BACCHUS
nœiis^ afin que tout le monde ne vît pas cette inscription, ce temple ne s'ouvrant qu'une fob Tannée le douzième du mois anthestérion ^*\
€e temple de Bacchus Limn8eus(/;)étoit bâti dans le Lenœum , lieu clos de la ville d'Athènes qui étoit situé alors près de la citadelle, et non dans les champs 9 comme le prétend le scholiaste d'Aristophane. "^^^
Le nom de Lenœum avoit été donné à ce lieu , du mot grec ^yj vaFoç, pressoir, à cause des fêles de Bacchus dieu du vin, qui y étoient célébrées : lé dieu lui-même reçut le surnom de Lenœus ^^\
On appeloit Limnae la partie de la ville d'Athènes où étoit situé le Lenœum , et où se célébroient les anciennes fétes de Bacchus ^^^ ; les jeux célébrés dans le mois de lenseum s'appeloient àyma. Xe'fjtvaiç.
^^ Dëmostb. , in Neèra , p. 5a 8.
^^ L'orateur Isëe faisant le dëtaîl de la fortune de Gron, compte
au nombre de ses propriétés , deux maisons ià Athènes y Tune
auprès du temple deBaccbus, in Limnis^au Marais^ qui lui rap-
portoit deux mille (kacbmes de location. ( Isae, izepi roO Kipavoç
- Mpo^, )
^'^ Hue pater o lenœe vent y nudatague musio
Tingenovo mecwn dirupiis entra eoihumis, (Georg, , lib. II.)
Servius observe sur ce passage de Virgile , que le mot lenœus vient «Trb toO ^i^vou, id est, a laeu. c'est-îi-dire, d'une cuve à recevoir du vin , et il blâme Donatus qui le fait dériver de lenire , quod meniem leniat ; car , dit-il , un mot grec ne peut pas recevoir une étymologie latine. -
^^ Scbol. Aristopb. , in Kanis, — Stepb. Byz. , v. Limnai. — Hesycb. Harpocrat. h. v.
DIONYSiyS. loi
Hésychîus dit que les Lënéennes se célébroîent dans le mois de lénéon; le mot de lénéon^ après qu'il eût passé aux Ioniens^ et qu'il eût fait place à celui d'anthestérion , ' se trouva rarement dans les monumens des Athéniens , et Aristide est peutitre le seul auteur grec qui, avec Hésychius^ l'ait employé.
f II. Les Antkestéries on Lénéennes étaient divisées entrais solen^ nités , les Pithégies , les Chahs et les Chytres.- — Des Pithégies.
Les fêtes Anthestéries ou Lénéennes étoient divisées en trois solennités : !<> les Pithégies j 20 les Choès j 30 les Chytres^
Les Pythégîes se célébroient le onze du mois anthestérion. « Les Athéniens, dit Plutarque ^*^, of- » firent les prémices du vin nouveau le onze du » mois anthestérion , et ils appeloient cette fête » Pithégie. » Ce mot vient de 7«'9oç, tonneau y et de ofyeiv, ouvrir. Il paroit qu'avant de boire du -vin nouveau, les Athéniens en faisoient des libations aux dieux ; ils leur demandoient que l'usage de cette Uqueur leur fût salutaire et utile*
Les noms des mois n'étoient pas les mêmes dans toute la Grèce : en Béotie le mois anthestérion s'api^ûiÂt prostaterius y et les Béotiens faisoient leurs Pithégies le six de ce mois^^ Ce jour-là, après que
W plat., Sjmpas. , lib. III, Quœst. VII. ^^ Cette différeiice de jours tient sans doute à la manière peu exacte dont les Grecs comptoient les mois et les années , comme
le vent du zéphyr avoit cessé de se faire sentir et que les Béotiens avoient sacrifié au bon génie , ils goûtoient le vin nouveau. ^*^
L'objet de la fête des Pithégies me semble déterminer d'une manière précise Pépoque de Tannée où on doit placer le mois anthestérion , sur lequel il y a une si grande divergence d'opinions. Chez les Anciens, comme chez nous , on ne pouvoit ouvrir les tonneaux et on n'avoitdu vin nouveau qu'à l'époque de ce que nous appelons le sous^tiPage y qui a lieu dans Iç mois de mars. Ainsi le mois d'anthestérion devoit correspondre à notre mois de mars ou au commencement du printemps : c'est ce qui est confirmé par le témoignage de Suidas , qui dit que le mois anthestérion étoit le huitième de l'année chez les Athéniens , et qu'il a été appelé ainsi parce que la plupart des productions de la terre commençoient à fleurif . Hésychius et l'auteur de VEtjrmologicum magnum disent aussi que les Athéniens appeloient ie& Anthestéries FïoraUay du mont Av5oç, fleur ^. L^opinion de Suidas et d'Hésychius est confirmée
le remarque Cicëron dans la seconde Verrine ; chaque ëtaf^Je la Grèce comptoit et nominoit les mois différemment. ^
^*^ Ce vent du zëpbjr étoit, selon Pline, le favonkis des .Romains, qui gâtoit, disoit-ou, les vins si on les mettoit en perce avant qu^il fût apaisé ; or il ne soufâoit eu Grèce comme en Italie que neuf jours : il commençoit le deux mars et cessoit le onze y jour de la fête des Pithégies ; ^ c'éloit un vent du couchant.
