‹ Recherches sur le culte de Bacchus: symbole de la force ..., Volume 3Chapitre 25 sur 39 · Tome IU. a a · texte numérisé non relu

Tome IU. a a

33S BACCBV4

Mélap^piu avoît â^»>Î5 à oe9 jeunes gens une daase êaarét et quelques pratiques my^ërieuses pmsées sans doute dans le culte même de Baochus : il en fit Hsage devant cel;^ grotte^ et ce moyen réuni aux menaces d'employer la f(H*ce^ dét^?mina ces femmes h écouter Mâampus^ qui les conduisit dans le temple de Di^ne à Luses , ancienue ville du territoire de Glitore^ où cessa leur fréni^e* Les habitans de Gli-itore ont depuis cet événement adoré Diane sous le nom de Vénus Hémérésia, c'est^àn-dire, propice ^^^ : mais le reste de ces fanatiques rendirent nuls tous les înoyens qu'on employa pour les ramener a la raison. Les jeunes gens les forcèrent de quitter les mon-* tagnes , elles entrèrent dans la Sicyonie ; plusieurs moururent di^ns cette fuite : les autres ^ excédées de fatigues^ vinrent jusi^ue sur la place de Sicyone^ où elles furent forcées de s'arrêter , et où elles se laissèrent enfin persuader par Mélampus. Suivant lesSic^oniens^ le temple de Pitlio ou la Persuasion, qui est sur la place publique de Sic^one , a été bâti k l'endroit même où les Argiennes avoient été guéries de leur démence ^^

Quelques écrivains ont attribué k Vénus la cause de cette démence. La reine de Chypre , dit Ëlien ^^^ y les rendit lascives : elles parcoururent nues et furieuses divers lieux du Péloponnèse, elles

5*> Paasan., lib. TIII, cap. i8. = ^. ApoUod, , lib. II, câp. a , $ 2- — Pausan., ]ïb. 11^ cap. 7. = ^^ £Ken> Hisi. Div., libé III y cap. 4^*

pOFb&r^t mêrm 9 wivart TS^r^. 1 fcui: for^p amoureuse dans d'ftutpes régipps 4* 1?^ Qrècç. Tapt de désodrdres et d'pxeès ^voi^t ftvoir pour résultat ^'affreuses midadtf^ s hw hpQtevise ii^pudicité^ dit Hésiode , cité par 3uidas ^^^ , Jei^ ftt perdre 1^ fleur de leur teJLpt. (< Vénus, dit wcQre Pésiode, cité » parE^ustathe, ^ dw« VEtymolçgicy,m n^gnum ^'^\ H ripandit sur leuP^ tâ\^ l^^e lèpre fifiVeuse , )eur » peau fut entipreioept Qpmrerte de d^;ctre^ , leur^ N belles chevelures ço tp^apt laissèrent à décQUr ») vert leurs têtes, et fureiM^ fiçinplacéç^s par uuo » triste calvitie. » Jlie ^yaPt ^prççg^l remarqua que ^^ la frénésie est 1^ Wîppftgpe ^sse? ordinpirç de la lèpre , que la vois: de^ maladei^ s';^tère e^ 4e-p vient semblable au cri des animaux ^^^ 9 que certaipe^ idées de frénétiques devieusti^nt, poji^f ainsi dire , contagieuses, surtout parmi les peuples non <iyi}i$és. Il admire la méthode employée par Mé),amp^s pour guérir ces femmes , il la juge trè; copfiorme à la na-* ture du mal , et il dit qu'elle &it le plus grand honneur aux connoissances de Mélampus : aus^i ,a-t-il été céU'bré par tous les poètes et par tous le« éc^-^ vains , noi^^seulement comme augure et deyij) 9^ mais comme médecin très habile et très heureux ,

^ Suidas , y. MctrX^^cùwi.

^ Elymologicum magnum, p. 5îi3 , 8. — Eustathe , p. 1746 , cite ces vers comme étant tirëç dPun des catalogues d^H^siode.

^' Spreagel y Essai d'une Histoire pragmatique de la 'Médecine^ lib, II , $ 56.

