‹ Recherches sur le culte de Bacchus: symbole de la force ..., Volume 3Chapitre 24 sur 39 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

BACGH13S THÉBAIN;

CHAPITRJE PREMIER.

Histoire de Bacchus Thébam.

g I . Tb^phanie de Bacebos.— ' $ a* Son histoire d'après les luy» tbologues, comme demi-dieu.-^ 5* Npurriees de fiaccbus. — $ 4- Su^tc de l'histoire de Bacchus. -*- Ses voyages» — Histoire de Lycurgue. — { 5. Histoire de Penthée. — Etablîssemeiït da culte de Bacehus à Thèmes. — §6, Culte de Bacchus dans la B^otie.— 'J 7. Culte de Bacchus dansrArgolîde.— 58- Culte de Bacchus dans l*Attique et dans la Mëgaride.— 5 g. Voyage de Bacchus d'icarie à Kaxos« ««^ Corsaires ^rrkëmeM» •*• $ lo* L'histoire de Bacchus est l'expression po^tk|ae et aUdv goriqne du honheor que l'agriculture et la ciY^isation ont donne au genre humain.

Si. Théophanie de Bacekus.

IJiodore de Sicile rapporte sur Bacchus Thébain une tradition qui donne la clef da système religieux des Grecs en général^ et qui fixe d'une manière

3o8 BACCHUS

certaine les idées que Ton doit se former de cette divinité dans la Grèce.

« Gadmus , dit Diodore de Sicile ^ eut entre » autres enfans une fille nommée Sémélé qui, ayant » été séduite, depuis l'établissement de Gadmus » dans la Grèce , conçut un fils dont elle accoucha » au bout de sept mois. Il mourut bientôt j Gad- )) mus fit embaumer son corps à la manière des » Egyptiens, le fit dorer, lui fit offrir des sacrifices, » et publia qu'Osiris avoit voulu encore une fois » apparoître aux honunes sous cette forme. Il attri- » bua cette renaissance à Jupiter : les principes de » la théologie égyptienne, qui étoient connus de » Gadmus, lui fournirent toutes les couleurs dont » il avoit besoin pour faire passer cette fourberie, » qui d^ailleurs flattoit l'orgueil des Grecs ^*\ »

Les Grecs reconnoissoient donc deux espèces de divinités : les unes étoient éternelles et immortelles , les autres étoient de simples mortels parvenus aux titres et aux lionneurs divins ^\ Gette seconde doctrine étoit particulière à la religion des Grecs , elle formoit le caractère fondamental de l'hellénisme, dénomination que les premiers écrivains du christianisme donnent à cette croyance ^ on n'en trouve aucune trace chez les nations orientales , et aucun peuple ne croyoit comme les Grecs , que les dieux pussent être de la même nature que les hommes :

^^ Diod. Sic. , lib. I , cap. 1 3.= ^ Diod. Sic. , lib. VI , JF^ag*, T. Il , p 632. — Eciseb., Pnep. Ev. , lib. III , cap, a.

THÉBAIN. ' 3o9

aussi les prêtres égyptiens firent-ils, dans une conférence avec Hérodote ^*^ , le reproche aux Grecs d'avoir altéré la religion, en donnant aux dieux les passions des mortels , et en croyant qu'un homme pouvoit devenir dieu après sa mort. Les Grecs ont mis les hommes au rang des dieux de deux manières; 10 par la théophanie y c'est-à-dire , en supposant l'apparition d'une ancienne divinité dans un corps humain, tel a été Bacchus , qui n'a jamais été chez les Grecs un personnage réel; a® par l'apothéose, c'est-à-dire, en associant un homme, ou si l'on veut, une ame humaine avec les anciens dieux. Tel a été Hercule, personnage véritable, qui a été mis ensuite au rang des dieux par les Grecs, à cause de ses grands exploits et dés services qu'il avoit rendus à l'humanité : Homère nous a expliqué comment on concevoit l'apothéose fchezles Grèves ^^^ Les dieux, pour récompenser la vertu des héros, séparoient la partie divine de leur ame, la transporloient dans le ciel , se l'associoient et la faisoient participer à leur gloire et à leur félicité, mais ils laissoient dans les enfers l'ame animale; c'est cette ame d'Hercule qu'Ulysse trouva dans l'empire de Pluton. Ainsi dès le temps de Cadmus, on étoit persuadé en Grèce que les dieux avoient un corps semblable au nôtre , qu'ils avoient des passions comme nous, et que de leur commerce avec la race humaine sortoient des enfans qui méritoient d'être élevés au rang des dieux. Ceux qui ont

^^ Herpd., lib. I, cap. i3i. = ?1 Homer. , Odyss. Ub. XI.

3 10 BAGCHtJS

paru sous le nom d'anciennes divinités reçurent les honneurs divins y et on confondit dans leur culte leur nouvelle attribution de héros et leur an<^nne puissance. Dans ce système on reconnoit la grossièreté d'un peuple barbare^ qui aime à diviniser ses chefs; c'est ainsi qu'Hercule et Bacchus^ deux grandes divinités de l'Egypte, furent réduits > l'on à l'état d'un fils d^ Amphytrion , et l'autre fut confondu avec un enfant de la fille de Cadmus» De cette manière, plusieurs des plus anciens et des plus grands dieux de l'Egypte devinrent les plus nouvelles et les plus petites des divinités des Grecs, qui reçurent leur culte dans des temps différens, et qui , sans observer l'ordre qu'ils avoient entre eux , fixèrent leur naissance au temps de leur admission : cette manie de diviniser des mortels ne paroît pas néanmoins avoir appartenu aux Grecs antérieurs à Gadmus j car s'ils avoient eu ce goût , ils auroient mis au nombre de leurs dieux leurs premiers fondateurs.

La colonie dont Gadmus fut le chef, est la première colonie phénicienne qui se soit établie dans * la Grèce ; elle fut très nombreuse : la principale partie s'empara de la Béotie ; les autres se répandirent dans les îles. Or , avant Gadmus , la Grèce connoissoit la plupart des divinités égyptiennes, elles y avoient été introduites par les colonies qui l'avoient précédé. Lorsqu'on consulta l'oracle de Dodone pour savoir si l'on devoit admettre le grand nombre de dieux d'Egypte, il ne fut pas

TRÉÈAI5. 3 II

queistion de Bacchas qui parut plus tard. Au t^mpis de Cadmus , le corps de la religion hellénique ëtoit formé , dit Fréret, et tous les emplois étoient partagés entre les dieux dont le culte étoit reçu. A cette époque on^ apprit aux Grecs à cultiver la . vigne , et ^n fit de la nouvelle divinité le dieu du vin. Nous verrons ^ans le détail que nous donnerons de la propagation de ce culte dans les différentes parties de la Grèce , quek ob3tacles rencontra son établissement. A une époque bien plus rapprochée il n'eut pas beaucoup de célébrité: Homère, Hésiode et Pindare lui-^méme, n'en parlent que d'une manière très succinte.