^^ Suidas. — Hésychius , v. Avôsçep.
DIONYSIUS. ; Io5
par celle d^Harpocration. « Dâus le mois d'aathes^ » térion^ dit ce lexicographe y on célèbre le^ mys- » tères de Bacchus ; on appeloit ce mois anthesté^ )) rion du mot &yiQew y c'est-à-dire , pousser y fleurir y » parce que dans ce mois les fleurs renaissent. >^ Mais voici des autorités bien autrement imposantes ; on lit dans un passage de la harangue sur la cou** ronne, par Démosthène : « Pendant le sacerdoce de » Glinagoras; les pylagores s'assemblèrent au prin- » temps. Voulez-vous savoir à quelle époque cet » événement arriva ? c'est sous l'archontat de Mnéip » sithee , dans le mois anthestérion. » Philostrate donne aussi le mois d'anthestérion au printemps; Appien dit que César fut tué au milieu du sénat dans le mois anthestérion^ or on ^t qu'il fut assassiné le jour des ides de mars, Plutarque fixe l'époque de la prise d'Athènes par Sylla au mois de mars^ que les Athéniens y dit-il y appellent anthestérion. Dans un passage des Symposiaques , il dit que le plus tôt qu'on boit le vin nouveau , c'est dans le mois anthes» térion après l'hiver ^*\ Il ne peut donc y avoir de doute sur l'époque de l'année à laquelle appàrtenoit le mois anthestérion : c'étoit le mois de mars^ et les Anthestéries se célébroient au printemps. \
Dans les fêtés desPithégies il n'étoit pas permis^ suivant les anciens rites, de refuser du vin nouveau à ceux qui en demandoient , pas même aux esclaves, et le temple devoit être ouvert à tous ceux qui vouloient prendre part à cette solennité ^^\ Les esclaves ^ Plat. , fympos. , lib. IX.œ ^ Prbdus , ad Hesiod. , lib. I.
-et les artisans qu'Aristote appelle valets journaliers , ne travailloient pas pendant ces trois jours, ils mangeoient avec leurs maîtres; mais les cérémonies sacrées terminées, on faisoit part à chacun des dons de Bacchus , et les maîtres avoient coutume de rappeler les esclaves à leurs travaux, en leur criant : Foras careSj non amplius jinthesteria , ce quiétoit devenu un proverbe. Il y avoit un autre proverbe : Foras umhrœ, non ampUiis Anthesteriœ ^*^, comme si les âmes des morts erroient dans la ville pendant les Anthestéries.
Ainsi, dès ce premier jour des Anthestéries commençoient les rites sacrés : on portoit des cratères (y) propres à la dégustation du vin nouveau , et les vaseç nécessaires à la célébration de la fête. Non-seulement des jeunes gens, mais des enfans de trois ans, étoient couronnés de fleurs et célébroient les cérémonies sacrées , comme le démontre une ancienne inscription rapportée par Fabretti , où 'il est fait mention dHérophile, enfant de sept ans qui , pendant trois ans, avoit célébré les dionysiaques ^^.