^^^ Virgîl. y EcL VI. Prœtides impleruntfalsis mugititi^s ajffw.

34o BACCHUS

son habileté et sa réputation avoient donné Keu à ce proverbe, en parlant d'une ebose difiicile : Nous aurions besoin de Mélampus, On peut voir les détails de cette guérison dans Sprengel lui-même ^^^ , dans Daniel Leclerc ^^ , dans Dioscoride ^^ , dans Pline ^^ , dans Galien ^^^ ^ dans Uippocrate ^^. ' Mélampus qui, suivant Apollodore , trouva le premier l'art de guérir par les médicamens et les puriGcations, fit usage delà purgation ^"^ , et c'est le plus ancien exemple , dit Daniel Leclerc^^ , que nous en ayons. Il avoit remarqué que les cbèvres de ses troupeaux étoient purgées lorsqu'elles avoient mangé de l'ellébore, il en fit prendre aux Argiennes ; dèslors on donna à cette plante le surnom de melampodium y et Mélampus fut appelé KaOotpTm, c'està-dire, qui purge ou purifie. Mélampus fournit aussi dans le traitement des Prœtides, le premier exemple d'un médicament minéral pris intérieurement : après ce traitement, Mélampus fit baigner les Argiennes dans l'Anigrus, fleuve de la Tryphilie, qui est très profond et qui a si peu de pente qu'il forme Tine espèce d'étang. Ce lieu plein de fange, dit Strabon ^\ exhale une odeur si forte qu'on la sent

^^ Sprengel , îbid, , J 57, = ^ Daniel Leclerc , Histoire de la Médecine , liv. II , ch. 2 , 9. = ^^^ Dioscoride , de Mater, med. , lib. IV, cap. 61 . = ^*^ Plin. , Hist. nat. , lib. XXV, cap. 5. = ^ Galien, de Atrabiî.^ cap. 7, = <^> Hippocr. , Epist. ad CraU , T. II , p, Sgi. = <7) Apollodor. ; lib. II , cap. 2 , J 2. = ^^ Hist. de la Médecine, Uv. î , ch. 9. = ^} Strab. , Vih. VIII , op. 3, $ 19.

THÉ3AIN. 34l

de vingt stades au loin , et les poissons qu'on y, pèche en sont infectés , au point de ne pas être mangeables. « Ces esMXy ajoute Strabon, possèdent » d'ailleurs la vertu de. guérir les taches de la peau, » connues sous le nom d'alphes , le§ leucès, les dar- » très. A Samicum^ près de l'embouchure de TAniw grus , dit Pausanias ^^^ , il y avoit l'antre des nym- » plies Anigrides ; ceux qui avoient des maladies de « peau venoienty faire des prières et leur offroient » des sacrifices avant de se frotter et de se baigner » dans le fleuve, » ; Je suis étonné que Sprengel, Leclçrc, et tous les médecins habiles qui ont parlé des connoissances de Mélampus ^'aient pas remarqué ces passages de Strabon et de Pausanias , et n'aient pas indiqué^ ces bains dans.l'Anigrus, comme le premier exemple de l'emploi des eaux bourbeuses et de leur efficacité dans les maladies de la peau.. Le poète comique Déiphile nous a laissé en les persifflant, dans un morceau qui a été conservé par S. Clément d'Alexandrie , quelques traces des purifications employées par Mélampus : elles étoient la plupart mystérieuses , et quoique Mélampus se servît de médicamens naturels , il les déguisoit sous le voile de la magie, de sorte qu'il étoit regardé moins comme médecin que comme magicien et inspiré des dieux. La médecine n'étoit alors qu'une partie de l'art mystérieux de la divination. Platon remarque ^^\

^*> Pausan. , lib. V, cap. 5. = W piat , PolUic,, lib. MI^ p. 398.