La théophanie de Bacchus fut faite par Cad* mus lui - même , mais dans la suite la fable de Bacchus reçut un grand nombre d'augmentations; les poètes et les mythologues en firent un personnage réel, ils lui attribuèrent un grand nombre d'exploits y et il devint un héros ^ un demi-dieu^ semblable à Hercule : il entra donc dans le système de l'apothéose j nous allons présenter ces additions d'après les mythologues eux-mêmes. ^*^

* J II. Son fdstotteiT après les mjrihùhgnes ^ comme demi-dreu.

Cadmus eut quatre filles > Ino , qui fut mariée à Athaïnas^ Autonoé à Aristée , Agave à Echion > et Sànélé. Jupiter ^nt amoureux de Semélé , alioit

Apollod. j lib. in f cap. 4*

3l2 BACCHTJS

clandestinement jouir de ses, faveurs à Hnsu de Junon. Mais Sémélé , trompée par la déesse qui lui persuada que Jupiter laméprisoit, parce qu'il n'alloit la- voir qu'en secret , demanda au maître du tonnerre qu'il vint clie^ elle avec toute la majesté qu'il déployoit lorsqu'il alloit voir Junon* Comme il s'étoit engagé à faire ce qu'elle lui demanderoit, et qu'il ne pouvoit manquer à sa promesse , il entra dans sa chambre sur un char et accompagné de foudres et d'éclairs. Sémélé^ étant enceinte de sept mois^ fut frappée de terreur, accoucha d'un enfant et mourut : Jupiter enleva sur le champ du milieu des flammes cet enfant^ qu'il enferma dans sa cuisse. M. Heyne ^^^ remarque que c'est une locution orientale , pour dire que quelqu'un est sorti des reins de son père j cette locution a pu donner lieu à la fable. Heinsius a observé que la cuisse étoit prise là pour les parties viriles ^^^ , d'après le plus grand nombre des auteurs. Les mythologues^ en disant que Bacchus étoit sorti de la cuisse de Jupiter , ont voulu dire seulement qu'il étoit né de lui ^^\ Diodore de Sicile ^^^ racontant à peu près de la même manière la naissance deBacchus, d'après les fables des Grecs, ne parle pas de la cuisse de Jupiter j il dit seulement qu'aussitôt après la mort de Sémélé , il prit l'enfant et le donna à Mercure , avec ordre de le transporter

^^ Heyn. n. in Apollod., p. 227,0^^. III , 4> 2 , 3. — ^Heins. ^jirist,, cap. i. = ^'^ Lactant. , lib. I, cap. 8. — Lactantiiis^âi StaU , lib. I , Thebaid. , v. 1 2. — Philost. , de Iconib. , lib. I. cap. i4* = ^? Diod« Sic. , lib. IV , cap. 2.

THÉBAW. 3l3

dans Tantre de Nyse , qui est entre la Plienicie et le Nil ; il le fit nourrir par les nymphes , et il leur recommanda de prendre un soin extrême de son éducation. Suivant Hygin, Junon, pour tromper Sémélé , prit la forme de Beroé sa nourrice, et elle la détermina, en lui disant qu'elle connoitroit le plaisir qu'il y avoit à coucher avec un dieu , ut in-telUgas quœ sit voluptas cùm deo concumbere. ^^^ Tous les enfans qui étoient nés par un accouchement forcé , et que les Latins appeloient cœsones , passoient pour être consacrés à Bacchus , parce que Bacchus étoit né de la même manière. Charax , cité par Tanonyme de Incredibilibus , imprimé à la suite de Paléphate , dans le Recueil de Th.-Gale , raconte la naissance de Bacchus d'une manière bien plus simple, et qui se rapproche de la tradition de Diodore de Sicile , que nous avons citée plus haut. Sémélé, fille de Cadmus, dit Charax, étant devenue enceinte sans être mariée , fut frappée de la foudre au moment où elle accouchoit ; elle fut tuée, mais l'enfant vécut. La manière dont Sémélé périt , la fit regarder comme une divinité , et on Ik nomma Thyoné : Cadmus eut le plus grand soin de l'enfant. Mais reprenons le récit des mythologues. Jupiter ayant décousu sa cuisse au bout de neuf mois , en tira Bacchus'et le donna à Mercure, qui le porta à Ino et à Athamas, et les engagea à Télever. Junon irritée les rendit furieux : Athamas prenant Léarque,

Hygin, Fah. 167, 179.

3l4 BACCttUS 1

Taîné de ses fils , pour ua cerf, le poursuivit et le tua. Ino jeta Me'licerte, son autre i^, dans une chaudière bouillante ; elle prit ensuite son cadavre dans ses bras , et se précipita dans la mer avec lui. ApoUodore dit que Jupiter changea* Bacchu» ai chevreau , pour le soustraire à la colère de Junon , et Mercure le porta aux nymphes qui habitoient le mont Nysa: Jupiter les changea ensuite en astres^ et les nomma Hyades.

§ III. Nourriàes de Baochus.

Nous avons déjà parlé des Hyades , nourrices de Bacchus, considérées comme le principe de ITiuxnidité et comme le germe de toute production j mais on ne is'accorde pas sur les nourrices de Bacchus Thébain. Diodore dit qu'il fut confié à une fille d'Aristée qu'il nomme Njsa , et qu'Apollonius de Rhodes nomme Macris ^^^ . Orphée la nomme Hippa ^^^^ suivant une tradition rapportée par Etienne de Byzance ^^^ , Bacchus fut nourri par Rhéa : c'est ce qui explique cette partie de la fête de Bacchus à Alexandrie , où Ton voit le dieu se réfugiant à l'ombre de l'autel de Rhéa pour éviter la poursuite de Junon. Les variétés que les mythologues nous ont transmises sur les Hyades sont innombrables : Hésiode n'en nomme que cinq. Suivant Phérécydes , cité par Hygin ^*^ , elles

^> ApôU. Rhod., lib. IV, V. I i3i .= <^ Orph. , Hymn., XLVIII. ^*> V. Maç-aupa. = ^''^ Uy^.^ Astron, XXI.**- Schol. Homer., fl^//«W. 2, V. 486.