^*^ Les Grecs avoient un autre proverbe très connu : Hedera postAnthesieria y lorsqvL* on faisoit quelque cbose trop tard ou après le temps convenable. On portoit le lierre dans les Anthestéries ; il y avoit des HederigerL
^ septem
solos annos duo et menses vixL Quorum très peregi Baccho orgia ce- Uhrans, ( Fabrçtti^ Inscript, antiq, , cap. 6 y pi. ^^S. )
BIONYSITJS. t05
Ajax, fils de Tëlamon, qui habitoit Tîle de Salamine^ donna à son fils Eurysacès l'éducation des Athéniens. Lorsqu'Euiysacès eut atteint sa troisième année , il fut conduit dans le mob d'anthestérion au temple de Bacchus, où il offrit les cratères, suivant l'usage adopté dans cette solennité, et il sacrifia sdon les rites des Athéniens. D'après Philostrate, Ajax disoit se souvenir des dionysiaques célébrées sous le règne de Thésée , auxquelles il avoit pris part étant enfant ^^^. Un passage d'Hésychius semble même indiquer que dans cette solennité, il y avoit un combat de pugilat pour les jeunes gens : il donne cette définition du mot Xifjio/xa'xat j Umnomaçhœ , les jeunes gens combattant au pugilat au Limnse. ^*^
Pendantr la célébration des dionysiaques , on faisoit^ des festins qui s'appeloient les Phagésies ou les Phagésiposies. Cléarque , disciple d'Aristote , parloit en ces termes^ dans le cinquième livre de son ouvrage sur les Griphes : « On appeloit les » festins des dionysiaques, Phagésies, ou selon » quelques-uns Phagésiposies ; chacun de ceux qui » passoient étoient tenus de payer au dieu le tribut » d'une rapsodie , tnais ces festins et les rapsodes ne » sont plus d'usage. ^'^ » Les rapsodes entouroient la statue de Bacchus , pour chanter leurs hymnes en son honneur.
Cet usage avoit passé à Alexandrie, où ces festins ainsi que les fêtes s'appeloient Lagénophories. Era-
^** Phîlostr. , Heroic, , cap, 1 1 , p. 720. = ^^ Hcsycb. , V. AifAvo/xa^ai = ^^ Âthen., lib. VII, cap. i.
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tosthènes^ dans son ouvrage iutitulé ^m/zoe, parloit ainsi des Lagénophories : u Ptolémee^ avoit établi une fête et divers sacrifices en l'honneur de Bacd^us; Arsinoé« ayant demande à celui qui portoit le phallus dans cette fête : Quel jour célèbret-on ? 11 répondit : Ce sont les Lagénophories ^ et chacun mange au souper ce qu'il a apporté pour soij couché sur un lit de verdure ; ei boit aussi de sa propre bouteille dont iji s'est muni. » C'est même de cet usage que la fête avoit reçu son nom de Lagénophories (/a^e/ia^ bouteille); dans cette fête les Alexandrins portoient des rameaux d'olivier. ^^^ Les réunions où chacun contribuoit pour le repas^ s'appeloient Thiases , et ceux qui composoient le Thiase étoient appelés S/nthiasotes , c'est-à-dire , gens qui boivent , mangent et se divertissent ensemble; la troupe qui céiébrôit les fêtes de Bacchus étoit aussi désignée par le nom de Thiase, En général les Thiases étoient, chez les Grecs, une assemblée Instituée pour le culte des dieux : ce mot venoit du mot Theos , dieu ^\ C'est dans ce sens qu*Isée appelle Thiases, les assemblées religieuses faites en l'honneur d'Hercule ^^ : aussi Barnès définit-il le Thiase, une multitude rassemblée pour choses divines ^^^ , mais on appliqua plus particulièrement ce nom aux fêtes de Bacchus. ^^^ (r)
^^ Stuckius , Antiq, conviv. ^ lib, I, cap. 53, p. io6. = ^ Atben. , lib. VUI , cap. i6» = ^^ Is. , OraU VIII , p. aSi. = ^*' Barons , Not, in Eurip. Bacch, , v. 56.