34a BAccjttJs

ijue dans Fetat voisih de la nature > l'homme n^a besoin de lâédecin que pour les besoins externes e% Ic^ maladies ëpidémiques : aussi la médecine étditellé extrétbemënt initple dans ccB premiers t^iipSé Mais outre les retnèdes simples pi^arés avec des plantes ^ leâ iHâgidens ou médecins adressaient en-» core des prières à la diTitiitë , cliantoiënt des hym-^ nes^ pronôtiçolent des paroles mystérieuses à l'orêiUe dti ttialadé bû même loin de lui^ dans l'intention dé le guérii* ^ les accompagnoient de direrses céré^ motiies ^ employoient enfin toutes les pi^atit[ues su^ perstitîeusés tônuués sous le nom de charmes , enchaiitemetis ^ amulettes j talistnâns ^ etc« Cette ihéthode dé guérir les maladies est la plus ancienne; elle a été pratiquée de temps immémorial ches toutes les nations dU inonde t où la troure che* les Israélites da tëtnps de Mbise. On coiitloît les hyolnes orphique^ (Jùi avoient la prérogative d'opérer des giiérisons , \eà tablettes orphiques , trouvées en Tlirace dans un temple de Bacchu&^*^, sur lesquelles étoient tracés defs sigties mystérieux et deis formule^ fiiagiquës. Plusieurs liialadies graves peuvent sans dbûte se guérir eiï dohnant une direction plus convenable aux passions : Esculàpe, d'aprëâ le témoignage de Gàlien , coîiseilloit à céùt dont le sang étoit trop agité pat Une passion violente, d'écouter la lecture d'un poëble, le chant d'un hymne ^ les

^^ Ëuripid. , Alcesté , v. ^67. — SchoL Eorlpid. ^ ffectèb. , ▼. 1267.

THÉIAÏK. 343

acieords d'an mstrmnent ^ on un tpectàde ooiaique. t)^ailleurs la force de l'ituàglnûtioa a pu souv^od; apporter aux maladeë uti sofdagement réel par Tusag^ de remèdes mystérieux , qui n'étoient ni rebutans ni t^uloureux comUie les remèdes ordinaires ^ ettjui d'ailleux^s étoient àutôtisés par là ^digton* Lès zdiojeDs mystérieux emjplo jes par Mélan^pus ont donc pu agir poissafnm^t sur l'imaginatidn déréglée des Argiennes ^ et âvoit ûme gt*andje part à lenr guéri** son : néanmoins la presque totiâilé dâ ces pratique^ itiystérieuses avoient ienr source daàs la crédulité des peuples et dans l'in^uisi^aaoe des lemédes»

Après avoir opéré cette guérisoïi> per carrtien et herbus , suivant rescpressiôn d'Ovide ^*^^ Mél&mpUs s'occupant de l'avenir ^ régularisa le «^Ite de Bao«dius : il en régla les rérémonies. Il avoii ajppris ce -qui concernoit le culte de Bacchils des descendans de Gadmus ^ et de ceux deâ Tyriens de sa suites qui étoient venus de Phénieîe dans la Béoitie. ^^

Le souvenir de l'établissement dfi ce culte a'est conservé à Argos par Une tradition relative ati teuH ple élevé dans cette villef «n l'honneur de Bacdiua Crésius. Suivant cette tradition, après les guerres de Pfersée^ et les événement que nous avons rapportés, les Argiens se réconcilièrent avec cette divinité el lui rendirent de trés grands honneurs. Ils lui firent don de l'endeinte où étoit oe temple t Bacchus fut surnommé dans la suite Crésius (le Cretois), parce

^> Ovid. , Met. , lib. XV, 5 2 1 . =c « Hérod., ^. II ^ § 49.

qu'Ariadne fut enterrée dans cette enceinte. Ljceas dit que, lorsqu^on rebâtit ce temple pour la seconde fois , on y trouva un cercueil de terre cuite , qu'on crut être celui d'Ariadne. ^*^

Le culte de Bacchus ne tarda pas à se répandre dans le reste de TArgolide. Dès le temps de la guerre de Troie , les Argiens ayant fait naufrage vers le promontoire Capharée , peux d'entr'eux qui pu-^ rent gagner la terre , furent bientôt en proie aux horreurs du froid et de la faim. Dans leur détresse ils adressèrent leurs prières au ciel , et aussitôt ils aperçurent en avançant un peu, un antre consacré à Bacchus, où ce dieu avoit une statue en bois, et où des chèvres sauvages s'étoient rassemblées pour se mettre à Tabri du froid. Les Argiens les ayant égorgées, vécurent de leur chair et se firent des vêtemens de leurs peaux : lorsque la mauvaise saison fut passée, ils raccommodèrent leurs vaisseaux et retournèrent dans leur patrie , emportant avec eux cette statue de Bacchus, qui fut l'objet de leur vénératiouit Elle fut placée dans le temple de Bacchus que l'on trouvoit à droite , en suivant depuis Argos la route appelée le Chemin Creux. ^^^