THÉlÀIIf. 3l5

étoient au nombre de sept, et auparavant elles étoient les nymphes Dodonides : leurs noms sont , Ambrosie, Eudora, Phesyle, Coronis, Poljxo, Phaœo^ Thyène. Suivant une auU'e tradition ^*^ , elles étoiênt filjes de FOcéan , et au nombre de six : c'étoient les naïades Gissëis, Nysa, Erato, Eripliia, Bromie, gPolybymno. L'Océan obtint de Médée ( Heiiisius .^^ a pensé qu'il falloit lire Thétis au lieu de Médée) qu'elle les rajeuniroil , et elles recouvrèrent leur jeunesse. D'autres mythologues , en rapportant la même tradition^ ont varié sur les noms : suivant Diodore de Sicile, les nourrices de Bacchus s'appeloient Philia, Coronis, Cléis, et elles n'étoient que trois. Euripide n'en reconnoissoit également que trois j cette opinion étoit commune à ces poctv s et aux habilans de l'île de Naxos. Certains mytliologues veulent que les Hyades aient été nourrices de Jupiter, d'autres de Bacchus; quelques-uns assurent que c'éloient les Hespérides elks-mêmes ^^\ Celle lable des Hyades a été interpolée avec celle d'Atlas : Atlas eut de Pleione ou d'Océanitide douze filles et un fils nommé Hyas qui , ayant été tué par un sanglier ou par un lion , fut tellement pleuré par ses sœurs, qu'elles périrent par leurs larmes. Cin({ d'entr'elles furent mises au rang des astres , placées entr^ les cornes du taureau; leurs noms sont les mêmes que ceux donnés par Phérécydes: Phés^le,

^*> Hjg., Fah. 182. = ^> Ovid., ad Met. ^ ^^ Servius, ad Virgil, , Georg, 1 1 g.

3l6 BACCHTJS

Ambrosie , T3oronis , Eudora et Polyxo , qui furent appelées Hyades , du noiii de leur frère, et que les Latins appelèrent Suculœ, comme le leur reproche TafFranclii de Cicéroij, TirOj dans son ouvrage de Pandectis y cité par Aulu-Gelle ^*\ Quelques-uns prétendent qu'elles ont été nommées Hyades, parce qu'elles ont la forme d'un Y^ d'autres pa|fî^qu'en se levant, elles amènent les pluies : veiv en grec signifie/?/ewt^oi>. Les autres filles d'Atlas furent appelées Pléiades , et placées au rang des astres. Alexandre faisoit les Hyades filles de Hyas et de Béotie j Nonnus^ filles du fleuve Lamus^ Myrtile, filles de Cadmus j Euripide, filles d'Erechtliée : mais le plus grand nombre des mythologues les font filles de FOcéan et d'OEthra. Dans toutes ces variétés de la fable des Hyades, lecaractèrede Bacchus qui domine le plus , c'est celui de principe de l'humidité, eonséquemment le germe de toute reproduction. Cette fable des nourrices de Bacchus , comme la fable entière de sa naissance et de son éducation, peut bien aussi être considérée comme n'étant qu'une simple allégorie relative à la culture et à la propagation de la vigne et à l'art de faire le vin. Il naquit avant terme pendant un tonnerre violent j ce sont les orages qui font tourner le raisin. Pour achever de le mûrir il a besoin d'être grossi par les pluies ; ce sont les Hyades ou nymphes pluvieuses que l'on donne pour nourrices à Bacchus. Fréret a encore vu du rapport entre

^*^ Aulu-Gel. , lib. XIII , cap, 9.

tHÉBAm. 3i7

la double naissance de Bacchus et Fart de provigner la vigne t on couche, dit-il, et on enterre les jets , auxquels on veut faire prendre racine, avant que de les couper et les replanter ^ alors les branches ont, pour ainsi dire deux mères , dont l'une est le cep d'où elles sont sorties , et l'autre est la terre où elles ont pris racine avant que d'être détachées du cep. Diodore de Sicile explique le nom de Déméter donné à Bacchus , parce qu'il naît deux fois : la première lorsque la, plante déposée dans la terre en sort et prend de l'accroissement, la seconde lorsqu'elle donne des fruits. Hésychius explique le mot meros par Tofjtoç â/x7réXôu; t)5ç xaXafjtTj; xcSXov, segmentum ou sarmentum vitis , calami intemodium : il sisrnifie aussi cuisse , et cet équivoque a pu donner naissance à la fable de Bacchus enfermé dans la cuisse de Jupiter, fable que Fréret croit a'étre pas très ancienne. Ce savant conjecture que le mot de Sémélé pourroit venir de asfxaXta, mot employé dans Théophraste pour marquer les jets o\i pousses qu'on con-» serve en taillant la vigne, et qui doivent porter des grappes^ mais suivant Diodore de Sicile, la terre étant naturellement regardée comme la mère de Bacchus , qui n'est que le fruit de la vigne produit par la terre , fut nommée Sémélé par les Anciens, à cause de la vénération et. du respect qu'on lui portoit, et Tbyoné à cause des fréquens sacrifices qu'on lui faisoit et des prémices des fruits qu'on lui ofTroit.

Voici, suivant Fulgence '*^ , l'allégorie sous la-

<*> Fulgent. , MythoL ,Vih. II, cap. i5.

3l& BACCHUS

quelle se présente la fable de Bacchus et des quatre filles de Cadmus , Ino , Autonoé y Sémélé et Agave. Ces quatre noms signifient les quatre degrés d'ivrognerie : i^ renivrement, ou la première pointe de vin j en gre« ©rvoç, Ino ; a^ Voubli des cho$es^ «uriyoTi , Autonoé j 3^ le libertinage , awpiaXvov > Sémélé. Bacchus est né de Sémélé , parce que le libertinage produit l'ivrognerie j l^ la folie, «youîj ^*\ Agave est tellement livrée à la folie, qu'elle coupe la tête de son propre filsu L'histoire des Myniades, daQ$ Elien ^^^ , est semblable à celle d'Agave i celle de Lycurgue, roi de Thrace, voulant violer sa mère ^^^ est la même : on trouve dans Plutarc[ue une pareille histoire de Gyanippus le Syracusain* ^^^

Les Hyades, nourrices de Bacclius, présentent aussi une allégorie, mais elle est toute différente- Les Anciens disoient que Bacchus avoit eu plusieurs nourrices, parce qu'il falloit que ce dieu, nourri et formé par beaucoup de nymphes, en devînt plus traitable et plus doux^^^j c'est-à-dire, qu'il falloit mêler le vin avec beaucoup d'eau. Plutarque a encore cité cette allégorie dans son Traité sur l'art de Hre les poètes : mais poursuivons l'histoire de Bacchus.

