‹ Recherches sur le Discours aux Grecs de TatienChapitre 2 sur 90 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

La critique a reconstruit la biographie de Tatien selon des systèmes très dilTérents. Le Discours aux Grecs, la seule œuvre de lui qui nous soit parvenue, est, dans l'ensemble de la littérature apologétique, le texte dont l'interprétation est de beaucoup la plus dilïicile. J'ai consacré ces Recherc/ies à l'étude des principaux problèmes généraux qu'il nous pose, et j'ai essayé à mon tour de reconstituer la biographie de l'auteur, d'après les données que cette étude me fournissait. Qu'est-ce que le Discours? Un discours véritable, destiné à la lecture publique, comme ceux des sophistes contemporains, ou, malgré la forme oratoire, un traité à l'usage des lecteurs ? Quelle est la date, quel est le lieu oii il a été vraisemblablement composé ? Quelle est la méthode apologétique de Tatien? Quelles sont les sources oii il a puisé, et quel est le degré de son originalité? Quelles sont ses doctrines? (théorie du Logos, théories sur la nature de l'âme, sur celle des démons, etc.). Quel en est le véritable sens et quelles influences trahissent-elles, quelles tendances aussi ? Que vaut Tatien comme écrivain ? Quels traits de ressemblance présente-t-il avec les écrivains païens de son temps, et quels sont ses procédés de style, par quels caractères se distinguent son vocabulaire et sa syntaxe ? Ce sont là les questions que j'ai examinées.

Hormis quelques rares témoignages comme celui d'Irénée et celui de Rhodon, Tatien ne nous est connu que par lui-même, c'est-à-dire par le Discours aux Grecs. Or, ce Discours, je le

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rôpèlo, a couliinie de passer pour un rare inonuinent d obscurité. Est-ce la faute du texte, tel qu'il nous a été transmis? C'est l'avis par exemple de M. Schwartz. qui, dans son édition, a volontiers admis que le texte était profondément altéré, notamment par des lacunes considérables. Est-ce plutôt la faute des interprètes, qui se laisseraient décourager trop aisément.^ C'est la tlièse de M. Kukula. qui a essayé non sans succès, en examinant minutieusement plus d'un passage, d'être plus lieureux que ses prédécesseurs. N'est-ce pas en première ligne la faute de l'auteur, qui ne parle pas une langue assez simple, et qui procédant souvent par brusques associations d'idées plutôt que selon les lois d'une logique rigoureuse, déroute sans cesse le lecteur même le plus intelligent et le plus attentif.»^ Je pense pour ma part que le texte a souffert moins peut-être que ne l'a dit Sclnvartz, mais certainement plus que ne l accorde Kukula: je suis reconnaissant à ce dernier d'avoir montré qu'une étude plus précise des difficultés peut donner d'excellents résultats ; mais je ne crois pas qu il puisse lui-même contester que ïatien soit pour le moins un auteur difficile. Ces Recherches se seraient démesurément allongées, et auraient été très pénibles à suivre, si j'avais du à cliaque instant les interrompre pour analyser toutes les citations que j'ai faites, pour en établir le texte et en discuter le sens. J'ai donc été conduit, par la force des choses, à les faire suivre d'une traduction en français du Discours avec notes explicatives, imitant en cela l'exemple qu'a donné Harnack il y a une vingtaine d'années, quand il a publié sa très utile traduction allemande. Je n'ai pas apporté une recension nouvelle des manuscrits ; l'édition de Sclnvartz donne pour le moment, à l'exégète, un instrument de travail suffisant : le plus pressé n'est pas une nouvelle revision critique : c'est, de l'aveu de tous, de pousser plus loin, s'il est possible, l'interprétation. J'ai d'ailleurs, dans mes notes, reproduit le texte grec, avec les principales variantes, pour tous les passages difficiles. Je souhaite que le travail que m'ont coûté ces notes ne soit pas sans utilité, et je crois pouvoir demander l'indulgence à laquelle on a droit quand on ne se dissimule pas les difficultés qu'on rencontrera sur sa route. Ce n'est pas d'aujourd'hui que j'étudie

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