Bacchus étoit adoré à Epidaure , où il £(voit un temple. ^^^

Il en avoit encore un dans la ville de Phialée , où l'on célébroit aussi des fêtes et des jeux en son hon^

^^ Fausanias , iib. II , cap. 23.= ^ Pausau. , lib. XII , cap^ aiî.

nenr. Dans là cent-uHième olympiade, les ba^inis de cette ville, qui s'étoient emparés du fort Hérée, d*où ils faisoient de fréquentes incursions contre les Phialiens, saisirent un jour l'occasion des fêtes de Bacchus^ et tombèrent à l'improviste sur les Phialiens qui étoient à l'amphithéâtre j ils en égorgèrent un grand nombre. ^^^

Nous avons déjà parlé de la fête de Bacchus Lamptéros à Pallène.^

On ofFroit des sacrifices à Bacchus et à Pan vers l'endroit du mont Lyconé où l'Erasinus prend sa source , et on y célébroit en l'honneur de Bacchus une fête nommée Tyrbé. ^^^

§ YIII. Culte de Bacchus dans VAUique et dans la Mégaride.

Les mythologues font ensuite venir Baccjius dans l'Attique , ' sous le règne de Pandion : Bacchus fut reçu par Icarius, à qui il donna un plan de vigne et à qui il enseigna l'art de faire le vin. Icarius voulant communiquer aux hommes le présent qu'il avoit reçu de ce dieu, alla vers quelques bergers auxquels il fit goûter cette boisson : ceux-ci la trouvant agréable en burent avec excès ,• ils se crurent empoisonnés et ils tuèrent Icarius. Le lendemain, ayant recouvré leur bon sens , ils donnèrent la sépulture à Icarius, prirent la fuite , et se retirèrent dans un autre pays. Erigone, fille d'Icarius, étant allée à sa

^^ Diod. Sic. , lib. XV , S 4o. = ^ Pausan. , lib. IX, cap. 44.

346 AACGHUS

recherche^ une cbienne nommée Mcdeta, qui aroit coutume de le suivre , trouva soir corps. £rigotie , après avoir pleuré son père , se pendit de d^es^ poir ^^\ La chienne Mœera a été placée parmi les constellations^ mais dans des temps récens ; elle n'y a probablement pas été placée avant l'époque des poètes d'Alexandrie ^\ Nous avons parlé desAéores^ fêtes d'Athènes , que les uns disoient avoir été instituées en commémoration du meurtre du tyran Témaléus, les autres en Thonneur d'Erigone, fille de Cly temneslre et d'Egysthe , et d'autres, avec plus de vérité , en l'honneur d'Erigone , fille d'Icarius. Suivant VEtjrmologicum magnum , cette fêle s'appeloit aussi ëvSznzvov , bonicœnium j c'étoit moins un jour de fête qu'un sacrifice , Bonicœniuni sacrifia cium Athenis propter Erigonemy dit Hésychius. Eratosthène avoit composé sur Erigone un poëme célèbre qui n'est pas parvenu jusqu'à nous. Sophocle avoit aussi composé une tragédie d'Erigone. Servius , sur Virgile ^^^ , dit que pour venger la mort d'Icarius et d'Erigone ^ les dieux affligèrent l'Attiquc d'une épidémie , dont un des eflFets étoit d'inspirer aux jeunes filles le dégoût de la vie , à la suite duquel elles s'étrangloientj l'oracle ayant été consulté , répondit qu'il falloit cherclier les corps d'Icarius et d'Erigone , et comme on ne put parvenir à les découvrir , les Athéniens, pour montrer