^^ Eonpid., Sacch.^y. ma.— Ovid,, Jlfe£., v. 71a, 7i3.= ^^ MlisLU. , Far. hist. , lib. III , cap. 43.-*Lucian. , TUal.Junon. et jQv. =;= ^^ Hyg. , Fkib. i32. = ^ pi^^ ^ ,7^ PnraUel. = ^' Plut. , Sjftnpos, , lib. III , Quœsi. 9.

THÉBÀIN. .319

J IV. Suite de Vhistoire de JSacchus.-^Se^ VQjages.-^ Histoire de Lycurgue»

Ce dieu passa ses premières années au milieu des chœurs de femmes , dans le sein des plaisirs et des jeuxj ayant découvert la vigne, Junon le rendit furieux. Dans le Cy clope d'Euripide , Silène ouvre seul la scène par ces mots : « Hélas! Bacchus^ com- » bien je souffre, et combien j'ai souffert pour toi » dés ma tendre jeunesse ! Rappellerai-je d'abord le » temps où y agité par les furies que t'envoya la ja- » louse Junon, tu quittas les nymphes des monta- » gnes qui t'avoient élevé? Rappellerai- je nos dau- » gers dans la guerre des Géans? Glorieux souvenir! » Silène étoit à tes côtés ! Tu le sais, je signalai ma » valeur; et, sans vanité, je perçai de ma lance » Eucelade , malgré son énorme bouclier. » Silène fait le fapfàron pour amuser le.peuple, car les silènes et les satyres ét^oient représentés comme des lâches dans cespièces; mais Euripide ne rapporte pas moins des traditions reçues , à l'exception du coup porté à Eucelade par Silène. La Terre irritée du malheur des Titans, eut d'Uranus les Géans, qui lançoient contre le ciel des rochers et des chênes enflammés. Il étoit dans les lois du de3tin que jamais les Géans ne seroient vaincus sans le secours de deux demidieux ^*^ , et les dieux appelèrent Hercule et Bacchus. Suivant ApoUodore , Bacchus combattit

^^1 Schol. Pindar. , Hem., Od. I, v. loo.

3lO BÂCCHUS

comme les autres dieux, et il tua Eurytus d*un coup de thyrse; c'est pourquoi les poètes repré-^ sentent toujours Bacchus armé du thyrse menaçant.

Dans les peintures antiques, on le voit souvent menaçant de son tliyrse^". Bacchus, qui combat* toit avec vigueur et avec succès , étoit sans cesse animé par le cri de Jupiter; Euohél bene sit tibi; ce cri devint celui des baccliantes.

Hésiode ne dit rien du combat des Géans avec les dieux. Suivant ce poète , la terre ayant reçu les gouttes de sang qui découlèrent de la blessure d'Uranus , lorsqu'il fut mutilé par son fils , produisit les Géans : on ne trouve même aucune trace de ce combat dans Homère,

Bacchus parcourut presque toute la terre: il se rendit d'abord en Egypte , et fut reçu par le roi Protéç. Comme Homère avoit placé Protée en Egypte, les écrivains postérieurs ont nommé Protée lorsqu'ils ont eu à parler d'un roi d'Egypte ; les Grecs avoient mis ce nom dans la liste des rois de ce pays. Bacchus se rendit ensuite en Syrie, et delà à Cybcle dans la P.hrygie , où il fut purifié par Rhéa, qui lui enseigna les m^ stères. On reqonnoît ici le mélange de la fable du dieu des mystères et du dieu du vin. Partout il poliçoit les nations, et les combloit de bienfaits j . aussi on lui a rendu partout de

^*^ Parce , liber , parce , gravi metuende thjrrso, ( Horat. , IT, 9' 7-)

grands honneurSé II reçut de Rhéa la robe longue et prit son chemin parla Thrace ; Lycurgue , fils de Dryas, roi des Edones^quibabitoient prés du fleuve Su^ymon , le chassa de son pays après Favoir outrage j c'est-à-dire que Lycurgue s'opposa à l'introduction du culte de Bacchus dans son pays. Bacchus se réfiigia dans la mer auprès de Thétis, fille deNérée , à à qui il fit cadeau d'un vase d'or , qui servit dans la suite à renfermer les restes d'Achille. Suivant quelques mythologues, cette fable de Bacchus s^enfuyant et Be jetant dans la mer , étoit le symbole d'une ancienne manière de faire le vin ; bn y mêloit de l*eau de n^r, parce que cette eau le rendoit plus agréable ^^K On ht dans Plutarque^ que des pêcheurs reçurent ordre de plonger Bacchus dans la mer , et que ceux qui étoient loin de la mer mettoient dans le vin du plâtre de Zacinthe cuit au four, pour ôter au vin SSL rudesse. Pline ^'^ parle de plusieurs moyens employés parles Anciens pour apprêter les vins, et il dit que les Grecs fortifioient les leurs avec de Iji poudre de marbre , du sel ou de l'eau de mer.

Les bacchantes et les satyres qui marchoient à sa suite furent faits prisonniers , mais ils furent bientôt délivrés , car Bacchus rendit Lycurgue furieux. Dans sa fureur il tua Dryas, son propre fils , d'un coup de cognée, croyant couper un cep de vigne j il lui coupa ensuite les extrémilés des pieds et des

^*^ Âtben. , lib. I , cap» 20. = ^ Plut. , Quœst. naiur. 10. = ^'^ Plin. , Hist. Nat.y lib. XIV , cap. 129.