^' Euslath. , Iliad.^On appeloît methj le vin que l'on buvok
On avoit coutume, à Athènes , 4'^pporter au milieu 4u repas , du vin pur à tous les convives et d'invoquer le bon génie : il paroît que cette invo- - cation n'avoit lieu que le jour des Pithégies j car à Chéronée, ce jour-là étoit appelé exclusivement, le jour du bon génie, àyaOoH iaifiovo^i quand le repas étoit fini, on leur donnoit du vin mêlé avec de Feau , et ils invoquoient alors Atoç Z6)T^po^ , Jupiter sauveur. ^^^
Le scholiaste d'Aristophane parle de ces rites, dans deux passages différens ; dans les chevaliers sur le vers quatre-vingt-cinquième, il dit : « Après qu'on avoit enlevé la table, on buvoit le coup du bon génie, » et dans les Guêpes, v. 999 : « L'usage selon « Théopompe, étoit lorsque la table alloit être » enlevée , de boire le coup du bon génie. » Ces
dans ces fêtes , et Bacchus en Thonneur duquel il se donnoit , étoit appelé Methymneus y Lycèus, Evius, JecuSy c'est-à-dîre , gai ^favorable : ainsi en criant îc le , on vouloit se rendre le dieu (Xsov , c'est-à-dire propice ; c'est pourquoi le lieu où se faisoient ces acclamations ou ces prières, s'appeloient fcpoç^ sacré. Un passage d'Ephippus , cité par Athénëe , démontre que les mots cXeov et iXapôy avoient le même sens ( Athen. , Lib. VIII , cap. i5. )• Le vin pur en grec, se disoit fisdu , et l'ivresse /xeOiQ. Le bon Baccbus , dit Plutarque ( Sjrmpos. , lib. 111 , QuœsUi» ) , a donné au vin pur un nom tiré de l'ivresse , ^t il en a pris luimême le surnom. On a donné au mot fiff^ différentes étymolagies y comme nous le verrons dans la suite : l'auteur de VEty^ mologicum magnum le dérive de fiera , avec , et de vfAvoc , hymne; d'autres ont traduit \e mot pcOcevac par réunion à table. ^> Diod. Sic. , lib. IV, S 3.
passages paroissent être en opposition avec ce que nous venons de rapporter d'après Diodore de Sicile j cette divergence a donné lieu à une sorte de controverse entre J. Paulmier de Grentemesnil , qui proposoit de corriger le texte de Diodore de Sicile d'après celui du scholiaste d'Aristophane, et Jonsius qui soutenoit que ce texte devoît être conservé, n seroit trop long et trop étranger à notre sujet d'examiner les motifs des deux contendans j tout ce que je veux faire remarquer , c'est que Diodore de Sicile après avoir rapporté l'usage de boire le vin pur au milieu du repas en invoquant le bon génie, et de terminer ce repas en buvant du vin mêlé avec de l'eau, à l'invocation de Jupiter sauveur, Diodore de Sicile, dis^-je, a donné un motif très raisonnable de ce rite : le vin pur, dit-il , pris avec excès , ôte la raison aux hommes, et produit des querelles et des malheurs j tempéré par l'eau, il entretient la joie etle plaisir, et éloigne l'ivresse et ses dangers , c'est pourquoi à la fin du repas on invoquoit Jupiter sauveur* Aussi dans le banquet d'Athénée ^^^ , Ulpien l'un des convives , s'exprime ainsi : « Remercions donc les » dieux, comme parle Platon dans son Philèbe, et » mêlons de l'eau avec lé vin pour leur rendre hom- ))*mage, soit à Bacchus, soit à Vulcain, soit à » toute autre divinité à qui appartient l'honneur de » ce mélange j nous avons à nôtre disposition deux » sources, l'une celle du plaisir, dr'où le vin-dé-
^*^ Athen.^ Deipnos, ,lih. X , cap. 6.