<*> ApoU., lib. m, cap. i4, 5 ;• = <» &Ao/. Homer. , ad Iliad. XXII, V. 19. = ^^ Servius, ad Virg. Georg. , lib. II ,

le zièle cju'ils avoient tnis dans leurs recherches , ibv^lèreht le^ oi^cilles ou l'escarpolette , dans laquelle ib 86 balançoient, afin de prouver qu'ils eherohoient ces corps daùs tous les élëmens. Suivant fiygin ^^^ , l'oracle ordonna de satisfaire l'oînbre irlitëe d'Erigone eil lui faisant des sacrifices. Le scholiastô de Geriuanicos ditqùele dieu ordonna d'offrir à Icarius et à Etigone lés prënùces des moissons et des yi^danges ^\ D'après une autre tradition ^ Erl-*' gone fut séduite par Bacchiis ,

Liber Ut Erigonem fahâ deàeperit uçâ ^' % ' et elle mit au monde Stâphylus , dont le nom signifie grappe de raisin^ (fv^a} d^autres le font fils de Bacchus et d'Ariadne«

Quoiqu'il en soit de Ces traditions fabuleuses , il d'y a rien de si incertain que l'époque de l'introduction de Bacohus dieu du vin dans l'Attique. La plupart des éfcrivains lui otit donné une origine my* tliologique : suivant Plutarque ^^^ ce fut Saturne qui enseigna à Icarius l'usage du vin j Justin ^^^ ditqu'Icariu^ apprit l'usage du vin aux Athéniens. Syncelle^^ fixé au règne d'Amphictyon l'arrivée de Bacchus de Thèbes dans l'Attique , et il dit qu'il reçut l'hospitaUtéde Semachus^ c'efet-à-dire^ que l'introduction de ce culte auroit eu lieu sous Amphyction. Pausa-niâs lui donne la même époque : il raconte que dans la maison de Polytion ^ qui fut dans la suite consa-

^*> Hjgih, lib. II. = ^> Schol. German. , T. II. = ^ Ovid., Met., lib. \i , Pkb. I , V. laS. = ^^ Plut. , Paraît, kist. Grœc. tsi Roth. îs^^^ Jïisliû, lib. ÎI,cap. C.= ^*^ Sytlc, p. 147.

348 • JBACCHUS

crée à Bacchus^ on voyoit Acratus, Tun des génie» de la suite de Bacchus ^ dont la tête ëtoit enchâssée dans le mur, et qu'après l'enceinte consacrée à Bacchus on trouvoit un petit édifice avec des statues de terre qui repï^ésentoient Amphictyon, roi des Athéniens^ donnant un repas à Bacchus et aux autres dieux. Le même Pausanias dit que Pégase d'Eleuthère introduisit le culte du dieu du vin dans l'Attique j aucun auteur ne donne l'époque de l'arrivée de ce personnage à Athènes , mais en rapprochant les deux passages de Pausanias , elle doit être fixée au règne d'Amphictyon. Fréret pense que le culte de Bacchus fut reçu sans opposition dans l'Attiquej quelque respect que j'aie pour cet homme illustre et son prodigieux savoir, je ne puis partager son sentiment, ce qu'on raconte de Pégase donne la preuve du contraire. On dit <jue Pégase ayant porté le culte et les images de Bacchus à Athènes , fut accueilli des railleries et du mépris des Athéniens. Bientôt ils furent frappés d'une maladie épidémique, et ils envoyèrent consulter l'oracle qui leur répondit que, pour réparerl'injùre qu'ils avoient faite à Bacchus, ils dévoient recevoir ce dieu en pompe dans leur ville et lui rendre les plus grands honneurs. On exécuta les ordres de l'oracle , on porta les images de Bacchus en procession par toute la ville , et son culte fut établi à Athènes : cette tradition est appuyée de l'autorité de Pausanias. Pausanias en rappelant qu'on voyoit dans l'ancienne msiison de Polytion la statue de Pégase d'Eleuthère, qui intro-

THÉBÀIX* 349

duisit à Athènes le culte de Bacchus fils de Sémélé, ajoute que Pégase fut secondé par Torade de Delr plies , qui rappela aux Athéniens le voyage du dieu dans l'Attique du temps d'Icarius. ^^^