ÏOME IIL 21

322 BÀCCHUS

mains > puis il recouvra son bon sens. Triclinius^^^ raconte que Bacchus combattit Lycurgue et le vainquit. Celui-ci voulant s'enfuir , ses pieds se trouvèrent enlacés par des sarmens de vigne , et Bacchus le fit jeler dans un précipice , ou, suivant d'autres , le fit tomber entre les mains de ses ennemis, qui l'enfermèrent dans une caverne, où il mourut de faim. Suivant Sophocle, ce fut Bacchus lui-même qui enferma Lycurgue dans une prison de pierre. D'après Hy gin ^^ ,Lycurguequiavoit d'abord nié que Bacchus fût un dieu , s'avisa ensuite déboire diu vin ; s'étant enivré , il voulut violer sa propre mère. Sa raison étant revenue , il ordonna d'arracher les vignes, mais Bacchus le rendit furieux j dans un de ses accès il tua sa femme et ses enfans : ce dieu le fit ensuite déchirer par des panthères. Suivant le récit d'ApoUodore , la terre étoit restée sans produire , et Bacchus prédit qu'elle ne reprendroit sa fertiUté que lorsqu'on auroit mis Lycurgue à mort. Les Edones le lièrent , le conduisirent vers le mont Pangée , et le firent écarteler par des chevaux , conformément aux ordres de Bacchus. Une autre tradition lie l'histoire de Lycurgue à celle d'Orphée ^^\ Lycurgue avoit formé l'horrible projet d'attaquer la nuit les Ménades , et d'assassiner Bacchus avec tous ses compagnons j celui-ci dut son salut à Tharops , habitant de la Thrace , qui lui

<*> Schol. Soph. , V. 965. = ^^ Hy^., Fab. iSa. = ^ Plat. , Sjmpos, , Ub. III. Quœst 9.

THÉBAIN* 3a3

dévoila cet affreux dessein. Bacchus alla aussitôt rejoindre son armée qui étoit campée sur le rivage opposé iil attaqua et vainquit Lycufgue, qu'il priva de la vie et de ses états. Il fit don de ce royaume à Tharops , lui enseigna les orgies et Tinitia dans les mystères :OEagrus, fils de Tharops, reçut de son père 5on royaume et sa science religieuse, qu'il transmit ensuite à Orphée. Celui-ci fit de grands changemens daîis les mystères de Bacchus y les introduisit dans la Grèce , et les fit célébrer le premier sur une montagne de la Béotie où étoit né Bacchus, et qui fut appelée Cithéron j cette histoire de Lycurgue est rapportée par une foule de mythologues. On rendra facilement raison des combats de Bacchus contre Lycurgue , ainsi que de ceux contre Pcnthée, et de ses guerres avecPersée , si Ton recônnoît avec Hérodote et les ptêtres égyptiens , que dans le système de la religion des Grecs, la naissance des différentes divinités n'est que l'établissement de leur culte dans la Grèce, car la légende de ces dieux est, avec beaucoup de probabilité , l'histoire défigurée de l'établissement de ce culte, et la peinture allégorique des obstacles que leurs ministres éprouvèrent.

S V. Histoire de Penthée. — Etablissement du cuite de Bacchus à Jîièbes,

Bacchus fit ensuite la conquête de l'Inde , dont nous avons parlé à l'article Dionysius.

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3a4 BâccHUS

Après trois années^ il revint à Thèbes. PeûtMe, fils d'Echion et d'Agave, qui, suivant la fable, avoit succéda à Gadmus sur le trône de Thèbes , oii plniôt le chef des Thébains, quel qu'il fïït alors, effrayé , comme tous les hommes raisonnables , des désordres qu'un culte semblable à celui du dieu du vin devoit entraîner après lui , surtout cheï un peuple aussi grossier , voulut apporter de la résistance a l'introduction de ce culte; mais elle fut inutile , et Penthée fut la victime de son zèle, comme l'avoit été Lycurgue. La fable dit que devenu impie jusqu'à profaner les mystères de Bacchus, Penthée éprouva la vetigeance du diieu ^^^ , et qu'il fut mis en pièces sur le mont Cithéron par Agavé sa mère, qui le prit pour une béte féroce ^\ La tragédie des Bacdiantesd'Euri^pide, et les Métamorphoses d'Ovide ^^^ ont rendu cette aventure célèbre* . C'est à Thèbes que le culte de Bacchus fut établi avec le plus d'éclat ; cette ville fut le sanctuaire de cette divinité et le théâtre de sa gloire : c'est là que furent créées ces triétériques qui eurent une si grande célébrité dans toute la Grèce, et qui furent sans -doute une des principales causes pour lesquelles les Grecs rapportoient au fils de Sémélé tout ce qui appartenoit au culte des autres Bacchus. « Oh dieu » honoré sous mille noms divers , qui faites la gloire » de la fille de Gadmus , illustre rejeton du maître

^^ Pàusan. , lib. ÏX, cap. 5.= ^ Apollodor. , lib. Ill , cap.^ 5, 5 5. = <«> Ovid. , Met. , lib. ÎII , 701 .

THÉBAIN. SaS

M du tonnerre, dieu protecteur de Tillustre Italie, » et héros des fêtes d'Eleusis au sein de Cérès! Oh )) Bacchusl qui habitez Thèbes, métropole des bac- » chantes, sur les bords du limpide Isméne, chez » les enfans nés des dents fécondes des dragons. La » fumée des victimes s'élève jusqu'à vous sur le » double mont , lieu fréquenté par les nymphes co- » ryciennes (les Bacchantes) , arrosé parles eaux » de Castalie j les échos du mont Nysa , dont les » sommets sont couverts de lierre, et dont les co- » teaux sont couverts dé vignes , répètent les hym- » nés plaintives des Bacchantes , lorsque vous vous » rendez à Thèbes, ville que vous honorez au- >} dessus dq toutes les autres , ainsi qu'elle le fut « » par^votre mère frappée de la foudre, et qu'un 1) horrible désastre nienace maintenant. Accourez à » so|fcecours , franchissez les vallons du Parnasse, » ouïes flots mugissans du détroit, vous qui con- » duisez la troupe des bacchantes armées de four- » ches, qui présidez à leurs chants nocturnes; fils » de Jupiter, paroissez avi&c vos prêtresses, les » Thjades de Naxos y elles qui agitées de fureur, » célèbrent pendant toute la nuit leur chef lac- » chus. ^*^ »

Sophocle fait ici mention de l'Italie , à cause des Tjrrhéniens chez lesquels le culte de Bacchus étoit en grand honneur. Nous verrons bientôt la fable des matelots tyrrhéniens changés en dauphins par

Sopli.,^lî%ow., Vc 1127»

Bacchus. La grotte Gorydus, qui étôit consacrée aux nymphes coryciennes , étoit sous le mont Parnasse : la 'fontaine Castalie couloit de la même montagne, Uon remarque facilement le mélange des différens cultes de Bacchus , sans qu'il soit besoin d'en avertir. Dans Euripide ^*^, les vierges thébaines célèbrent par leurs danses le dieu Bromius, à qui l'amante de Jupiter donna le jour, dans les lieux où les eaux d'un beau fleuve ( l'Ismène ) et Fonde pure de Dircé répandent la fertilité. ^^^

Les fêtes de Bacchus s'appeloient triétériques , parce qu'elles se célébroient tous les trois ans ^\ Dans les triétériques thébaines , les honimes étoient . mêlés avec les femmes , ce qui distingue ce culte de celui dé Bacchus^ Elèusinien et de Bacchus Dionymus. Gomme toutes les fêtes de Bacchus^ elles s©

^^ Earîipià, , Phen. y. 652.