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» coule ; l'autre est celle de la sobriété et de la pru- » dence^ il en découle une eau d'une saveur aus- » tère, mais salubre, soyons donc attentifs à faire » de ces deux sources un mélange parfait, d
Le passage de Diodore de Sicile est textuellement confirmé par Eschyle, Sophocle et le scholiaste de Pindare ^^^ qui attestent qu'après la table enlevée, tous les Grecs se rassembloient autour des. vases du sacrifice y placés en rond, et que là ils remplissoient les cratères et buvoient en invoquant Jupiter Sauveur. Un fragment du médecin Philonide dans son ouvrage sur les parfums et les couronnes , cité par Athénée ^^ , ne laisse aucun doute sur le rite tel qu'il est rapporté par Diodore de Sicile. « Lorsque Bacchus eut apporté la vigne de » la mer Rouge en Grèce , un grand nombre de » gens burent immodérément de cette liqueur, sans N y mêler d^ l'eau:. les uns devinrent maniaques et » perdirent la raison , les autres tombèrent morts j » quelques-uns étant à boire sur le bord de la mer, M il tomba de la pluie qui les obligea de se retirer » et remplit d'eau les cratères où il étoit resté du » vin : le beau temps revint bientôt^ les convives » retournèrent à leur boisson et goûtèrent de ce » mélange qu'ils trouvèrent -bienfaisant. Ils en » burent sans en être incommodés ; c'est pourquoi » les Grecs saluent d'abord le bon génie avec le vin » pur qu'on leur sert pendant le repas , comme
<*> Piedar. , Schol. in Princip. , Orf. VI. = ^^ Athen. , lib. XV, cap. 5.
lîO BACCHITS
» inventeur de cette boisson , car ce bon génie est » Bacchus ; mais après le repas ils saluent avec le )) premier cratère de vin détrempé qu'on leur sert, » Jupiter Sauveur , qu'ils supposent' présider aux » pluies^ comme inventeur de cet heureux mélange. Eriphe dit dans sa Mélibée : « vuide cette coupe )) avant de prendre celle du bon démon , et même » avant celle de Jupiter Sauveur. ^*^ »
En même temps qu'on apportoit les cratères sur la table on distribuoit aux convives des couronnes, elles furent d'abord faites du lierre qui étoit consacré à Baccbus : bientôt on ne songea plus qu'à ce qui flattoit la vue, et on imagina la couronne de myrte; celle de laurier fut encore admise pour
^^ Ceux qui versoient ordiDairement à boire dans les fêtes publiques célébrées en l'honneur des dieux chez les Anciens» étoient des jeunes gens fils des premiers citoyens de la ville ( FUlus eximii Menelai vina ministrat ). Euripide avoit rempli ces fonctions dans son enfance : ils étoieht vêtus d'habits appelés théraïques. Sapho parloit dans plusieurs passages de ses poésies > de son frère Larique, servant du vin aux Mityléniens dans le Prytanée. Cet usage étoit passé chez les Romains. ( Athen., lib. VI , cap. lo. — Quint., lib. I, cap. lo* )
Les libations faites sur la table n'étoient pas d'un usage très ancien du temps de Théophrate. On ne rëpandoit anciennement de vin que celui qu'on offroit aux dieux : ensuite on en répandit au jeu du cottabe pour ceux ou celles que Ton aimoît ; enfin les disciples en répandirent en Ilionnear de leur mattre ( Athen.^ lib. X. ). Le jeu du cattabe consistoit à jeter du vin en l'air, de sorte qu'il retomboit avec bruit dans le vase, ou k fixer en terne un b^ton sur l'extrémité duquel on mettoit des balances , et au*dessous de chaque plat deux vases pleins d'eau
DIONTSIUS. III
les fêtes deBacchus^ on en fît aussi de roses ^^^. Cette dernière tétoit plus particulièrement la couronne des buveurs j dans le cyclope d'Euripide ^\ Silène dit au cyclope : « Avant que je te donne ce vin , ii faut que je t*aie vu prendre la couronne de roses , la couronne des buveurs ». Cette fleur qu'Anacréon a chantée dans des vers si harmonieux^ plaisoit aux buveurs non-seul^ftent par la beauté de son aspect j par la suavité de son odeur, mais encore par sa force réfrigérante j Fon connoit Torigine que lui donnoient les poètes ^*\ Enfin la rose étoit le symbole'de la discrétion, tout ce qui se disoit.dans un festin ne devant pas être répété hors de la salle du banquet : aussi la rose étoit-elle la fleur de Vénus , et TAmour avoit présenté ce don de sa mère k Harpocrate. Mais retournons aux antkestéries.