La ville d'Eleulhères , patrie de Pégase , avoit en très grand honneur le culte de Bacchus ; cette divinité avoit un temple célèbre dans la plaine de celte ville : l'ancienne statue en bois qu'il rcnfermoit avoit été transportée à Athènes ^\ On sait qu'Eleulhères formoit autrefois la limite de la Béotie et de l'Attique du côté d'Eleusis , et que les Eleutliériens s'étant réunis aux Athéniens^ uniquement parce que le gouvernement d'Athènes leur plaisoit , et qu'ils haïssoient les Thébains^ le pays de Platée devint limitrophe de l'Attique dans cette partie , dont les bornes furent reculées jusqu'au mont Cithéron , qui est appelé par Euripide la montagne des Ménades , la montagne de Sémélé. w Vas, dit Œdipe à Anti- » gone ^^^ , vas dans le temple écarté , consacré à » Bromius, sur la montagne des Ménades. Dois-je, » répond Antigone, invoquer le dieu que j'ai si sou- )) vent célébré par mes danses religieuses sur la » montagne de Sémélé , revêtue de la peau du cerf » des bacchantes ? culte inutile et bien mal récom- » pensé! »

J'ai donné à l'article des Dionysiaques tous les détails que j'ai pu réunir sur le culte de Bacchus

^^ Plut., liv. Il, cap. a. = ^ Pausanîas , lib. I , cap. 3o. == ^ Euripid., Phen.f v. 1740. •

35o KÀCCHUS

dans l^Attique, j'ajouterai seulemeBt id que cette divinité ëtoit honorée d^un calte particulïeir à Go» lone , comme le prouve ce passage de la tragédie d'OEdipe à Colonej le chœur dit à OEdipez n hes » dieux vous ont conduit, ô étranger l dans le )) séjour le plus délicieux de TAttique , a Golone»

» Le riant Bacchus et ses joyeuses compagnes

» y fixent à perpétuité leur séjour, m Bacchus étoit adoré à Acharnes sous le nom deKissos ^^K ^jes habi'tans de ce bourg passoient pour grossiers etagrestes, le .culte de Bacchus étoit «n grand honneur parmi eux; les ânes, qui jouent un si grand rôle dans le culte de Bacchus, étoient célèbres à Acharnes : il» passoient pour être de la plus haute taille. ^^^

Céramus, héros de FAttique, que Ton suppose avoir bâti le Céramique, passoit pour être le fils de Bao» chus et d'Ariadne.

Le culte de Bacchus s'étoit introduit de bonno heure dans la Mégaride , que Ton peut considérer comme faisant partie de TAtlique. Il y avoit à Mé-gare un temple célèbre de Bacchus ; l'on prétendoit qu'il avoit été bâti par Polyidus , fils de Géramus^ et arrière-petitrfils de Mélaropus , qui étoit venu à Mégare purifier Alcatlius du meurtre de Callipolis son fils i il érigea aussi à Bacchus une statue en bpis: la statue qu'on y voyoit du temps de Pausanias étoit accompagnée d'un satyre , ouvrage de Praiptéle , ea marbre de Paros. On donnolt à ce Bacchus le nom

<*> Pausan. , Attic. = ^> Hésych.

THÉBÀiir. 35i

de Patrôils > et oa lK)iioroit sous celui de Dasyllius le Bacohujs dont la statue avait été érigée par Euchénor , petit-fils de Polyidus. ^^^

1 13t. Voyage de Bacehus d'Icarie à Naxos. — Corsaires Tyrrhémens.