^ Dircë , femtne de Lycas , roi de Thèbes , honoroît sîngu^ gulièreroent Bacchus (Hy., Fàb, ']. — Fausan.^lib.IX^ cap, 17.). Les fils d'Antiope , Zéthus et^An^phîon , ayant appris les maux qu'elle avoit faits à leur mère , firent mourir Dircë dans des tourmens cruels : ils l'attachèrent à la queue d'un taureau indompté , qui la traîna sur les rochers du mont Gthéron j Antiopé ayoit elle-même consenti à cet horrible attentat. Bacchus vengea la mort de Dircë : Antiope perdit l'esprit, et hors d'ellemême elle courut toute la Grèce , jusqu'à ce que Phocas , fils d'Ornytion et petit-fils de Sysiphe , l'ayant rencontrëe , la guërit et Tëpousa ensuite. Bacchus , par un bienfait particulier , fil naître du corps de Dircë une fontaine qui porta son nom.

^ Senec. , Herc, Œtacus , v. Sg^, 599* — Lucan. , lib.. V*

THÉfiAlN. 3a7

célébroient pendant la nuit^*\ Ces fêtes avoient conservé plus que toutes les autres l'empreinte de lia grossièreté des premiers âges , et de Tenthousiasme des hommes non civilisés. Elles se célébroient hors de la ville > sur le mont Cithéron, où ces cérémonies sacrées étoient solennisées par des courses ^ des cris , des fureurs : on y portoit les cistes , les vases sacrés ^ les statues du dieu; on y formoit des thyases^ des chœurs :

Qualia commoHs excita sacris ThyaSj uhi audito stimulant trieterica BaccHo Or^iaj noctumusque vocat clamore Cithœron. ^

Le terme à^rnos^ere sacra ^ dont se sert Virgile ^ rappelle un ancien usage commun à toutes ces solennités j les temples s'ouvroient pour faire les sacrifices, on déplaçoit les images des dieux et tous les objets. sacrés, pour les courses ou .processions publiques qui avoient lieu dans toutes ces fêtes j c^est pourquoi Plante a dit : Scis tu pro/ecto , mea si commonssem sacra ^ quo pacto et quantas soleam. turbas dare ^s) ; - Et Horace :

Non ego te y candide Bassareu, Inçitum quatiam, nec variis ohsita frondihus Sub diffum rapiam. ^^

Les Grecs croyoient que pendant les triéteriques

^*^ Pap., Thebaid, lib. II , v. 66i , 663. = ^^ Virgll. , Mneîd. , lib* IV, V. 3ot , 3oa. Scrvius, in h. L- = ^?^ PlauU, in Pseud. = ^*? Horat., O^. XIV, lib. I, V. n.

328 BACCQUS

Bacchus se manifestoit aux hononoies ^^^ : ils invo*- (juoient souvent sa présence.

Le chœur, dans TŒdipe roi, de Sophocle ^*^ , invoque ainsi Bacchus : « Toi, qui es orne d'une mithre d'or , qui portes le même nom] que cette terre, je .t'invoque, vineux Bacchus, chef des Mënades, viens avec tes torches enflammées, consume cette divinité honteuse et pestiférée. »

« Thèbes! patrie de Sémélé , que le lierre couronne ta tête! que le smilax(rif) toujours vert étale de tous côtés ses grappes fleuries ! que les sapins et les chênes prêtent leurs^ rameaux aux Bacchantes I Revêtez la peau de cerf tachetée! et qu'une toison de brebis d'une blancheur éclatante la recouvre j armez-vous des bâtons de férule qui inspirent un orgueil sacré j accourez tous aux danses de Bacchus ; c'est lui qui remplit de fureur les femmes thébaines, qui les arrache à leurs occupations paisibles et les entraîne sur les montagnes sauvages. ^^^ »

Suivant une tradition rapportée par Hygin ^*^ , Bacchus avoit été roi de la Béotie , et il avoit étabU lui-même les triétériques. Ayant conduit son armée dans l'Inde , il laissa jusqu'à son retour la puissance royale à Nysus son nourricier ; mais celuici ne voulut pas lui rendre sa couronne, Bacchus ne combattit pas PJysus, mais il attendit l'occasion favorable de la reprendre : après la troisième année

**> Diod. Sic. ,lib. IV , cap. 2. = ^^ Soph. > OEd., v. 220. = Euripid., Ch. = ^^ Hyg. , Fab. i3i.

THÉBAIN, SoQ

il sé^ reconcilia avec lui, et il déclara qu'il vouloit établir dans son royaume les fêtes sacrées qu'il appela triétériques, y>arce qu'elles se célébroient la troisiénie année; il revêtit ses soldats d'habits de femmes , les introduisit dans cette fête conune bacchantes, s'empara de Nysus et recouvra son empire.

Par la suite des temps, la législation perfectionnée ou les mœurs mieux ordonnées, firent supprimer en divers lieux beaucoup des fêtes, qui conservoient l'empreinte des fureurs et de la grossièreté des temps barbares , et que le raffinement même des mœurs rendoit plus dangereuses ; c'est ainsi que les lemniennes , et à Tlièbes lés triétériques de Bacchus * furent supprimées ^*\ Il paroît même que le gouvernement soupçonna que l'indécence s'étoit introduite dans ces fêtes , puisque Diagondas fit rendre à -Thèbes une loi, qui défendoit de pratiquer aucune cérémonie nocturne ^^^ j cependant les Thébains eurent , dans tous les temps , la plus profonde vénération pour Bacchus et pour son culte. Ils prétendoient que Cadmus avoit eu sa maison au lieu où étoit le marché de la citadelle : ils montroient les restes des deux chambres nuptiales , l'une d'Harmonie , femme de Cadmus , et l'autre de Sémélé , dont ils ne laissoient approcher personne. Ils assuroient que lorsque Sémélé fut frappée de la foudre,

^*^ Heyn., iVb/. adVir^l. JEneiiL , p. 3. = ^^ Cicer, , de Leg^ lib.II,$i5. .