Dans ces festins on chantoit des scoliesj les con-
avec une figure d'airain en-dedans. Les joueurs , avec une coupe , jetoient de loin du vin dans la balance , et s'ils •éloient assez adroits pour y en répandre la plus grande partie, de manière que la balance penchât et allât frapper la petite statue d'airain , ils gagnoient la gageure ; ou plutôt du son plus ou moins grand que rendoit le plat de la balance , ils tiroient des conséquences pour ou contre leurs amours. ( Aristoph. , Pax , act. il. )
^*^ Plut. , Sjmpos, , lib. I , Qu4sst. i .— Athen. , lib. XV, cap. 5, = ^ Euripid. , Çycl, , v. 4^6.
^^ Feront Cupidinem in deorum convivio saltaiionikis lascivientem , alarum concussu paieram nectare plenam evertisse , cujus infUsa rosœjlor hurni adrmhat.
112 BACGHtTS
vives chantoient les uns après les autres et à des intervalles irréguliers, en se passant de main en main une branche de myrte qu'on appeloit asaces ou esacus du verbe âtaon y chanter y parce que celui qui la prenoit se mettoit à chanter ^^\ On a donné d'autres étymologies au mot Scolies sur lésqudles on peut voir les dissertations de M. de la Nauze ^^ et Athénée ^^ Dans les festins particuliers en l'honneur des dieux on porta une lyre à la ronde, et ceux qui savoienten jouer chantoient et s'accompagnoient de cet instrument. Ceux qui ne savoient pas la musique refusoient la lyre : comme ces choses n'étoient ni faciles ni familières à tout le monde , on leur 4oDna y suivant Plutarque y le nom de Scolies. D'autres disent que la branche de myrte ne passoit pas de main en main, mais de lit en lit ; quand le premier convive avoit chanté , il la passoit au premier du second ht, et celui-ci au premier du troisième; les seconds de chaque lit faisoient de même, et c'est vraisemblablement de la multitude et de la variété de ces révolutions, dit le même auteur, que la chanson fut appelée Scolie. ^^^
Les anciens législateurs qui sentirent bien que le penchant de l'homme pour le plaisir et les réjouissances ne pouvoit être anéanti, voulurent les diriger et s'en rendre maîtres ; ils régularisèrent les fêtes du premier âge , et ils instituèrent toutes les céré-
^*^ Plut. , Sympos.j lib. I , Quœst. i. = ^ Academ. Inscr., T. IX, p. 320. = ^^ Alhen., Deipn. , lib. XV, cap. 14. = ^*^ Plut. , Sympos. , lib. I , Quœst. i.
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monies relatives à ces fêtes ^ afin d'y maintenir Tordre et la décence. Ainsi ^ après avoir sacrifie aux dieux ^ on se livroit aux divertissemens ^ et afin qu'on les célébrât avec plus de réserve , les législateurs cherchèrent à persuader que le dieu étoit présent à ces assemblées ^ et qu'il venoit goûter les prémices du festin.
{ III. Des Choès.'^Repas de cette fête, — Cérémonies du combat et prix décerné au meilleur buveur. — Autres rites des Choès.
Les Pithégies ne paroissent avoir été que le prélude des cérémonies plus importantes qui dévoient avoir lieu dans les Dionysiaques; c'est au jour suivant qu'appartenoit la célébration des mystères de Bacchus, c'étoit la fête des Choès qu'Hésychius appelle ^«(JexaTyj parce qu'elle se célébroit le 12 du mois anthestérion.
Dans le festin consacré à cette fête les convives mangeoient séparément ^^^j voici l'origine que l'on assigne à cet usage : Oreste après le meurtre de sa mère, vint à Athènes, on célébroit alors la fête de Bacchus Lénéen ; il se retira chez Pandion son parent qui donnoit en ce moment le festin du deuxième jour des anthestéries. J^e voulant pas communiquer avec un homme qui ne's'étoit pas purifié, Pandion fit placer une coupe devant chaque convive, et il ordonna qu'on bût sans se communiquer la coupe et en silence, afin qii'Oreste ne bût pas dans la même *
<" Athen. , lib. VI, cap. i .