Le dernier voyage que les mythologues évhéméristes font faire à Bacchus , est celui de Tîle d'Icarie à celle de Naxos, L'une des nombreuses étymologies du nom donné à l'île d'Icarie, a été tiré d'Icarius, à qui Bacchus apprit dans l'Attique l'art de cultiver la vigne ; cette île étoit âuneuse par ses vins , elle produisoit surtout le vin appelé pramnium^ et la vigne qui donnoit ce vin avoit été appelée Dionysiaque par les habUans de l'ile. ^^^

Suivant la tradition relative à ce voyage de Bac-» chus d'Icarie à Naxos, il loua une trirème appartenant à des corsaires tyrrhéniens. Ceux-ci laissèrent JVaxos de coté , et dirigèrent leur route vers l'Asie , dans l'intention de l'y vendre ; Bacchus changea le mât et les rames en serpens , remplit le vaisseau de lierre et y fit entendre le son des flûtes. Les corsaires devenus furieux se précipitèrent dans la mer , ou ils furent changés en dauphins. Hygin^^^ nomme ces matelots tyrrhénieas, qui sont au nombre de douze; Nonnus attribue cette trahison à la jalousie de Ju-

^^ Pausan. , Ub. II , cap. 45. = ^^^ Alhen. , lib. I , cap. a4.= ^Hygin, Fab. i34.

35a BAccHUS

non. Cette jalousie fabuleuse , que Ton supposoit à Junon contre Baccbus , n'étoit autre chose, suivant Plutarque , que réxtrême différence qui exisloit entre Tobjet de ces deux cultes , et qui étoit voilée sous cette allégorie de Junon jalouse. Junon, déesse delà pudeur et présidant au mariage, ne devoit avoir rien de commun avec le dieu du vin et les excès de ses adorateurs ; aussi avoit-on grand soin de ne pas mêler les rit^s sacrés de ces deux divinités , et lorsque les prêtres d'Atbènes se rencontroient , ils se disoieut l'un à l'autre de ne pas porter le lierre dans le temple de Junon, ^*^

La divinité de Baccbus ayant été démontrée par ce dernier prodige des matelots tyrrhéniens, les hommes lui rendirent les honneurs divins : il ramena ensuite sa mère Sémélé des enf«rs , et il monta au ciel avec elle. ^^^

§ X. L'histoire de Bacchus est V expression poétique et allégorique du bonheur que V agriculture et la civilisation ont donné au genre humain*

On voit que les mythologues et les poètes grecs ont tous célébré les conquêtes de Bacchus , mais la plupart l'ont représenté comme soumettant le monde entier, moins par la terreur de ses armes que par les biens qu'il apportoit aux,hommes, par le charme denses chants , les plaisirs et la joie qui le sui voient.

^^ Plut. , Fragm. sur la fête de Dédalis. -^Easeh. , , lib. III , cap. I , p. 83. = ^ Apoll. , lib. III, cap. 5.

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THÉBAIK. 353

11 les obligea de cette manière à qaitterla vie sauvage qu'ils avoient menée jusqu'alors. Cette fable n'est ^vûlemment que Texpressioa poétique et allégorique du bonheur que l'agriculture et la civilisation ont donné au genre humain : Qidbus beneficiis agrestes homines ad meUorem vitœ cvltiun traducti sunt j c'est ce qu'Euripide a exprimé en beaux vers dans la tragédie des Bacchantes, cdlest deux divinités, dit Tirésias, objet de la vénération des hommes, l'une est Gérés ou la terre ,^ sous quelque nom qu'on l'adore , c'est elle qui leur fournit les alimens dont ils se nourrissent ; l'autre est Bacchus , qui leur a enseigné l'art de tirer de la vigne une liqueur délicieuse, qui charme les ennuis des mortels , qui leur donne l'oubli des maux, et qui est le souverain remède à leurs peines toujours renaissantes : aussi cette liqueur divine coule-t-elle sur les autels des dieux , afin que nous obtenions par elle les biens que ces dieux dispensent. Tel est celui que tii mé^ prises, et à qui tu ne crains pas de reprocher les mystères de sa naissance. Tu seras témoin de sa gloire et des honneurs que la Grèce va lui rendre. N'accuse pas Bacchus des désordres des femmes thébaines , mais leur nature dépravée : celle qui chérit ses désirs, les respecte toujours. ^^^ »

Le chœur s'adresse ensuite à Gérés ^^^ : « O déesse » vénérable ! peux*-tu souffrir les outrages de Penw thée contrç Bacchus ..... le fils de Jupiter est

i^ Euripid., JBacch, , y. l'jS. s= ?^ Ibid.^ v. 3jo.

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