33o BACCHUS

il tomba du ciel un morceau de bois que Polydorc enchâssa dans; du bronze, et qu'il nomma Bacchu» le Cadméen. Cette tradition est la même que celle de Diodore de Sicile, au miracle près du morceau de bois tombé du ciel. Non loin de là étoit une statue de Bacchus enl)ronzie massif, faite par Onasçimède. ^^^

Le théâtre étoit près la porte Préti^de à Thèbes, et près du théâtre il y avoit un temple de Bacchus surnommé Lysius. Voici l'origine fabuleuse que les Thébains donnoient à ce surnom de Bacchus. Des Thraces avoient emmené quelques Thébains captifs; lorsqu'ils furent arrivés au pays des Haliartiens , le dieu fit tomber les chaînes dés Thébains et endormit les. Thraces, ce qui donna aux prisonniers le moyen de tuer leurs gardes et de regagner Thèbes* Dans ce temple, outre la statue de Bacchus, on en voyoit une que les Thébains disoient être de Sémélé : on n'ouvroit ce temple que certains jours de l'année. Près dç là on montroit un tombeau de Sémélé. (*>

On célébroit à Thèbes, en l'honneur de Bacchus, la fête appelée Ljsia sacra , à laquelle une tradition, rapportée par Héraclide de Pont ^^^, donnoit la même origine , à quelque différence près dans le récit. Les Béotiens, vaincus par les Thraces, s'étoient réfugiés dans l'antre de Trophonius j ce dieu les

^*^ Pausanias , lib. IX , cap. 12.=^^ Fausan.^ lib. IX, cap. 16, = ^? Suidas , V. Ljsia sacra.

THÉBAIN. 33l

avertit pendant, leur sommeil queBacchus leur seroit fevorable : ils attaquèrent les Thraces enivrés , et s'étant délivrés de .leurs ennemis , ils établirent cette fête et fondèrent le temple de Bacchus Lysius, comme le rapporte Pausanias. Aristophane dit q^ue Bacchus fut aussi favorable aux Thébains, parce qu'ils avoient acheté des Naxiens l'art de cultiver la vigne.

Nous avons vu que les anthestéries se célébroient à Thèbes dans le mois desThébains qui correspondoit au mois anthestérion des Athéniens.

S YX. Cuàe de Bacchus dans la Béotie*

Le respect pour Bacchus et pour son culte ne se bornoit pas à Thèbes ; il étoit répandu dans toute la Béolie ^ qui regardoit Bacchus comme son dieu tu tel aire et comme son bienfaiteur. Les Béotiens disoient que Bacchus voulant répandre ses bienfaits sur sa patrie, rendit libre toute la Béotie ; il y bâtit une ville qui fut appelée Eleuthère, parce qu'elle ne recevoit de lois que d'elle-même ^*\ Il étoit adoré dans cette ville sous le nom de Bacchus Mélanégide. Voici la tradition sur l'origine de ce culte : les filles d'Eleuthère, ayant vu le spectre de Bacchus revêtu de peaux noires de chèvre, le raillèrent ; Bacchus irrité les rendit folles. Dans la suite l'oracle ordonna

^*^ Diod. Sic, lib. IV, cap. 2.

aux habitans d^Eleuthère d'honorer Bacchus Mêlanégide y pour délivrer leurs filles d,e leurs folies. ^*^

Le scholiaste de Piadare, parlant du grand nombre de fêtes célébrées dans la Béotie en l'honneur de Bacchus, rappelle les Eleuthériennes que Ton célébroit à Platée. <^^

On voyoit à Potnies un temple de Bacchus surpommé Egobolusi Voici l'origine que Ton dônnoit à ce surnom : Un Jour que les Potniens sacrifioient à Bacchus , ils s'enivrèrent et ils portèrent l'insolence jusqu'à tuer le prêtre du dieu. Aussitôt frappés de la peste, ils envoyèrent consulter l'oracle, qui répondit que pour apaiser Bacchus il ÊiUoit lui immoler un jeune garçon , qui eût atteint l'âge de la puberté j mais peu d'années après , le dieu luimême substitua une chèvre à la place du jeune homme que les Potniens alloient égorger : delà le surnom à^Egobolus.f^

Dans le temple de Bacchus , à Tanagre, on voyoit Une très belle statue du dieu : la matière étoit du marbre de Paros , et l'ouvràge-de Cafcmis. Il y avoit aussi un triton qui étoit encore plus admirable ; c'étoit le triton dont nous avons parlé à l'article lacchus, en traitant des purifications dans les mystères. On a conservé sur cette statue une tradition moins merveilleuse , mais plus vraie , ou du moins plus vraisemblable. Un triton caché sous l'eau se jetoit

^> Suid.,v. Mg>av.= W &Ao/. V'mà^T.,adOlymp., Od.yiU = ^'^ Pausanias, lib. IX, cap. 4*

sur le^ bestiaux qui venoient boire ou paître en ce lieu, il attaquoit mémo les pécheurs tians leurs barques } les Tanagréens mirent une cruche de vin sur le bord de la mer : le triton attiré par Todeur ne manqua pas de venir boire ce vin dont les fumées rendormirent j il se laissa tomber du haut d'une falaise : un Tanagréen l'ayant vu lui coupa la tête avec sa hache, aussi est-il représenté sans tête ; et parce que l'ivresse avoit été cause de sa mort , on a dit que Bac'chus l'avoit tué. ^^^

A Larymna, ville delà Béotie, située sur le bord de la mer , il y avoit up temple de Bacchus où le dieu étoit représenté debout. ^^^

On voyoit à Thespies une statue de Bacchus ^'' : celle qui étoit sur le mont Hélicon étoit un ouvrage de Lysippe. Il y en avoit une autre debout qui étoit de Myron ; c'étoit la plus belle qui fût sortie de ses mains après celle d'Erechthée qui étoit à Athènes : Sylla Tavoit enlevée aux Orchoméniens de Mynies, pour la donner aux Thespiens. ^*

A vingt stades de Coronée éto^t le mont Laphystius. L'auteur de VEtjmologicum magnum remarque que cette montagne avoit fait donner à Bacchus le surnom de Laphystius. ^^^

Les Grâces accompagnoient souvent Bacchus , et

^'^ Pausaiiias , lib. IX, cap. 21.= ^^^ Ihid., oap. 23.= ^'*/A., cap. a6. == ^^\ Ibid* , cap. 3o. == ^^ EtymoL mag, , fol, SSj , • lib. XLI.

334 BACCHXTS

m^e^ suivant une opinion assez généralement i*e^ çue, les Grâces étoient filles de Bacchus et de Vénus. D'après une tradition des Béotiens^ Etéode rOrchoménien est le premier qui ait sacrifié aux Grâces , et il en reconnoissoit trois qui ont toujours été honorées depuis. Angélion et Tictéus y statuaires célèbres qui avoient fait l'Apollon de Délos, et d'autres statuaires qui avoient fait des statues de Bacchus^ ont représenté ces dieux portant trois Grâces sur leur main. Les Orchoméniens avoient un temple de Bacchus et un autre fort ancien consacré aux Grâces, où ils conservoient avec beaucoup de religion les pierres qu'ils disoient être tombées du ciel, et avoir été ramassées par Etéocleâ. ^}

A Chéronée, il y avoit sur la place publique une statue de Bacchus ^*\ Bacchus avoit une statue et un temple très remarquables à Créphine, ville située sur le mont Ptous. ^^^

Suivant une tradition des Béotiens , les nourrices de Bacchus lavèrent ce dieu dans la fontaine de Cissussa , située près d'Haharte, dès que sa mère en fut délivrée^ et la preuve qu'ils en donnent, c'est que ces eaux sont d'une très belle couleur de vin , très claires et très bonnes à boire. C'est au-dessous de cette fontaine que les Thébains tombèrent sur Tarrière-garde de Ljsandre , et entamèrent le com-

<*> Pausanias, lib. IX, cap. Sa. = 5?- Plut., Vit* Cim,z=z ^ PausaDias,lib, IX, cap. 25.

TBÉBAIN. 335

tat où ce célèbre Spartiate fut tué ^*\ La fontaine Cissussa est la même que la fontaine Telphusa, dont parlent Pausanias et Strabon.

Les particuliers avoiept dans leurs maisons des images des dieux. A Creusis, l'arsenal des Thespiens y Pausanias ne remarqua aucun monument digne d'être cité, mais il vit dans la maison d'un particulier un Bacchus en plâtre peint de diverses couleurs. ^^

§ VII, CuUe de Bacchus dans VArgolide.

Suivant la fable, Bacchus après avoir établi son culte à Thèbes, passa lui-même dans l'Argolide pQur l'y faire recevoir. Ce qu'il y a de vrai , c'est que les anciennes colonies dans la Grèce, c'est-àdire , celles arrivées avant Cadmus , avoient toujours désapprouvé le culte de Bacchus dieu du vin. La première tentative que ses partisans firent pour l'introduire dans l'Argolide, ne fut pas heureuse; leurs forces se composoient d'une foule indisciplinée d'hommes et de femmes qui , la tête échauffée par le fanatisme et par les rvapeurs bachiques, entrèrent dans les états de Persée. Ce prince Phénicien , qui venoit d'amener une colonie dans l'ArgoUde et de fonder Mycènes, marcha à leur rencontre , les défit entièrement et en tua un grand nombre. On montroit dans plusieurs endroits de l'Argohde leurs tombeaux. Outre le tombeau qui leur a voit été élevé

?^ Plut. Vit. Lys. = ^^ Pausanias , lib. g, cap. aS.

en commun devant le temple de Jonon Anthéia, ou voyoit celui de la mënade Ckoria^ qui lui avoit été érigé particulièrement, au*-dessus du temple de Ju-

/ piter Néméen ^^^ , parce qu'elle avoit un rang plus considérable dans l'armée : quelques écrivains ont même conclu du passage de Plutarque ^^ sur le tombeau de Bacchus, à Delphes, que Bacchus, ou plutôt le chef des partisans de son culte qui avoit combattu contre Persée , avoit été tué dans l'Argoïide et emporté à Delphes où il avoit reçu la sépulture. Le poète Décharnés , cité par Eusèbe ^^^ , prétendoit qu'il étoit allé mourir de ses blessures à Delphes;' mais nous avons vu les diverses interprétations que Ton a données de ce fait mythologique , dans lequel il n'y a certainement rien d'historique.

Après la mort de Persée , les partisans du culte de

^ Bacchus cherchèrent à l'introduire dans la partie de l'Argolide gouvernée par Mégapenthès, et ensuite par *Anaxagore son fils. La foiblesse des femmes et la vivacité de leur imagination leur présentèrent un auxiUaire plus sûr et plus puissant que les armes. Leurs émissaires secrets parvinrent facilement à les fanatiser ^^K On a dit avec beaucoup de vraisemblance que les Argiennes ^ menant une vie très resserrée et très monotone , av oient saisi avec empressement ce moyen de mettre un terme à ce genre de

^^ Fausanias , lib. II , cap. 20 , 22.= ^^ Plut., de Is.el Osir. = <^> Euseb., lib. II. = ^^^ Drod. Sic. , lib. IV, § 68.— Herod., lib. IV , 5 53.— iSt/io/. Piud., ad Nem. , Od. IX , v. ao.

TftÉBAlN» 337

vie et de se procurer plus de liberté. Ce culte, qui s'étoit introduit furtivement à Argos, et qui se trouvoit hors de la surveillance des lois , ne tarda pas à y exciter les plus grands désordres ; ils furent pous« ses à un tel point, que les femmes abandonnoient leurs maisons, leurs époux, leurs enfans, pour courir dans les champs , les bois , les déserts , et se livrer à toutes sortes d'extravagances et de dissolutions ^*\ Dans cet état de folie, dit ApoUodore ^ elles parcouroient toute TArgolide , l'Arcadie et le Péloponnèse , en faisant les actions les plus mdécéntes et même les plus atroces j il va même jusqu'à dire qu'elles faisoient périr leurs enfans ^\ Mégapenthès et Anaxagoras , après avoir opposé des efforts impuissans à ce fanatisme , chargèrent Mélampus de chercher un remède à tant de maux. Il sentit^ en homme sage , qu'il devoit faire des' copcessions^ mais il falloit d'abord forcer ces femmes à rentrer dans leurs foyers. La voie seule de la persuasion lui parut insuffisante , leur raison éloit entièrement égarée par le fanatisme et par la longue habitude d'une vie errante et vagabonde^ U choisit les plus forts d'entre les jeunes gens de l'ArgdUde , il se mit à leur tête et ils allèrent à leur recherche. Elles fuy oient à leur approche j le plus jg^and nombre se réfugia dans une caverne des monts Aroaniens audessus de Nonacris, entre l'Arcadie et l'Achaïe.

^^' Fausan. ,lib. Il , cap» i8. = ^. ApoUod. , lib. II, cap. 2 9

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